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Daniel Mermet

11 janvier 2020

Temps de lecture : 13 minutes
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Daniel Mermet

Le père Fouras du communisme

« Comme d’autres sont nègres, moi je suis rouge. » (Médias, automne 2011.)

À plus de soixante-dix ans, Daniel Mermet fait de la résistance mais désespère, de son propre aveu, « d’arriver à rejoindre à nouveau le grand public. » En effet, il a occupé pendant vingt ans un créneau d’une heure quotidienne sur la plus importante station de radio publique avec son émission « Là-bas si j’y suis » (France Inter), une tribune inespérée (qui rassemblait entre 450 000 et 700 000 auditeurs par émission), où il divulguait unilatéralement ses convictions d’extrême gauche. Une propagande, qu’il poursuit aujourd’hui sur la toile avec un site au nom éponyme, invariablement justifiée par une conception parfaitement soviétique de la démocratie : sont « démocrates » ceux qui partagent ses idées et qui sont d’ailleurs les seuls invités dans son émission, ainsi que l’a démontré, chiffres à l’appui, le site Enquête et débat.

For­cé­ment, à ce régime, ses idées avaient peu de marge pour évoluer d’un iota, ce qui, en l’occurrence, n’a jamais été non plus un hori­zon envis­age­able pour un homme qui vit son tro­pisme idéologique comme une fatal­ité géné­tique. Daniel Mer­met jus­ti­fie en effet sys­té­ma­tique­ment ses con­vic­tions en rap­pelant qu’il est né dans une famille ouvrière de la ban­lieue rouge, argu­ment pour le moins pré­caire, en fonc­tion duquel on con­clut qu’il sévi­rait sur Radio Cour­toisie comme héraut de la Réac­tion s’il avait vu le jour à Ver­sailles dans une famille tra­di­tion­al­iste. Quoiqu’il en soit, le jour­nal­iste est né il y a fort longtemps, ce qui con­fère à son dis­cours une dimen­sion qua­si muséale, et on finit par penser que Daniel Mer­met est moins un jour­nal­iste qu’une stat­ue com­mé­mora­tive que per­son­ne n’aurait eu le courage de déboulon­ner il y a encore quelques années, même s’il a longtemps obstrué par ce fait une par­tie non nég­lige­able du paysage médi­a­tique.

Il est né en décem­bre 1942 à Pavil­lons-sous-Bois, et a gran­di dans une famille ouvrière de la ban­lieue parisi­enne, comp­tant huit enfants.

Formation universitaire

Il sort diplômé, en 1962, de l’É­cole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art. Durant ses études, ses pre­miers engage­ments le rap­prochent des posi­tions du F.L.N. algérien et du Réseau Jean­son.

Parcours professionnel

Avant sa car­rière à la radio, Daniel Mer­met a une pre­mière vie pro­fes­sion­nelle au cours de laque­lle il des­sine et fab­rique des mod­èles de jou­ets en bois, des­sine égale­ment pour l’industrie tex­tile et col­la­bore au mag­a­zine Elle. Il tra­vaille avec le réal­isa­teur de films d’animation Paul Gri­mault, grâce à qui il ren­con­tre Pierre et Jacques Prévert. En 1973, il s’oriente vers le théâtre et crée « Le Théâtre de la table qui recule », com­pag­nie qui ren­con­tre un cer­tain suc­cès avec Mor­timer Bal­ti­more, un spec­ta­cle joué notam­ment au fes­ti­val d’Avignon. Sa car­rière radio débute en 1976, date à laque­lle il entre à France Cul­ture pour réalis­er des con­tes quo­ti­di­ens et des émis­sions sur l’Art Brut (« Dans la Ban­lieue de l’Art »). Il passe sur France Inter l’année suiv­ante (« L’Oreille en coin » avec Jean Garet­to et Pierre Codou) et va encore explor­er de nom­breux reg­istres (une émis­sion de voy­age poé­tique : « Dans la ville de Para­mari­bo, il y a une rue qui monte et qui ne descend jamais », une émis­sion sur l’horreur en 1984 : « Chair de poule », sur le jazz en 1985 : « Char­lie Piano Bar », sur l’humour en 1987 : « Bien­v­enue à bord du Titan­ic » sur l’érotisme avec « La Coulée Douce » (qui fera scan­dale en 1985 et 1986).

Mais c’est à par­tir de sep­tem­bre 1989 que Mer­met com­mence d’animer « Là-bas si j’y suis », émis­sion quo­ti­di­enne mêlant voy­ages, enquêtes et grands reportages, avec une ligne édi­to­ri­ale « cri­tique et engagée » (c’est-à-dire d’extrême gauche). « C’est vrai que nous sommes plus près des routiers que des ren­tiers, plus près des jeta­bles que des nota­bles », pré­ten­dra Daniel Mer­met bien qu’il règne aujourd’hui depuis 23 ans sur cette véri­ta­ble insti­tu­tion qui sera récom­pen­sée par les prix Ondas (1992), Scam (1993), du Con­seil français de l’audiovisuel (1998), mais que son fon­da­teur voudrait néan­moins faire pass­er pour un campe­ment de Bohémiens, un réflexe com­mun au pays de la sub­ver­sion sub­ven­tion­née.

Il con­vient de not­er par ailleurs que, si Daniel Mer­met se flat­tait de représen­ter un courant minori­taire et dis­si­dent à l’intérieur du paque­bot de Radio France, il s’honore égale­ment d’avoir for­mé des jour­nal­istes qui sont autant de pièces maîtress­es des radios publiques (citons Sonia Kro­n­lund, pro­duc­trice des « Pieds sur Terre » sur France Cul­ture ; Yann Chou­quet, le directeur des pro­grammes de France Inter) ou qui sévis­sent dans d’autres médias d’extrême-gauche. Il ne sem­ble pas relever la con­tra­dic­tion, à moins qu’il fasse mine de pré­ten­dre que les jour­nal­istes changent subite­ment d’idéologie lorsqu’il changent d’émissions ou de tranche horaire.

Par­al­lèle­ment à son émis­sion, Daniel Mer­met dirige, en 2002 et en col­lab­o­ra­tion avec Antoine Chao (le frère du ménestrel), « Mords la main qui te nour­rit » avec des chômeurs sta­giaires à la Mai­son de la Cul­ture d’Amiens. Il réalise, en 2008, « Chom­sky et Com­pag­nie », avec Olivi­er Azam, un film doc­u­men­taire qui fait 65 000 entrées. Suite à une émis­sion sur le con­flit israé­lo-pales­tinien et la dif­fu­sion de pro­pos d’auditeurs, Mer­met a été pour­suivi à l’initiative de Gilles-William Gold­nadel en 2001 pour « inci­ta­tion à la haine raciale », mais relaxé en juil­let 2002 et défini­tive­ment acquit­té par la Cour d’appel de Ver­sailles le 20 décem­bre 2006. Au sujet des con­flits internes, Joëlle Lev­ert, Attachée de pro­duc­tion de l’émission, a accusé en 2003 Daniel Mer­met de har­cèle­ment moral, décrivant l’animateur comme un chef tyran­nique, intraitable et manip­u­la­teur. Si ses colères sem­blent être con­nues de tous ceux qui ont eu à le fréquenter, Joëlle Lev­ert rap­porte des pro­pos d’une extrême vio­lence : « Tu vois ce que c’est, rien ? Toi, t’es moins que rien », lui aurait-il même affir­mé jusqu’à pouss­er à bout sa col­lègue (qui aurait ten­té de se sui­cider par sur­dosage de médica­ments), qui se dis­ait d’autant plus harcelée qu’elle venait, après sept CDD, d’obtenir un CDI.

L’apparatchik de la radio publique aurait égale­ment puni deux de ses anciens reporters (Thier­ry Scharf et Claire Hauter), en les rétrogradant un rang de pigistes pour la sim­ple et bonne rai­son que ceux-ci auraient nég­ligé de sign­er une péti­tion écrite par Mer­met pour se défendre des accu­sa­tions portées par Joëlle Lev­ert.

Mer­met, patron odieux ? En tout cas, très soucieux de la rentabil­ité de ses effec­tifs, qu’il tient à press­er comme des oranges pour en extraire tout le jus, d’où une rota­tion endi­a­blée par­mi son équipe (Arti­cle 11 évoque des chiffres qui don­nent le tour­nis : « entre 2010 et aujourd’hui, l’émission « mod­este et géniale » a usé qua­tre réal­isa­teurs, trois assis­tants réal­isa­teurs, qua­tre attachés de pro­duc­tion, six « chefs du répon­deur » […] et huit reporters. »). À not­er égale­ment que sa fameuse expres­sion des audi­teurs « mod­estes et géni­aux » est, comme il l’a lui-même avoué, un emprunt à la troupe du cirque « Archaos » qui remer­ci­ait son pub­lic de cette manière à la fin de ses spec­ta­cles. Cela dit, pourquoi ne pas col­lec­tivis­er les traits d’esprits ?

La direc­tion de la radio décide en 2006 de déplac­er l’émission à une heure de moin­dre écoute, ce qui déclenche l’ire de Mer­met et des audi­teurs ; comme de cou­tume, une péti­tion ne tarde pas à cir­culer, pes­tant con­tre une sup­posée reprise en main poli­tique à l’approche des élec­tions de 2007.

En juin 2014, la nou­velle direc­trice de l’antenne de France Inter, Lau­rence Bloch, annonce l’arrêt de l’émission Là-bas si j’y suis. Mer­met, qui s’était fait tant de mouron quant à l’éventuelle sus­pen­sion de son émis­sion lors de la nom­i­na­tion de son enne­mi déclaré Philippe Val à la tête de France Inter en 2009, sera finale­ment écarté sous l’ère hol­lan­di­enne par une femme enten­dant raje­u­nir et féminis­er l’antenne.

Cette déci­sion est prise con­tre la volon­té de l’équipe en charge du pro­gramme, par­ti­c­ulière­ment les reporters per­ma­nents au statut moins pré­caire. Mais, l’émission béné­fi­ciant d’une cer­taine aura, même les petites mains sem­blaient se faire une rai­son et accep­taient cette épreuve comme une sorte de sac­er­doce idéologique autant qu’un avance­ment pour leur car­rière de jour­nal­iste, ce qui explique le temps qu’il aura fal­lu avant que l’omerta soit brisée. Comme le con­fesse une anci­enne col­lab­o­ra­trice broyée par la charge de tra­vail colos­sale exigée par Mer­met : « parce que cette émis­sion est trop impor­tante. C’est la seule qui nous reste dans les grands médias. »

Les audi­teurs de l’émission protes­tent vigoureuse­ment con­tre ce choix édi­to­r­i­al, notam­ment à tra­vers le site la-bas.org. Une péti­tion pour le main­tien de l’émission récolte près de 80 000 sig­na­tures au cours de l’été. Dans la foulée, l’équipe des jour­nal­istes tit­u­laires (Antoine Chao, Giv Anquetil et Char­lotte Per­ry), restée très proche de Mer­met, se voit pro­pos­er par la direc­tion, en guise de com­pen­sa­tion, de pro­duire une émis­sion qui puisse pren­dre le relais de Là-bas si j’y suis.

Le nou­veau pro­gramme voit le jour dès août 2014, sous le titre d’Un bruit qui court. À la fin du même mois, Daniel Mer­met annonce qu’il envis­age de faire renaître l’émission sur inter­net. Il tient sa promesse car le site voit le jour en jan­vi­er 2015. Pro­posant au départ une émis­sion heb­do­madaire sur le mod­èle de sa défunte émis­sion, le site s’enrichit pro­gres­sive­ment d’articles (dont la majorité est réservée aux 30 000 abon­nés que compte le site en 2019) de pod­casts et de chroniques au for­mat vidéo, sont sou­vent tenues par des anci­ennes fig­ures de la gauche médi­a­tique plus tout à fait en odeur de sain­teté (dont Didi­er Porte et l’inévitable Aude Lancelin), l’extrême-gauche n’étant jamais en carence de rad­i­cal­isme auto­proclamé.

En novem­bre 2017, Daniel Mer­met gagne son procès en appel con­tre Radio France, qu’il accu­sait de licen­ciement abusif. La radio est publique est alors som­mée de lui vers­er 139 520 € à titre d’indemnité légale de licen­ciement, 140 000 € de dom­mages et intérêts et 16 785 € à titre d’indemnité de préavis. Son pub­lic de jus­ticiers soci­aux impéni­tents apprend à cette occa­sion que le patri­arche était recon­duit de CDD en CDD depuis 38 ans par la direc­tion de la radio et que cette sit­u­a­tion inad­mis­si­ble fai­sait de lui l’authentique représen­tant du pré­cari­at, à la dif­férence des pigistes qu’il mal­me­nait. La morale d’extrême-gauche est sauve et le com­bat peut con­tin­uer.

Combien il gagne

De l’aveu de son ancien col­lab­o­ra­teur et ami François Ruf­fin dans la revue Fakir : « Ça se compte en mil­liers d’euros, un salaire de bon cadre, arron­di avec les droits d’auteur, les pro­duits dérivés, un livre, un CD, un film. Il n’est pas pau­vre, à coup sûr. »

Publications

  • Là-bas si j’y suis : car­nets de voy­ages, Agen­da 2000, édi­tion Eden, 1999.
  • Là-bas si j’y suis : car­nets de routes, édi­tion Pock­et, Paris, 2000.
  • Là-bas si j’y suis : car­nets de voy­ages, Agen­da 2001, édi­tion Eden, 2000.
  • Là-bas si j’y suis : car­nets de voy­ages, Agen­da 2002, édi­tion Eden, 2001.
  • Nos années Pier­rot, La Décou­verte / France Inter (CD-Livre), 2001.
  • Ugly : Ohmondieu-mondieu-mondieu !, édi­tion Point vir­gule, 2002.
  • L’île du droit à la caresse, édi­tion Pana­ma, 2004.
  • Post-scrip­tum sur l’in­signifi­ance suivi de Dia­logue, édi­tion de l’Aube, 2007.

Collaborations

Chom­sky & Cie, doc­u­men­taire de Olivi­er Azam et Daniel Mer­met basé sur la réal­i­sa­tion d’un reportage radio pour « Là-bas si j’y suis » par Giv Anquetil et Daniel Mer­met. Sor­ti en salle le 26 novem­bre 2008.

Chom­sky et le pou­voir, doc­u­men­taire d’Olivier Azam et Daniel Mer­met basé sur un nou­v­el entre­tien avec Noam Chom­sky réal­isé en avril 2009. Sor­ti en DVD en novem­bre 2009 avec le pre­mier volet du doc­u­men­taire.

Le duo récidive en 2015 en adap­tant à l’écran la somme d’Howard Zinn, His­toire pop­u­laire des États-Unis, qui, comme le doc­u­men­taire précé­dent, est pro­duit grâce à une souscrip­tion publique et béné­fi­cie égale­ment d’une sor­tie en salles le 29 avril 2015.

Il l’a dit

« Oui, et c’est ça qui a emmerdé la direc­tion [de France Inter, ndlr]. Ça a été un suc­cès d’audience tout le long, avec une moyenne de 500 000 per­son­nes par jour, y com­pris quand ils ont décalé l’émission en 2006, à la veille des élec­tions de 2007 et surtout après le référen­dum de 2005. On les avait beau­coup agacés alors, parce qu’on avait soutenu le « Non » et pas eux, la direc­tion et la rédac­tion en général. Donc ils nous ont col­lés à 15 h, au lieu de 17 h, donc sur une tranche de l’après-midi où c’était mort, 150 000 audi­teurs, et on a remon­té cette tranche, avec 700 000 per­son­nes à 15 h, un score qu’ils n’ont jamais refait depuis. À l’époque on dis­ait aux audi­teurs : « Arrêtez de nous écouter, on va se faire vir­er ». Et c’était un peu vrai. […] Et il faut soulign­er autre chose : le jour­nal­isme dis­si­dent ça marche ! Par­mi les anciens de « Là-bas », on a un député [François Ruf­fin], des gens qui ont des émis­sions sur Inter, sur France Cul­ture, un directeur des pro­grammes, des gens qui sont sur Medi­a­part, etc. Ça aus­si ça fait par­tie de l’histoire. », site du NPA, 30 novem­bre 2019.

« La classe moyenne a lâché la classe pop­u­laire dans les années 1980. Avec la mon­tée du chô­mage, le pro­lo per­dait sa force ouvrière et ses chances d’ascension sociale — il glis­sait même vers le bas ; on ne le voy­ait plus, il puait l’échec. La gauche de gauche n’a pas su devenir l’expression poli­tique de ce monde désem­paré. Rejet, humil­i­a­tion, ressen­ti­ment, tout ce qu’il fal­lait pour gliss­er vers l’abstention ou le FN. On en est là. Ce racisme social, on le retrou­ve dès qu’on entend : « Au fond, les com­mu­nistes, c’est le FN, c’est pareil. » C’est la phrase d’Hollande. C’est une saloperie sans nom. Je com­prends tout à fait que des gars ail­lent au FN. On fai­sait un reportage la semaine passée, à Maubeuge, dans une usine, une forge métal­lurgique. Les gars sont fou­tus mais ils con­tin­u­ent de se bat­tre jusqu’au bout. C’est un dés­espoir total, tout le monde se fout d’eux. J’étais avant avec les Goodyear. Ils me dis­aient qu’ils étaient tous à la CGT mais que la moitié votait Marine Le Pen. Et quand tu restes leur par­ler, tu com­prends pourquoi. « On l’a pas essayée, elle », me dit un gars. « – Mais attends, je réponds, il y a Mélen­chon, non ? – Ouais, il est bien Mélen­chon, mais c’est un Parisien. Et puis, il par­le, tu dirais Vic­tor Hugo… Marine, on la com­prend. – Mais, j’ajoute, Marine Le Pen aus­si, elle est de Paris. – Ouais, ouais, mais on l’a pas essayée. Et puis, eh, c’est une femme ! » Qu’est-ce que tu veux faire ? Je suis mal­heureux comme tout de voir que la gauche ne peut pas pro­pos­er autre chose. Com­ment stig­ma­tis­er ces gens ? On les a tous lais­sés dans la merde. C’est un aban­don total, ils n’ont aucun recours. », Bal­last, 16 juil­let 2015.

« C’est vrai que je vais avoir 72 ans cette année, mais je n’en ai pas honte du tout ! Faire du jeu­nisme ou de la géron­to­pho­bie est tout à fait hon­teux. Est-ce que Radio France va faire de la géron­to­pho­bie avec Edgar Morin ou Ken Loach ? C’est absol­u­ment dégueu­lasse de dire qu’il faut vir­er les vieux pour les rem­plac­er par des jeunes. Ce n’est pas parce que les jour­nal­istes sont jeunes que le pub­lic se raje­u­nit. Aujourd’hui Noam Chom­sky est lu en ter­mi­nale. Cet argu­ment ne marche pas. Il n’y a pas eu de vieil­lisse­ment de cette émis­sion, car elle est nour­rie par l’actualité, par l’air du temps. Leur point de vue n’est pas défend­able. Que reste-t-il alors comme argu­ment ? Il faut chang­er, il faut raje­u­nir, soit. Mais pourquoi faire dis­paraître une émis­sion, alors qu’on aurait pu la met­tre le week-end ? Il y a une volon­té de la faire dis­paraître. C’est la réal­ité. Quand vous avez débusqué ces men­songes arro­gants, il reste que c’est une déci­sion poli­tique. C’est une émis­sion qui déplaît, à cause de sa ligne édi­to­ri­ale, à l’actuelle direc­tion de Radio France, tout sim­ple­ment. En ver­tu peut-être – c’est plus com­pliqué – des atti­tudes de revanche per­son­nelle qui peu­vent dicter la con­duite de cette direc­tion.» Les Inrock­upt­ibles, 29 juin 2014.

« Je t’en veux per­son­nelle­ment, Bry­go, d’avoir créé ça dans l’équipe, des reven­di­ca­tions salar­i­ales, alors que les règles sont claires quand tu entres dans la boîte ! C’est tant du cachet et voilà. Moi qui pen­sais qu’on était en auto­ges­tion joyeuse dans cette équipe, je décou­vre avec ce que tu as fait que tu t’es livré à des jeux de pou­voir pour pren­dre le pou­voir dans l’émission. Tu pour­ras dire que t’as tra­vail­lé à “Là-bas si j’y suis”, ça fait bien comme carte de vis­ite, hein ? Tu pour­ras dire que tu t’es payé un patron de gauche, hein ? » Tirade adressé au jour­nal­iste Julien Bry­go, qui avait eu le front de dévoil­er son salaire à l’antenne, Arti­cle 11, 26 juin 2013.

« Les jour­nal­istes sont aujourd’hui les pom pom girls du cap­i­tal­isme », Ren­con­tres : « L’Information et le pou­voir », Les Chapiteaux du livre, Théâtre de Sor­tie Ouest à Béziers, 29 sep­tem­bre 2012

« Les médias de notre pays opèrent con­tre la démoc­ra­tie », ibid.

« Ma sen­si­bil­ité poli­tique ne vient pas des livres ou des voy­ages, mais de mon orig­ine sociale. Je suis né dans la ban­lieue rouge, au sein d’une famille de huit enfants, très pau­vre. Je suis tombé dedans étant petit. Comme cer­tains sont nègres, moi je suis rouge », Médias, automne 2011

« Je suis exigeant pour les bons, tyran­nique pour les médiocres », Les Inrock­upt­ibles, févri­er 2010.

Nébuleuse

Serge Hal­i­mi ; Alain Gresh ; Éric Haz­an ; Antoine Chao ; Olivi­er Azam ; François Ruf­fin ; Ares­ki ; Jacques Higelin ; Noam Chom­sky ; Sonia Kro­n­lund ; Pierre Chou­quet ; Jonathan Duong.

Ils ont dit

« Dans le grand jeu de la con­cur­rence entre sta­tions, Radio France achète des Patrick Sabati­er, des Isabelle Gior­dano, des Pas­cale Clark à prix d’or. À des fauss­es vedettes, la télé signe des chèques avec cinq zéros. Et voilà ce type, une star quand même dans son reg­istre, qui ne pos­sède même pas son apparte­ment, qui ne com­prend rien de rien au pognon, qui dépense tout en taxi et restau, qui serait infoutu de pren­dre une action, qui a con­nu des années de vache squelet­tique, qui est resté fidèle au ser­vice pub­lic durant toute sa car­rière (il est vrai que le privé n’en voudrait pas trop), et on va l’accuser de quoi ? De gag­n­er plus que ses reporters ? La blague. », François Ruf­fin, Fakir, 8 juil­let 2013.

« Daniel Mer­met n’est en rien respon­s­able ni du bud­get dérisoire affec­té à l’émission qu’il ani­me, ni de la pré­car­ité statu­taire des col­lab­o­ra­teurs de l’émission, ni du détourne­ment du régime d’indemnisation des inter­mit­tents du spec­ta­cle : tout cela relève de la direc­tion de France Inter. C’est cette « pré­car­ité insti­tuée » (pour repren­dre l’expression du SNJ) qui gan­grène la plu­part des médias qu’il con­vient avant tout de com­bat­tre, parce qu’elle est généra­trice de toutes les formes de souf­france au tra­vail, d’invitation à la soumis­sion et, le plus sou­vent, de détéri­o­ra­tion de la qual­ité de l’information, comme nous n’avons cessé de les soulign­er. La lutte con­tre cette pré­car­ité dépasse large­ment le seul cas de « Là-bas si j’y suis », mais elle l’englobe. », Acrimed, 3 juil­let 2013.

« Ça a été trop douloureux pour moi, je ne veux plus en par­ler, lâche Mau­rane. Le rythme d’enfer, la pres­sion, le silence dans le bureau… Et puis mon petit lyn­chage où, en tant que fille d’ouvriers, je me suis fait traiter de “traître à ma classe”. » Le doyen de LBSJS pos­sède en effet cette habi­tude char­mante qui con­siste à utilis­er l’origine sociale de ses employés en guise d’arme d’intimidation mas­sive. À la manière d’un Bernard Tapie ou d’un Joey Starr, Daniel Mer­met ne cesse d’invoquer ses pro­pres orig­ines pop­u­laires pour marcher sur la tête des autres. « Comme cer­tains sont nègres, moi je suis rouge », proclame-t-il comme on bran­dit un bâton de maréchal. » Olivi­er Cyran, Article11, 26 juin 2013.

« Cette émis­sion est à elle-seule la preuve du deux poids deux mesures dans notre pays. Sur une chaîne publique (donc payée par les impôts de tous), France Inter en l’occurrence, depuis plus de 20 ans, une émis­sion quo­ti­di­enne donne la parole à l’extrême-gauche et seule­ment à l’extrême-gauche », Jean Robin, Enquête et Débat, 15 avril 2012

« Daniel Mer­met, c’est le Christ ! On l’a cru­ci­fié une fois [l’horaire de son émis­sion a été avancé à la ren­trée 2009, NDLR], on ne peut pas le refaire une sec­onde fois », Didi­er Porte, Street Press, 21 octo­bre 2010

« Trop per­so pour devenir le porte-parole de quiconque : il vote Besan­cenot mais joue les briseurs de grève à France Inter. Trop dic­ta­to­r­i­al avec ses col­lab­o­ra­teurs, trop tyran­nique et méprisant envers le petit per­son­nel pour exercer un mag­istère, même à Radio France », Christophe Ayad, Libéra­tion, 12 juil­let 2002

« Il n’est pas mondain mais habite un apparte­ment trop étroit et mal fichu en plein Boboland, dans le quarti­er de Mon­torgueil, qui a l’a­van­tage d’être en ter­ri­toire “enne­mi” », ibid.

« Les humil­i­a­tions récoltées par Joëlle Lev­ert, trop nom­breuses pour se résumer ici, con­ver­gent toutes vers la même con­clu­sion, amère, désen­chan­tante : la voix de la cri­tique des dom­i­nants s’épanouit dans la dom­i­na­tion. Enon­cer ce fait, c’est peut-être offrir à la direc­tion de France Inter, qui n’attend que ça, un pré­texte pour vir­er une émis­sion qui la défrise. Le dandy poudré Jean-Luc Hees en rêve de jour comme de nuit. Mais fer­mer sa gueule, c’est approu­ver l’impunité, c’est encour­ager la récidive. Si Mer­met peut s’adonner libre­ment et depuis si longtemps à la per­ver­sion — large­ment répan­due, il est vrai — qui con­siste à repro­duire au bureau ce que l’on fustige en pub­lic, c’est juste­ment parce qu’il y a des gens qui l’ont lais­sé faire. Il y a les vic­times qui ten­dent le bâton pour se faire bat­tre en croy­ant que, comme ça, ça fera moins mal : à peu de choses près, elles sont des mil­lions dans le même cas. Mais il y a surtout les autres, les pres­tigieux, les porte-paroles recon­nus, les amis de Mer­met, les invités à répéti­tion qui savent ce qui se passe et n’ont jamais moufté. » CQFD n°7, 15 décem­bre 2003.

Crédit pho­to : Bertrand via Wiki­me­dia (cc)

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