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Inrockstv contre Eugénie Bastié : les Inrocks en pire

21 novembre 2017

Temps de lecture : 4 minutes
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Inrockstv contre Eugénie Bastié : les Inrocks en pire

Pensant être passés maîtres es journalisme, Les Inrocks se sont pris les pieds dans le tapis en prétendant donner une « leçon de journalisme ». Cela se passait début novembre et c’était relayé par inrockstv. Bienvenue dans le pire des Inrocks.

Il y a peu, l’hebdomadaire de gauche libérale lib­er­taire pour per­son­nes d’un cer­tain âge Les Inrocks fai­sait le buzz en pub­liant une pho­to de Bertrand Can­tat en Une. Il n’aura échap­pé à per­son­ne que cette Une visait d’abord à faire ce buzz, peut-être pour de banales raisons de tré­sorerie ou de dif­fu­sion. Ou bien pour financer cette étrange chose que Les Inrocks pré­ten­dent être une chaîne de télévi­sion, inrock­stv ? Un sim­ple coup d’œil sur la page de la chaîne, en suiv­ant le lien, mon­tre com­bi­en l’hebdomadaire devenu télévi­sion ne fait plus guère dans le jour­nal­isme. Plutôt dans la pro­pa­gande bien-pen­sante des gens de son âge. Un zeste de pré­ten­due rebelle atti­tude musi­cale, avec le groupe Mar­quis de Sade, un zeste de mil­i­tan­tisme ultra-fémin­iste en dif­fu­sant le clip « tu m’aimes, tu me respectes », un peu de pleurs liés aux migra­tions, ou encore un hom­mage à Drake quand il inter­rompt courageuse­ment l’un de ses con­certs pour deman­der les yeux dans les yeux à l’un des spec­ta­teurs de cess­er de tourn­er autour des filles. Comme Drake n’est à ce moment pré­cis entouré que de mil­liers de fans tout acquis à sa per­son­ne, il n’est pas dif­fi­cile de mesur­er le courage d’un tel acte. Sur inrock­stv tout est à l’avenant. Une sorte de Téléra­ma, en moins fin et plus mil­i­tant. Et comme sou­vent, le mil­i­tan­tisme et le jour­nal­isme ne font pas bon ménage. Ce n’est pas un Plenel qui nous con­tredi­rait. Comme Médi­a­part sur le plan poli­tique et socié­tal, Les Inrocks se pensent don­neurs de leçons en matière de jour­nal­isme cul­turel. Et par­fois plus.

La leçon de journalisme des Inrocks ?

Et comme Médi­a­part, Les Inrocks aiment bien la dénon­ci­a­tion de qui ne pense pas comme il faut. Au nom de la tolérance. For­cé­ment. C’est ain­si que le 7 novem­bre 2017, la chaîne télévisée des Inrocks croit pou­voir don­ner une leçon de jour­nal­isme à Eugénie Bastié, l’une de ces jour­nal­istes que la presse de gauche a du mal à sup­port­er. Jeune femme de droite, catholique, fémin­iste inté­grale, mem­bre de la rédac­tion de la revue éco­lo Lim­ite, la jour­nal­iste Eugénie Bastié a beau­coup de torts. Par exem­ple, elle écrit dans Le Figaro. On peut être femme, jeune, engagée, écol­o­giste et… ne pas être de gauche. Pour Les Inrocks, c’est dif­fi­cile à avaler. Alors, quand l’occasion de délégitimer la jeune jour­nal­iste se présente, le média pense ne pas la rater en « repérant » une « leçon de jour­nal­isme » qu’elle aurait reçue lors de l’émission L’heure des pros du 3 novem­bre 2017, sur CNEWS. L’émission est en ligne sur le site inrock­stv : Quand Pas­cal Praud et Eugénie Bastié pren­nent une leçon de jour­nal­isme.

Elle est con­sacrée au « nou­v­el anti­sémitisme en France », dans le cadre du procès Mer­ah. Selon Les Inrocks, « le doc­teur en sci­ences poli­tiques Clé­ment Vik­torovitch est subite­ment devenu un héros sur Twit­ter (sic !), pour avoir don­né une leçon de rigueur jour­nal­is­tique à la jour­nal­iste du Figaro Eugénie Bastié et au présen­ta­teur Pas­cal Praud ». Ce mon­sieur aurait, « alors que ses acolytes s’égaraient dans des con­sid­éra­tions inex­actes (…) mis les points sur les i » sur plusieurs sujets. Notam­ment, à pro­pos de Mer­ah dont il affirme, pour con­tredire ses inter­locu­teurs, que jamais il ne « s’est revendiqué de la lutte pour les ter­ri­toires pales­tiniens ». Et notre doc­teur de s’enflammer : « On est des jour­nal­istes autour de ce plateau, on est là pour don­ner des infor­ma­tions pré­cis­es ! Si on ne sait pas, on ne sait pas, on ne dit pas ». Inter­ven­tion saluée, selon Les Inrocks, sur les réseaux soci­aux comme un acte de lutte con­tre « les faux experts ». Enten­dez la jour­nal­iste du Figaro Eugénie Bastié.

Les Inrocks ou l’arroseur arrosé

Sauf que inrock­stv devrait chang­er de sta­giaire. Pourquoi ? L’affirmation selon laque­lle Mer­ah n’aurait jamais évo­qué le con­flit israé­lo-pales­tinien, assénée avec vigueur par un doc­teur en sci­ences poli­tiques qui est aus­si jour­nal­iste et chroniqueur, c’est-à-dire de ces « experts » régulière­ment invités sur les chaînes d’information en con­tin­ue que Les Inrocks enten­dent dénon­cer en s’en prenant à Bastié, cette affir­ma­tion est un men­songe grossier.

Que dis­ait-il exacte­ment à l’encontre de son inter­locutrice ? Ceci : « Deux pré­ci­sions sur tout ce qui a été dit. Sur ces sujets-là, il faut faire atten­tion à ce que l’on dit. À titre per­son­nel, je n’ai jamais vu de déc­la­ra­tions de Mer­ah dis­ant sa sym­pa­thie pour le peu­ple pales­tinien. Alors, peut-être qu’il y en a mais je ne les ai pas vues pass­er. Ce serait intéres­sant de véri­fi­er ». Réac­tion de Bastié : « S’il s’est attaqué aux Juifs, pourquoi alors ? ». Notre docte spé­cial­iste de rétor­quer : « Ce n’est pas pareil ça, c’est très dif­férent ». Bien. Mais alors ? Le fait a été rap­porté par de nom­breux médias, l’article le plus pré­cis à ce pro­pos étant celui d’Actu­al­ité Juive qui se con­clut ain­si, non au sujet des pro­pos d’Eugénie Bastié mais de ceux de Clé­ment Vik­torovitch : « Or, c’est totale­ment faux. Non seule­ment Mohamed Mer­ah était sen­si­ble au con­flit israé­lo-pales­tinien, comme l’a affir­mé à de nom­breuses repris­es son frère Abdelka­d­er, mais en plus, celui-ci avait cité la cause pales­tini­enne par­mi les raisons qui l’ont poussé à com­met­tre ses crimes. Le min­istre de l’Intérieur de l’époque, Claude Guéant, avait témoigné à la presse des reven­di­ca­tions de l’assassin, par­mi lesquelles « le sort réservé aux Pales­tiniens sous l’occupation israéli­enne ». Ces élé­ments ont été large­ment rap­pelés lors du procès qui s’est déroulé le mois dernier. Cette Fake News a ensuite été reprise par le site des Inrocks, lors d’un arti­cle con­sacré à ce duel télévi­suel, assur­ant que le chroniqueur a don­né une « leçon jour­nal­is­tique » à la jour­nal­iste Eugénie Bastié. « Clé­ment Vik­torovitch a mis les points sur les « i » en faisant un peu de fact-check­ing : non Mohammed Mer­ah n’a pas soutenu les Pales­tiniens », ose écrire le/la jour­nal­iste qui n’a pas signé son arti­cle. Au vu du tor­rent de réac­tions des inter­nautes, cet élé­ment a fini par être sup­primé de l’article et Vik­torovitch par admet­tre s’être trompé à demi-mot, préférant se can­ton­ner à une autre par­tie de son argu­men­taire qui reprochait à la jour­nal­iste d’avoir évo­qué l’UOIF (Union des organ­i­sa­tions islamiques de France) comme « majori­taire » chez les musul­mans. C’est ce qu’on appelle un arroseur arrosé ». 

On ne peut pas sans cesse dénon­cer le fait sup­posé d’une France pra­ti­quant l’essentialisme, par exem­ple post-colo­nial ou misog­y­ne, et pra­ti­quer soi-même la dénon­ci­a­tion approx­i­ma­tive d’une jour­nal­iste sous pré­texte qu’elle n’est pas de gauche. À essen­tial­isme, essen­tial­isme et demi ? Nous n’avons pas eu le temps de véri­fi­er mais sans doute le Decodex du Monde con­sid­ère-t-il Les Inrocks comme un média fiable ?

Crédit pho­to : logo Les Inrocks TV. DR

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