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Jadot/Saporta, politiques et journalistes bobo : tous dans le même lit ?

2 juin 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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Jadot/Saporta, politiques et journalistes bobo : tous dans le même lit ?

À en croire les professions de foi indignées de ses membres, le Système politico-médiatique, uni dans une même foi en un monothéisme libéral libertaire, n’existerait pas, et une collusion permanente entre politiques et certains journalistes ne serait que fantasme d’une prétendue extrême droite. Pourtant, les exemples sont nombreux de cette collusion, depuis l’influent ex couple DSK/Anne Sinclair jusqu’à la récente démission de France Inter, radio dite de service public, de Léa Salamé, compagne de lit de Raphaël Glucksmann, candidat PS aux dernières élections. Dernière affaire en date : le ténor de la renaissance de l’écologie libérale libertaire en France, Yannick Jadot, a pour compagne Isabelle Saporta, journaliste influente de RTL. Analyse de la démission de cette dernière.

Le petit monde libéral libertaire

L’existence d’un mode de pen­sée com­mune faisant sys­tème a plusieurs fois été sig­nalée par des essay­istes dont l’indépendance ne peut être mise en doute, sous le voca­ble de « libéral lib­er­taire ». Une pen­sée bobo de cen­tre gauche et cen­tre droit mêlés, per­suadée de détenir le vrai sur le plan socié­tal et de con­naître l’ennemi à com­bat­tre absol­u­ment, y com­pris avec les moyens des radios publiques ou des médias sub­ven­tion­nés, par le prisme des impôts issus de la col­lec­tiv­ité, un enne­mi fan­tas­mé, appelé « extrême droite », autrement dit racisme ; car ces bobos partageant lits et petits déje­uners se veu­lent à la fois antiracistes et prêtres de la tolérance. Salamé/France Inter/Glucksmann, juges et par­ties. Saporta/RTL/Jadot, juges et par­ties ? Com­ment croire que ce qui se vit en cou­ple au quo­ti­di­en n’influence pas les pris­es de posi­tion des jour­nal­istes dans le cadre de leur tra­vail ?

Isabelle Saporta, c’est comme ça

« C’est comme ça », c’est le nom de l’émission de Sapor­ta, ou plutôt c’était, puisqu’elle a démis­sion­né de RTL le 29 mai 2019. Pas le 27 mai, lende­main des élec­tions européennes où la liste verte con­duite par son com­pagnon est arrivée en 3e posi­tion, mais le 29. Le temps que la polémique enfle un peu et risque de pren­dre mau­vaise tour­nure. Un regard sur les thèmes des émis­sions de Sapor­ta en mai, dans la mati­nale de RTL dirigée par Yves Calvi, plutôt bien écoutée, mon­trent que les points com­muns entre les mem­bres du cou­ple ne man­quent pas de poli­tique :

  • 28 mai 2019 : trot­tinettes élec­triques : pas seule­ment une mode de bobos
  • 23 mai 2019 : une appli­ca­tion pour lut­ter con­tre les frot­teurs du métro
  • 22 mai 2019 : quand l’industrie auto­mo­bile nous prend pour des bobios
  • 9 mai 2019 : le finance­ment de la sci­ence par Coca-Cola
  • 7 mai : la préfète d’Indre-et-Loire veut faire détru­ire 2000 bouteilles d’un vin sans pes­ti­cides (sujet repris le ven­dre­di 24 mai, deux jours avant les Européennes).

La pré­dom­i­nance des sujets écol­o­gistes et socié­taux, ressem­blant à s’y mépren­dre à ceux des idées de Yan­nick Jadot, saute aux yeux. C’est déjà le cas les mois précé­dents, pour env­i­ron 25 % des émis­sions. En ce mois de mai 2019, à l’approche de ces élec­tions, c’est une véri­ta­ble offen­sive cam­ou­flée pro liste Jadot qui est menée par Isabelle Sapor­ta. Cepen­dant, cha­cun l’aura com­pris : les médias ne jouent pas en faveur du courant pro­gres­siste libéral lib­er­taire, et surtout pas quand les jour­nal­istes sont en cou­ple avec des per­son­nal­ités poli­tiques.

Qu’en pensent les confrères de Saporta ?

Le Parisien est plutôt triste pour Sapor­ta, le 29 mai, laque­lle fond en larmes en arrivant au ren­dez-vous. Elle subit des « vio­lences ». Le quo­ti­di­en rap­pelle incidem­ment que l’engagement éco­lo de Sapor­ta n’est pas récent, elle a déjà œuvré en ce sens sur Europe 1, RMC, France 2… C’est juste­ment un des élé­ments qui fait Sys­tème, mal­gré les déné­ga­tions : le mer­ca­to per­ma­nent des mêmes jour­nal­istes qui vont porter leur parole mil­i­tante com­mune de médias en médias durant des années, et la majeure par­tie du temps sans con­tra­dic­tion. Notons la déc­la­ra­tion de Sapor­ta dans son entre­tien au Parisien: « J’en ai eu assez de cette tartufferie qui con­siste à mas­quer au grand pub­lic ce que le petit milieu des médias con­naît ». Elle recon­naît ain­si trois choses :

  1. Jadot et elle sont l’auteur d’une tartufferie et d’un men­songe par omis­sion.
  2. Les médias dom­i­nants sont un petit milieu qui sait des choses, d’importance, mais décide de les taire pour ne pas entraver la vic­toire des idées qu’il sou­tient.
  3. Elle insiste sur le fait que Jadot l’ait remer­ciée au moment de son dis­cours. Remer­ciée de quoi ? De son influ­ence médi­a­tique en sa faveur ?

20 Min­utes nous apprend sans plus s’en offus­quer que Sapor­ta a écrit et cor­rigé des dis­cours de Jadot durant la cam­pagne, tout en menant de front son activ­ité jour­nal­is­tique sur RTL. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer : « Pour moi il y a tou­jours eu une étanchéité totale entre ma rela­tion avec Yan­nick Jadot et mon tra­vail de jour­nal­iste ». Com­prenne qui pour­ra…

Le Monde insiste sur le fait que Sapor­ta a décidé de s’engager en poli­tique, ce qui sem­ble-t-il met­trait fin à tout débat.

Sur Europe 1, Aphatie mon­tre qu’il est devenu un « en même-temps-tiste » qual­i­fié : « L’autre rai­son pour laque­lle cette pho­to fait du bruit, c’est parce que la com­pagne de Yan­nick Jadot est une jour­nal­iste radio, Isabelle Sapor­ta, que beau­coup d’en­tre nous con­nais­sent. Mais beau­coup d’en­tre nous décou­vrent qu’elle vit avec un homme poli­tique, ce qui est son droit. Mais depuis la pub­li­ca­tion de cette pho­to, beau­coup d’au­di­teurs affir­ment qu’elle aurait dû le dire, ce qui ne l’au­rait pas empêché de tra­vailler, mais ce qui nous aurait ren­seignés sur elle et nous ne l’au­ri­ons peut-être pas écouté de la même façon. La polémique a enflé, et désor­mais la polémique est morte, puisqu’Is­abelle Sapor­ta a décidé d’ar­rêter sa chronique sur la radio con­cernée ».

On imag­ine la chronique d’Aphatie si l’on avait décou­vert après coup qu’une édi­to­ri­al­iste de France Inter, RTL ou Europe 1 est la com­pagne de Jor­dan Bardel­la.

La république des potes

Résumons, une grande par­tie des jour­nal­istes sont mas­sive­ment en accord avec la pen­sée poli­tique dom­i­nante, à peu de vari­antes près. Un cer­tain nom­bre d’entre eux vivent en cou­ple avec un poli­tique. Cela influ­ence néces­saire­ment leurs réac­tions par rap­port au courant poli­tique de leur com­pagnon. Par rap­port à ce dernier mais aus­si, sans aucun doute, par rap­port aux amis, invités au dernier repas (com­ment incrim­in­er le lun­di un ami avec qui l’on a partagé un excel­lent vin bio le same­di ?). Après bien d’autres, cette nou­velle affaire remet en plein jour un secret de polichinelle : il y a bien un par­ti (avec ses nuances) des médias libéraux lib­er­taires et ce par­ti est la branche com­mu­ni­ca­tion du par­ti libéral lib­er­taire au pou­voir, qu’il ait le vis­age de Macron, Jadot ou Glucks­mann. Ces vis­ages ont plus de ressem­blances que de dif­férences, et dans bien des cas des amis ou amants jour­nal­istes ou poli­tiques en com­mun. La république des potes ?

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