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Ambiance tendue à France Télévisions après les coupes budgétaires
Publié le 

20 novembre 2017

Temps de lecture : 5 minutes
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Ambiance tendue à France Télévisions après les coupes budgétaires

La continuité de l’État en France est toujours loin d’être acquise. L’État met France Télévisions au régime sec, et même très sec par rapport au contrat d’objectifs et de moyens (COM) que l’audiovisuel public avait signé pour la période 2016–2020. Ainsi, France Télévisions aura 29,8 millions d’€ de moins en 2018 par rapport à 2017 mais cela correspond à 47,8 millions d’€ de moins que ce qui était prévu.

Dans la foulée, 16 mil­lions d’eu­ros d’in­vestisse­ments sont saqués à Radio France, 1,6 mil­lions d’€ de dota­tions pour Arte, 1 mil­lions d’eu­ros pour France Média Monde – mais la nou­velle ver­sion en espag­nol de France 24 est main­tenue, idem pour TV5 et l’I­NA perd 500 000 €. Il reste tout de même pour France Télévi­sions une dota­tion de 2,57 mil­liards d’eu­ros en 2018 pour une masse salar­i­ale de 9 750 équiv­a­lents temps pleins qui représen­tent 900 mil­lions d’eu­ros.

Les syn­di­cats red­outaient la rigueur et elle est arrivée : alors qu’un plan de sup­pres­sion de 500 postes, lancé en juil­let 2016, est déjà en cours, France Télévi­sions va devoir opér­er des coupes d’ur­gence. Elle cherche en effet 20 mil­lions d’eu­ros d’é­conomies en sus de la coupe budgé­taire, pour ren­tr­er dans les clous. Une dizaine de mil­lions d’eu­ros pour­raient être trou­vés sur le mastodonte des frais de fonc­tion­nement (450 mil­lions d’eu­ros).

Et n’au­ra pas le sec­ours de la pub­lic­ité après 20 h puisque le gou­verne­ment a refusé le retour de la pub – ce sont donc 80 mil­lions d’eu­ros par an de revenus poten­tiels qui s’éloignent de France Télévi­sions. Le gou­verne­ment aura surtout cédé à la pres­sion des chaînes privées alors que le gâteau pub­lic­i­taire se réduit, grig­noté qu’il est par le web. De même la pub­lic­ité ne revien­dra pas dans les pro­grammes pour enfants – encore 15 à 20 mil­lions d’eu­ros de revenus pour l’au­dio­vi­suel pub­lic qui s’é­va­porent.

Il ne reste que quelques pos­si­bil­ités à France Télévi­sions : couper dans les emplois, de 600 à 700, et aller au-devant de graves tem­pêtes syn­di­cales et poli­tiques, ou tailler dans les pro­grammes (1,4 mil­liards d’eu­ros). Del­phine Ernotte, en marge d’un forum organ­isé récem­ment par Téléra­ma, a indiqué qu’elle étu­di­ait la deux­ième pos­si­bil­ité « quand le gou­verne­ment nous dit : vous allez devoir faire avec 50 mil­lions en moins, nous allons être con­traints de couper dans les pro­grammes, dans la créa­tion ».

Or la créa­tion devait au con­traire béné­fici­er de 420 mil­lions d’eu­ros par an d’in­vestisse­ments de la part de l’au­dio­vi­suel pub­lic, selon le COM 2016–2020, con­tre 400 mil­lions d’eu­ros aujour­d’hui. Selon Les Échos, ce sont les sports (200 mil­lions d’eu­ros) et les pro­grammes de flux (jeux, diver­tisse­ments, pour 400 mil­lions d’eu­ros) qui pour­raient devenir la vari­able d’a­juste­ment – au risque de remet­tre en péril les objec­tifs d’au­di­ence fixés à l’au­dio­vi­suel pub­lic. Le départ de Sven Les­cuy­er, délégué aux sports de France Télévi­sions, annon­cé par la CGC Médias, sem­ble accréditer l’idée selon laque­lle le ser­vice des sports sera sac­ri­fié aux coupes budgé­taires.

Il y aurait pour­tant des économies faciles à faire. Ain­si, le logo de France Info, deux points, a coûté 500 000 € ; une étude pour « accom­pa­g­n­er, nour­rir et con­stru­ire la réflex­ion sur l’ar­chi­tec­ture de mar­que France Télévi­sions en for­mal­isant les impli­ca­tions et représen­ta­tions », réal­isée par l’a­gence Move­ment, comme le logo, a coûté encore 90 000 € fin 2016 ; à cela s’a­joutent 240 000 € de con­seil qui ont con­duit France Télévi­sions à ajouter un point dans le nom des chaînes, sur les bons con­seils de l’a­gence JoosNab­han. Un point d’or pour les com­mu­ni­cants !

« Honte » et désarroi : Xavier Couture quitte l’audiovisuel public

Pen­dant ce temps cer­taines per­son­nes ne veu­lent pas laiss­er leur nom à la devan­ture d’une décon­fi­ture qui s’an­nonce puis­sante. Le numéro 2 de France Télévi­sions, Xavier Cou­ture, est par­ti après avoir exprimé sa « honte » devant la médi­ocrité des grilles de France 2 et faute d’avoir trou­vé sa place : « A 66 ans, je ne vais pas me faire chi­er à un poste où je n’ai pas le pou­voir », assé­nait-il à Libéra­tion cet été. Et pour cause, expli­quait TéléObs : « pour son tit­u­laire, c’est mis­sion impos­si­ble : il est situé hiérar­chique­ment au-dessus des patrons de chaînes mais, dans les faits, ce sont bien eux qui ont l’autorité sur leur mai­son. En un an, Cou­ture n’a rien imposé à per­son­ne »

Libéra­tion reve­nait sur le sujet ce 6 novem­bre : « Face à nous, Cou­ture se désol­i­dari­sait totale­ment de sa col­lègue du comité exé­cu­tif, sur laque­lle il dés­espérait de ne pas avoir l’autorité hiérar­chique, et de sa poli­tique édi­to­ri­ale, qu’il trou­vait sans aucune con­sis­tance, ni ambi­tion ou orig­i­nal­ité. Il dis­ait espér­er repren­dre les rênes rapi­de­ment pour faire évoluer les choses dès le mois de jan­vi­er, à la faveur d’un arbi­trage de Del­phine Ernotte. Mais on sen­tait bien alors que la rup­ture était proche ».

Une fois de plus, Del­phine Ernotte est dans la tour­mente alors que les audi­ences sont en chute libre, les équili­bres budgé­taires men­acés et qu’elle refuse d’é­couter son entourage. Après des cadres de France Télévi­sions qui se sont lâchés dans les colonnes de Valeurs Actuelles cet été, l’ac­cu­sant d’ « ama­teurisme » et de « ne rien com­pren­dre », c’est Frédéric Tad­deï qui s’en est pris à elle dans les colonnes du Monde : « Del­phine Ernotte, ne con­naît rien à la télé et est en train de cass­er France Télévi­sions. Xavier Cou­ture, qui tra­vaille à ses côtés, est atter­ré et tente de lui faire com­pren­dre cer­taines choses, mais cela paraît com­pliqué ».

Cou­ture ne sera pas rem­placé – France Télévi­sions économis­era ain­si son salaire, plus de 10 000 € par mois. Cepen­dant l’au­dio­vi­suel pub­lic le paiera jusqu’en jan­vi­er prochain, le temps d’as­sur­er la tran­si­tion… et de con­tin­uer à prêter le flanc aux cri­tiques. Le Canard Enchaîné a ain­si révélé que depuis le 28 juin dernier Xavier Cou­ture est directeur général d’une start-up de Lon­dres, Sportzap, dont il pos­sède 14% des parts sociales. L’ob­jec­tif est de mon­ter un réseau social pour les sportifs ; Bernard Laporte, Denis Charvet et Jean-Luc Berlot en sont les trois autres cofon­da­teurs. Or pour Xavier Cou­ture, c’est en con­tra­dic­tion évi­dente avec l’oblig­a­tion de l’ex­clu­siv­ité de col­lab­o­ra­tion – à savoir  « l’in­ter­dic­tion pour chaque salarié d’ex­ercer une activ­ité lucra­tive, salariée ou non, hors de l’en­tre­prise qui l’emploie » telle qu’elle est définie dans l’ac­cord d’en­tre­prise de France Télévi­sions, rap­pelle la CGC Médias.

Il ne manquait plus qu’un scandale de harcèlement moral et sexuel !

On l’a com­pris, l’am­biance à France Télévi­sions est pour­rie. Et pour ne rien arranger un de ses anciens pontes, Éric Monier – il dirige aujour­d’hui la rédac­tion de LCI – a été attaqué pour har­cèle­ment moral et sex­uel par une jour­nal­iste poli­tique, Anne Saurat Dubois. Treize autres jour­nal­istes, dont douze femmes, qui ont tra­vail­lé sous ses ordres témoignent (de façon anonyme) ses dérives sex­istes et ses allu­sions lour­des à Buz­zfeed.

France Télévi­sions se retrou­ve donc, sans sur­prise et à retarde­ment, touchée par la vague de débal­lages et de chas­se aux sor­cières médi­a­tiques dont l’af­faire Har­vey Wein­stein a été le déto­na­teur. Pour­tant Eric Monier avait été écarté en 2015 sans faire de scan­dale, la direc­tion évo­quait des « prob­lèmes rela­tion­nels et de man­age­ment » sans faire plus de détails. Le prob­lème, c’est que la direc­tion sem­ble avoir été au courant et a été aver­tie à plusieurs repris­es, selon Dominique Pradal­ié, secré­taire générale du Syn­di­cat nation­al des jour­nal­istes et anci­enne déléguée du SNJ France Télévi­sions.

Crédit pho­to : logo France Télévi­sions. DR

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