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Sibyle Veil, nommée PDG à Radio France grâce à sa (grande) proximité avec Macron ?

25 avril 2018

Temps de lecture : 5 minutes
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Sibyle Veil, nommée PDG à Radio France grâce à sa (grande) proximité avec Macron ?

Cela n’a pas traîné. Entre les six projets pour Radio France, le CSA a tranché par Sibyle Veil, directrice déléguée en charge des finances de Radio France depuis 2015, en tandem avec Laurent Guimier, actuel directeur des antennes. Le choix de la continuité ? Pas seulement. Car si Sibyle Veil est énarque et issue de la même promotion que Macron, il n’y a pas seulement la poulinière d’or de la caste politique qui les rapproche.

Un CSA en conseil très restreint

Olivi­er Schrameck ne s’est pas com­mis dans la nom­i­na­tion et n’est pas plus décidé à bar­rer la route à Macron qui place ses hommes à l’AFP, LCP-AN, Radio-France donc… seule Del­phine Ernotte, de plus en plus con­testée même si elle pâtit des lour­deurs internes et Marie-Chris­tine Saragosse, débar­quée par un imbroglio admin­is­tratif puis recon­duite par défaut, ont échap­pé au jeu de quilles. Depuis plusieurs semaines Schrameck est en effet « rem­placé pour raisons de san­té », tout comme Car­ole Bien­aimé-Besse.

Des cinq con­seillers restants (sur sept), qua­tre ont don­né leur voix à Sibyle Veil le 12 avril. Une for­ma­tion restreinte qui pour­rait être illé­gale, relève la CGC-Médias, car rien ne prévoit cette for­ma­tion restreinte pour enten­dre et surtout se pronon­cer sur les can­di­da­tures. 24 Heures Actu a fait un long papi­er sur la « procé­dure biaisée » qui a favorisé Sibyle Veil : « la procé­dure ressem­ble déjà à une mas­ca­rade. Les dés sem­blent jetés. L’Élysée joue en sous-main en faveur de Sibyle Veil, anci­enne condis­ci­ple d’Emmanuel Macron à l’ENA. […] La nom­i­na­tion de Sibyle Veil à la tête de Radio France con­stitue un nou­v­el et édi­fi­ant exem­ple de népo­tisme au plus haut som­met de l’État. Et une trahi­son des engage­ments prési­den­tiels : n’est-ce pas Emmanuel Macron lui-même qui pré­con­i­sait d’ouvrir la société française, fustigeant cette caste de hauts fonc­tion­naires » qui se porte très bien, surtout lorsqu’elle est issue de la pro­mo­tion ENA du prési­dent.

Retour de l’enarchie

Effec­tive­ment, la nom­i­na­tion de Sibyle Veil révèle un manque patent de renou­velle­ment de la caste tech­nocra­tique française, relève 24 Heures Actu : « Énar­que, maître des requêtes au Con­seil d’État, anci­enne direc­trice du pilotage de la trans­for­ma­tion de l’Assistance publique Hôpi­taux de Paris puis con­seil­lère tra­vail, san­té, loge­ment à l’Élysée auprès de Nico­las Sarkozy, Sibyle Veil sem­ble cocher toutes les cas­es de la tech­nocratie française et aligne le CV typ­ique des hauts fonc­tion­naires hexag­o­naux. Son expéri­ence, indé­ni­able, la prédis­pose-t-elle pour autant à pren­dre les rênes d’une mai­son aus­si emblé­ma­tique que Radio France ? Rien ne l’indique ».

Bref, on retrou­ve à quelques années d’in­ter­valle les même biais et la même caste qui a propul­sé Del­phine Ernotte à France Télévi­sions. Avec le sou­tien de François Hol­lande et les résul­tats que l’on sait : audi­ences en berne, guerre impro­duc­tive con­tre la « télévi­sion d’hommes blancs de plus de cinquante ans », licen­ciements fra­cas­sants, chaîne d’in­for­ma­tion con­tin­ue qui pla­fonne à 0,3% d’au­di­ence et coûte un bras, forte con­tes­ta­tion interne, fichage, accu­sa­tions de ser­vil­ité poli­tique… Bref, un epic fail aux frais du con­tribuable.

Le rôle clé de la promotion Senghor

Cela dit, cela n’a pas entravé l’as­cen­sion de « la favorite de l’Elysée » selon le Canard Enchaîné (18.04) qui enfonce le clou en citant un des mem­bres du CSA : « Macron ne voulait plus de Matthieu Gal­let et la voulait elle. En plus c’est une femme, elle a un nom pres­tigieux et elle n’est pas sotte ».

Pour ce qui est du nom pres­tigieux, la CGC-Médias relève que « Sibyle Petit­jean devient le 30 sep­tem­bre 2006 Madame Veil en épou­sant Sébastien Veil, petit-fils de Simone Veil ». Mais pas seule­ment. Il y a le rôle clé de la pro­mo­tion Sen­g­hor, diplômée en 2004 et déjà présente à divers postes de respon­s­abil­ités – dont le prési­dent. Mais aus­si un ami du cou­ple de Sibyle et Sébastien Veil, Math­ias Vicher­at, dircab de Bertrand Delanoë puis Anne Hidal­go à Paris, recruté en jan­vi­er 2017 à la SNCF dont il est le directeur général adjoint, chargé de la com­mu­ni­ca­tion interne et externe. Et com­pagnon de Marie Druck­er. La caste de l’en­tre-soi politi­co-médi­a­tique, encore. Omniprésente.

« Dans les min­istères du gou­verne­ment Ayrault, une ving­taine de directeurs de cab­i­net, de sous-directeurs et de con­seillers en sont issus. Cer­tains occu­pent des postes pres­tigieux au sein de grandes insti­tu­tions comme la Mutu­al­ité française ou le musée du quai Bran­ly. Quelques-uns offi­cient aux Nations unies ou dans des ambas­sades. D’autres ­encore, à la direc­tion de grandes ban­ques et de groupes d’assurance. Leurs noms ne sont pas con­nus du grand pub­lic mais ils con­stituent ce qu’il faut bien appel­er un réseau de pou­voir en for­ma­tion. Une con­stel­la­tion de fig­ures en pleine ascen­sion, dont rien ne per­met de penser qu’elles s’arrêteront en si bon chemin », relève Van­i­ty Fair (27/8/2014). Début avril 2018 un livre de Matthieu Lar­naudie vient de paraître sur cette pro­mo en or, sous le titre Les jeunes gens, enquête sur la pro­mo­tion Sen­g­hor.

Des énarques contre l’ENA

C’est aus­si la pre­mière pro­mo qui ose se révolter con­tre sa for­ma­tion : le jour de l’am­phi-clô­ture, lorsque les élèves indiquent par ordre de classe­ment le corps d’E­tat qu’ils souhait­ent inté­gr­er, Mar­guerite Bérard, major, se lève et devant tout le monde remet une liasse de feuil­lets à la direc­tion. « Sous le titre ENA : l’urgence d’une réforme, [le texte] dresse un état des lieux incen­di­aire des enseigne­ments et de l’organisation de la digne insti­tu­tion et énumère les dys­fonc­tion­nements relevés par les étu­di­ants au cours des années qu’ils vien­nent de pass­er entre Paris, Stras­bourg et leurs stages dans l’administration. Tous les mem­bres de la pro­mo­tion l’ont signé », relate Van­i­ty Fair.

Pas vrai­ment ce qu’on attend des pro­mus de l’E­NA : « Qu’ils remer­cient l’État pour leur for­ma­tion en respec­tant les us, cou­tumes et représen­tants de la hiérar­chie répub­li­caine. En somme, qu’ils la fer­ment. L’élite ne doit pas s’en pren­dre à l’élite. Pour l’avoir fait, la pro­mo Sen­g­hor est restée à part dans l’histoire de l’ENA ». Rien ne bougera – si ce n’est que les élèves recevront une let­tre de Renaud Dutreil, alors min­istre de la Fonc­tion Publique, pour les rap­pel­er à leur devoir de réserve, mais cet acte nova­teur a‑t-il pu pré­fig­ur­er l’im­pa­tience d’une généra­tion dont cer­tains mem­bres – Macron en tête – dyna­miteront le jeu poli­tique et le ver­rouil­lage des respon­s­abil­ités moins de quinze ans plus tard ?

Sibyle Veil : un mari encore plus proche de Macron

Sibyle Veil a con­seil­lé le prési­dent Macron avec son mari, Sébastien Veil. Celui-ci, issu de la même pro­mo­tion Sen­g­hor, est «  l’ex-conseiller de Nico­las Sarkozy à l’Elysée sur les sujets d’emploi et de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, directeur au bureau parisien du fonds Advent Inter­na­tion­al », relève la Let­tre de l’Ex­pan­sion (12/12/2016). Il « con­seille Emmanuel Macron sur les ques­tions de poli­tique cul­turelle et de com­mu­ni­ca­tion depuis donc la toute fin d’année 2016 », con­tin­ue la pub­li­ca­tion.

« Il ne paraît pas intéressé par la lumière. Hormis un com­pli­ment sur un cama­rade, il a refusé que l’on cite le moin­dre de ses pro­pos, même le moins com­pro­met­tant. Pour lui, le pou­voir ne sem­ble qu’une don­née factuelle et non l’objet d’une con­voitise », rel­e­vait Van­i­ty Fair à son sujet en 2014. Cela dit, la très grande prox­im­ité avec Macron et le cou­ple politi­co-médi­a­tique for­mé par Sibyle Veil à Radio-France et son mari auprès de Macron inter­roge.

Vin­cent Jau­vert, auteur des Intouch­ables d’E­tat – Bien­v­enue en Macronie paru début jan­vi­er 2018 va plus loin : « le vrai nou­veau sujet, ce sont […] les nom­breux con­flits d’intérêts que l’on observe au som­met du pou­voir, par­ti­c­ulière­ment depuis l’élection d’Emmanuel Macron ». Et de s’interroger sur « ces curieux cou­ples de pou­voir, dont l’un des mem­bres est au gou­verne­ment, pen­dant que l’autre siège à la tête d’une puis­sante admin­is­tra­tion d’Etat ou pan­tou­fle dans un groupe privé ». Le sujet n’est guère nou­veau – le prob­lème fleu­rit au moins depuis l’époque Sarkozy, si ce n’est avant – mais les dys­fonc­tion­nements, eux, se mul­ti­plient et devi­en­nent de plus en plus coû­teux. Sauf aux pro­tag­o­nistes de la caste, par­fois pris la main dans le sac comme Agnès Saal, et tou­jours recasés, pro­mus, jamais con­damnés à pay­er les pots cassés. Ça, c’est pour le con­tribuable, pas besoin de sor­tir de l’E­NA pour vider son porte­feuille.

Et comme pour Matthieu Gallet, les conseillers vont encore coûter cher

Bis repeti­ta (non) pla­cent. Comme pour son prédécesseur Matthieu Gal­let dont les fac­tures de con­seil auprès de Roland Berg­er Strat­e­gy et Denis Pin­gaud ont coûté cher au con­tribuable et ont fini par lui coûter cher, Sibyle Veil fait aus­si tra­vailler la caste en se payant des con­seillers de luxe. Et leur entre­gent. Comme si le poste de son mari et le fait d’être de la même pro­mo­tion de l’E­NA que le prési­dent, enfin que « Jupiter », ne suf­fit pas ?

Sibyle Veil est ain­si con­seil­lée par son ancien chef à l’Elysée Ray­mond Sou­bie, relève La let­tre de l’Ex­pan­sion (26.03). Mais aus­si par Véronique Reille-Soult, patronne de Dentsu Con­sult­ing. Prob­lème, « Dentsu Con­sult­ing est aus­si en con­trat avec Radio France pour la ges­tion des achats médias », relève 24 heures Actu. Un mélange des gen­res – dou­blé d’une impres­sion désolante que l’his­toire bégaie – qui n’a fait trem­bler ni le CSA, ni Jupiter.

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