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Retour sur Mathieu Gallet révoqué de Radio France : le CSA renonce à défier Macron

13 février 2018

Temps de lecture : 5 minutes

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Retour sur Mathieu Gallet révoqué de Radio France : le CSA renonce à défier Macron

13 février 2018

Il n’y aura finalement pas eu d’épreuve de force entre un CSA dont le patron Olivier Schrameck fait lui aussi face dès sa nomination à une crise de légitimité, aggravée par l’affaire de la chaîne Numéro 23, et Macron. Mathieu Gallet se voit révoqué de son mandat de président de Radio France à partir du 1er mars 2018. Il était sur la sellette après avoir été condamné pour favoritisme. Son mandat devait s’achever en mai 2019. Est-ce la fin de la carrière fulgurante de celui que Le Point appelle le « Bel Ami de Villeneuve-sur-Lot », dans le secteur public tout du moins ?

Macron voue-t-il une rancune personnelle à Mathieu Gallet ?

Le Canard Enchaîné (24/01/2018) lais­sait enten­dre qu’O­livi­er Schrameck, patron du CSA, fai­sait tout pour éviter la révo­ca­tion de Math­ieu Gal­let, ce qui don­nait de la fièvre à Macron : « à l’Elysée, la fièvre monte. Des con­seillers de Macron sont per­suadés que Schrameck joue dou­ble jeu et roule tou­jours pour son ex-chou­chou Gal­let. Ils craig­nent une entour­loupe du patron du CSA, à qui la majorité du col­lège (sept mem­bres) est réputée acquise ». Plus loin, le Canard enfonce le clou : « l’Élysée appré­cie chaque jour un peu moins les numéros de grand résis­tant des prési­dents du CSA et de Radio France, l’un au nom de l’indépen­dance, l’autre de l’in­no­cence ». Au point que les qua­tre représen­tants de l’État ont boy­cotté le con­seil d’ad­min­is­tra­tion de Radio France le 16 janvier.

Du reste, la source de l’inim­i­tié entre l’exé­cu­tif et Gal­let viendrait de Macron lui même, selon Le Canard : «  Macron voue une ran­cune tenace à Gal­let depuis la cam­pagne prési­den­tielle. Il lui reproche de ne pas avoir réa­gi à la rumeur venue des bas-fonds de l’In­ter­net leur prê­tant une intrigue galante […] il avait passé un coup de fil à Gal­let afin qu’il fasse le néces­saire dans le Tout-Paris. Mais le pédégé n’avait pas levé le petit doigt ».

Macron refuse de rompre avec les deux maux qui empoisonnent l’audiovisuel public

Les affaires liées aux gou­ver­nances de l’au­dio­vi­suel pub­lic — dont la dérive finan­cière dure depuis des années – sont liées pour une grande par­tie à un con­trôle interne défail­lant et à une trop grande impli­ca­tion poli­tique dans la nom­i­na­tion des gou­ver­nants. Le poi­son qui tue à petit feu l’au­dio­vi­suel pub­lic sem­ble tou­jours act­if avec Macron, pas de rup­ture de ce côté.

Du reste, l’autre poi­son – l’en­tre-soi d’une caste dirigeante médi­ati­co-poli­tique qui cou­vre les coupables et offre des pro­mo­tions dans les min­istères à ceux qui, comme Agnès Saal, à l’I­NA tou­jours, se sont faits pren­dre la main dans le sac (41.000 € de cours­es de taxi dont 7600€ pour son fils, aux frais du con­tribuable), con­tin­ue lui aus­si. Ces jours-ci, la CGC Médias sig­nale le départ de la direc­trice de cab­i­net d’O­livi­er Schrameck, Leïla Der­ouich, au min­istère de la Cul­ture. Au nom de l’indépen­dance très prob­a­ble­ment. Ou pour ren­dre Schrameck plus atten­tif à la volon­té d’Em­manuel Macron de vir­er Gallet ?

Des dépenses de com’ et de rénovation à l’INA, pas mieux chez Radio France

En effet, le 15 jan­vi­er, Gal­let avait été con­damné par le tri­bunal de Créteil à un an de prison avec sur­sis et 20.000 € d’a­mende pour avoir favorisé entre 2010 et 2014 deux sociétés de con­seil entre 2010 et 2014, lorsqu’il était prési­dent de l’I­NA. Les deux sociétés de con­seil avait reçu pour plus de 400.000 € de presta­tions, aux frais du con­tribuable (l’entreprise de con­seil Roland Berg­er Strat­e­gy, a eu 289 000 euros ; la société de con­seil Balis­es (Denis Pin­gaud) a perçu 130 000 euros).

D’après Le Canard Enchaîné il avait aus­si dépen­sé 125.000 € pour rénover ses bureaux et près d’un mil­lion d’eu­ros en frais de con­seil. Le Canard révèle (24/01/2018) trois autres con­trats oubliés par la jus­tice mais qui ont attiré l’at­ten­tion de la Cour des Comptes, dans un rap­port qui n’a pas été ren­du pub­lic. Il a seule­ment été com­mu­niqué au min­istère de la Cul­ture et à la direc­tion de l’I­NA… ain­si que de façon offi­cieuse à l’heb­do­madaire satirique.

Entre 2012 et 2014, « hors procé­dure de mise en con­cur­rence », l’I­NA verse 144.170 € à la société Chrysalis Con­seil – une par­tie des presta­tions est liée à un pro­jet déjà con­fié à un autre prestataire, Roland Berg­er. Or, il se trou­ve que les deux fon­da­tri­ces, Emmanuelle Jéhan­no et Valen­tine Burzyn­s­ki, « se sont trou­vées sur les bancs de Roland Berg­er » où elles ont tra­vail­lé pen­dant plusieurs années d’après la page de présen­ta­tion de l’en­tre­prise.

Le 28 octo­bre 2011, un con­trat de 119.000 € est signé avec l’en­tre­prise BS Con­seil, sans « pub­lic­ité ni envoi d’un cahi­er des charges », ni devis. Enfin, Pub­li­cis a palpé 693.863 € en trois ans, pour « con­seil per­son­nal­isé au prési­dent » ou « con­seil au quo­ti­di­en de la direc­trice de com­mu­ni­ca­tion » : certes, il y a eu appel d’of­fre, mais le con­trat fait dou­blon avec celui de Denis Pin­gaud. Surtout, l’I­NA est inca­pable de jus­ti­fi­er « 193.900 € de presta­tions com­plé­men­taires ».

Le motif de détourne­ment de fonds pub­lic n’avait pas été retenu faute d’en­richisse­ment per­son­nel. Le juge­ment n’en était pas moins sévère, puisque selon les juges, « tous les témoignages con­ver­gent vers une volon­té con­stante de Math­ieu Gal­let de se détach­er des oblig­a­tions en matière de marchés publics ». 

Dans la foulée de sa con­damna­tion, Françoise Nyssen, min­istre de la Cul­ture, avait estimé le 16 jan­vi­er « inac­cept­able » son main­tien à la tête de Radio France : « les dirigeants d’entreprises publiques ont un devoir d’exemplarité. Il appar­tient à l’intéressé d’en tir­er les con­séquences, ain­si qu’au Con­seil supérieur de l’audiovisuel, légale­ment com­pé­tent ». Lui de son côté, avait fait appel du juge­ment – ce qui fait qu’il ne peut être con­sid­éré comme con­damné avant d’avoir été rejugé et une fois le délai d’ap­pel de la con­damna­tion de la plus haute instance échu – et fer­me­ment refusé de démissionner.

Au sein de Radio France, l’heb­do­madaire satirique a révélé en mars 2015 qu’il a dépen­sé 100.000 € pour rénover son bureau, 90.000 € par an pour s’at­tach­er le com­mu­ni­cant Denis Pin­gaud à son ser­vice exclusif — alors que Radio France pos­sède déjà son pro­pre ser­vice com’ et en s’af­fran­chissant des règles clas­siques des marchés publics. Il a recon­nu avoir dépen­sé 104.000 € pour rénover son bureau mais a été lavé de tout soupçon par l’In­spec­tion Générale des Finances.

Réactions contrastées des syndicats et prétexte pour stopper la réforme de l’audiovisuel public ?

La révo­ca­tion de Math­ieu Gal­let a fait réa­gir les syn­di­cats. Chez SUD, Jean-Paul Que­nes­son, le délégué du syn­di­cat, demande à être reçu « urgem­ment » par le gou­verne­ment : « l’af­faib­lisse­ment de son PDG ou la vacance même de la prési­dence opéra­tionnelle de l’en­tre­prise, c’est un grand sujet de préoc­cu­pa­tion pour nous tous, car les per­spec­tives sont assez som­bres ». Pour le SNJ, la vacance du dirigeant est un pré­texte à « l’in­ter­rup­tion des dis­cus­sions sur l’avenir de l’au­dio­vi­suel pub­lic » car « aujourd’hui sans cap­i­taine, le navire Radio France, qui pour­tant affiche des résul­tats d’audience excep­tion­nels, n’a plus ni gou­ver­nail, ni boussole ». 

La CGC-Médias en revanche, qui dénonce sans relâche les dérives des gou­ver­nances d’O­livi­er Schrameck (CSA), Del­phine Ernotte (France Télévi­sions) et Math­ieu Gal­let (Radio France), se félicite de sa révo­ca­tion, tout comme Char­line Van­hoe­nack­er qui a lour­de­ment iro­nisé sur le sujet le matin du 31 jan­vi­er sur France Inter. L’ap­pui du jour­nal­iste média du Figaro, Enguérand Renault, n’au­ra pas suf­fi à sauver le sol­dat Gal­let ; il faut dire, remar­que Le Canard Enchaîné dans un entre­filet (31/01/2018) qu’il est « aux pre­miers éloges » puisque aus­si chroniqueur chez France Info, donc dans la mai­son Radio France.

Crédit pho­to : T Fran­co via Flickr (cc)

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