Accueil | Portraits | Daniel Mermet

Daniel Mermet

Le père Fouras du communisme

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 11/09/2014

« Comme d’autres sont nègres, moi je suis rouge. » (Médias, automne 2011.)

À plus de soixante-dix ans, Daniel Mermet paraît décidément inamovible, tant dans son statut que dans ses convictions. En effet, cela fait plus de vingt ans qu’il occupe un créneau d’une heure quotidienne sur la plus importante station de radio publique avec son émission « Là-bas si j’y suis » (France Inter), et plus de vingt ans qu’il y divulgue unilatéralement ses convictions d’extrême gauche. Une propagande qu’il justifie par une conception parfaitement soviétique de la démocratie : sont « démocrates » ceux qui partagent ses idées et qui sont d’ailleurs les seuls invités dans son émission, ainsi que l’a démontré, chiffres à l’appui, le site Enquête et Débat.

For­cé­ment, à ce régime, ses idées avaient peu de marge pour évoluer d’un iota, ce qui, en l’occurrence, n’a jamais été non plus un hori­zon envis­age­able pour un homme qui vit son tro­pisme idéologique comme une fatal­ité géné­tique. Daniel Mer­met jus­ti­fie en effet sys­té­ma­tique­ment ses con­vic­tions en rap­pelant qu’il est né dans une famille ouvrière de la ban­lieue rouge, argu­ment pour le moins pré­caire, en fonc­tion duquel on con­clut qu’il sévi­rait sur Radio Cour­toisie comme héraut de la Réac­tion s’il avait vu le jour à Ver­sailles dans une famille tra­di­tion­al­iste. Quoiqu’il en soit, le jour­nal­iste est né il y a fort longtemps, ce qui con­fère à son dis­cours une dimen­sion qua­si muséale, et on finit par penser que Daniel Mer­met est moins un jour­nal­iste qu’une stat­ue com­mé­mora­tive que per­son­ne n’a le courage de déboulon­ner, même s’il obstrue par ce fait une par­tie non nég­lige­able du paysage médi­a­tique.

Il est né en décem­bre 1942 à Pavil­lons-sous-Bois, et a gran­di dans une famille ouvrière de la ban­lieue parisi­enne, comp­tant huit enfants.

Formation universitaire

Il sort diplômé, en 1962, de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art. Durant ses études, ses pre­miers engage­ments le rap­prochent des posi­tions du F.L.N. algérien et du Réseau Jean­son.

Parcours professionnel

Avant sa car­rière à la radio, Daniel Mer­met a une pre­mière vie pro­fes­sion­nelle au cours de laque­lle il des­sine et fab­rique des mod­èles de jou­ets en bois, des­sine égale­ment pour l’industrie tex­tile et col­la­bore au mag­a­zine Elle. Il tra­vaille avec le réal­isa­teur de films d’animation Paul Gri­mault, grâce à qui il ren­con­tre Pierre et Jacques Prévert. En 1973, il s’oriente vers le théâtre et crée « Le Théâtre de la table qui recule », com­pag­nie qui ren­con­tre un cer­tain suc­cès avec Mor­timer Bal­ti­more, un spec­ta­cle joué notam­ment au fes­ti­val d’Avignon. Sa car­rière radio débute en 1976, date à laque­lle il entre à France Cul­ture pour réalis­er des con­tes quo­ti­di­ens et des émis­sions sur l’Art Brut (« Dans la Ban­lieue de l’Art »). Il passe sur France Inter l’année suiv­ante (« L’Oreille en coin » avec Jean Garet­to et Pierre Codou) et va encore explor­er de nom­breux reg­istres (une émis­sion de voy­age poé­tique : « Dans la ville de Para­mari­bo, il y a une rue qui monte et qui ne descend jamais », une émis­sion sur l’horreur en 1984 : « Chair de poule », sur le jazz en 1985 : « Char­lie Piano Bar », sur l’humour en 1987 : « Bien­v­enue à bord du Titan­ic » sur l’érotisme avec « La Coulée Douce » (qui fera scan­dale en 1985 et 1986).

Mais c’est à par­tir de sep­tem­bre 1989 que Mer­met com­mence d’animer « Là-bas si j’y suis », émis­sion quo­ti­di­enne mêlant voy­ages, enquêtes et grands reportages, avec une ligne édi­to­ri­ale « cri­tique et engagée » (c’est-à-dire d’extrême gauche). « C’est vrai que nous sommes plus près des routiers que des ren­tiers, plus près des jeta­bles que des nota­bles », pré­ten­dra Daniel Mer­met bien qu’il règne aujourd’hui depuis 23 ans sur cette véri­ta­ble insti­tu­tion qui sera récom­pen­sée par les prix Ondas (1992), Scam (1993), du Con­seil français de l’audiovisuel (1998), mais que son fon­da­teur voudrait néan­moins faire pass­er pour un campe­ment de Bohémiens, un réflexe com­mun au pays de la sub­ver­sion sub­ven­tion­née.

Par­al­lèle­ment à son émis­sion, Daniel Mer­met dirige, en 2002 et en col­lab­o­ra­tion avec Antoine Chao (le frère du ménestrel), « Mords la main qui te nour­rit » avec des chômeurs sta­giaires à la Mai­son de la Cul­ture d’Amiens. Il réalise, en 2008, « Chom­sky et Com­pag­nie », avec Olivi­er Azam, un film doc­u­men­taire qui fait 65 000 entrées. Suite à une émis­sion sur le con­flit israé­lo-pales­tinien et la dif­fu­sion de pro­pos d’auditeurs, Mer­met a été pour­suivi à l’initiative de Gilles-William Gold­nadel en 2001 pour « inci­ta­tion à la haine raciale », mais relaxé en juil­let 2002 et défini­tive­ment acquit­té par la Cour d’appel de Ver­sailles le 20 décem­bre 2006. Au sujet des con­flits internes, Joëlle Lev­ert, Attachée de pro­duc­tion de l’émission, a accusé en 2003 Daniel Mer­met de har­cèle­ment moral, décrivant l’animateur comme un chef tyran­nique, intraitable et manip­u­la­teur. Si ses colères sem­blent être con­nues de tous ceux qui ont eu à le fréquenter, Joëlle Lev­ert rap­porte des pro­pos d’une extrême vio­lence : « Tu vois ce que c’est, rien ? Toi, t’es moins que rien », lui aurait-il même affir­mé jusqu’à pouss­er à bout sa col­lègue (absorp­tion de médica­ments), qui se dis­ait d’autant plus harcelée qu’elle venait, après sept CDD, d’obtenir un CDI. Mer­met, patron odieux ? En tout cas, très soucieux de la rentabil­ité de ses effec­tifs… À not­er égale­ment que sa fameuse expres­sion des audi­teurs « mod­estes et géni­aux » est, comme il l’a lui-même avoué, un emprunt à la troupe du cirque « Archaos » qui remer­ci­ait son pub­lic de cette manière à la fin de ses spec­ta­cles. Cela dit, pourquoi ne pas col­lec­tivis­er les traits d’esprits ?

En juin 2014, la nou­velle direc­trice de l’antenne de France Inter, Lau­rence Bloch, annonce l’arrêt de l’émission Là-bas si j’y suis. Cette déci­sion est prise con­tre la volon­té de l’équipe en charge du pro­gramme. Les audi­teurs de l’émission protes­tent vigoureuse­ment con­tre ce choix édi­to­r­i­al, notam­ment à tra­vers le site la-bas.org. Une péti­tion pour le main­tien de l’émission récolte près de 80 000 sig­na­tures au cours de l’été. Fin août 2014, Daniel Mer­met annonce qu’il envis­age de faire renaître l’émission sur inter­net dès le début de l’année 2015.

Combien il gagne

Non ren­seigné.

Publications

  • Là-bas si j’y suis : car­nets de voy­ages, Agen­da 2000, édi­tion Eden, 1999.
  • Là-bas si j’y suis : car­nets de routes, édi­tion Pock­et, Paris, 2000.
  • Là-bas si j’y suis : car­nets de voy­ages, Agen­da 2001, édi­tion Eden, 2000.
  • Là-bas si j’y suis : car­nets de voy­ages, Agen­da 2002, édi­tion Eden, 2001.
  • Nos années Pier­rot, La Décou­verte / France Inter (CD-Livre), 2001.
  • Ugly : Ohmondieu-mondieu-mondieu !, édi­tion Point vir­gule, 2002.
  • L’île du droit à la caresse, édi­tion Pana­ma, 2004.
  • Post-scrip­tum sur l’insignifiance suivi de Dia­logue, édi­tion de l’Aube, 2007.

Collaborations

Chom­sky & Cie, doc­u­men­taire de Olivi­er Azam et Daniel Mer­met basé sur la réal­i­sa­tion d’un reportage radio pour « Là-bas si j’y suis » par Giv Anquetil et Daniel Mer­met. Sor­ti en salle le 26 novem­bre 2008.

Chom­sky et le pou­voir, doc­u­men­taire d’Olivier Azam et Daniel Mer­met basé sur un nou­v­el entre­tien avec Noam Chom­sky réal­isé en avril 2009. Sor­ti en DVD en novem­bre 2009 avec le pre­mier volet du doc­u­men­taire.

Il l’a dit

« Les jour­nal­istes sont aujourd’hui les pom pom girls du cap­i­tal­isme », Ren­con­tres : « L’Information et le pou­voir », Les Chapiteaux du livre, Théâtre de Sor­tie Ouest à Béziers, 29 sep­tem­bre 2012

« Les médias de notre pays opèrent con­tre la démoc­ra­tie », ibid.

« Ma sen­si­bil­ité poli­tique ne vient pas des livres ou des voy­ages, mais de mon orig­ine sociale. Je suis né dans la ban­lieue rouge, au sein d’une famille de huit enfants, très pau­vre. Je suis tombé dedans étant petit. Comme cer­tains sont nègres, moi je suis rouge », Médias, automne 2011

« Je suis exigeant pour les bons, tyran­nique pour les médiocres », Les Inrock­upt­ibles, févri­er 2010.

« C’est vrai que je vais avoir 72 ans cette année, mais je n’en ai pas honte du tout ! Faire du jeu­nisme ou de la géron­to­pho­bie est tout à fait hon­teux. Est-ce que Radio France va faire de la géron­to­pho­bie avec Edgar Morin ou Ken Loach ? C’est absol­u­ment dégueu­lasse de dire qu’il faut vir­er les vieux pour les rem­plac­er par des jeunes. Ce n’est pas parce que les jour­nal­istes sont jeunes que le pub­lic se raje­u­nit. Aujourd’hui Noam Chom­sky est lu en ter­mi­nal. Cet argu­ment ne marche pas. Il n’y a pas eu de vieil­lisse­ment de cette émis­sion, car elle est nour­rie par l’actualité, par l’air du temps. Leur point de vue n’est pas défend­able. Que reste-t-il alors comme argu­ment ? Il faut chang­er, il faut raje­u­nir, soit. Mais pourquoi faire dis­paraître une émis­sion, alors qu’on aurait pu la met­tre le week-end ? Il y a une volon­té de la faire dis­paraître. C’est la réal­ité. Quand vous avez débusqué ces men­songes arro­gants, il reste que c’est une déci­sion poli­tique. C’est une émis­sion qui déplaît, à cause de sa ligne édi­to­ri­ale, à l’actuelle direc­tion de Radio France, tout sim­ple­ment. En ver­tu peut-être – c’est plus com­pliqué – des atti­tudes de revanche per­son­nelle qui peu­vent dicter la con­duite de cette direc­tion.» Les Inrock­upt­ibles, 29 juin 2014.

Nébuleuse

Serge Hal­i­mi ; Alain Gresh ; Éric Haz­an ; Antoine Chao ; Olivi­er Azam ; François Ruf­fin ; Ares­ki ; Jacques Higelin ; Noam Chom­sky.

Ils ont dit

« Cette émis­sion est à elle-seule la preuve du deux poids deux mesures dans notre pays. Sur une chaîne publique (donc payée par les impôts de tous), France Inter en l’occurrence, depuis plus de 20 ans, une émis­sion quo­ti­di­enne donne la parole à l’extrême-gauche et seule­ment à l’extrême-gauche », Jean Robin, Enquête et Débat, 15 avril 2012

« Daniel Mer­met, c’est le Christ ! On l’a cru­ci­fié une fois [l’horaire de son émis­sion a été avancé à la ren­trée 2009, NDLR], on ne peut pas le refaire une sec­onde fois », Didi­er Porte, Street Press, 21 octo­bre 2010

« Trop per­so pour devenir le porte-parole de quiconque : il vote Besan­cenot mais joue les briseurs de grève à France Inter. Trop dic­ta­to­r­i­al avec ses col­lab­o­ra­teurs, trop tyran­nique et méprisant envers le petit per­son­nel pour exercer un mag­istère, même à Radio France », Christophe Ayad, Libéra­tion, 12 juil­let 2002

« Il n’est pas mondain mais habite un apparte­ment trop étroit et mal fichu en plein Boboland, dans le quarti­er de Mon­torgueil, qui a l’avantage d’être en ter­ri­toire “enne­mi” », ibid.

Crédit pho­to : Bertrand via Wiki­me­dia (cc)

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

Ce portrait a été financé par les donateurs de l'OJIM

Aider l’Observatoire du jour­nal­isme, c’est con­tribuer au développe­ment d’un out­il indépen­dant, libre­ment acces­si­ble à tous et à votre ser­vice.

Notre site est en effet entière­ment gra­tu­it, nous refu­sons toute pub­lic­ité et toute sub­ven­tion — ce sont les lecteurs/donateurs qui assurent notre indépen­dance. En don­nant 100 € vous financez un por­trait de jour­nal­iste et avec l’avan­tage fis­cal de 66% ceci ne vous coûte que 33 €. En don­nant 200 € vous financez un dossier. Vous pou­vez régler par CB, par Pay­Pal, par chèque ou par vire­ment. Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim ! Nous n’avons pas d’autres sources de finance­ment que nos lecteurs, d’avance mer­ci pour votre sou­tien.

9% récolté
Nous avons récolté 185,00€ sur 2.000,00€. Vous appré­ciez notre tra­vail ? Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim !

Suivez-nous sur les réseaux sociaux