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Jadot/Saporta, politiques et journalistes bobo : tous dans le même lit ?

À en croire les professions de foi indignées de ses membres, le Système politico-médiatique, uni dans une même foi en un monothéisme libéral libertaire, n’existerait pas, et une collusion permanente entre politiques et certains journalistes ne serait que fantasme d’une prétendue extrême droite. Pourtant, les exemples sont nombreux de cette collusion, depuis l’influent ex couple DSK/Anne Sinclair jusqu’à la récente démission de France Inter, radio dite de service public, de Léa Salamé, compagne de lit de Raphaël Glucksmann, candidat PS aux dernières élections. Dernière affaire en date : le ténor de la renaissance de l’écologie libérale libertaire en France, Yannick Jadot, a pour compagne Isabelle Saporta, journaliste influente de RTL. Analyse de la démission de cette dernière.

Le petit monde libéral libertaire

L’existence d’un mode de pensée commune faisant système a plusieurs fois été signalée par des essayistes dont l’indépendance ne peut être mise en doute, sous le vocable de « libéral libertaire ». Une pensée bobo de centre gauche et centre droit mêlés, persuadée de détenir le vrai sur le plan sociétal et de connaître l’ennemi à combattre absolument, y compris avec les moyens des radios publiques ou des médias subventionnés, par le prisme des impôts issus de la collectivité, un ennemi fantasmé, appelé « extrême droite », autrement dit racisme ; car ces bobos partageant lits et petits déjeuners se veulent à la fois antiracistes et prêtres de la tolérance. Salamé/France Inter/Glucksmann, juges et parties. Saporta/RTL/Jadot, juges et parties ? Comment croire que ce qui se vit en couple au quotidien n’influence pas les prises de position des journalistes dans le cadre de leur travail ?

Isabelle Saporta, c’est comme ça

« C’est comme ça », c’est le nom de l’émission de Saporta, ou plutôt c’était, puisqu’elle a démissionné de RTL le 29 mai 2019. Pas le 27 mai, lendemain des élections européennes où la liste verte conduite par son compagnon est arrivée en 3e position, mais le 29. Le temps que la polémique enfle un peu et risque de prendre mauvaise tournure. Un regard sur les thèmes des émissions de Saporta en mai, dans la matinale de RTL dirigée par Yves Calvi, plutôt bien écoutée, montrent que les points communs entre les membres du couple ne manquent pas de politique :

  • 28 mai 2019 : trottinettes électriques : pas seulement une mode de bobos
  • 23 mai 2019 : une application pour lutter contre les frotteurs du métro
  • 22 mai 2019 : quand l’industrie automobile nous prend pour des bobios
  • 9 mai 2019 : le financement de la science par Coca-Cola
  • 7 mai : la préfète d’Indre-et-Loire veut faire détruire 2000 bouteilles d’un vin sans pesticides (sujet repris le vendredi 24 mai, deux jours avant les Européennes).

La prédominance des sujets écologistes et sociétaux, ressemblant à s’y méprendre à ceux des idées de Yannick Jadot, saute aux yeux. C’est déjà le cas les mois précédents, pour environ 25 % des émissions. En ce mois de mai 2019, à l’approche de ces élections, c’est une véritable offensive camouflée pro liste Jadot qui est menée par Isabelle Saporta. Cependant, chacun l’aura compris : les médias ne jouent pas en faveur du courant progressiste libéral libertaire, et surtout pas quand les journalistes sont en couple avec des personnalités politiques.

Qu’en pensent les confrères de Saporta ?

Le Parisien est plutôt triste pour Saporta, le 29 mai, laquelle fond en larmes en arrivant au rendez-vous. Elle subit des « violences ». Le quotidien rappelle incidemment que l’engagement écolo de Saporta n’est pas récent, elle a déjà œuvré en ce sens sur Europe 1, RMC, France 2… C’est justement un des éléments qui fait Système, malgré les dénégations : le mercato permanent des mêmes journalistes qui vont porter leur parole militante commune de médias en médias durant des années, et la majeure partie du temps sans contradiction. Notons la déclaration de Saporta dans son entretien au Parisien: « J’en ai eu assez de cette tartufferie qui consiste à masquer au grand public ce que le petit milieu des médias connaît ». Elle reconnaît ainsi trois choses :

  1. Jadot et elle sont l’auteur d’une tartufferie et d’un mensonge par omission.
  2. Les médias dominants sont un petit milieu qui sait des choses, d’importance, mais décide de les taire pour ne pas entraver la victoire des idées qu’il soutient.
  3. Elle insiste sur le fait que Jadot l’ait remerciée au moment de son discours. Remerciée de quoi ? De son influence médiatique en sa faveur ?

20 Minutes nous apprend sans plus s’en offusquer que Saporta a écrit et corrigé des discours de Jadot durant la campagne, tout en menant de front son activité journalistique sur RTL. Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer : « Pour moi il y a toujours eu une étanchéité totale entre ma relation avec Yannick Jadot et mon travail de journaliste ». Comprenne qui pourra…

Le Monde insiste sur le fait que Saporta a décidé de s’engager en politique, ce qui semble-t-il mettrait fin à tout débat.

Sur Europe 1, Aphatie montre qu’il est devenu un « en même-temps-tiste » qualifié : « L'autre raison pour laquelle cette photo fait du bruit, c'est parce que la compagne de Yannick Jadot est une journaliste radio, Isabelle Saporta, que beaucoup d'entre nous connaissent. Mais beaucoup d'entre nous découvrent qu'elle vit avec un homme politique, ce qui est son droit. Mais depuis la publication de cette photo, beaucoup d'auditeurs affirment qu'elle aurait dû le dire, ce qui ne l'aurait pas empêché de travailler, mais ce qui nous aurait renseignés sur elle et nous ne l'aurions peut-être pas écouté de la même façon. La polémique a enflé, et désormais la polémique est morte, puisqu'Isabelle Saporta a décidé d'arrêter sa chronique sur la radio concernée ».

On imagine la chronique d’Aphatie si l’on avait découvert après coup qu’une éditorialiste de France Inter, RTL ou Europe 1 est la compagne de Jordan Bardella.

La république des potes

Résumons, une grande partie des journalistes sont massivement en accord avec la pensée politique dominante, à peu de variantes près. Un certain nombre d’entre eux vivent en couple avec un politique. Cela influence nécessairement leurs réactions par rapport au courant politique de leur compagnon. Par rapport à ce dernier mais aussi, sans aucun doute, par rapport aux amis, invités au dernier repas (comment incriminer le lundi un ami avec qui l’on a partagé un excellent vin bio le samedi ?). Après bien d’autres, cette nouvelle affaire remet en plein jour un secret de polichinelle : il y a bien un parti (avec ses nuances) des médias libéraux libertaires et ce parti est la branche communication du parti libéral libertaire au pouvoir, qu’il ait le visage de Macron, Jadot ou Glucksmann. Ces visages ont plus de ressemblances que de différences, et dans bien des cas des amis ou amants journalistes ou politiques en commun. La république des potes ?

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