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France Télévisions : la plainte de deux syndicats contre la nomination de Delphine Ernotte ressort des tiroirs

2 mars 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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France Télévisions : la plainte de deux syndicats contre la nomination de Delphine Ernotte ressort des tiroirs

2 mars 2018

Temps de lecture : 3 minutes

Les jours passent et le siège de Delphine Ernotte à France Télévisions semble de plus en plus menacé. Ainsi, une vieille plainte de la CGC-Médias et de la CFDT contre le président du CSA Olivier Schrameck, pour abus d’autorité et trafic d’influence, a été ressortie des cartons et les policiers de l’OCLCIFF, l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, ont commencé à s’intéresser de près au CSA.

En 2015 pour­tant, la jus­tice s’é­tait empressée de s’en­dormir sur le dossier, classé par­tielle­ment sans suite. Les jus­ti­fi­ca­tions du classe­ment étaient telle­ment alam­biquées – même pour la jus­tice française – que la CFDT Médias s’en était émue : « En clair, pour le par­quet, plusieurs dis­po­si­tions légales, pré­cisant le devoir d’impartialité du CSA, ne con­stituent pas ensem­ble un cadre légal ! ». Les syn­di­cats se sont ensuite con­sti­tués par­tie civile, ce qui a empêché la plainte de mourir tout à fait.

Et subite­ment, ou plutôt « et en même temps », les policiers de l’O­CLCIFF ont débar­qué en pleine séance plénière du CSA le 20 décem­bre pour rem­plir des car­tons de pièces à con­vic­tion, dans le cadre d’une « demande de doc­u­ments admin­is­trat­ifs relat­ifs à la procé­dure de nom­i­na­tion » de Del­phine Ernotte. Ce n’est pas une perqui­si­tion, non. Mais cela ressem­ble aux con­trôles dans les aéro­ports : on a le « choix » de les refuser.

Mais on ne monte pas dans l’avion. En l’oc­cur­rence, il y avait une com­mis­sion roga­toire du juge Mil­ca Michel-Gabriel, chargée d’in­stru­ire cette fameuse plainte avec con­sti­tu­tion civile des syn­di­cats. « Le par­quet de Paris a com­mencé par s’en­dormir d’un som­meil minéral sur le dossier : pas le moin­dre acte ou presque jusqu’au 20 mars 2017 », écrit Le Canard Enchaîné (07/02/2018). À cette date, une juge a été désignée, mais la procé­dure s’est subite­ment accélérée en décem­bre. Désor­mais, ce sont les 8 mem­bres du CSA qui avaient désigné Ernotte qui ont com­mencé à se faire con­vo­quer à Nan­terre dans les locaux de l’O­CLCIFF. Pour Medi­a­part, la jus­tice devrait aus­si enten­dre Didi­er Quil­lot et Pas­cal Josèphe, prin­ci­pales vic­times de l’en­gage­ment du prési­dent du CSA qui a per­mis de désign­er Del­phine Ernotte.

Retour d’ascenseur

Selon les élé­ments de la plainte, plusieurs faits peu­vent être reprochés à Olivi­er Schrameck, patron du CSA, qui sem­ble avoir tout fait pour impos­er Del­phine Ernotte à France Télévi­sions. Du côté de l’abus d’au­torité déjà, il a tout fait pour que l’une des mem­bres du CSA, Francine Mar­i­ani-Ducray, vote pour Ernotte ; il y aurait même eu, évo­quée par cer­tains mem­bres de l’in­sti­tu­tion et le Canard, une « inter­ven­tion extérieure : un coup de fil du vice-prési­dent du Con­seil d’État, Jean-Marc Sauvé, des­tiné à faire pli­er Mar­i­ani-Ducray, elle-même issue de l’in­sti­tu­tion. Tout comme Schrameck ».

Du côté du traf­ic d’in­flu­ence, c’est en fait un retour d’as­censeur qui est pointé par les syn­di­cats : Olivi­er Schrameck a été nom­mé en 2013 à la tête du CSA par Hol­lande, bien aidé par son con­seiller cul­turel David Kessler. Ce dernier est par­ti chez Orange aux côtés de Del­phine Ernotte qu’il a cor­naquée pour qu’elle se présente à la direc­tion de France Télévi­sions. Hon­ni soit celui qui mal y pense…

Directe­ment visé, Olivi­er Schrameck se défend comme il le peut en inven­tant une nou­velle procé­dure de désig­na­tion (la troisième) pour la prési­dence de Radio France, afin de trou­ver un suc­cesseur à Matthieu Gal­let. De quoi éton­ner la CGC-Médias : « c’est un peu comme si le CSA était un jeu de Lego à géométrie vari­able donc qui parvi­enne à créer 3 fig­ures dis­tinctes avec les mêmes blocs d’une loi pour­tant pré­cise ».

Et tan­dis que Olivi­er Schrameck peut méditer la morale de la fable selon laque­lle « Selon que vous serez puis­sant ou mis­érable, les juge­ments de cour vous ren­dront blanc ou noir », Le Temps s’est décidé à don­ner, lui, la morale de la prési­dence de Del­phine Ernotte à France Télévi­sions, trop seule selon le jour­nal suisse pour « résis­ter au rouleau com­presseur de l’Élysée ». En effet « Del­phine Ernotte est une femme de télévi­sion qui refuse d’incarner le ser­vice pub­lic à l’ancienne, sans savoir définir celui de demain. Jamais une his­toire. Jamais un morceau de réc­it télévi­suel. Aucune con­nivence avec les téléspec­ta­teurs. Élue seule con­tre tous, Del­phine Ernotte reste isolée. Mal cadrée. La greffe cathodique n’a jamais vrai­ment pris ».

Crédit pho­to : marsupilami92 via Flickr (cc)

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