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Nicolas de Tavernost

2 septembre 2021

Temps de lecture : 14 minutes

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Nicolas de Tavernost

Nicolas de Tavernost

Aristo chef

Le baron Nicolas Abel Bellet de Tavernost de Saint Trivier est né le 22 août 1950 à Villefranche-sur-Saône, capitale du beaujolais. Issu d’une famille noble du Mâconnais, l’homme est père de cinq enfants, plus un, M6, la chaîne qu’il gouverne depuis sa création. La « chaîne de trop », comme la qualifiait la ministre déléguée à la communication Catherine Tasca en 1988, a bien grandi et s’est imposée, sous la férule de son inamovible président du directoire, comme un puissant groupe audiovisuel faisant le bonheur de ses actionnaires. Seul garçon d’une fratrie comptant quatre sœurs, son éducation corsetée imprime sur lui une certaine rudesse qui le fera craindre de ses collaborateurs quelques décennies plus tard. « Autocrate », « tyrannique », tout a été dit sur le management intense et épuisant avec lequel l’intransigeant chef d’entreprise règne sur sa baronnie de Neuilly-sur-Seine. Mais l’homme pourrait finalement remporter son combat de 30 ans face à TF1, son rival de toujours, qui a résolu de fusionner avec M6 afin de devenir le premier groupe audiovisuel français. Ou comment la grenouille, à force de choix stratégiques payants (les séries américaines, la télé-réalité, le replay) et de virages bien négociés (les droits sportifs, la TNT), a fini sinon par avaler le bœuf, du moins en prendre la direction.

Reje­ton d’une famille de la noblesse de robe enrac­inée dans la Dombes (Ain) au nord-est de Lyon, l’homme a hérité du château famil­ial de Vataneins, pro­priété d’une cen­taine d’hectares sise dans le vil­lage de Ces­seins. « Avec mes proches. Vataneins c’est un peu un lieu de rassem­ble­ment pour la famille. Notre kib­boutz à nous ».

Formation

L’homme ne brille pas par son cur­sus sco­laire, qu’il clô­tur­era à l’école publique après un bref pas­sage dans un cours privé, un désaveu indé­ni­able compte tenu des mœurs de son milieu social. Il est pen­sion­naire du col­lège jésuite de Notre-Dame de Mon­gré de Ville­franche, puis du lycée jésuite Saint Joseph de Tivoli à Bor­deaux et du lycée mariste Sainte Marie de Riom. Après son bac, il obtient une licence en Droit à l’Université de Bor­deaux ain­si qu’un diplôme d’études supérieures de droit pub­lic. Il complète son cur­sus par l’Institut d’Études Poli­tiques de Bor­deaux, où il s’inscrit pour pré­par­er le con­cours de l’ENA. Le jeune Tav­er­nost nour­rit l’ambition de devenir préfet. Selon, un de ses condis­ci­ples, Philippe Chotard, Tav­er­nost était un «  dilet­tante qui ne pas­sait pas son temps dans les bib­lio­thèques ». Très impliqué dans la cam­pagne de Jacques Cha­ban-Del­mas, il échoue par deux fois au con­cours de l’ENA, comme son père avant lui.

Parcours Professionnel

Sans se laiss­er abat­tre, il entre au cab­i­net de Nor­bert Segard, min­istre du Com­merce extérieur. Il rejoint dans la foulée l’Administration des Postes et Télé­com­mu­ni­ca­tions (P.T.T) où il est chargé des rela­tions avec la presse et le Par­lement pen­dant deux ans, puis la Direc­tion générale des télé­com­mu­ni­ca­tions, où il par­ticipe au « plan câble » en tant que chargé du développe­ment com­mer­cial. Son expéri­ence dans les cab­i­nets min­istériels éveille son scep­ti­cisme à l’égard de l’administration et des énar­ques en par­ti­c­uli­er : « J’y ai appris ce qu’est le fonds de com­merce de l’État, la pro­tec­tion des intérêts per­son­nels et l’ab­sur­dité de l’é­conomie mixte ». C’est là qu’il est remar­qué par Guy de Panafieu, alors bras droit du grand patron Jérôme Mon­od, qui l’en­gage à la Lyon­naise des eaux pour tra­vailler sur le dossier de can­di­da­ture à la reprise du six­ième réseau de télévi­sion hertzienne.

Métropole Télévision

Le six­ième canal français est alors occupé par TV6, une chaîne musi­cale pro­priété de Pub­li­cis, dont la con­ces­sion n’est pas renou­velée. La défaite de Fabius aux lég­isla­tives et l’arrivée de Chirac à Matignon sonne le glas des pro­jets audio­vi­suels de l’ancienne majorité social­iste. Un con­glomérat d’actionnaires réu­ni par Tav­er­nost, com­posé de la Com­pag­nie Lux­em­bour­geoise de télévi­sion, action­naire de RTL, la Lyon­naise des eaux, Amau­ry (à l’époque pro­prié­taire du Parisien), et du groupe MK2, se porte can­di­dat à la reprise du canal. A la tête du pro­jet, l’énarque et éphémère PDG d’Antenne 2 (son traite­ment de la mort de Malik Oussekine aurait déplu à l’état-major chi­raquien et pré­cip­ité son licen­ciement) Jean Druck­er, qui n’est autre que le frère du men­hir télévi­suel Michel Druck­er. Son nom est souf­flé par Tav­er­nost à l’oreille de Jérôme Mon­od, qui se sou­vient que les deux hommes ont étudié ensem­ble à l’ENA.

La chaîne, qui se prénomme alors Métro­pole Télévi­sion, com­mence à émet­tre le 1er mars 1987. Si Jean Druck­er reste le PDG de la chaîne, Tav­er­nost con­nait une ascen­sion con­tin­ue dans l’organigramme de la chaîne : directeur général adjoint (finances) à sa créa­tion en 1987, il en devient le directeur général en 1988. Le tan­dem Druck­er-Tav­er­nost donne vite des résul­tats, la ron­deur du pre­mier com­pen­sant la rugosité du second.

Selon Tav­er­nost, « Jean était un homme très sub­til. On a tout vécu ensem­ble. Il me dis­ait : « Je passe plus de temps avec toi qu’avec ma femme ! » Leur rela­tion n’est pas pour autant un long fleuve tran­quille : « C’é­tait ten­du entre les deux, racon­te un ex-proche. Je me sou­viens qu’un jour Jean, apprenant que Nico­las don­nait une inter­view à un heb­do, avait envoyé son chauf­feur chercher dans tout Paris la respon­s­able de la com­mu­ni­ca­tion de M6 pour don­ner, lui aus­si, l’in­ter­view ! ». Alors que la san­té de Druck­er décline, Tav­er­nost sem­ble en être le suc­cesseur tout désigné et ne se cache pas de vouloir l’évincer. C’est ain­si qu’il est nom­mé, suite à un putsch interne ron­de­ment mené, prési­dent du direc­toire de M6 en 2000, can­ton­nant Druck­er au con­seil de surveillance.

L’homme est con­nu dans le milieu des médias comme un chef qui essore ses équipes et veut tout con­trôler, des ram­ettes de papi­er de la pho­to­copieuse aux con­cepts des émis­sions. C’est notam­ment lui qui a imag­iné les émis­sions « Cap­i­tal », « Zone inter­dite » et « Pékin Express ».

Le rachat de TF1 et la consécration

Après des mois de sus­pense et de cour intense, avec foule de can­di­dats (Bol­loré, Niel, Kretinsky ou encore Berlus­coni étaient sur les rangs), Bouygues a finale­ment été choisi pour repren­dre les 48% que l’actionnaire prin­ci­pal alle­mand Ber­tels­mann, via sa fil­iale RTL Group, déte­nait jusque-là (l’autre action­naire his­torique, Suez, s’étant retiré en 2004). La fusion des deux groupes en ferait le qua­trième acteur européen, pesant pas moins de 3,4 mil­liards d’eu­ros de chiffre d’af­faires. Bouygues, avec 30% du cap­i­tal, en sera l’ac­tion­naire de con­trôle exclusif. Mais c’est Tav­er­nost, 71 ans, l’homme de Ber­tels­mann, qui en devien­dra le PDG. L’homme, qui a déjà con­traint par deux fois Ber­tels­mann, à mod­i­fi­er les statuts du groupe pour repouss­er la lim­ite d’âge des dirigeants, n’est pas près de pass­er la main. Il faut dire que le bilan du baron laisse rêveur.

Il est loin le temps où M6 n’était encore que « la petite chaîne qui monte ». Tav­er­nost est désor­mais assis sur un groupe audio­vi­suel, patiem­ment édi­fié, com­posé d’un bou­quet de chaînes thé­ma­tiques, enrichis depuis l’ar­rivée de la TNT en 2005 : W9, 6ter, Téva, M6 Music, Série Club ou encore la chaîne jeunesse Gul­li, récem­ment rachetée à Lagardère. Grâce aux chaînes W9 et M6 Music, la chaîne se détache pro­gres­sive­ment de son oblig­a­tion de dif­fu­sion de con­tenus musi­caux vis-à-vis du CNCL (l’ancêtre du CSA) qu’il avait hérité de TV6 : de 30% en 1987, ces con­tenus ne con­sti­tu­aient plus que 20 % du temps d’antenne en 2011. L’intronisation du JT du soir en 2009, le « 19:45 » a achevé de faire de M6 une chaîne général­iste qui peut tenir la bride bride à ses con­cur­rents. Le groupe se paie même le luxe de racheter le pôle français de RTL Group, son pro­pre action­naire, qui com­prend les radios RTL, RTL2 et Fun Radio. Le groupe a généré un chiffre d’affaires de 1273,6 mil­lions d’euros en 2020 et emploie 2400 personnes.

Vie privée

Son père, Antoine Bel­let de Tav­er­nost, était surnom­mé « le baron rouge » à Bor­deaux. Nico­las le définit volon­tiers comme « un intel­lo, social­iste » qui s’est illus­tré par ses actes de résis­tances pen­dant la Sec­onde Guerre mon­di­ale et fut médail­lé de la Croix de Guerre. Par­mi ses autres faits d’armes, il a égale­ment dirigé le jour­nal Le Parisien, l’éditeur Gras­set ou une société finan­cière d’aménagement région­al en Aquitaine. Ami per­son­nel de Jacques Cha­ban-Del­mas, il a aus­si été prési­dent des usines Berli­et de Lyon après la guerre. Sa mère, Annette du Fresne de Beau­court, était issue de l’aristocratie nor­mande, poli­tique­ment « à droite, assez con­ser­va­trice ». « Des gens d’idées, respectueux des autres, pas du tout bour­geois, jouis­seurs », selon lui.

Il est le cadet de qua­tre sœurs « qui ont « réus­si leur famille » » : Isabelle, Sylvie, Cather­ine et Béatrice.

Il est mar­ié à Car­o­line de Tav­er­nost, née Deschamps et est père de qua­tre enfants, deux frères et deux sœurs.

Antoine de Tav­er­nost, né en 1985, est le directeur général d’Au­di­toire France, une agence spé­cial­isée dans l’événementiel. Il est notam­ment passé par la régie Inter­net de Lagardère Active ain­si que par le groupe GL Events, dont son père est admin­is­tra­teur. Il est mar­ié à Clé­mence Dru, co-fon­da­trice de la mar­que de prêt-à-porter féminin Côme Édi­tions, et père d’un garçon prénom­mé Noa.

Sibylle de Tav­er­nost, né en 1985, est créa­trice dans le domaine du design, à la tête d’une mar­que de déco­ra­tion pro­posant des tapis et du mobili­er personnalisé.

François de Tav­er­nost, né en 1991, est pro­duc­teur chez SND Films, la société de dis­tri­b­u­tions de films du groupe M6.

Mar­guerite de Tav­er­nost, née en 1991, est diplômée du King’s Col­lege de Lon­dres et de la Lon­don School of Eco­nom­ics (LSE). Elle cha­peaute la stratégie d’investissements en cap­i­tal-risque de sociétés non-côtées, sou­vent des starts-ups en phase d’amorçage.

Engagement militant

« En 1974, le petit Nico­las fait d’ailleurs sa cam­pagne, au sein du comité de sou­tien des jeunes, dis­tribuant des tracts, s’en­car­tant même, pour l’oc­ca­sion. Son seul moment de mil­i­tan­tisme. « Poli­tique­ment, on est sou­vent le fruit de ses par­ents. De ce point de vue, mon héritage mixte ne m’a pas con­duit au cen­tre. Mes con­vic­tions ont évolué, je n’ai pas tou­jours voté de la même façon. » (Le Nou­v­el Économiste).

Salaire

En 2020, la rémunéra­tion du patron de M6 s’élevait à 1 796 060 €, somme de sa rémunéra­tion fixe (1 000 007 €) et de sa rémunéra­tion vari­able (790 524 €).

Nébuleuse

Nico­las de Tav­er­nost est mem­bre du Siècle.

Jérôme Mon­od : décédé en 2016, ancien patron de Suez-Lyon­naise des Eaux et chi­raquien de la pre­mière heure, il était le con­seiller du prési­dent de la République entre 2000 et 2007. Il fut notam­ment le pre­mier secré­taire général du RPR et œuvra à la créa­tion de l’UMP en 2002. « Par sa puis­sance imag­i­na­tive, sa for­mi­da­ble capac­ité de tra­vail, son sens du risque et de la psy­cholo­gie, Nico­las de Tav­er­nost fait par­tie des gens qui fondent l’ex­cep­tion médi­a­tique française. Son hon­nêteté, sa fidél­ité, sa drô­lerie et son rire toni­tru­ant con­tribuent à la spé­ci­ficité de son charme ». Selon les auteurs de M6 Sto­ry : la saga de la chaîne en trop, les deux hommes partageaient « le même ascétisme issu du protes­tantisme, les mêmes valeurs, la même rec­ti­tude morale et la même pas­sion d’entreprendre ».

Albert Frère : un des rares hommes, selon ses dires, à avoir impres­sion­né le patron de M6. Le mil­liar­daire belge, décédé en 2018, et longtemps action­naire majori­taire de la CLT (Com­pag­nie Lux­em­bour­geoise de Télévi­sion) via sa hold­ing Audio­fi­na, est à l’initiative du mariage entre la six­ième chaîne et le groupe Ber­tels­mann. Le ban­quier d’affaires a tou­jours cru au poten­tiel de la chaîne : il décline les sol­lic­i­ta­tions du duo Her­sant-Berlus­coni à la fin des années 80 pour inve­stir dans La Cinq et quitte même le con­seil d’administration de TF1 en 2000 pour rejoin­dre celui de M6. A la suite du désen­gage­ment de Suez en 2010, Frère, via l’entremise de sa société, la CNP (Com­pag­nie Nationale à Porte­feuille), rachète les 5 % de Suez et entre au cap­i­tal du groupe. Albert Frère exerce les fonc­tions d’ad­min­is­tra­teur de la société dès la créa­tion de la chaîne en mars 1987, puis pré­side le con­seil de sur­veil­lance de la société M6 de 2003 à 2015.

Thomas Valentin : « Un seul a résisté aux assauts de Tav­er­nost : Thomas Valentin, le directeur des pro­grammes. Lui sup­porte Nico­las depuis quinze ans, encaisse tous les coups et rec­olle les morceaux lais­sés sur le pas­sage du chef ». « Il mal­traite ses col­lab­o­ra­teurs avec une rare vio­lence. La plu­part, comme Thomas Valentin, acceptent parce qu’ils ont gran­di avec la chaîne ». Physi­cien de for­ma­tion, l’homme est actuelle­ment vice-prési­dent du direc­toire chargé des antennes et des con­tenus. « Au départ chargé de la pro­duc­tion des fic­tions, des mag­a­zines puis des achats, il gravi­ra pas à pas les éch­e­lons de la chaîne. Un same­di matin de 1992, aux aurores, Nico­las de Tav­er­nost lui pro­pose de devenir le directeur des pro­grammes de M6, ce qu’il n’ou­bliera jamais. Depuis, l’ex­plo­sion de l’of­fre à tra­vers la télévi­sion numérique ter­restre et la dénuméri­sa­tion l’ont con­duit à plus de hau­teur fonc­tion­nelle, sans qu’il aban­donne pour autant le cœur des pro­grammes. Désor­mais vice-prési­dent du direc­toire en charge des antennes et des con­tenus, il se trou­ve donc à la tête des dirigeants de pro­grammes des chaînes du groupe (M6, W9, Paris Pre­mière, TF6, Série Club et les chaînes musi­cales), en même temps qu’il coiffe les sociétés de pro­duc­tion (C Prod, Stu­dio 89, M6 Stu­dio, M6 Films). »

Il con­fesse lui-même avoir « une rela­tion très spé­ci­fique avec Nico­las de Tav­er­nost. Nos liens sont pro­fonds. Nous sommes tou­jours d’ac­cord sur l’essen­tiel, nous parta­geons les mêmes valeurs et nous sommes extrême­ment com­plé­men­taires » (Le Nou­v­el Economiste).

Arnaud Duburch : ce chef d’entreprise incon­nu du grand pub­lic est présen­té comme le plus proche ami du patron de chaîne, qu’il a ren­con­tré à Sci­ences Po Bor­deaux. Il est un habitué de Vataneins

Jean-Louis Tri­aud : ancien prési­dent des Girondins de Bor­deaux de 1996 à 2017, il porte son dévolu sur M6 en tant qu’actionnaire prin­ci­pal quelques semaines avant d’être sacré cham­pi­on de France en 1999. Tri­aud et Tav­er­nost se con­nais­sent alors depuis vingt ans et la péri­ode de leurs études à l’IEP de Bor­deaux. La chaîne débourse alors 12 mil­lions d’euros pour acquérir le club. Gal­vanisé par la la vic­toire française à la Coupe du Monde en 1998, Nico­las de Tav­er­nost se laisse séduire alors qu’il revendique ne pas con­naître grand chose au monde du foot­ball, ce qui lui sera beau­coup reproché par les sup­port­ers et les obser­va­teurs du monde du bal­lon rond au cours de ses vingt ans de prési­dence. Tri­aud s’avère être le gen­dre et l’héritier d’Henri Mar­tin, vitic­ul­teur recon­nu, inven­teur du Château Glo­ria, et pro­prié­taire d’un domaine de quar­ante hectares dans le vig­no­ble de Saint Julien. Hen­ri Mar­tin fut égale­ment prési­dent des Girondins de 1961 à 1971.

Il l’a dit

« Je ressens de la sat­is­fac­tion à avoir passé les obsta­cles. Per­son­ne ne nous a aidés, on s’est moqué de nous. Cette chaîne a été hor­ri­ble­ment dure à bâtir. On achetait les télé­films au cul du camion, on ne dor­mait pas… Tous les gens des médias allaient déje­uner au Fouquet’s, mais nous, on pre­nait un café ! », Libéra­tion, 14/07/2021

« Nous pen­sons que les acteurs français locaux sont les seuls à pou­voir résis­ter à l’en­vahisse­ment des plate­formes. Défendre les acteurs français est utile sur le plan de l’in­for­ma­tion. Nous l’avons vu par rap­port aux réseaux soci­aux. Nous avons des rédac­tions de jour­nal­istes. Ceci coûte de l’ar­gent aus­si bien à la télévi­sion qu’à la radio, et donne une respon­s­abil­ité édi­to­ri­ale. Nous pen­sons que sur le plan de la démoc­ra­tie, il est utile d’avoir des acteurs his­toriques qui peu­vent exercer leur méti­er et avoir une respon­s­abil­ité édi­to­ri­ale dans le traite­ment de l’information », Audi­tion au Sénat, 07/04/2021.

« Un agricul­teur me dis­ait un jour : “je suis plus sou­vent au bureau que sur mon tracteur.” Il y a trop d’échelons admin­is­trat­ifs. On pour­rait notam­ment sup­primer les départe­ments et ne garder que les régions et les com­munes. Il faut égale­ment voir com­ment mieux partager le pou­voir. En France, tout se décide d’en haut. On peut reprocher au pou­voir d’être monar­chique. Mais, à l’inverse, les citoyens se sont main­tenant habitués à écrire au prési­dent dès qu’il s’agit de se plain­dre. Il y’a dans le monde de l’entreprise une prox­im­ité qu’on a per­due dans la sphère publique », Le Point, 03/12/2020

« On ne peut pas tout faire et tout dire à la télévi­sion. Il faut par­fois pren­dre des déci­sions en fonc­tion de l’intérêt général. En 1995, l’auteur d’un atten­tat avait été abat­tu par la police. Sur une bande-son, on entendait les agents dire : Sèche-le ! Sèche-le !”. Nous ne l’avons pas dif­fusé car, dans le con­texte de l’époque, cela aurait ajouté du trou­ble dans les ban­lieues », Ibid

« Il faut être trans­par­ent, mon salaire est pub­lic et pub­lié. Mon salaire d’1,4 mil­lion, ce n’est pas énorme. Je suis pas le mieux payé de mon groupe, assure-t-il. Tous les foot­balleurs des Girondins, enfin quelques-uns, sont mieux payés que moi. […] Il faut être trans­par­ent et respon­s­able. Je crois à la lib­erté des action­naires, ce sont eux qui fix­ent la rémunéra­tion des patrons, c’est à eux de décider », France Inter, 01/06/2016.

« Je ne peux pas sup­port­er qu’on dise du mal de nos clients. Nous vivons de nos clients […] Voici un exem­ple con­cret : à un moment don­né, il y avait une émis­sion de Cap­i­tal sur la télé­phonie et nous sommes par­ti prenant puisque nous détenons M6 Mobile de l’opéra­teur Orange. Je leur ai expliqué que si on fai­sait une émis­sion sur la télé­phonie et qu’elle était bonne pour Orange, on aurait for­cé­ment dit que c’é­tait com­préhen­si­ble, et si elle était mau­vaise pour Orange, on se serait fâché avec notre client […] Donc il y a des choses à éviter », Le Figaro, 01/06/2015

« Com­ment expli­quer que l’on gagne dure­ment sa vie en allant au con­cert des L5, en par­courant les ves­ti­aires avec Paule­ta ou en vision­nant La vérité si je mens n° 2 ? Per­son­ne ne vous croit lorsque vous dites à la mai­son que vous ren­trez fatigué d’une réu­nion juridique […]. Chez moi, on pense que je ne tra­vaille pas », Les Échos, 01/04/2009.

On a dit de lui…

« Il ne faut pas compter sur Tav­er­nost pour dis­sert­er sur le monde qui l’entoure. D’habitude, les patrons de chaînes essaient de ven­dre leurs ini­tia­tives citoyennes et met­tent sous le tapis les pro­grammes les plus triv­i­aux. Celui de M6 sem­ble s’en car­rer : il ne par­le pas spon­tané­ment de la cat­a­stro­phe cli­ma­tique, de la destruc­tion du lien social ou du dan­ger pop­uliste, et encore moins de ce qu’il pour­rait faire au poste de pou­voir qu’il occupe pour lut­ter con­tre ces risques immi­nents. Il appa­raît à l’image de sa chaîne, télévi­sion diver­tis­sante et dépoli­tisée, peu intéressée par l’actualité, peu portée sur l’investigation et tout artic­ulée autour des “mag­a­zines de la vie” des Karine Le Marc­hand, Cyril Lignac ou Stéphane Plaza. », Libéra­tion, 14/07/2021.

« Bor­deaux, aujourd’hui, c’est une cat­a­stro­phe de ges­tion totale. Tav­er­nost est largué, il ne com­prend rien à rien […] Tous les gens qui tra­vail­lent dans ce club sont com­plète­ment à la rue, com­plet ! Le respon­s­able numéro 1, c’est Nico­las de Tav­er­nost. C’est lui l’actionnaire, c’est M6 qui dirige ce club depuis des années et qui fait n’importe quoi avec ce club », Daniel Rio­lo, RMC, 18/01/2018

« Je suis restée moins longtemps que ça, j’é­tais déjà très vieille ![…] Il y a une date de péremp­tion des filles sur votre antenne, mon­sieur le prési­dent, qui est assez jeune, si je peux me per­me­t­tre […] Je par­le de l’âge des femmes qui y tra­vail­lent. C’est pour ça que je suis par­tie aus­si vite, j’é­tais déjà très vieille ! », Maïte­na Biraben, « Le Sup­plé­ment », Canal+, 31/05/2015.

« En 2012, Nico­las de Tav­er­nost a voulu restruc­tur­er les mag­a­zines – Zone inter­dite, 100 % mag, 66 min­utes, Enquête exclu­sive, Cap­i­tal – pour en faire une rédac­tion unique. Les jour­nal­istes éco se retrou­vent alors à tra­vailler sur des sujets société, des spé­cial­istes du long for­mat sur du court, etc. Résul­tat : “On ne sait plus pourquoi on tra­vaille”, expliquent plusieurs jour­nal­istes, qui témoignent tous d’une “perte des repères et de l’intérêt du tra­vail”, déplorent un “édi­to­r­i­al de plus en plus cheap”, et pointent la ges­tion “bru­tale” d’une direc­tion qui répète élégam­ment que les “jour­nal­istes devraient arrêter de se bran­ler la nouille” », Téléra­ma, 15/07/2014.

« Avec lui, c’est vingt ans de bagar­res… La télé, c’est comme la boxe, il y a des caté­gories, il arrive par­fois qu’un poids léger bat­te un poids lourd », Patrick Le Lay, ancien directeur de TF1, Les Échos, 01/04/2009

« Arrivé à 8 heures, il a déjà passé cinq ou six coups de fil de sa voiture, racon­te un salarié. Il se sent respon­s­able de tout ; il a le sen­ti­ment que les choses sont mal faites s’il ne les fait pas lui-même. Il enchaîne les réu­nions, les ren­dez-vous de tra­vail. “Il véri­fie tout dans les moin­dres détails, explique Thomas Valentin, vice-prési­dent du direc­toire et fidèle allié depuis vingt ans, il a une mémoire colos­sale. Même s’il peut être très dur, il a un respect et un sens de la rela­tion humaine impor­tants.” Dans le rôle du meneur d’hommes cas­sant et inflex­i­ble, il aurait un oscar. On dit qu’en réu­nion, il ter­rorise ses col­lab­o­ra­teurs », Ibid.

« Dans ce monde de mer­ce­naires, lui par­le « loy­auté » et « hon­nêteté ». A M6, un seul clan est pos­si­ble : le sien. Nico­las de Tav­er­nost entraîne, séduit, « gouroutise ». Il recrute vite, à l’in­stinct, de préférence des jeunes gens de bonne famille, physique avan­tageux, costards ajustés, noms à par­tic­ule et diplômes (de com­merce) pres­tigieux : « Il m’a dit “vous com­mencez demain”, m’a filé du boulot sans m’ex­pliquer mon rôle. J’ai atten­du six mois qu’il m’ac­corde un déje­uner — piz­za-bière dans son bureau », racon­te un col­lab­o­ra­teur. Angois­sé et exigeant, « il a tou­jours un coup d’a­vance, exerce une pres­sion per­ma­nente », d’après son anci­enne direc­trice de la commu­nication, Michelle Lour­dèle. Dix-huit ans de bagne ! J’en suis sor­tie essorée… mais quelle for­ma­tion ! », Téléra­ma, 18/09/09

« Ses col­lab­o­ra­teurs dis­ent que son antenne lui ressem­ble : il n’est pas porté sur les livres, le théâtre, le ciné­ma d’au­teur, M6 non plus. Il est pas­sion­né d’é­conomie, M6 dif­fuse Cul­ture pub (jusqu’en 2005) et Cap­i­tal, mag­a­zine de vul­gar­i­sa­tion économique sérieux… mais pas trop dérangeant pour les annon­ceurs. Il est fan de séries améri­caines, M6 s’est dis­tin­guée sur le créneau avec X‑file, Sex and the city, etc. », Ibid.

« À M6, la légende est vivace : Nico­las de Tav­er­nost gère en per­son­ne les stocks de papi­er pour les pho­to­copieuses. A en croire les méchantes langues, ce n’est pas un oursin qui niche dans le porte­feuille du patron de M6 mais toute une portée de héris­sons. Radin, Tav­er­nost ? Et com­ment ! », Libéra­tion, 06/03/2007

« Pour celui qui, voilà quinze ans, pro­gram­mait en prime time le dimanche soir ” Cap­i­tal ” et ” Zone inter­dite ” face aux affich­es des chaînes con­cur­rentes, la dif­fu­sion de ” Loft Sto­ry ” est d’abord et avant tout une affaire de gros sous plutôt qu’une provo­ca­tion ou le fruit d’une intu­ition.” C’est un chef d’en­tre­prise. Il a obéi à la logique de com­péti­tion du sys­tème télévi­suel français “, renchérit Philippe Dian, un de ses plus proches amis et avo­cat de la chaîne. Avant d’a­jouter : ” Mais je ne pense pas que pour autant il soit friand de ce genre télévi­suel et que la déci­sion ait été facile à pren­dre. ” ” C’est d’au­tant plus courageux qu’il a dû pass­er out­re son éthique per­son­nelle et les pres­sions de son milieu “, ajoute un autre de ses col­lab­o­ra­teurs. Rien dans son par­cours pro­fes­sion­nel — pas­sage au min­istère des PTT puis l’aven­ture du câble à la Lyon­naise des eaux — ne le des­ti­nait à se retrou­ver cloué au pilori pour avoir dif­fusé les tribu­la­tions de onze jeunes reclus dans un stu­dio de La Plaine-Saint-Denis. Cer­tains de ses amis sont trou­blés : ” C’est quelqu’un que j’es­time beau­coup, je ne peux pas m’ex­primer “, lâche à mi-voix un ancien admin­is­tra­teur de la CLT », L’Express, 23/05/2001.

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