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La Chaîne Parlementaire : la course à la présidence de LCP-AN serait-elle pipée ?
Publié le 

24 février 2018

Temps de lecture : 6 minutes
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La Chaîne Parlementaire : la course à la présidence de LCP-AN serait-elle pipée ?

La présidence de la Chaîne Parlementaire de l’Assemblée Nationale, qui se partage, avec Public Sénat, le même canal et une des facettes de la (coûteuse) exception française, est renouvelée en juin. L’actuelle présidente, Marie-Ève Malouines, nommée en 2015, est candidate à sa succession. Mais un proche de Macron est favori… si bien que la course à la présidence pourrait déjà avoir été décidée.

Soutenue lors de sa nom­i­na­tion par Frédéric Haz­iza, très influ­ent sur LCP-AN, Marie-Ève Mal­ouines est l’au­teur de plusieurs livres sur la cohab­i­ta­tion Chirac-Jospin, François Hol­lande et Ségolène Roy­al, ou encore Nico­las Sarkozy.

La légitimité ébréchée de Marie-Ève Malouines

Con­nue comme une fine con­nais­seuse des arcanes de la poli­tique tra­di­tion­nelle – enfin plutôt celles de « l’an­cien monde » avant le big-bang de la prési­den­tielle 2017, elle a aus­si subi de plein fou­et les accu­sa­tions d’a­gres­sion sex­uelle dirigées con­tre Frédéric Haz­iza, pour des faits sur­venus en 2014.

Sus­pendu en novem­bre, celui-ci a été réin­té­gré en jan­vi­er sur la chaîne après n’avoir cessé de con­tester les faits qui lui étaient reprochés, tan­dis que la jour­nal­iste à l’o­rig­ine de la plainte, Astrid de Vil­laines, a annon­cé son départ de la chaîne par­lemen­taire après avoir ten­té, sans suc­cès, de négoci­er une rup­ture con­ven­tion­nelle. La SDJ, pass­able­ment échaudée, a voté une motion de défi­ance con­tre Marie-Ève Mal­ouines à l’u­na­nim­ité moins une absten­tion. Sig­nal d’un réel malaise interne lié à un « cli­mat délétère » où affleurent d’autres élé­ments à charge con­tre Frédéric Haz­iza, mais qui n’ont pas été repris dans l’en­quête interne de la chaîne qui a dédouané l’an­i­ma­teur.

Le 7 févri­er, c’est Pas­cal Boni­face qui envoie un obus de 75 sur Marie-Eve-Mal­ouines, dans la blo­gosphère de Medi­a­part. D’abord en rap­pelant que c’est Frédéric Haz­iza qui l’a faite nom­mer, au prix de quelques arrange­ments avec l’hon­nêteté : « comme Marie-Ève Mal­ouines n’avait pas réelle­ment de pro­gramme prêt et qu’il y avait quand même un pas­sage devant le con­seil d’administration, Frédéric Haz­iza lui con­seil­la par mail de copi­er le pro­gramme de Gérard Leclerc. Mais, par erreur, au lieu de l’adresser à Marie-Ève Mal­ouines, il l’envoya à Gérard Leclerc. C’était bal­lot ! ».

Mais cela n’empêcha pas la nom­i­na­tion de Marie-Eve-Mal­ouines : « à l’université, ou même lors du bac­calau­réat, un copieur ou tricheur est exclu cinq ans. À LCP/AN, on est nom­mé pour trois ans après avoir copié le pro­gramme de son con­cur­rent ». Et « curieuse­ment, Le Canard enchaîné, qui dans sa chronique médias pour­fend les turpi­tudes de l’au­dio­vi­suel pub­lic et privé, res­ta muet sur ce sujet ». Il est vrai que seuls Chal­lenges et Le Monde se sont intéressés à la voie royale qui a été faite à Marie-Eve-Mal­ouines par Claude Bar­tolone, alors prési­dent PS de l’Assem­blée.

Marie-Eve-Malouines aurait-elle censuré Robert Ménard et Pascal Boniface ?

En 2015, une émis­sion qui a don­né la parole à Robert Ménard sur le sujet de la blouse à l’é­cole, Caus­es Com­munes, est sup­primée. Son pro­duc­teur, Fran­cis Bian­coni, explique à Minute, qui révèle l’in­for­ma­tion, que ce sont juste­ment les huit min­utes du sujet biter­rois qui ont signé l’ar­rêt de mort de l’émis­sion ani­mée par Thier­ry Guer­ri­er. Le directeur des pro­grammes de la chaîne, Eric Moniot, le reçoit : « Il m’a dit, textuelle­ment : “Marie-Ève Mal­ouines n’a pas appré­cié que vous don­niez la parole à Ménard”! »

Pas­cal Boni­face se plaint aus­si de la cen­sure : « Marie-Ève Mal­ouines donne rapi­de­ment pour instruc­tion aux jour­nal­istes de la chaîne de ne pas m’in­viter, afin de com­plaire à son men­tor », il s’ag­it là de Haz­iza. « Lors du con­seil d’administration du 14 décem­bre 2016, la députée Isabelle Attard soule­va la ques­tion de la cen­sure dont je fais l’objet. Marie-George Buf­fet, absente lors de ce con­seil, avait envoyé une let­tre inter­ro­geant sur les motifs de mon inter­dic­tion d’antenne. Marie-Ève Mal­ouines crut habile d’expliquer que je n’avais de toute façon que peu d’audience ».

C’est dans ce con­texte que lors d’une émis­sion ani­mée par Frédéric Haz­iza, Frédéric Encel qual­i­fie d’ « enne­mis de la nation » Alain Badiou, Edwy Plenel et Pas­cal Boni­face. Les deux derniers deman­dent un droit de réponse… que « cette dernière s’empressa de ne pas l’accorder, indi­quant, pour ce qui me con­cerne, qu’un pan­neau où il était inscrit que je niais les accu­sa­tions portées con­tre moi avait été mon­tré pen­dant quinze sec­on­des dans l’émis­sion suiv­ante », achève Pas­cal Boni­face.

Non seule­ment la direc­tion de la chaîne ne réag­it pas , mais aucun droit de réponse ne pour­ra y être exer­cé. Ce qui laisse songeur, surtout sur une chaîne financée à fonds per­dus par le con­tribuable. Lais­sons Pas­cal Boni­face con­clure au canon :  « Marie-Ève Mal­ouines est pris­on­nière de ses con­di­tions de nom­i­na­tion : il est bien plus con­fort­able de présider la chaîne par­lemen­taire que d’opérer un véri­ta­ble tra­vail de jour­nal­iste ».

Geneviève Goëtzinger et Christine Kelly écartés par l’Assemblée Nationale

Néan­moins, lun­di 12 févri­er, après l’o­ral des cinq can­di­dats retenus jusqu’alors par l’Assem­blée Nationale, trois ont été retenus dont Marie-Ève Malouines.De son côté, Geneviève Goëtzinger, direc­trice des rela­tions insti­tu­tion­nelles de France Média Monde (ex-AEF) depuis 2012 et anci­enne jour­nal­iste pour Radio Corse Fre­quen­za Mora, puis divers­es radios libres, RFO (dev­enue depuis France O), et surtout Radio France Inter­na­tionale (1989–2012), a été écartée.

Tout comme Chris­tine Kel­ly, qui a débuté sur la TV privée Archipel 4 en Guade­loupe, avant d’être for­mée à l’I­NA puis à l’I­J­BA (insti­tut de Jour­nal­isme Bor­deaux – Aquitaine) puis de tra­vailler pour France 3, Sud-Ouest, Demain.tv, LCI, Ushuaïa TV, et enfin le CSA de 2009 à 2015. Elle est ensuite nom­mée prési­dente du Musée européen des médias, qui ne se trou­ve pas dans les locaux de l’au­dio­vi­suel pub­lic français comme on aurait pu le penser, mais doit ouvrir en 2019 à Saint-Denis.

Thierry Guerrier, passé par tous les médias, C dans l’air… et Total

Restent par­mi les trois retenus deux jour­nal­istes, Thier­ry Guer­ri­er et Bertrand Delais. Le pre­mier, dont l’émis­sion avait été sup­primée après avoir don­né la parole à Ménard, a tra­vail­lé sur France Inter (1981–87), France 3, M6, la Cinq, TF1 (1994–2001), a été directeur adjoint de France Info (2005–2006), jok­er d’Yves Calvi pour C dans l’air, est passé par RTL (2007–2008), Europe 1 et a fini par être remer­cié de France 5 en 2012. Salarié d’une agence de com’, Ella Fac­to­ry, il a été embauché pour men­er un audit sur la stratégie de com­mu­ni­ca­tion de Total, puis tra­vailler sur un site du groupe.

Lorsqu’il reprend son activ­ité de rem­plaçant pour C dans l’Air en 2013, il garde son boulot ali­men­taire chez Total, ce que révèle Medi­a­part pour qui le « ménage » fleure bon le mélange des gen­res. Visé, il réplique : « j’ai accep­té ce tra­vail car je ne voulais surtout pas être au chô­mage. Je n’ai jamais touché un cen­time des Assedic et j’en suis fier. Je n’ai plus de carte de presse. Je ne la demande plus. Le jour­nal­isme n’est plus mon activ­ité prin­ci­pale. Si j’avais un poste plus con­séquent, je ne tra­vaillerais pas pour Total. Mais il faut bien que je vive ».

Après Marie-Eve-Malouines, biographe de Hollande, Bertrand Delais, biographe de Macron ?

Le favori pour le poste est Bertrand Delais. Après des études de droit, Sci­ences Po et l’E­HESS, il réalise de nom­breux doc­u­men­taires, surtout pour le ser­vice pub­lic. Plus récem­ment, il a réal­isé deux por­traits de l’actuel prési­dent de la République, dont Macron, en marche vers l’Elysée, dif­fusé sur France 2 après son élec­tion. Sur son Face­book, il van­tait son film ain­si, quelques jours avant sa dif­fu­sion : « J’espère que ce film don­nera à com­pren­dre la force peu com­mune de notre nou­veau Prési­dent, sa capac­ité de con­trôle, son regard dis­tan­cié et sa déter­mi­na­tion sans faille ».

Après avoir ren­con­tré Emmanuel Macron au comité de rédac­tion de la revue Esprit en 2011, il l’a revu régulière­ment, et a relu plusieurs dis­cours du can­di­dat au début de sa cam­pagne prési­den­tielle comme l’a révélé Wik­ileaks. « Trois emails envoyés par Quentin Lafay, alors prin­ci­pal rédac­teur des dis­cours du fon­da­teur d’En Marche, à Bertrand Delais entre juin et octo­bre 2016, met­tent en effet en évi­dence la con­fi­ance accordée par Emmanuel Macron au jour­nal­iste. Il est pro­posé à chaque fois au réal­isa­teur de com­menter ses pro­jets d’allocution », rap­pelle Mar­i­anne.

Le pre­mier arrive le 16 juin 2016, quelques jours avant un dis­cours au Grand Ori­ent de France, et com­mence par ces mots : « Cher Bertrand, Tu trou­veras ci-joint un pre­mier jet, que je fais remon­ter en par­al­lèle à mon directeur de cab­i­net (…) Tu te doutes bien que je suis extrême­ment pre­neur de tes remar­ques générales et par­ti­c­ulières ». Les deux autres qui ont fuité datent du 9 juil­let et du 3 octo­bre, tou­jours avec le même ton très déférent.

Ces derniers mois, Bertrand Delais s’est aus­si fendu de plusieurs bil­lets sur le Huff­in­g­ton Post. Notam­ment pour célébr­er le dis­cours de Macron lors de la mort de John­ny Hal­ly­day : « Il a par­lé seul avec sa plume aux Français. Il leur a dit qu’il était comme eux tout en se met­tant à dis­tance. Une pos­ture com­pas­sion­nelle et jupitéri­enne qui vient soulign­er la charge de la fonc­tion, et la grat­i­tude qui doit l’ac­com­pa­g­n­er ». On a con­nu plus cri­tique. Ou encore « le prési­dent à l’op­ti­misme sans bornes », celui qui « est un Prési­dent qui assume de ren­tr­er dans l’his­toire ». Macron bien sûr. Celui qui « par son opti­misme veut croire aux ver­tus du pro­grès. Cette espérance dans le pro­grès le met claire­ment dans le camp de la gauche ».

N’en jetez plus ! Pour Le Canard Enchaîné (14.02), c’est plié : « la sur­prise s’est déroulée comme prévu […] le doc­u­men­tariste préféré de Macron, Bertrand Delais, s’est retrou­vé dans la liste des trois derniers can­di­dats retenus par le comité de sélec­tion ». Une quin­zaine de députés dirigés par le vice-prési­dent de l’Assem­blée Hugues Ren­son, qui fait par­tie de la République en Marche. Et la déci­sion finale appar­tient au nan­tais François de Rugy, lui aus­si En Marche.

Le comité est lui-même à moitié macro­niste. Et selon un pili­er de LCP inter­rogé par Mar­i­anne, « Bruno Roger-Petit [jour­nal­iste de sec­onde zone et porte-parole de l’Élysée] passe des coups de fil aux députés LREM en leur dis­ant : “Delais est mon can­di­dat ». Et ça marche. D’après la Let­tre A, qua­tre députés LREM lui ont attribué la note de 18/20 lors de l’épreuve écrite de sélec­tion (la moitié de la note finale) ce qui lui a per­mis de pass­er en tête, avec une moyenne de 15.61, alors que ses qua­tre rivaux étaient entre 12 et 13.61/20. Il sem­ble que là encore, Macron a décidé de ne pas rompre tout à fait avec l’an­cien monde.

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