Soros met 30 mil­lions sur la table
George Soros met 30 mil­lions pour racheter des radios en Pologne. Une paille pour le bud­get d’un mil­liard de dol­lars de son Open Soci­ety Foun­da­tion. L’Observatoire du jour­nal­isme ne sera jamais financé par Soros. C’est pourquoi nous avons besoin de vous. Pour nous aider, nous aimer, vous pou­vez don­ner avec un reçu fis­cal de 66% de votre don, c’est par ici.

 
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Le SNJ recadre le CSA

Le 14 février dernier, le CSA avait mis en garde France 2 après la diffusion d’images jugées « difficilement soutenables » dans un reportage d’ « Envoyé Spécial » sur la guerre au Mali.

Réagis­sant dans un com­mu­niqué pub­lié ce lun­di 18 févri­er, le Syn­di­cat nation­al des jour­nal­istes (SNJ) a estimé que « le CSA n’est pas l’instance de déon­tolo­gie des jour­nal­istes », se défen­dant en arguant « qu’il ne peut être ren­du compte d’une guerre sans en mon­tr­er les vic­times ». Le SNJ a prévenu le CSA « con­tre ses ten­ta­tives récur­rentes de vouloir se pren­dre pour le con­seil de l’ordre des jour­nal­istes ». Le Syn­di­cat avait déjà haussé le ton lorsque TF1 avait été mis en garde pour avoir dif­fusé les enreg­istrements de Mohamed Mer­ah en juil­let 2012.

Pour la défense de France Télévi­sions, son directeur de l’information, Thier­ry Thuil­li­er, a demandé à être audi­tion­né par le CSA « compte tenu des dif­férences d’appréciations sur le sujet. Parce que nous esti­mons que le reportage de 20 min­utes anglé sur les exac­tions au Mali, et où vous avez à peu près moins d’une minute de séquence où l’on voit les con­séquences de ces exac­tions, n’établit pas vrai­ment l’absence de respect de la dig­nité humaine ». « On ne recon­naît pas les per­son­nes. Par ailleurs, il fau­dra qu’on nous explique ce qu’est une image de guerre qu’on ne peut pas dif­fuser par rap­port à celles qu’on peut dif­fuser », a ajouté ce dernier, jugeant peut-être le CSA trop sen­si­ble dans cette affaire.

Crédit pho­to : © world_armies via Flickr (DR)

Arthur délocalise sa société au Luxembourg

Selon le site Mediapart, l’animateur Arthur, de son vrai nom Jacques Essebag, a déménagé sa holding de l’autre côté de la frontière luxembourgeoise.

Arthur World Par­tic­i­pa­tion Group (AWPG), dotée d’un cap­i­tal de 52 mil­lions d’euros, a trans­féré son siège social du VIIIème arrondisse­ment de Paris au Lux­em­bourg. Déten­teur de plusieurs sociétés, notam­ment en Suisse et aux États-Unis, Jacques Esse­bag détient la qua­si-total­ité des parts d’AWPG, son frère étant action­naire minori­taire. Si son attaché de presse ne con­sid­ère pas cela comme un exil fis­cal, pré­cisant qu’Arthur « vit en France et paye ses impôts en France », cette délo­cal­i­sa­tion présente plusieurs avan­tages : impôt sur le revenu plus bas qu’en France (29 % au lieu de 33,3 %), pos­si­bil­ité pour les action­naires de béné­fici­er d’exonérations sur les div­i­den­des perçues ain­si que sur les plus-val­ues de ces­sions de fil­iales ou de titres de par­tic­i­pa­tion.

Aux dernières nou­velles, Jean-Marc Ayrault n’a pas encore com­men­té ce démé­nage­ment vers le Grand-Duché…

Crédit pho­to : Siren-Com via Wikimé­dia (cc)

Têtu change de propriétaire

C’est officiel : le magazine Têtu, qui s’adresse à la communauté gay, a été cédé lundi par Pierre Bergé à Jean-Jacques Augier, un homme d’affaire ouvertement homosexuel. Ancien P-DG des Taxis G7, propriétaire du magazine culturel Books, il est réputé proche de François Hollande.

« Par cette ces­sion, Pierre Bergé souhaite don­ner les meilleures chances de péren­nité et de développe­ment à ce mag­a­zine », a déclaré le cab­i­net Axe­me­dia, qui a géré la trans­ac­tion. Têtu revendique une dif­fu­sion payée de 40 391 exem­plaires en 2012 et perd aux alen­tours de 1,5 mil­lion d’euros par an pour 3,5–4 mil­lions d’euros de chiffre d’affaires.

Le mon­tant de l’opération est incon­nu mais, selon cer­taines sources, le men­su­el com­mu­nau­taire pour­rait avoir été cédé pour un euro sym­bol­ique.

Pas de réponse de NKM : Aphatie fait un caprice

Invitée de RTL mardi 12 janvier, Nathalie Kosciusko-Morizet, fortement pressentie en tant que candidate à la mairie de Paris, n’a rien lâché sur ses intentions.

« Quand sera com­plète­ment prise, je le dirai. » Voilà tout ce à quoi aura eu droit Jean-Michel Aphatie, qui l’interviewait ce matin-là. Trois jours plus tard, l’ancienne secré­taire d’État à l’Écologie annonce offi­cielle­ment sa can­di­da­ture dans les colonnes du Parisien. Amer, Aphatie s’empresse d’aller faire part de sa colère sur son compte Twit­ter : « Mar­di sur #RTL, #NKM réfléchis­sait encore à sa can­di­da­ture à Paris. Hier, elle l’annonce au Parisien. Elle réflé­chit vite #lapoli­tique. »

Vis­i­ble­ment irrité, le jour­nal­iste vedette de RTL n’a pas pu con­cevoir que NKM ait préféré les colonnes du quo­ti­di­en local, avec déc­la­ra­tions soignées et jolie pho­togra­phie à l’appui, à une phrase lâchée abrupte­ment à la fin de son émis­sion radio. Rue89 rap­pelle en out­re que l’abandon de Jean-Louis Bor­loo à cette même can­di­da­ture à la mairie de Paris, qui a eu lieu entre les deux inter­views, a très bien pu pré­cip­iter la déci­sion de Nathalie Kosciusko-Morizet.

Des choses qui ont, sem­ble-t-il, échap­pé à Aphatie. A moins que celui-ci ne se prenne désor­mais pour une star capricieuse ?

Crédit pho­to : cap­ture d’écran vidéo Le Répub­li­cain Lor­rain via Youtube (DR)

Photojournalisme précaire dans une presse en crise

Vendredi 15 février, le journal Libération publiait le portrait d’un photographe de presse, Alain Buu, dont la situation est bien révélatrice de la crise que traverse le monde du photojournalisme.

Car s’il a con­nu les guer­res et les bombes, c’est bien cette crise qui, aujourd’hui, l’oblige à tra­vailler dans des con­di­tions pré­caires. Autre­fois globe-trot­teur infati­ga­ble, il a dû, il y a peu, quit­ter l’agence Gam­ma qui ne l’envoyait plus en mis­sion à l’étranger. Désor­mais 80 % de ses con­trats sont des com­man­des d’entreprise, des « cor­po­rates ». « Des cen­taines de pho­tographes sont dans mon cas », affirme-t-il avant de con­fess­er qu’il tra­vaille sou­vent à perte depuis des années : « Il y a trois ans, je suis allé suiv­re la guerre au Tchad. Cela m’a coûté 5 000 à 6 000 euros, dépen­sés en pure perte car je n’ai pas ven­du de pho­tos. »

Pour la révo­lu­tion égyp­ti­enne, il a dou­blé son investisse­ment (1 500 euros pour les bil­lets d’avion et la vie sur place), « mais cela reste excep­tion­nel ». Sans investisse­ment, pas de déplace­ment. Sans déplace­ment, pas de revenus. La sit­u­a­tion des pho­to­jour­nal­istes est plus qu’une impasse. Ain­si n’a-t-il pas pu, récem­ment, se ren­dre en Libye et en Syrie. « Avant, c’était dif­férent : l’agence pre­nait en charge la moitié des frais et se rétribuait avec la moitié des ventes de pho­tos », rap­pelle-t-il. Des pro­pos con­fir­més par Marc Rous­sel, autre pho­tographe très au fait de ces ques­tions : « En quinze ans, le nom­bre de com­man­des fer­mes a été divisé par trois, la valeur marchande d’un reportage par deux et le temps qu’il faut y con­sacr­er ne cesse de s’accroître avec le tra­vail de post­pro­duc­tion numérique. Ce qu’autrefois le lab­o­ra­toire — et donc le jour­nal — assumait, c’est aujourd’hui le pho­tographe qui le sup­porte sans con­trepar­tie finan­cière. »

Alain Mingam, ancien patron de Gam­ma, évoque « la pudeur et le silence com­plice, car obligé, des pho­tographes qui n’avouent qu’en privé l’état déplorable de leurs revenus et le traite­ment de leurs images, recadrées sous l’effet d’une “illus­tra­tionnite” aiguë. » Selon ce dernier, pour sur­vivre, les pho­tographes se dirig­eraient désor­mais « vers les fes­ti­vals, fon­da­tions, galeries, musées devenus les refuges nobles ou le “Samu obligé” d’une pho­to de presse malade, car trop mal exploitée dans ses sup­ports d’origine. »

Voir aussi notre vidéo : La photographie, victime de la presse ?

Source : PAJ www.paj-photographe-auteur-journaliste.org

Censure : le magazine Bretons retiré des kiosques

Après avoir fait sa une sur un sondage révélant que 18% des Bretons étaient favorables à l’indépendance de leur région, le magazine Bretons du mois de février a été subitement retiré des kiosques.

Selon la CFDT, l’ordre viendrait du PDG d’Ouest-France, François-Régis Hutin, vis­i­ble­ment dérangé par ce sondage IFOP et sa mise en avant. « On peut penser ce que l’on veut du sujet, le résul­tat d’un sondage, réal­isé dans les règles de l’art, est une infor­ma­tion. Et c’est à ce titre que la rédac­tion de Bre­tons a décidé d’en faire sa Une, lais­sant à ses lecteurs le soin de se faire une opin­ion sur la ques­tion », a indiqué la CFDT d’Ouest-France.

Et l’Agence Bre­tagne Presse, qui a relayé l’information, de s’interroger sur les finance­ments publics reçus par le quo­ti­di­en région­al, ain­si que sur ses liens avec la pré­fec­ture. En 2005, l’ABP avait révélé que la pré­fec­ture com­mandait des arti­cles à Ouest-France. Aus­si, l’agence régionale rap­pelle que le jour­nal est la pro­priété d’une asso­ci­a­tion, SIPA – Ouest-France, ce qui lui per­met de racheter tous ses con­cur­rents dans une appar­ente légal­ité.

Le mag­a­zine Bre­tons est détenu à 30% par cette asso­ci­a­tion, d’où l’influence notable de M. Hutin sur le men­su­el.

Médias : TV Magazine retouche une photo de PPDA

Retoucher ses clichés est une chose ; ne pas se faire attraper en est une autre. C’est une leçon que TV Magazine devrait méditer cette semaine.

Dans son édi­tion du week-end, le mag­a­zine, plus gros tirage de la presse française avec plus de 5 mil­lions d’exemplaires ven­dus, a fait sa une sur la venue de Patrick Poivre d’Arvor au Liban. Dans l’entretien qui lui est con­sacré, l’ancien présen­ta­teur de TF1 appelle à don­ner pour l’Unicef dans le but d’aider les réfugiés syriens. Sur la pho­to de cou­ver­ture, on aperçoit ain­si PPDA, en com­pag­nie d’un enfant, qui porte une veste grise flo­quée d’un gros logo de l’Unicef.

Mais en par­courant les pages intérieures du mag­a­zine, on con­state un autre cliché du jour­nal­iste avec la même veste… sans le logo. Il faut dire que les retouch­es pho­to sont dev­enues telle­ment courantes dans le jour­nal­isme qu’il faut bien, de temps en temps, qu’elles soient remar­quées.

Mon­tage pho­to : Pure Médias

Deux journalistes candidats à l’Académie française

Après l’élection d’Alain Duhamel à l’Institut le 10 décembre dernier, deux journalistes ont déposé leur candidature au fauteuil de Michel Mohrt à l’Académie française : Dominique Bona et Philippe Meyer. L’élection aura lieu le 18 avril prochain.

Née en 1953, Dominique Bona est la fille de l’écrivain Arthur Con­te. Elle fut jour­nal­iste au Quo­ti­di­en de Paris de 1979 à 1985, puis pour le sup­plé­ment lit­téraire du Figaro, dans lequel elle écrit tou­jours. Elle est mem­bre du Jury Renau­dot depuis 1999, et auteur de plusieurs ouvrages primés dont Romain Gary en 1987 (Grand Prix de la biogra­phie de l’Académie française), Les Yeux noirs ou les vies extra­or­di­naires des sœurs Héré­dia en 1990 (Prix de Lutèce), Mali­ka en 1992 (Prix Renau­dot), Le Man­u­scrit de Port-Ebène en 1998 (Prix Renau­dot) et Berthe Morisot, le secret de la Femme en noir en 2000 (Bourse Goncourt de la biogra­phie). Elle a déjà can­di­daté deux fois à l’Académie française, en mars 2004 et jan­vi­er 2008.

Né en 1947, Philippe Mey­er est doc­teur en soci­olo­gie, jour­nal­iste et pro­duc­teur. En 1979, il devient directeur d’études du pro­gramme “Jour­nal­istes en Europe” et directeur adjoint du CFPJ (Cen­tre de For­ma­tion et de Per­fec­tion­nement des Jour­nal­istes). De 1980 à 1984 il tient la chronique télévi­sion du mag­a­zine L’Express, dont il devient rédac­teur en chef adjoint respon­s­able de la rubrique “Vie cul­turelle”, jusqu’en 1986. Il pro­duit et présente l’émission de musique clas­sique “Revenez quand vous voulez” sur Métro­pole télévi­sion M6 de 1987 à 1989, il est édi­to­ri­al­iste au Point et présen­ta­teur de l’émission “Le Grand Débat” sur France Cul­ture jusqu’en 1989, chroniqueur sur France Inter de 1991 à 2000 dans la rubrique “Choses vues”. Sur France Cul­ture, il pro­duit l’émission “Alle­gro Serioso” de 1991 à 1996 et “L’esprit pub­lic” depuis 1998. Maître de con­férences à l’Institut d’Études poli­tiques de Paris, Philippe Mey­er est égale­ment, depuis 2006, prési­dent de la Com­mis­sion générale de ter­mi­nolo­gie et de néolo­gie, au min­istère de la Cul­ture et de la Com­mu­ni­ca­tion, dont la mis­sion est de favoris­er l’enrichissement de la langue française. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont L’Enfant et la rai­son d’État en 1977, Pointes sèch­es en 1992, Dans cette val­lée de larmes en 1997, Por­traits acides et autres pen­sées édi­fi­antes en 1999, Le Pro­grès fait rage en 1999, L’Avenir peut atten­dre en 2004, ou encore Brusque Cha­grin en 2005. Il a déjà été can­di­dat à l’Académie française, en décem­bre 2011.

Crédit pho­to : mon­tage Ojim. Images sous licence libre (Wikipé­dia)

Le JT de France 2 : pas neutre selon Pujadas

Invité par Ali Baddou dans La Nouvelle Édition ce lundi sur Canal +, David Pujadas, co-auteur avec Hassen Chalghoumi d’Agissons avant qu’il ne soit trop tard (2013), a admis que son journal télévisé n’était pas neutre.

Voici leur échange retran­scrit :

- Du coup, on se dit que David Pujadas n’est pas si neu­tre que ça…

- Mais, hon­nête­ment, je pense que si vous regardez le jour­nal (télévisé), vous sen­tez qu’il n’y a pas for­cé­ment de neu­tral­ité, qu’il y a des con­vic­tions. Alors, ce n’est pas des con­vic­tions comme on les imag­ine : pour tel can­di­dat ou pour tel par­ti ou pour tel truc. Ça, hon­nête­ment, je pense que beau­coup d’entre nous… Quand on est jour­nal­iste, on est surtout dans le doute, dans le ques­tion­nement… Mais des con­vic­tions de se dire, sim­ple­ment : atten­tion, il y a un immense malen­ten­du qui est en train de naître, entre la France et sa com­mu­nauté musul­mane. Il y a un risque aus­si, de cette com­mu­nauté musul­mane, qu’elle se rad­i­calise, ces con­vic­tions-là, oui, bien sûr.

Out­re que le doute et le ques­tion­nement amè­nent man­i­feste­ment à vot­er mas­sive­ment à gauche, on com­prend que le choix du reportage dif­fusé en décem­bre 2012 dans le JT de 20h, qui résumait les chômeurs à une mère de famille nom­breuse catholique pra­ti­quante, n’était peut-être pas si inno­cent que cela !

Crédit pho­to : DR

Dossier : La Vague dissidente

Zemmour, Ménard, Lévy, Cohen, Rioufol, Brunet : leur nombre s’accroît et les médias les rassemblent sous l’étiquette de « néo-réacs ». Mais forment-ils, pour autant, une équipe cohérente ? Sont-ils réellement « réactionnaires » ou seulement « réactifs » ? Et comment se cognent-ils au mur de la Pensée Unique ?

Au début des années 90 du siè­cle précé­dent, alors que le mur sovié­tique finis­sait de s’effondrer, un autre achevait de bar­ri­cad­er la nou­velle doxa à l’encontre de tous ceux qui auraient pré­ten­du la remet­tre en cause. Était-ce la con­séquence de la vic­toire occi­den­tale par for­fait du camp adverse ? En tout cas, on baig­nait dans une atmo­sphère de fin de l’Histoire, la dialec­tique idéologique sem­blait désor­mais devoir appartenir à une ère révolue, et un con­sen­sus se met­tait en place, pro­pre à béton­ner tout débat, que cer­tains finirent par nom­mer « Pen­sée Unique » ou « Poli­tique­ment cor­rect », une fois qu’il apparut que les parpaings solide­ment encas­trés étaient égale­ment recou­verts de verre pilé. Cepen­dant, la décen­nie suiv­ante allait peu à peu voir grossir une vaguelette, quoique sécrétée au compte-goutte, de jour­nal­istes cri­tiques ten­tant d’éclabousser le mur de la rec­ti­tude morale offi­cielle. À peine une poignée, ils fer­ont pour­tant telle­ment tâche dans le paysage mono­chrome du dis­cours médi­a­tique, qu’on ne par­lera bien­tôt plus que d’eux, jusqu’à don­ner l’impression d’une grande défer­lante réac­tion­naire s’abattant sur la muraille du Pro­grès. Qu’en est-il réelle­ment ?

Une décennie « néo-réac »

Les atten­tats du World Trade Cen­ter, qui ont ouvert véri­ta­ble­ment le XXIème siè­cle, sem­blent avoir égale­ment relancé le cours de l’Histoire intel­lectuelle. En effet, c’est en 2002 que parais­sent en France deux livres tout à fait symp­to­ma­tiques : d’un côté, la jour­nal­iste Élis­a­beth Lévy pub­lie Les Maîtres censeurs (Lat­tès), attaquant la Pen­sée Unique de manière frontale et dans le champ médi­a­tique ; de l’autre, Daniel Lin­den­berg assène un pam­phlet, Le Rap­pel à l’ordre (Seuil), sur les têtes d’une dizaine d’intellectuels accusés de « réac­tion » (dont la plu­part, c’est à not­er, vien­nent de la gauche ou s’en procla­ment, comme Alain Finkielkraut, Pas­cal Bruck­n­er ou Alain Badiou). Ces deux livres, soule­vant cha­cun de fortes polémiques, vont déter­min­er les modal­ités de l’affrontement. Ceux qui se dressent con­tre la Pen­sée Unique reprochant à ses représen­tants d’entretenir un véri­ta­ble ter­ror­isme intel­lectuel, de refuser le débat et de recourir à des formes insi­dieuses de cen­sure ; ceux qui emboîteront le pas de Lin­den­berg se con­tentant la plu­part du temps de dress­er des listes et d’amalgamer les gêneurs sous le voca­ble de « réac­tion­naires », « néo-réacs », voire, comme Renaud Dély fin 2012 dans Le Nou­v­el Obs, « néo-fachos ».

Tête à clash

En 2006, Lau­rent Ruquier offre un fau­teuil de chroniqueur à Éric Zem­mour, un jour­nal­iste du Figaro à peine con­nu du grand pub­lic pour son livre Le Pre­mier Sexe (Denoël), au sein de son talk-show « On n’est pas couché ». D’abord sys­té­ma­tique­ment hué par les spec­ta­teurs de l’émission, c’est lui qui, par la suite, accom­pa­g­né d’Éric Naul­leau, va assur­er l’immense suc­cès du pro­gramme, notam­ment grâce à un nom­bre con­sid­érable de « clashs » avec les invités qui tour­nent en boucle sur Inter­net. Brisant soudaine­ment à la fois le con­sen­sus pro­mo­tion­nel auquel ont été réduites depuis longtemps les émis­sions cul­turelles et de diver­tisse­ment, et le con­sen­sus idéologique, en assumant des vues de droite dans un milieu uni­for­mé­ment de gauche, Zem­mour fait le show, polémique avec brio, démolit avec humour et devient un véri­ta­ble phénomène de société. Franken­stein échap­pant des mains de ses créa­teurs, une bête médi­a­tique est née, qui dérange un milieu corseté dans le poli­tique­ment cor­rect mais arrange ses employeurs par sa fac­ulté de faire mon­ter l’audimat.

Les mousquetaires des plateaux télé…

Le suc­cès inat­ten­du d’Éric Zem­mour va entraîn­er dans son sil­lage la médi­ati­sa­tion d’autres jour­nal­istes qui, sans doute, seraient restés dans l’ombre si le sys­tème médi­a­tique n’avait pas, grâce au phénomène Zem­mour, repris con­science de quelques équa­tions élé­men­taires : pour qu’il y ait de l’audimat, il faut du spec­ta­cle ; pour qu’il y ait du spec­ta­cle, il faut du débat ; pour qu’il y ait du débat, il faut des con­tra­dicteurs… C’est ain­si qu’Ivan Rioufol, jour­nal­iste au Figaro égale­ment, plus clas­sique, moins flam­boy­ant, mais s’assumant réac­tion­naire (De l’urgence d’être réac­tion­naire, PUF, 2012), va trou­ver égale­ment sa place de mous­que­taire des plateaux télé, à fer­railler seul con­tre tous sur des sujets où l’opinion offi­cielle est par­faite­ment for­matée. Auteur d’Être de droite : un tabou français (Albin Michel, 2006), Éric Brunet va quant à lui car­ré­ment se « ven­dre » sur cette éti­quette tou­jours infâ­mante, mais dev­enue depuis peu asso­ciée à un quo­ta néces­saire à assur­er dans les grandes rédac­tions. Il obtient ain­si une quo­ti­di­enne sur RMC (« Car­ré­ment Brunet ») à par­tir de novem­bre 2010, non sans essuy­er les attaques de l’ACRIMED, l’association bour­dieusi­enne accu­sant tout bon­nement l’un des seuls ani­ma­teurs ouverte­ment de droite de faire une « émis­sion de pro­pa­gande ». À gauche, en effet, on se con­tente de rap­pel­er la Vérité. Prav­da.

Tartuffe démocrate

En 2008, le directeur de Reporters sans fron­tières, Robert Ménard, infati­ga­ble défenseur de la lib­erté d’expression, se con­fronte assez vio­lem­ment à Éric Zem­mour lors de l’émission « On n’est pas couché », au sujet de la Chine. Pour­tant, trois ans plus tard, le pre­mier vient témoign­er en faveur du sec­ond, dans le cadre d’un procès inten­té par plusieurs asso­ci­a­tions sub­ven­tion­nées de lutte con­tre les dis­crim­i­na­tions. Ménard a-t-il retourné sa veste ? Changé de camp ? Non, sim­ple­ment, cohérent avec l’intitulé de sa cause, le jour­nal­iste s’attache, surtout depuis qu’il a quit­té RSF, à défendre la lib­erté d’expression à l’intérieur des fron­tières, enfin de ce qu’il en reste. Ain­si s’insurge-t-il – presque naïve­ment -, con­tre tous les tabous qu’il détecte, allant jusqu’à sor­tir, avec sa femme Emmanuelle Duverg­er, un pam­phlet titré : Vive le Pen ! (Mordi­cus, 2011), sans accorder pour autant nul sou­tien au Front Nation­al mais pour soulign­er la tartufferie d’une presse soi-dis­ant démoc­rate qui dia­bolise des par­tis pour­tant autorisés.

Complaisance

Le clan Le Pen incar­nant le pôle nord de la vie intel­lectuelle, médi­a­tique et fan­tas­ma­tique française, en 2012 comme vingt ans plus tôt, c’est encore ce sujet qui va faire naitre le scan­dale autour de Philippe Cohen, auteur, avec Pierre Péan, de Le Pen, une his­toire française (Robert Laf­font). En effet, parce que les jour­nal­istes ont mené une enquête très cri­tique, mais volon­taire­ment dépas­sion­née (et sans « dia­boli­sa­tion », donc), sur les cro­quemi­taines du cirque poli­tique, on les accuse de « com­plai­sance ». Le seul soupçon de com­plai­sance envers ce par­ti, fût-il légal, suff­isant à se voir con­fér­er une répu­ta­tion de nos­tal­gique des camps de la mort, ou presque, et s’appelât-on « Cohen », la polémique enfle au point d’aboutir à la démis­sion du coupable de l’hebdomadaire Mar­i­anne, dont il était pour­tant l’un des fon­da­teurs, après une rude con­tro­verse avec Mau­rice Szafran, PDG de la revue. Une revue dont les objec­tifs ini­ti­aux avaient été juste­ment de lut­ter… con­tre la Pen­sée Unique. Élis­a­beth Lévy, qui y col­lab­o­rait, avait mon­té avec Philippe Cohen la « Fon­da­tion du 2 mars », un think-tank des­tiné à pro­mou­voir les valeurs répub­li­caines, ten­dance gaul­lo-chevène­men­tiste. Cette affaire prou­ve, par ailleurs, que dix ans après ses pre­mières ébul­li­tions vis­i­bles, la « vague dis­si­dente », si elle déchaîne tou­jours davan­tage les réac­tions out­rées des milieux médi­a­tiques offi­ciels, n’a jamais pu con­clure sur un réel ancrage dans cette sphère.

Bilan et perspectives

Si l’on en croit les dis­cours des médias autorisés, les « néo-réacs » (voire « néo-fachos », bref, ces « SS 2.0 »), for­ment un ensem­ble idéologique cohérent, suff­isam­ment cohérent pour être insi­dieuse­ment réductible à une seule chose : la cervelle de la Bête immonde, et un ensem­ble d’autant plus menaçant qu’il aurait peu à peu pris ses mar­ques dans le sys­tème médi­a­tique au point de le gan­grén­er de sa pen­sée « nauséabonde ». Tel serait donc le bilan à tir­er de cette décen­nie qui vit sur­gir les néo-réacs. Or, sur ces deux aspects du phénomène : unité de pen­sée et ancrage dans le sys­tème, il serait bon de se pencher de manière objec­tive.

« Ménard sans interdit »… interdit

Tout d’abord, l’ancrage. Quelle est la sit­u­a­tion pro­fes­sion­nelle réelle de nos pro­tag­o­nistes ? Philippe Cohen, nous venons de le voir, a démis­sion­né de la revue Mar­i­anne dont il avait été plus de dix ans plus tôt, l’un des mem­bres fon­da­teurs. Robert Ménard a été débar­qué d’i>Télé en juil­let 2012 où il ani­mait une émis­sion quo­ti­di­enne, « Ménard sans inter­dit », après avoir été déjà évincé de la sta­tion RTL l’année précé­dente. Il s’est depuis « replié » sur Inter­net en lançant le site d’information Boule­vard Voltaire. Si Éric Brunet con­serve sa quo­ti­di­enne sur RMC, il ne sem­ble pas dépass­er le statut de « quo­ta droiti­er ». Quant à Ivan Rioufol, hormis son « Bloc-notes » au Figaro, il n’est jamais qu’un invité récur­rent des talk-shows, de la même manière qu’Élis­a­beth Lévy, laque­lle n’a plus comme il y a quelques années chez Franz-Olivi­er Gies­bert, un fau­teuil de chroniqueuse télé, et se con­cen­tre sur le développe­ment de sa revue Causeur, qui devrait attein­dre les kiosques en avril 2013. Enfin, Éric Zem­mour, le plus emblé­ma­tique de tous, s’est fait évin­cer d’« On n’est pas couché » en pleine gloire et s’il a relancé une émis­sion avec son com­père Éric Naul­leau (« Zem­mour et Naul­leau »), ce n’est plus que sur le câble qu’il appa­raît, demeu­rant égale­ment chroniqueur sur i>Télé (« Ça se dis­pute »), quand ses chroniques quo­ti­di­ennes sur RTL ont été réduites au rythme de deux par semaine. Par con­séquent, l’idée d’une inva­sion des médias par les néo-réacs, telle qu’elle est véhiculée par des jour­nal­istes dis­posant quant à eux de postes clés dans les chaînes de télévi­sion ou de radio publiques paraît totale­ment dis­pro­por­tion­née, si ce n’est déli­rante, ou encore rel­e­vant du pur fan­tasme ou bien, peut-être, d’un sim­ple « sen­ti­ment d’insécurité » que ceux-ci éprou­veraient sur le plan pro­fes­sion­nel.

Un courant intellectuel défini et organisé ?

Analysons main­tenant cet autre préjugé qui accorderait une unité idéologique aux néo-réacs, comme s’il s’agissait d’un courant intel­lectuel défi­ni et organ­isé, qu’on pour­rait par con­séquent aisé­ment rap­procher d’autres courants ayant ani­mé les « heures les plus som­bres de notre His­toire ». Si l’on use de la typolo­gie établie par René Rémond dans son célébris­sime ouvrage Les droites en France, force est de con­stater qu’un Zem­mour bona­partiste est assez éloigné, d’un point de vue idéologique, des orléanistes libéraux Rioufol ou Brunet, ces trois-là étant les seuls, par ailleurs, à se déclar­er eux-mêmes « réac­tion­naires », quand cette épithète reste en out­re dénuée de réelle per­ti­nence, puisqu’il faudrait encore savoir quel repère est asso­cié à la « réac­tion » : Avant mai 1968 ? Les années 1930 ? 1802 ? L’Ancien Régime ? Quant à Élis­a­beth Levy et Philippe Cohen, les pre­mières plumes de Mar­i­anne ne peu­vent être situées à droite qu’en ver­tu d’un mou­ve­ment « sin­istr­o­gyre » (« gauchi­sa­tion » des cli­vages poli­tiques), qui aurait déplacé le mar­queur à bâbord d’un engage­ment répub­li­cain laï­ciste de gauche tra­di­tion­nel. Ménard, l’ancien trot­skyste qual­i­fié de représen­tant d’une « gauche libérale » au début des années 2000, même s’il est dif­fi­cile de le main­tenir aujourd’hui de ce côté de l’hémicycle, s’en réfère quoiqu’il en soit tou­jours à Voltaire plutôt qu’à Joseph de Maistre.

Scénario complotiste

Il est donc clair que nous ne sommes pas en présence d’une nou­velle idéolo­gie réac­tion­naire con­stru­ite et qui se dif­fuserait par le biais de jour­nal­istes s’implantant avec habileté dans les médias afin de laver le cerveau du peu­ple. Même si ce scé­nario com­plo­tiste est pro­pre à flat­ter les bas instincts de lyn­chage d’une élite ten­ant à ses prérog­a­tives, un min­i­mum d’honnêteté intel­lectuelle exige qu’il soit bat­tu en brèche. La vérité est beau­coup plus sim­ple : depuis dix ans, le mur édi­fié par la Pen­sée Unique a com­mencé de trem­bler. Du haut des miradors, les gar­di­ens grasse­ment payés se voient oblig­és de laiss­er pass­er de temps en temps un réfrac­taire parce qu’une foule trop impor­tante garde les yeux rivés sur lui. S’il fran­chit les bar­belés, on lui tire néan­moins dessus pour crime de « déra­page » en espérant obtenir en con­trepar­tie un brevet de Résis­tance. On explique ensuite au peu­ple qu’une telle sévérité n’est pas exces­sive quand un com­plot réac­tion­naire men­ace le par­adis à venir, après avoir qual­i­fié de « fas­ciste » le pre­mier déviant venu et d’où qu’il vienne. En fin de compte, il sem­blerait qu’en 1991, si le bloc occi­den­tal a vain­cu, ce n’était que pour asseoir sa vic­toire libérale sous une forme sovié­tique. Quant à la « vague dis­si­dente », si elle man­i­feste un élan réel, sa con­sis­tance et sa force de frappe demeurent pour l’heure essen­tielle­ment sous-jacentes. Mais rien ne s’oppose à ce qu’un jour elle explose véri­ta­ble­ment.

MD

Crédit pho­to : mon­tage Ojim

Marie Drucker déshabillée lundi par l’Ojim

Est-elle résolument optimiste ? Endort-elle le bon peuple ? Toujours est-il que ses JT sont de vrais contes de fées…

Engagée dans « la cause des femmes », héri­tière d’une lignée de médi­acrates, Marie Druck­er est aus­si une grande séduc­trice… L’Ojim a lu pour vous le roman d’une de ses rivales, une pure fic­tion bien enten­du !

Avec Marie Druck­er, même l’Ojim est obligé de don­ner dans le peo­ple… Ren­dez-vous lun­di pour en savoir plus…

Crédit phot : Cap­ture d’écran DR France 2

Les Think tanks, des lobbies comme les autres ?

D’« Uni­ver­sités sans enseigne­ment », les think tanks améri­cains seraient en train de se trans­former en « entre­pris­es de lob­by­ing et de rela­tions publiques » avec une action s’appuyant de plus en plus sur la pub­lic­ité et le mil­i­tan­tisme que sur les pub­li­ca­tions et la recherche : tel est le sujet d’un arti­cle con­va­in­quant traduit du jour­nal améri­cain The Fis­cal Times et pub­lié sur l’excellent blog Idiocratie.

Pour en savoir plus, c’est ici : idiocratie2012.blogspot.fr

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Qui a dit…

« Moi, je suis une vraie girou­ette, je n’ai aucune colonne vertébrale poli­tique… »

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