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Delphine Ernotte

Contre les mâles blancs

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 04/10/2017

Ingénieur de formation, Delphine Ernotte, née Cunci, le 28 juillet 1966 à Bayonne, a fait toute sa carrière à France Telecom, devenu Orange. Le 16 juin 1990, elle épouse le comédien Marc Ernotte ; elle a deux enfants. Depuis le 22 août 2015, et malgré une intense polémique, elle est présidente de France Télévisions où elle a continué de profondes réformes structurelles. Elle s’est aussi engagée dans le projet – ambitieux et risqué – d’une chaîne d’information continue du service public, France Info, qui a démarré le 1er septembre dernier.

Femme la plus influ­ente des médias français, selon GQ (mars 2016), elle est engagée dans un pari risqué tant le navire France Télévi­sions fait eau de toutes parts et est dif­fi­cile­ment manœu­vrable. Par ailleurs, elle est accusée d’être le porte-dra­peau de la reprise en main de l’audiovisuel pub­lic par Hol­lande en vue de la cam­pagne prési­den­tielle et frag­ilisée par les polémiques insis­tantes autour de sa nom­i­na­tion et de son entourage forte­ment mar­qué à gauche. Alors que tous les indi­ca­teurs sont au rouge – comptes, revenus des pub­lic­ités, échecs des lance­ments des nou­velles émis­sions, celle que beau­coup ver­raient bien « explos­er en vol » alors qu’elle ne con­naît pas grand chose aux médias doit faire ses preuves. Et vite.

Formation

Elle est diplômée de l’École cen­trale de Paris (pro­mo­tion 1989) après une classe pré­para­toire au lycée Hoche de Ver­sailles.

Parcours professionnel

Elle entre à France Tele­com en 1989, comme ana­lyste finan­cière jusqu’en 1993, puis ingénieur écon­o­miste au ser­vice Recherche & Développe­ment jusqu’en 1999. Elle dirige ensuite un réseau de bou­tiques à Paris, puis dirige SDR chez Orange de 2000 à 2004. Repérée par Jean-Paul Cot­tet, puis Thier­ry Bre­ton qui la propulsent dans l’opérationnel, elle est nom­mée direc­trice régionale du Cen­tre-Val-de-Loire de 2004 à 2006, puis direc­trice de com­mu­ni­ca­tion d’Orange de 2006 à 2008. Elle y est chargée notam­ment du renou­veau de la mar­que Orange. En 2008 elle est direc­trice com­mer­ciale France, puis direc­trice grand pub­lic en 2009. En 2010 elle devient direc­trice générale adjointe chargée des opéra­tions France, puis direc­trice générale d’Orange France en 2011.

Elle se retrou­ve con­fron­tée, d’abord sous les ordres de son ancien patron Didi­er Lom­bard, puis comme direc­trice générale d’Orange France elle-même, à la prob­lé­ma­tique des sui­cides de salariés de France Tele­com, causés par un man­age­ment qui leur met­tait trop de pres­sion sur les épaules. Deux vagues ont lieu, l’une en 2008–2009 (une soix­an­taine), l’autre entre début 2013 et mars 2014 (une ving­taine). Cepen­dant, début 2015, Stéphane Richard aimerait l’exfiltrer d’Orange, avance Medi­a­part : « selon de très bonnes sources, Stéphane Richard a jugé que Del­phine Ernotte avait même intrigué pour essay­er de pren­dre sa place ». Et il chercherait à con­fi­er à un proche, Ramon Fer­nan­dez, le poste qu’occupe Del­phine Ernotte. Elle trou­vera en tout cas, au sein d’Orange, d’excellents appuis pour par­tir à la con­quête de France Télévi­sions, notam­ment Xavier Cou­ture et David Kessler, avance le média d’investigation.

Le 23 avril 2015, Del­phine Ernotte est élue par les mem­bres du Con­seil supérieur de l’audiovisuel à la prési­dence de France Télévi­sions pour rem­plac­er Rémy Pflim­lin à par­tir du 22 août 2015 et pour une durée de cinq ans. Cette nom­i­na­tion a immé­di­ate­ment causé une intense polémique, notam­ment car elle n’a jamais été jour­nal­iste et n’a jamais dirigé de média. Elle est dénon­cée par plusieurs syn­di­cats et médias – dont le Nou­v­el Obs et Medi­a­part – comme une preuve sup­plé­men­taire de la main­mise de l’entre-soi politi­co-économique sur le monde médi­a­tique, et notam­ment sur les médias publics. Les rédac­tions de France 2 et de France 3 dénon­cent une procé­dure « opaque » qui a con­duit à sa nom­i­na­tion, tan­dis que plusieurs jour­nal­istes – dont Lau­rent Mauduit (Medi­a­part) – dénon­cent des « irrégu­lar­ités », comme le pla­giat par Del­phine Ernotte du pro­jet de son con­cur­rent Didi­er Quil­lot.

Olivi­er Schrameck, prési­dent du CSA, a en effet changé la procé­dure d’usage, comme l’explique le Monde (30 avril 15). Les huit con­seillers « pen­saient que cha­cun des con­seillers cocherait des cas­es dans la liste des 33 can­di­dats en lice : les pos­tu­lants ayant reçu cinq voix seraient de fac­to retenus pour audi­tion, mais le col­lège dis­cuterait ensuite des cas ayant obtenu moins de voix ». Or le jour du scrutin, Schrameck a imposé un vote à bul­letin secret sur chaque can­di­dat par ordre alphabé­tique, ce qui sem­ble avoir « per­mis, à un bloc de qua­tre mem­bres du CSA de favoris­er l’élimination de can­di­dats sérieux, dès l’établissement de la liste des sept can­di­dats à audi­tion­ner. Il s’agirait des qua­tre con­seillers ayant opté pour Del­phine Ernotte dès le pre­mier tour du vote final, qui en comptera trois : Olivi­er Schrameck et la con­seil­lère chargée de l’audiovisuel pub­lic, Sylvie Pierre-Brosso­lette, nom­més début 2013, ain­si que Nathalie Sonnac et Nico­las Curien, arrivés début 2015 », et qui selon Medi­a­part sont redev­ables de leur nom­i­na­tion à Schrameck. Cepen­dant une plainte déposée par les syn­di­cats CGC-Médias et CFDT Médias France Télévi­sions con­tre Olivi­er Schrameck pour abus d’autorité et traf­ic d’influence a été classée sans suite par le par­quet de Paris en juil­let 2016. La CGC Médias a déposé une nou­velle plainte avec con­sti­tu­tion, cette fois, de par­tie civile.

Au sein de France Télévi­sions, elle ne se fait pas que des amis avec l’éviction suc­ces­sive de Philippe Verdier – le pré­texte offi­ciel est qu’il a util­isé l’image du groupe pour la pro­mo­tion de son livre, l’officieux, c’est qu’il a osé remet­tre en cause la théorie du réchauf­fe­ment cli­ma­tique –, Julien Lep­ers (Ques­tions pour un cham­pi­on) et de Pas­cal Golom­er. Elle a aus­si sup­primé plusieurs émis­sions, dont Des paroles et des actes (France 2), boulever­sé Envoyé Spé­cial présen­té depuis 15 ans par Françoise Joly et Guilaine Chenu, qui ont été écartées, ou encore arrêté Médias le Mag (France 5), 30 mil­lions d’Amis, qui avait 40 ans d’ancienneté, Com­ment ça va bien ?, Toute une his­toire, On n’est pas des cobayes ou encore On n’est pas des pigeons.

Par ailleurs ses déc­la­ra­tions fra­cas­santes, notam­ment sur le fait que la chaîne est « une télévi­sion d’hommes blancs de plus de 50 ans » et son engage­ment pour la par­ité homme-femme, trou­blent les habi­tudes internes. Elle incar­ne aus­si une reprise en main de l’audiovisuel pub­lic par le pou­voir, afin d’assurer la cam­pagne prési­den­tielle de François Hol­lande. La créa­tion d’une chaîne d’information con­tin­ue s’inscrirait avant tout dans cet objec­tif, selon cer­taines sources internes. Elle n’a en effet pas de jus­ti­fi­ca­tion économique – le marché des chaînes d’information con­tin­ue sur la TNT est sat­uré, et la part de marché atteinte est min­ime, 0,2% des PDM en moyenne fin sep­tem­bre d’après Le Parisien, après un pic à 0,8% au moment du lance­ment de la chaîne, l’effet de curiosité jouant à plein. Et son équili­bre économique est mal par­ti : bud­geté à l’origine à 6 mil­lions d’€ (dont 1,5 mil­lions pour Radio France), elle coûtera déjà 18 mil­lions d’€ à l’année (dont 3,5 mil­lions pour Radio France), tan­dis que le syn­di­cat CGC-Médias annonce « jusqu’à 50 mil­lions d’€ de coût annuel » pour cette chaîne.

Par ailleurs, d’autres indi­ca­teurs passent au rouge. Selon la CGC-Médias qui pub­lie les comptes soci­aux en 2015, « le groupe France-Télévi­sions est en fail­lite », vic­time d’une mon­tagne de pertes cumulées (218 mil­lions d’€ en cinq ans) sous la prési­dence Pflim­lin, d’une éro­sion des cap­i­taux pro­pres (de 496 mil­lions d’€ fin 2010 à 270 mil­lions d’€ fin 2015), une hausse du coût des pro­grammes achetés (+130 mil­lions d’€) et d’une tré­sorerie néga­tive, comblée par l’emprunt (134 mil­lions d’€ de déficit en 2015). Les audi­ences de France Télévi­sions n’ont jamais été aus­si bass­es avec 12,5% de parts de marché pour France 2, et moins de 10% pour France 3 en sep­tem­bre 2016, selon e-alsace. Les recettes pub­lic­i­taires dévis­sent – 18 mil­lions d’€ man­quent déjà par rap­port aux prévi­sions 2016, et 120 mil­lions d’€ de recettes ont été per­dus en cinq ans, selon la CGC-Médias.

Les économies ne font pas l’unanimité… comme la dégra­da­tion de la qual­ité de la dif­fu­sion de France O, dédiée à l’outre-mer. Pas plus que les réor­gan­i­sa­tions cen­sées coller à la nou­velle carte admin­is­tra­tive : syn­di­cats et per­son­nels de France Télévi­sions, à l’exception notable de la très puis­sante CGT, cri­tiquent le pas­sage prévu de 5 à 13 pôles – un par nou­velle région admin­is­tra­tive – sur France 3. Et la rede­vance ne cesse d’augmenter, encore 2€ sup­plé­men­taires en 2017, et 14 en tout depuis le début du man­dat de François Hol­lande. Sans oubli­er la rocam­bo­lesque affaire de la pro­gram­ma­tion puis de la dépro­gram­ma­tion d’un Envoyé Spé­cial sur l’affaire Byg­malion, réal­isée par Elise Lucet – elle a été finale­ment dif­fusée après un feuil­leton qui a fait les choux gras de la presse, et qui risque de coûter sa place à Del­phine Ernotte en 2017, si Nico­las Sarkozy revient aux affaires. Bref, tout va mal.

En octo­bre 2016, la Cour des comptes dans son rap­port sur le groupe audio­vi­suel pub­lic entre 2009 et 2015 est pass­able­ment cri­tique vis-à-vis de la ges­tion de l’entreprise par Remy Pflim­lin, prédécesseur de Del­phine Ernotte. BFM-Busi­ness annonce qu’elle touche un salaire fixe de 322 000 euros brut par an, avec un bonus vari­able pou­vant aller jusqu’à 78 000 euros, soit un total de 400 000 euros bruts par an. Del­phine Ernotte répond qu’il s’agit du même salaire que celui de son prédécesseur.

Durant la cam­pagne prési­den­tielle de 2017, elle doit faire face à plusieurs dif­fi­cultés, entre des cri­tiques con­cer­nant L’Émission poli­tique, le peu de suc­cès des émis­sions d’après-midi de France 2 ain­si que des audi­ences en berne.

L’éviction de David Pujadas à la ren­trée 2017 pour le JT de France 2 lui vaut de nou­velles cri­tiques, tout comme d’autres évic­tions – celles de Thomas VDB et Math­ieu Madén­ian en mars 2017 notam­ment ; ils avaient été finale­ment récupérés par W9. Julien Lep­ers, Françoise Joly et Guil­laume Chenu avaient aus­si été éjec­tés par Del­phine Ernotte.

Parcours militant

Del­phine Ernotte n’est pas encar­tée elle-même, ne l’a jamais été ni a été un sou­tien pub­lic de tel ou autre can­di­dat. Cepen­dant, d’après le jour­nal libéral L’Opinion (2/6/2016) une par­tie de son entourage l’est, et est mar­qué à gauche : « Son directeur de cab­i­net, Stéphane Sit­bon-Gomez, était con­seiller de Cécile Duflot au min­istère du Loge­ment ; son assis­tante, Cather­ine Bessis, est con­seil­lère munic­i­pale d’opposition dans le XVe arrondisse­ment de Paris et se présente sur son compte Twit­ter comme “Mil­i­tante — PS” ; son con­seiller en com­mu­ni­ca­tion “bénév­ole” Denis Pin­gaud est un vis­i­teur du soir de François Hol­lande et proche de Michel Field, nom­mé suc­ces­sive­ment patron de France 5 puis directeur de l’information en décem­bre ; sa sœur, Marie-Chris­tine Lemarde­ley, est adjointe à la Maire de Paris ; et de manière plus anci­enne toute­fois, Ger­main Dagognet, transfuge de TF1, fut à la fin des années qua­tre-vingt chargé de com du cab­i­net de Lionel Jospin ». Elle affirme cepen­dant à Pure­me­dias (9 mai 2016) ne pas porter d’idéologie poli­tique… ce qui ne l’aura pas empêchée d’arrêter, notam­ment pour des raisons poli­tiques selon plusieurs médias, Des Paroles et des actes.

Collaborations

  • Le 24 mai 2012, Del­phine Ernotte est élue prési­dente du comité « Éthique et Développe­ment durable » et mem­bre du Comité d’audit et des comptes de Suez Envi­ron­nement.
  • Elle pré­side le con­seil d’administration de l’École nationale supérieure de la pho­togra­phie d’Arles.
  • Elle est mem­bre du con­seil d’administration de l’École cen­trale de Paris
  • Elle fait par­tie aus­si du CA de l’établissement cul­turel « le cent-qua­tre » à Paris.
  • Elle est mem­bre du CA de Suez Envi­ron­nement
  • Elle est coop­tée au sein du club Le Siè­cle en novem­bre 2013.
  • Elle a créé au sein d’Orange le réseau Innov’elles, pour pro­mou­voir la par­ité homme-femme au sein d’Orange, notam­ment aux fonc­tions dirigeantes.

Publications

Avec son mari comé­di­en, Marc Ernotte, elle a écrit et mis en scène une pièce, « Sceptick », l’histoire d’un SDF opti­miste, des­tinée à un jeune pub­lic. Elle ne sem­ble avoir eu qu’un suc­cès mod­este et local, puisqu’elle n’a été jouée que quelques soirs au Phénix de Valen­ci­ennes en 2000.

Ce qu’elle gagne

Elle affirme avoir divisé son salaire par deux en venant à France Télévi­sions. Selon Cap­i­tal, elle était payée plus de 700 000 € chez Orange. Son prédécesseur Rémy Pflim­lin touchait, selon BFM Busi­ness qui a dévoilé un doc­u­ment du min­istère des Finances, 400 000 € par an dont 322 000 € de salaire fixe.

Sa nébuleuse

  • Fleur Pel­lerin et Najat Val­laud Belka­cem dans le gou­verne­ment Hol­lande.
  • Anne Hidal­go, maire de Paris.
  • David Kessler, Xavier Cou­ture, Denis Pin­gaud, Matthieu Gal­let, Anne Hom­mel, Sylvie Pierre-Brosso­lette pour le monde politi­co-médi­a­tique.

Elle l’a dit

« Il faut impéra­tive­ment que France Télévi­sions soit à l’image, résonne avec son pub­lic, et hon­nête­ment, en arrivant, mon pre­mier con­stat, c’est que ce n’est pas le cas. On a une télévi­sion d’hommes blancs de plus de 50 ans et ça, il va fal­loir que ça change ». Sur Europe 1, 23 sep­tem­bre 2015

« Je n’ai besoin de l’autorisation de per­son­ne pour lancer une chaîne d’informations (…) J’ai tou­jours été très claire, c’est un pro­jet prési­den­tiel. Le CSA m’a nom­mée avec ce pro­jet », devant l’Association des Jour­nal­istes Médias, 31/8/2015.

« Je demande le fro­mage et le dessert, hausse de la pub­lic­ité et de la rede­vance. Sinon il fau­dra couper quelque part […] Le risque poli­tique m’échappe. L’actionnaire, c’est l’Etat, et il pren­dra ses respon­s­abil­ités, moi les miennes. Mon rôle, c’est de défendre mon bout de gras auprès de lui », idem.

« Le fait que je sois proche de l’Elysée, nom­mée par l’Elysée, c’est une pure calom­nie. Je n’avais jamais ren­con­tré le prési­dent, je l’ai vu après ma nom­i­na­tion. D’ailleurs on en a plaisan­té, il m’a dit “il paraît que je vous ai nom­mé mais on ne se con­naît pas”. Mais c’est clas­sique… Je ne suis pas une femme poli­tique. Je suis arrivée ici car je suis une femme d’entreprise. Je ne suis pas là pour porter une idéolo­gie, je trou­ve ça mal­sain. Ma com­pé­tence n’est pas d’être de droite ou de gauche. Elle est d’être une femme d’entreprise, et je le revendique », Ozap / Puremedias.com 09 mai 2016

« Quand je suis arrivée en août 2015, j’ai été frap­pée par le nom­bre de passerelles en verre qui exis­tent dans notre bâti­ment. C’est à l’image de la mis­sion prin­ci­pale de la télévi­sion publique : faire le pont entre les gens et la réal­ité. Notre rôle est de don­ner à voir et à com­pren­dre. Le vrai mar­queur pour moi, c’est le ren­force­ment très net de l’offre cul­turelle. A la ren­trée, il y aura une émis­sion cul­turelle sur toutes les chaînes à une heure de grande écoute, on ren­forcera l’exposition du théâtre, de l’opéra. Nous serons cette passerelle entre le pub­lic et le monde de la créa­tion », Le Parisien 30/6/2016

« Le ser­vice pub­lic peut pren­dre des risques », Les Échos, 26/7/2016

« Les syn­di­cats s’inquiètent de la poly­compé­tence, tel par exem­ple, un jour­nal­iste qui fera du mon­tage. Nous voulons “détay­loris­er” le tra­vail au sein de France Télévi­sions. Nous allons revoir l’accord sur les métiers pour instau­r­er une nou­velle donne. Mais cela se fera dans le dia­logue et dans la durée. Et, fran­ce­in­fo: sera un lab­o­ra­toire », ibid. Cepen­dant le Canard Enchaîné fait état le 28 sep­tem­bre d’une con­damna­tion, le 13, de France Télévi­sions pour con­fu­sion des métiers de jour­nal­iste et de mon­teur ; le groupe audio­vi­suel pub­lic a fait appel.

On l’a dit à son sujet

« En désig­nant Mme Del­phine Ernotte Cun­ci, le Con­seil a fait le choix de con­fi­er la prési­dence de France Télévi­sions à une femme dotée de solides com­pé­tences de man­age­ment et d’une expéri­ence recon­nue dans la ges­tion du dia­logue social, qui a exer­cé des fonc­tions de direc­tion au sein de l’un des plus grands groupes numériques européens, imprégné d’une forte cul­ture de ser­vice pub­lic. » Com­mu­niqué du CSA, 23 avril 2015

« Del­phine Ernotte est très “réseautée” : elle est amie des min­istres Fleur Pel­lerin et Najat Val­laud-Belka­cem. Stéphane Richard, prési­dent d’Orange, l’a aidée à trou­ver un point de chute car il deve­nait évi­dent que la place de numéro un qu’elle pou­vait briguer à une péri­ode ne lui était plus des­tinée. Elle a égale­ment été aidée par David Kessler (ex-Elysée), Xavier Cou­ture (ex-TF1 et Canal+) et par le lob­by­iste Denis Pin­gaud, qui avait fait la cam­pagne de Math­ieu Gal­let ». Le Nou­v­el Obs, 23 avril 2015

« En la per­son­ne de Del­phine Ernotte, jusque-là direc­trice générale adjointe d’Orange et direc­trice exéc­u­tive d’Orange-France, c’est une per­son­ne sans la moin­dre expéri­ence des enjeux télévi­suels – ni des pro­grammes, ni de l’information ! – qu’une très courte majorité des mem­bres du CSA a pris le respon­s­abil­ité de porter à la prési­dence du groupe pub­lic. Et si cela a été pos­si­ble, c’est par un con­cours stupé­fi­ant de jeux d’influence mul­ti­ples », Medi­a­part, 16 mai 2015

« Del­phine Ernotte a prof­ité d’un con­cours de cir­con­stances et d’un con­cert de manœu­vres, de pres­sions et d’irrégularités, mis exclu­sive­ment à son ser­vice. […] On fait nom­mer et on influ­ence quelques con­seillers, on écarte sans jus­ti­fi­ca­tion sérieuse des rivaux dan­gereux, on plagie le pro­jet d’un can­di­dat et on promeut une femme, tout cela dans un cli­mat de con­nivence et de clien­télisme aux antipodes de la trans­parence que l’audiovisuel aurait exigée » Philippe Bil­ger, Boule­vard Voltaire, 22 mai 2015

« Selon Del­phine Ernotte, il y aurait trop d’hommes blancs de plus de 50 ans à la télévi­sion. J’espère qu’elle ne les a pas comp­tés, car les sta­tis­tiques raciales sont pro­hibées. Il est vrai qu’elle risque moins d’ennuis que le maire de Béziers, puisqu’elle appar­tient au camp du Bien. Celui qui a le droit de faire du racial­isme tran­quille. Ren­seigne­ments pris, la dame n’a nom­mé que des blancs. À com­mencer par son bras droit. Comme il était le prin­ci­pal col­lab­o­ra­teur de Mme Duflot, il lui sera excusé sa couleur. Un mâle blanc de gauche est un blanc bien et droit. » Valeurs Actuelles, 28 sep­tem­bre 2015

« A la fin des années 1990, je cher­chais un directeur d’agence, Del­phine s’est présen­tée alors qu’elle n’avait aucune des com­pé­tences req­ui­s­es !, sourit le directeur exé­cu­tif d’Orange. Ce culot m’a plu, je lui ai pro­posé autre chose. », Jean-Paul Cot­tet au sujet de Del­phine Ernotte, Cap­i­tal, 20 jan­vi­er 2016

« Elle a un côté chef de guerre. Stéphane Richard dîne avec Xavier Niel ou appelle Mar­tin Bouygues quand il est mort (sic), mais elle préfère garder ses dis­tances avec ceux qu’elle voit comme des adver­saires », un cadre à son sujet, ibid.

« Elle est tal­entueuse, ambitieuse, avec plus de réseaux poli­tiques qu’elle ne le dit », Stéphane Richard à son sujet, ibid.

« Au siège de France Télévi­sions, depuis quelques semaines, une let­tre cir­cule, écrite par un mys­térieux cor­beau apparem­ment bien infor­mé. Ce cour­ri­er pré­tend que Del­phine Ernotte, au moment de son départ de France Tele­com (où elle était direc­trice exéc­u­tive), était engagée dans une procé­dure de licen­ciement. Pourquoi c’est crédi­ble ? Parce que son départ facilit­erait les dis­cus­sions avec Bouygues Tele­com, que Stéphane Richard, patron d’Orange, souhaite racheter. Une opéra­tion qu’elle ne voy­ait sem­ble-t-il pas d’un bon œil, craig­nant de per­dre son job au prof­it d’Olivier Rous­sat, actuel PDG de Bouygues Tele­com », Atlanti­co, 2 févri­er 2016

« Depuis qu’elle est arrivée ici, elle ne pense qu’à ça [la chaîne d’information con­tin­ue]. C’est son obses­sion. Sans doute espère-t-elle mar­quer de son empreinte l’histoire de France Télé », un jour­nal­iste cité par le TéléObs, 1er sep­tem­bre 2016

« Piégée par son directeur de l’information, Michel Field, la prési­dente de France Télévi­sions ne cache plus sa colère. Et à juste titre. A aucun moment elle a eu véri­ta­ble­ment la main sur un dossier lam­en­ta­ble­ment géré. Frag­ilisée, prise en étau entre un Nico­las Sarkozy aux abois et une rédac­tion sur le qui-vive guer­ri­er, en équili­bre sur le fil de rasoir, Del­phine Ernotte s’est mis durable­ment à dos l’ancien chef de l’état, qui n’oubliera sans doute pas cet épisode », Renaud Rev­el, Immé­dias, 9 sep­tem­bre 2016

« Fal­lait-il dif­fuser cette inter­view [de Bernard Attal], quand la total­ité de ce doc­u­ment est pro­gram­mé pour la fin sep­tem­bre? Bien, évidem­ment non. En cédant aux oukas­es d’Elise Lucet et de la rédac­tion de France 2, Del­phine Ernotte et Michel Field ont là encore foulé aux pieds quelques règles élé­men­taires. Ils instil­lent égale­ment l’idée que dans cette par­tie de ball-trap Nico­las Sarkozy con­stitue une cible priv­ilégiée. Et qu’Alain Jup­pé, dont Del­phine Ernotte s’est dis­crète­ment rap­proché, un pos­si­ble recours… », ibid.

« Instal­lée à la tête d’Envoyé spé­cial la très, (très), indépen­dante jour­nal­iste de France 2 appa­raît comme un trublion incon­trôlable et une vestale de l’info intouch­able. Imposée par Michel Field à la tête d’un mag­a­zine qui se promet d’être déca­pant, cette voltigeuse de l’info, à qui l’on doit notam­ment une enquête urticante sur l’affaire Bymalion est le cail­lou dans la chaus­sure. Si d’aucuns con­tes­tent en interne le courage et les qual­ités de cette jour­nal­iste, véri­ta­ble fig­ure de la mai­son, sa propen­sion à dégoupiller sans crier gare donne des fris­sons. En tous les cas à sa pédégère. Le car­ac­tère inquisi­toire de nom­bre de ses reportages et ses mis­es au pilori, sans aucun préavis, inquiè­tent », Imme­dias, 29 sep­tem­bre 2016

« En ver­tu d’une tra­di­tion répub­li­caine et cathodique, Nico­las Sarkozy est accueil­li ce soir par la prési­dente de France Télévi­sions avant d’entrer sur le plateau de l’Emission poli­tique. Il en prof­ite pour entre­pren­dre Del­phine Ernotte sur l’émission de la chaîne Envoyé Spé­cial con­sacrée à l’affaire Byg­malion. L’émission n’est pas du goût de [Sarkozy]. Il l’a fait savoir très sèche­ment à Del­phine Ernotte, avant de con­clure par un glacial “Sou­venez-vous que dans quelques mois je serai votre action­naire de référence”. Le directeur de l’information Michel Field, soupçon­né par une par­tie de la rédac­tion de con­nivence avec le clan Sarkozy, s’est arrangé pour ne pas assis­ter à la scène », Chal­lenges, « Nico­las Sarkozy passe un savon à Del­phine Ernotte », n°490, 22 sep­tem­bre 2016.

« Je salue égale­ment Madame Del­phine Ernotte, la prési­dente de France Télévi­sions qui, entre deux licen­ciements, est venue se dis­traire », Nico­las Bedos, 29/05/2017 lors de la 29e céré­monie des Molières

« C’est une idéo­logue, elle représente cette gauche cul­turelle de l’entre-soi qui pense que la télé doit être sym­pa et bobo. Ça ne la dérange pas de s’adresser à un petit milieu parisien : tant que ça plaît à 10 000 ‘twit­tos’, elle est heureuse », un pili­er de France Télévi­sions à son sujet, Valeurs Actuelles, 30 juin 2017.

« Ernotte ne com­prend rien, elle veut tout révo­lu­tion­ner. France Télévi­sions est un paque­bot. Un change­ment si bru­tal peut tout faire chavir­er », un jour­nal­iste à son sujet, ibid.

« Ingénieur, cette fille de médecin a évolué pen­dant toute sa car­rière dans des milieux mas­culins. Au point de dévelop­per, selon les mots de ceux qui tra­vail­lent avec elle, une véri­ta­ble “haine du mâle blanc”. Chez Jean-Pierre Elk­a­b­bach, elle pré­ci­sait sa pen­sée au moment de deman­der du change­ment : “met­tre des femmes, des jeunes, toutes les orig­ines”. Ce pré­cepte est appliqué en juin 2016, alors qu’il faut choisir qui suc­cédera à Marie Druck­er comme jok­er de Lau­rent Dela­housse à la présen­ta­tion des JT du week­end. Trois pro­fils émer­gent des cast­ings internes. La rédac­tion en chef fait son choix, mais Del­phine Ernotte inter­vient pour impos­er un nom qui n’avait pas retenu l’attention. Leïla Kad­dour- Bouda­di, 36 ans, d’origine algéri­enne, sera le nou­veau vis­age de l’information de France 2. En interne, ses per­for­mances sont sévère­ment cri­tiquées », ibid.

« Côté grille des pro­grammes, le plus vis­i­ble pour le grand pub­lic, elle entame un grand ménage quelques mois à peine après s’être instal­lée. Exit des émis­sions his­toriques comme «30 mil­lions d’amis” ou «Ce soir ou jamais». À la ren­trée dernière, les téléspec­ta­teurs de France 2 ont vu leurs après-midis com­plète­ment cham­boulés, décou­vrant de nou­veaux vis­ages, avec Thomas Thouroude ou Aman­da Scott… Un échec. La stratégie d’élargissement du pub­lic et de mon­tée en gamme ne paie pas, les téléphages de cette tranche horaire ne recon­nais­sent plus leur chaîne. L’audience de France 2 est tombée à son plus bas niveau his­torique à l’automne. Il faut alors revoir la copie, opér­er de nou­veaux change­ments. Sans effets nota­bles: les après-midis sont tou­jours en berne et l’audience a touché un nou­veau planch­er en mars (12,1%) », Les Échos, 14 avril 2017

« Chez Orange, elle était à la fois une femme dans un milieu d’hommes et une cen­trali­enne dans un état-major de poly­tech­ni­ciens. Chez France Télévi­sions, elle est une ingénieure dans un monde, sinon d’artistes, du moins de semi-saltim­ban­ques. Un com­bat per­ma­nent », ibid.

Crédit pho­to : Christophe Pel­leti­er via Flickr (cc)

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