France Télévisions : la plainte de deux syndicats contre la nomination de Delphine Ernotte ressort des tiroirs

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Les jours passent et le siège de Delphine Ernotte à France Télévisions semble de plus en plus menacé. Ainsi, une vieille plainte de la CGC-Médias et de la CFDT contre le président du CSA Olivier Schrameck, pour abus d’autorité et trafic d’influence, a été ressortie des cartons et les policiers de l’OCLCIFF, l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, ont commencé à s’intéresser de près au CSA.

En 2015 pourtant, la justice s’était empressée de s’endormir sur le dossier, classé partiellement sans suite. Les justifications du classement étaient tellement alambiquées – même pour la justice française – que la CFDT Médias s’en était émue : « En clair, pour le parquet, plusieurs dispositions légales, précisant le devoir d’impartialité du CSA, ne constituent pas ensemble un cadre légal ! ». Les syndicats se sont ensuite constitués partie civile, ce qui a empêché la plainte de mourir tout à fait.

Et subitement, ou plutôt « et en même temps », les policiers de l’OCLCIFF ont débarqué en pleine séance plénière du CSA le 20 décembre pour remplir des cartons de pièces à conviction, dans le cadre d’une « demande de documents administratifs relatifs à la procédure de nomination » de Delphine Ernotte. Ce n’est pas une perquisition, non. Mais cela ressemble aux contrôles dans les aéroports : on a le « choix » de les refuser.

Mais on ne monte pas dans l’avion. En l’occurrence, il y avait une commission rogatoire du juge Milca Michel-Gabriel, chargée d’instruire cette fameuse plainte avec constitution civile des syndicats. « Le parquet de Paris a commencé par s’endormir d’un sommeil minéral sur le dossier : pas le moindre acte ou presque jusqu’au 20 mars 2017 », écrit Le Canard Enchaîné (07/02/2018). À cette date, une juge a été désignée, mais la procédure s’est subitement accélérée en décembre. Désormais, ce sont les 8 membres du CSA qui avaient désigné Ernotte qui ont commencé à se faire convoquer à Nanterre dans les locaux de l’OCLCIFF. Pour Mediapart, la justice devrait aussi entendre Didier Quillot et Pascal Josèphe, principales victimes de l’engagement du président du CSA qui a permis de désigner Delphine Ernotte.

Retour d’ascenseur

Selon les éléments de la plainte, plusieurs faits peuvent être reprochés à Olivier Schrameck, patron du CSA, qui semble avoir tout fait pour imposer Delphine Ernotte à France Télévisions. Du côté de l’abus d’autorité déjà, il a tout fait pour que l’une des membres du CSA, Francine Mariani-Ducray, vote pour Ernotte ; il y aurait même eu, évoquée par certains membres de l’institution et le Canard, une « intervention extérieure : un coup de fil du vice-président du Conseil d’État, Jean-Marc Sauvé, destiné à faire plier Mariani-Ducray, elle-même issue de l’institution. Tout comme Schrameck ».

Du côté du trafic d’influence, c’est en fait un retour d’ascenseur qui est pointé par les syndicats : Olivier Schrameck a été nommé en 2013 à la tête du CSA par Hollande, bien aidé par son conseiller culturel David Kessler. Ce dernier est parti chez Orange aux côtés de Delphine Ernotte qu’il a cornaquée pour qu’elle se présente à la direction de France Télévisions. Honni soit celui qui mal y pense…

Directement visé, Olivier Schrameck se défend comme il le peut en inventant une nouvelle procédure de désignation (la troisième) pour la présidence de Radio France, afin de trouver un successeur à Matthieu Gallet. De quoi étonner la CGC-Médias : « c’est un peu comme si le CSA était un jeu de Lego à géométrie variable donc qui parvienne à créer 3 figures distinctes avec les mêmes blocs d’une loi pourtant précise ».

Et tandis que Olivier Schrameck peut méditer la morale de la fable selon laquelle « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », Le Temps s’est décidé à donner, lui, la morale de la présidence de Delphine Ernotte à France Télévisions, trop seule selon le journal suisse pour « résister au rouleau compresseur de l’Élysée ». En effet « Delphine Ernotte est une femme de télévision qui refuse d’incarner le service public à l’ancienne, sans savoir définir celui de demain. Jamais une histoire. Jamais un morceau de récit télévisuel. Aucune connivence avec les téléspectateurs. Élue seule contre tous, Delphine Ernotte reste isolée. Mal cadrée. La greffe cathodique n’a jamais vraiment pris ».

Crédit photo : marsupilami92 via Flickr (cc)