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Nicolas Demorand

Les réseaux bien huilés

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 05/10/2016

« En une journée, Demor­and n’aura fréquen­té le monde extérieur que sur une cen­taine de mètres : la dis­tance cumulée entre sa porte et le taxi, le taxi et Inter, et retour. » Libéra­tion, Por­trait : Nico­las Demor­and – Voix expresse, 22 avril 2008

Nicolas Demorand est né le 5 mai 1971 à Vancouver (Canada) de Jacques Demorand, diplomate, ancien chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères Roland Dumas, et de Jacqueline Bouaniche, une « juive pied-noir » (supplément télé du Monde, 4 juin 2006). Il partage sa vie avec Louise Tourret, journaliste à France Culture, avec laquelle il a eu deux enfants, nés en 2007 et 2009.

Formation universitaire

Il a suivi ses études à Tokyo, Brux­elles, Rabat et Paris (Lycée Hen­ri IV). Lau­réat du con­cours général de Français, agrégé de let­tres mod­ernes, tit­u­laire d’une licence de philoso­phie, il a quit­té volon­taire­ment l’Institut d’études poli­tiques (IEP) de Paris, y jugeant l’enseignement « infan­tile ».

Parcours professionnel

Nico­las Demor­and a débuté sa car­rière comme enseignant en lycée pro­fes­sion­nel (Cer­gy) et en class­es pré­para­toires, avant de choisir la voie du jour­nal­isme, en com­mençant comme cri­tique gas­tronomique au Gault&Millau et comme pigiste aux Inrock­upt­ibles. En 1997, il entre comme sta­giaire à France Cul­ture et devient le col­lab­o­ra­teur d’Antoine Spire, puis de Syl­vain Bourmeau. Il ani­me la tranche mati­nale de la sta­tion. Il y pro­duit égale­ment l’émission « Cas d’école », puis, à par­tir de sep­tem­bre 2002, il présente « Les Matins de France Cul­ture ».

En sep­tem­bre 2006, il suc­cède à Stéphane Paoli sur France Inter où il ani­me la tranche d’information mati­nale jusqu’en juin 2010. Son émis­sion fait l’objet de cri­tiques récur­rentes du site d’analyse des médias – proche de la gauche anti-libérale – Acrimed. En 2008, Matthias Rey­mond remar­quait ain­si que « si la tranche mati­nale (7h-10h) de France Inter est l’une des plus écoutées de la sta­tion, c’est aus­si là que le plu­ral­isme est le plus anémié ». Preuve à l’appui : « Sur 199 émis­sions pro­gram­mées entre le 3 sep­tem­bre 2007 et le 9 juin 2008, on ne compte pas moins de 329 invités [dont] 127 invi­ta­tions s’adressaient à de per­son­nal­ités poli­tiques, dont 58% pour l’UMP et 29% pour le PS. A cela, on peut ajouter 26 experts qui enseignent le libéral­isme économique (Jacques Attali, Patrick Artus, Daniel Cohen, Pas­cal Per­rineau, Jean-Paul Bet­bèze, etc.), 21 philosophes et soci­o­logues qui adorent les médias (Bernard-Hen­ri Lévy – 3 fois -, Glucks­mann père et fils, Alain Finkielkraut, etc.), 15 jour­nal­istes qui pérorent partout (Jean-François Kahn, Jean-Marie Colom­bani, etc.), 12 représen­tants du patronat (Medef et PDG), et quelques stars de la mon­di­al­i­sa­tion libérale (Bill Clin­ton, Tony Blair, Pas­cal Lamy ou Jean-Claude Junker). Bilan : pour 87 apôtres de la pen­sée dom­i­nante, on compte seule­ment 14 héré­tiques iné­gale­ment avérés. »

En 2008, il est pressen­ti pour rejoin­dre France 2 afin d’animer, une semaine sur deux, une émis­sion cul­turelle le ven­dre­di à 22h30. Cepen­dant selon le site programmes-tv.com l’initiative est « pure­ment et sim­ple­ment annulée en rai­son d’un gros malen­ten­du financier entre lui, son pro­duc­teur et la chaîne ». D’après Le Point l’animateur récla­mait « un salaire de 25 000 euros par mois et une indem­nité de 100 000 euros en cas de rup­ture de son con­trat. En out­re, il demande le verse­ment d’un à-val­oir de 30 000 euros dès la sig­na­ture de son con­trat », des pré­ten­tions jugées « obscènes » par la direc­tion de la chaîne. Tou­jours d’après Le Point, « Demor­and devait être pro­duit par la société de Serge Moati. Selon nos infor­ma­tions, le bud­get de l’émission devait tourn­er autour de 180 000 euros ».

Le 7 juil­let 2010, après treize ans passés dans le ser­vice pub­lic, il quitte subite­ment France Inter pour Europe 1 où il ani­me la tranche 18h-20h. Ce départ provoque l’ire de la Société des jour­nal­istes de Radio France qui pub­lie un com­mu­niqué inti­t­ulé « trahi­son et naïveté » con­sid­érant que Nico­las Demor­and « trahit le camp qui l’a fait roi sans som­ma­tion et sans en avoir infor­mé ceux qui lui fai­saient aveuglé­ment con­fi­ance » (blog de la SDJ de Radio-France – 7 juil­let 2010).

L’ex-journaliste de France Inter amène dans ses bagages Olivi­er Duhamel qui était chroniqueur des « Matins de France Cul­ture » et avec qui il a créé en mars 2008 la col­lec­tion Médiathèque aux édi­tions du Seuil – une col­lec­tion de textes courts sur le thème « Presse et démoc­ra­tie ». Par­mi les livres qui y sont parus, explique Acrimed en sep­tem­bre 2010, « un livre co-écrit par Olivi­er Duhamel et Michel Field, et un livre co-écrit par le frère de Nico­las Demor­and, Sébastien Demor­and ».

Par­al­lèle­ment à son activ­ité radio­phonique, il présente égale­ment la tranche 18h-20h sur la chaîne d’information en con­tinu i>Télé (sept. 2008-avril 2009), ain­si qu’une émis­sion de débat poli­tique inti­t­ulée C poli­tique sur France 5 (sept. 2009- févri­er 2011). Ce pro­gramme est copro­duit par Max­i­mal pro­duc­tions, une société de Lagardère Enter­tain­ment, ain­si que par Alber­tine pro­duc­tions, société dirigée par Matthieu Tarot que le site des Inrock­upt­ibles présen­tait, en mai 2010, comme l’« ami et man­ag­er d’Arielle Dom­basle », l’épouse de Bernard-Hen­ri Lévy. Demor­and, qui se définit lui-même comme un « juif cul­turel », invit­era BHL sur France Inter à 7 repris­es en moins de deux ans et demi.

L’audience de sa tranche 18h-20h sur Europe 1 est jugée déce­vante (en baisse de 15 % en moyenne) quand Nico­las Demor­and quitte la radio au bout de six mois, en jan­vi­er 2011, pour pren­dre la direc­tion de Libéra­tion, en mars 2011, où il rem­place Lau­rent Jof­frin. Alors que Renaud Dély, ancien rédac­teur en chef de Libéra­tion et directeur adjoint de la rédac­tion de France Inter, était don­né favori, la can­di­da­ture de Demor­and obtient 56,7 des voix de la rédac­tion, avec une par­tic­i­pa­tion de 81,1%. Une de ses pre­mières déci­sions est de fer­mer les Libévilles à Lille, Stras­bourg, Rennes et Orléans : défici­taires et minori­taires par rap­port aux géants locaux de la presse locale, ces édi­tions numériques rap­prochaient néan­moins Libéra­tion de ses lecteurs provin­ci­aux et per­me­t­taient à Libé d’échapper un peu au parisiano-cen­trisme pro­pre à la qua­si-total­ité des médias français. Mais dès juin 2011, les employés de Libéra­tion votent une motion de défi­ance à 78 %, avec une forte par­tic­i­pa­tion, exp­ri­mant ain­si des griefs mul­ti­ples con­tre Nico­las Demor­and, notam­ment un pro­jet de refonte des dernières pages du jour­nal avec un con­tenu plus sus­cep­ti­ble d’attirer les annon­ceurs, pro­jet qui ne serait pas en phase avec la « cul­ture » du jour­nal. « Moins d’un an après la motion de défi­ance votée con­tre lui, Nico­las Demor­and est-il de nou­veau sur un siège éjectable ? Con­vo­quée par la Société civile des per­son­nels de Libéra­tion (SCPL), l’Assemblée générale du lun­di 2 avril [2012] sem­ble recenser les mêmes « points de cristalli­sa­tion » qu’en juin 2011. L’équipe de Libéra­tion fait état d’un « grand malaise, qui tient d’abord au sen­ti­ment d’être dépos­sédée du jour­nal ». En out­re, elle dénonce « l’attitude autori­taire et arro­gante de la direc­tion » et dresse un con­stat sans appel : « Un an après l’arrivée de Nico­las Demor­and, la greffe n’a pas pris ». Com­mu­niqué de l’équipe de Libéra­tion (2 avril 2012).

La liste des griefs est longue : Des « Unes » racoleuses qui tan­tôt défig­urent Libéra­tion, tan­tôt vont à l’encontre des valeurs qui ont tou­jours été les siennes. De pseu­dos événe­ments basés sur des inter­views et non sur des reportages et enquêtes. Un traite­ment édi­to­r­i­al par­ti­san en matière poli­tique, qui sem­ble inféoder le jour­nal au PS. La mise à l’écart de con­ti­nents entiers du jour­nal, comme le social, l’environnement, l’immigration. Des embauch­es de cadres répon­dant à une logique dis­cré­tion­naire, sur fond de pré­cari­sa­tion crois­sante des pigistes. Des diver­gences évi­dentes au sein de l’équipe de direc­tion qui con­duisent à la con­fu­sion tant rédac­tion­nelle qu’organisationnelle.

À la ren­trée 2012, Nico­las Demor­and rejoint RTL, où il débat notam­ment avec d’autres chroniqueurs dans le cadre de la cam­pagne prési­den­tielle de 2012. Il inter­vient égale­ment ponctuelle­ment lors de l’émission On refait le monde de Christophe Hon­de­lat­te. Il inter­vient aus­si comme chroniqueur sur Canal + dans le Sup­plé­ment à la ren­trée 2012.

Après un bond de 9,5% sur un an grâce à la cam­pagne prési­den­tielle de 2012, les ventes de Libéra­tion chutent de 15% en deux ans ; la vente au numéro en kiosque reflue, quant à elle, de 30%. Le 27 novem­bre 2013, la rédac­tion vote à 89,9% une motion de défi­ance con­tre le plan d’économie de trois à qua­tre mil­lions d’euros que pro­pose Nico­las Demor­and à la demande des action­naires du jour­nal. Il com­prend la révi­sion des accords soci­aux des jour­nal­istes. Le mou­ve­ment se durcit : une grève est entamée le 6 févri­er 2014, et les salariés deman­dent pour la troisième fois le départ de Nico­las Demor­and. Le 8, ils pub­lient une Une opposée à la diver­si­fi­ca­tion de Libé : « Nous sommes un jour­nal. Pas un restau­rant, pas un réseau social, pas un espace cul­turel, pas un plateau télé, pas un bar, pas un incu­ba­teur de start-up ». Le 13 févri­er 2014 Nico­las Demor­and quitte Libéra­tion dev­enue ingou­vern­able.

À la ren­trée 2014, il revient sur France Inter. Tous les soirs de 18 h 15 à 19 h il ani­me « Un jour dans le monde », puis à l’été 2015 il présente « Homo Numéri­cus » le dimanche entre 13 h 20 et 14 h; cette émis­sion est con­sacrée au monde numérique. A la ren­trée 2015, il présente toute la tranche 18 h — 20 h avec Mick­aël Thébault en reprenant égale­ment la présen­ta­tion du « Télé­phone sonne ». A la ren­trée 2016, il présente l’émission poli­tique « Ago­ra » à la place de Stéphane Paoli, tous les dimanch­es de 12h à 14h. Il inter­vient aus­si sur la chaîne d’information con­tin­ue de l’audiovisuel pub­lic France Info, depuis le stu­dio 221 de la Mai­son de la Radio, au titre de la con­tri­bu­tion de Radio France à la chaîne, qu’elle finance pour 3,5 mil­lions d’euros.

Parcours militant

Non ren­seigné.

Publications

Non ren­seigné.

Collaborations

Il est mem­bre per­ma­nent du Jury des prix lit­téraires, depuis 2011. À la ren­trée 2016, il présente sur France 3 « Drôle d’endroit pour une ren­con­tre », le ven­dre­di en alter­nance avec Marc-Olivi­er Fogiel.

Ce qu’il gagne

Non ren­seigné.

Il l’a dit

« Je crois très, très forte­ment aux valeurs du ser­vice pub­lic dans les médias”, dis­ait-il. On a des médias qui sont aujourd’hui sous dif­férentes influ­ences, qu’elles soient économiques, poli­tiques, finan­cières. On s’aperçoit que ça com­plique le tra­vail des jour­nal­istes. Les antennes de ser­vice pub­lic radio sont extrême­ment impor­tantes dans le paysage. C’est un autre rap­port au con­tenu, au temps de parole, à l’agenda médi­a­tique. C’est un espace de lib­erté. », Ozap, 2006.  

«  Je n’ai pas de réseau, je ne suis pas un jour­nal­iste poli­tique », Médias n°11, décem­bre 2006

« Mes par­ents vien­nent d’un milieu extrême­ment mod­este. Je n’appartiens pas à la grande bour­geoisie, aux héri­tiers, à la con­nivence sociale. » Le Monde, « Nico­las Demor­and : entre deux ondes », 21 octo­bre 2008.

« J’invite Finkielkraut à la radio, car je préfère Dieu à ses saints, le mod­èle orig­i­nal aux décli­naisons. Fin­ki, il creuse un sil­lon intel­lectuel qui est le même depuis le début. Il pense con­tre, c’est son fonds de com­merce, et il y a un pub­lic pour ça. Penser con­tre, c’est aujourd’hui une part de marché. Ceux qui fustigeaient le con­sen­sus sont devenus les pro­fes­sion­nels du dis­sensus, du con­tre­pied. A l’inverse de ce qu’ils dis­ent, ces gens sont instal­lés : le mar­ty­rologe des pen­sées incor­rectes, c’est un coup de génie mar­ket­ing mais c’est désor­mais une vaste fumis­terie, ils sont main­tenant archi dom­i­nants » Les Inrocks, « Les squat­teurs de médias », 11 juil­let 2010

« Quant à 2012, rien n’indique à ce stade que les ouvri­ers, les employés et la par­tie la plus frag­ilisée des class­es moyennes voteront à gauche. Bien au con­traire : c’est Marine Le Pen qui, pour l’instant, rafle la mise. Une décen­nie pour rien. Bien­tôt dix ans après le lugubre 21 avril 2002, la gauche ne sait tou­jours pas com­ment renouer avec les class­es pop­u­laires. (…) Que dis­ent les social­istes ? Ils dénon­cent, avec Mar­tine Aubry et à juste titre, le red­outable jeu mis en place par Nico­las Sarkozy autour des thèmes iden­ti­taires, ses débats sur la nation et la laïc­ité qui sus­ci­tent les déra­pages xéno­phobes, divisent la société française et, surtout, instal­lent le FN au cen­tre du débat poli­tique. L’indignation répub­li­caine de la gauche est néces­saire, mais après ? » Libéra­tion, « Audi­ble », 10 mars 2011

« Lorsque j’étais étu­di­ant à l’École Nor­male supérieure, j’avais l’immense ambi­tion de devenir « zolien ». J’avais lu avec le même ent­hou­si­asme tous les romans de Zola et tous les clas­siques d’Henri Mit­ter­rand, les travaux de Philippe Hamon, ceux de Jean-Pierre Leduc-Adine, ceux d’Alain Pagès. […] Ces lec­tures furent pour moi une école de jour­nal­isme. La dette que j’ai envers Zola est celle-ci : m’avoir per­mis de com­pren­dre quel méti­er je voulais faire. M’avoir per­mis de com­pren­dre l’utilité sociale et démoc­ra­tique de la presse et du jour­nal­isme. M’avoir mis sous les yeux le fait qu’il n’y avait pas de con­tra­dic­tion rad­i­cale entre l’Art et la Presse, que l’un et l’autre avaient leur dig­nité par­ti­c­ulière. Leur effi­cac­ité pro­pre. » Allo­cu­tion au pèleri­nage lit­téraire de Médan, 03/10/2011

« J’avais alors comme désir d’écrire une thèse sur les écrits jour­nal­is­tiques de Zola. De l’Affaire Manet à l’Affaire Drey­fus. En analysant la manière dont le dessin de presse, dont Zola fut toute sa vie la cible, entrait en dia­logue avec les écrits du Maître. J’aimais la vio­lence de toute cette presse, ses posi­tions tranchées, les cam­pagnes vir­u­lentes, la rhé­torique bru­tale de Zola. Ses dons de polémiste. Son engage­ment à gauche, voire à l’extrême gauche. J’aimais cette poli­ti­sa­tion général­isée de tout, quel que soit le sujet. J’admirais la manière dont Zola procla­mait ses haines, ciblait ses enne­mis…  », ibid.

« L’ensemble des pou­voirs, et à ce titre le pou­voir économique est aujourd’hui le plus puis­sant, ont les moyens de nous com­pli­quer la vie de mille et une façons qui dans cer­tains cas ren­dent presque impos­si­ble le tra­vail jour­nal­is­tique. Si la presse peut sem­bler plus fade aujourd’hui, et elle l’est, en com­para­i­son de celle du XIXe siè­cle, c’est à la fois parce que l’espace pub­lic est plus rit­u­al­isé, la démoc­ra­tie plus solide­ment instal­lée ; mais aus­si parce que vous payez très cher le fait de sor­tir bru­tale­ment du rang. », ibid.

« L’âge du papi­er et tout ce qu’il implique du point de vue démoc­ra­tique est en train de s’achever. L’âge du papi­er était celui qui per­me­t­tait à des titres de presse de fédér­er de puis­santes com­mu­nautés d’esprit et de lecteurs. De struc­tur­er l’espace pub­lic. D’organiser le choc des opin­ions démoc­ra­tiques. De faire pli­er, à cer­tains moments, la rai­son d’État. Aujourd’hui, ce monde est révolu. Si la presse écrite demeure qual­i­ta­tive­ment pre­mière par rap­port aux médias audio­vi­suels, elle n’est plus le média dom­i­nant. Elle n’est plus capa­ble de fédér­er ces com­mu­nautés de lecteurs. Sa voix porte moins loin, moins haut dans un monde où elle finit par être con­sid­érée non plus comme un out­il irrem­plaçable de l’espace démoc­ra­tique, mais comme un loisir. », ibid.

« (…) jamais l’extrême droite n’a été aus­si forte en France. Ce qui donne à ce pre­mier tour un air de 21 avril, pas aus­si trag­ique qu’il y a dix ans, mais tout aus­si inquié­tant. Sinon plus. La France n’échappe pas au des­tin d’autres pays européens, où ces pop­ulismes «new look», dédi­a­bolisés dans la forme mais tou­jours aus­si nocifs sur le fond, trou­vent un écho tou­jours plus large auprès des électeurs. Et entraî­nent les par­tis con­ser­va­teurs dans leur sil­lage. Face à cette nou­velle donne poli­tique, le choix est désor­mais clair : for­muler des répons­es au désar­roi et à la colère de pans entiers du pays, sans céder sur ce que sont les valeurs de la République. Sor­tir des crises économique, sociale et morale par le haut en décrivant ce que peut être l’avenir du pays, au lieu de faire vivre le mythe d’une France qui ne sur­vivrait qu’en se refer­mant sur son his­toire, en ressas­sant son passé, en restau­rant ses fron­tières. » Libéra­tion, « Écho », 22 avril 2012

« Après les «anti» et les «alter», voici les ten­ants de la «démon­di­al­i­sa­tion» où se croisent l’extrême droite arc-boutée sur les fron­tières et la France d’avant ; des néo-col­bertistes de la droite clas­sique ; des sou­verain­istes favor­ables à des bar­rières européennes ; un arc-en-ciel social­iste plus ou moins offen­sif ; une gauche de la gauche souhai­tant lut­ter con­tre le dump­ing social, envi­ron­nemen­tal, fis­cal dont se nour­rit la mon­di­al­i­sa­tion. (…) A tel point qu’elles sont repris­es à droite, Nico­las Sarkozy plaidant avec vigueur pour une tax­a­tion des trans­ac­tions finan­cières, et à l’extrême droite avec Marine Le Pen qui espère récupér­er par ce biais le vote des class­es pop­u­laires. » Libéra­tion, « Arro­gance », 7 avril 2011

« L’immigration arrive pour­tant loin, très loin, dans la longue liste des sujets qui préoc­cu­pent vrai­ment les Français. Eux qui sont, de plus, large­ment favor­ables à ce que les étrangers votent aux élec­tions locales. Mais ce sujet mineur pas­sionne telle­ment Claude Guéant qu’il sem­blait impor­tant de not­er que la xéno­pho­bie est désor­mais plus présente au som­met de l’Etat que dans le corps social. » Libéra­tion, « Indésir­ables », 29 novem­bre 2011

« La crise des ban­lieues, sociale, économique, ter­ri­to­ri­ale, est au pre­mier chef poli­tique. La gauche étant au pou­voir, elle ne peut s’abriter der­rière la rigueur budgé­taire, les fins de mois dif­fi­ciles, pour renon­cer à agir et à met­tre en œuvre des mesures qui ne coû­tent rien d’autre que le courage de les pren­dre : régler la ques­tion des con­trôles de police au faciès ; légalis­er le cannabis ; don­ner le droit de vote aux étrangers non-com­mu­nau­taires. Soit désamorcer le racisme insti­tu­tion­nel, bris­er l’économie souter­raine et élargir la déf­i­ni­tion de la citoyen­neté. », Libéra­tion, « Préjugés », 8 jan­vi­er 2013

« Être patron de Libé, c’est pass­er son temps à chercher de l’argent pour faire les fins de mois, pay­er les salaires et les four­nisseurs, et par­fois embauch­er des jour­nal­istes, ce que j’ai pu faire. Cela a été une très grosse par­tie de mon tra­vail auprès des annon­ceurs, des mécènes, de la puis­sance publique, pour éviter que le jour­nal ne mette la clé sous la porte. Ce qui a fail­li arriv­er à plusieurs repris­es depuis trois ans. Cette PME est frag­ile, dans un secteur en crise, et manque chronique­ment de cap­i­taux. », Le Monde, 13 avril 2014.

On a dit à son sujet

«C’est au nom de la Démoc­ra­tie et de la Trans­parence, que l’animateur de la tranche mati­nale de France Inter, Nico­las Demor­and, se présente comme le garant de la prise de parole des audi­teurs dans l’émission Inter-Activ : une par­o­die qui con­siste en réal­ité à ten­dre un micro aux audi­teurs pour le leur retir­er dès qu’ils se l’approprient.  Demor­and s’attribue 70% des ques­tions qui sont en principe réservées aux audi­teurs, il presse les audi­teurs pour cir­con­scrire leurs ques­tions qu’il refor­mule régulière­ment. Pourquoi ? Parce que le pou­voir d’un ani­ma­teur est tel qu’il peut se com­porter en pro­prié­taire de l’antenne. Parce que, bien sûr, seul un vrai pro­fes­sion­nel peut pos­er les “bonnes” ques­tions et se mon­tr­er… “inter­ac­t­if. » Acrimed, 18 févri­er 2008.

« Muhlmann et Demor­and n’entendent pas remet­tre en cause le sys­tème, seule­ment exploiter les marges de manœu­vre exis­tantes pour l’améliorer. Cette ambi­tion cir­con­scrite est dénon­cée par la cri­tique bour­dieusi­enne des médias, d’Acrimed à PLPL, d’Henri Maler à Pierre Car­les, lesquels n’y voient — en sub­stance — qu’un nou­veau con­formisme de jeunes gens bien élevés aux con­vic­tions floues, gens de petits réseaux aux grandes ambi­tions per­son­nelles », Libéra­tion, « Voix expresse », 22 avril 2008.

« Le jeune homme pressé est l’étoile mon­tante d’Inter, appré­cié pour son mor­dant, rail­lé pour son côté lisse », ibid.

« Nous avons inter­rompu les dis­cus­sions avec lui. France Télévi­sions n’est pas une salle des ventes.  Les pré­ten­tions finan­cières de Nico­las Demor­and sont con­sid­érées comme obscènes sur le ser­vice pub­lic », Patri­cia Bouti­nard Rouelle, direc­trice des mag­a­zines de France 2, au sujet de l’arrivée de l’animateur sur France 2, Le Figaro, 23 juin 2008.

« De quelle démoc­ra­tie Nico­las Demor­and était-il le garant sur France Cul­ture lorsque par­mi les chroniqueurs qui l’accompagnaient (Olivi­er Duhamel, Alexan­dre Adler, Alain-Gérard Sla­ma, Olivi­er Pas­tré et Marc Kravetz), tous étaient des par­ti­sans acharnés du “oui” au référen­dum sur le Traité con­sti­tu­tion­nel européen ? Ou lorsqu’il fai­sait défil­er dans son stu­dio, pen­dant une semaine entière, unique­ment des par­ti­sans du “oui” pour com­menter la vic­toire du “non” à ce même référen­dum ? », Acrimed, 9 févri­er 2009.

« Nico­las Demor­and, le jour où je me suis fait vir­er, comme un petit Judas de sous-pré­fec­ture, m’a fait la bise et m’a dit :“Va à ton ren­dez-vous avec Lau­re [Adler, direc­trice de France Cul­ture]. Il n’y a aucun prob­lème ma poule, nous restons groupés.” J’ignorais pourquoi on devait rester groupés, je ne savais pas que j’allais me faire vir­er ; et après il a eu cette char­mante atti­tude que j’ai bien con­nue en Argen­tine, qui con­siste à regarder ailleurs pen­dant que les gens dis­parais­sent. Les jeunes tal­ents qui regar­dent ailleurs vont loin mais ils vont vides », Miguel Benayasag, chroniqueur dans les Matins de France Cul­ture (ani­més par Nico­las Demor­and), viré en mars 2004 pour ses chroniques trop engagées, au sujet de l’attitude de Demor­and à son égard. Acrimed, 11 juin 2010

« D’ailleurs Demor­and représente l’archétype du jour­nal­iste qui ne se pose pas de ques­tion, for­maté par sa caste, issu d’une bour­geoisie très fière d’elle-même où dès la plus petite enfance le chemin est tracé et où tout doit couler de source », Ago­ravox, 10/1/2011

« Demor­and incar­ne donc le jour­nal­isme à la française : un jour­nal­isme mou et sou­vent panurge. Un jour­nal­isme paresseux, qui ne cherche que très rarement l’investigation et accepte peu la cri­tique. C’est un jour­nal­isme qui répète ce que racon­te la presse écrite le matin, qui pré­pare en radio ce que diront les “20 heures” TV du soir, et ampli­fie comme une caisse de réson­nance, des affaires sou­vent rabâchées autant qu’inintéressantes. », ibid.

« Jeune encore, mais penseur poly­mor­phe, pour­fend­eur des con­traintes, hos­tile aux préjugés, il est en out­re un anti­nazi courageux. La bête immonde, dont men­ace d’accoucher la société française, ne ver­ra pas le jour, tant que veillera dans les couloirs des mater­nités infer­nales cette vig­i­lante sage-femme experte en grossesse non désirée. Avec un micro ou au moyen d’une plume, il pro­jette des pos­til­lons de morale post­mod­erne », Patrick Man­don, Causeur, 1er mars 2013.

« Entre petites lâchetés et gros échecs, la car­rière médi­a­tique de Nico­las Demor­and devrait être en grande par­tie com­pro­mise : par­ti de France Cul­ture pour France Inter en arguant que sa famille était “le ser­vice pub­lic”, il jus­ti­fie son arrivée à Europe 1 en se dis­ant “homme de radio”. C’est un échec. Et l’échec cuisant de son émis­sion “C Poli­tique” sur France 5 ne le fait pas dire – heureuse­ment – qu’il était aus­si un “homme de télévi­sion”. Enfin, sa car­rière à la tête d’un jour­nal dont la plu­part des salariés le con­spuent sem­ble présager qu’il n’est pas non plus un “homme de presse, Acrimed, 11 décem­bre 2013.

Sa nébuleuse

Il est le meilleur ami du jour­nal­iste et ani­ma­teur fran­co-maro­cain Ali Bad­dou.

Il est mem­bre du club Le Siè­cle. Plusieurs mem­bres de ce cer­cle d’influence l’ont engagé durant sa car­rière, d’Alexandre Bom­pard (Europe 1) à Édouard de Roth­schild (Libéra­tion). Le con­seil de sur­veil­lance du jour­nal Libéra­tion est présidé par Anne Lau­ver­geon (égale­ment mem­bre du Club Le Siè­cle), les action­naires majori­taires étant Édouard de Roth­schild (mem­bre du Club Le Siè­cle), Car­lo Carac­ci­o­lo (cofon­da­teur de La Repub­bli­ca) et Bruno Ledoux (directeur du groupe Col­bert).

Pho­to © Matthieu Riegler, CC-BY

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

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