Médias et politiques : back-room pour tous et tout-e-s !

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Les campagnes électorales de 2017 ont montré combien les mondes politique et médiatique forment un seul de même monde. À de très rares exceptions près, exceptions toujours étiquetées « de droite dure » ou « d’extrême droite ». Des mots qui tuent dans la novlangue libérale-libertaire. C’est ainsi que le discrédité Décodex du Monde a pu signaler Valeurs actuelles comme n’étant pas fiable. C’est ce monde qui a conduit Emmanuel Macron à l’Élysée. Le fait est incontestable tant le soutien apporté au candidat Macron a été massif. Ces mondes qui ne font qu’un ne sont pas une structure organisée. Simplement un ensemble de lieux de pouvoirs médiatiques et politiques où tout un chacun pense la même chose sur tous les sujets. Ce sont ces milieux qui ont par exemple assassiné politiquement le trop catholique François Fillon. L’actuelle porosité entre politiques et médias institutionnalise cette réalité.

Bruno Roger-Petit ou la plus grosse prise

Dans les maisons spécialisées, certains visiteurs préfèrent ce qui est gros. Le président de la République n’a donc pas lésiné sur la taille en se servant dans la maison médias. Il s’est offert un gros objet en la personne de Bruno Roger-Petit, déjà largement rallié à la cause depuis son bureau de Challenges.

Il n’avait pas échappé aux observateurs que le journaliste faisait la tournée des popotes en faveur du candidat Macron durant la campagne présidentielle. Cela ne choquait alors pas plus que cela : 99 % des médias tirant sur la même laisse. Lors de la visite de Macron à l’usine Whirlpool d’Amiens par exemple, les divers médias ne se sont pas insurgés sur ce fait : pour rencontrer les salariés en grève, le candidat a refusé que la presse l’accompagne. Il est entré dans l’usine avec son équipe de télévision personnelle, laquelle a fourni les seules images disponibles aux différentes rédactions. Ce fait devait alarmer les médias. Il n’en fut évidemment rien. Ce sont pourtant ces mêmes médias qui ont commencé à critiquer le président Macron depuis l’été, sans doute insatisfaits des récompenses. Ce qui ne sera pas le cas de Bruno Roger-Petit, transfuge des médias vers l’Élysée. La porosité médias/politiques n’est pas une nouveauté. Elle est cependant inédite à cette échelle.

Que vient-il faire dans l’En Marche-shop ?

« Symbole emblématique de la servitude des médias à l’égard d’Emmanuel Macron qui furent la clé de sa réussite, l’éditorialiste politique vedette de Challenges, Bruno Roger-Petit, reçoit un chouette nonosse pour ses billets louangeurs », écrit avec justesse et humour Caroline Parmentier dans le quotidien Présent. Une fois nommé, la première mission remplie par BRP (eh oui…) a été d’effacer les 40 000 tweets de son compte.

Il est vrai qu’il y appelait en 2013 à abattre au révolver les familles de LMPT, ou encore à leur jeter des bombes. Puis en 2014, BRP rêvait sur twitter d’un président prénommé Ahmed. Juste avant le massacre de Charlie Hebdo. Ce qui, à la lumière des attentats islamistes répétés, ne manque pas d’être… explosif. La même année, le nouveau porte-parole de l’Élysée demandait que l’on censure les mal-pensants, Zemmour par exemple, et les lieux de réinformation ou de critique (l’Observatoire du journalisme ?). Voilà donc le cursus du nouveau jouet communicationnel du président. À l’évidence, ce monsieur est nommé afin de mettre un terme à la cacophonie et aux couacs en série. Sans doute va-t-il chapeauter Sibeth Ndiaye, compagnon de route de feu le candidat Macron, et jusque-là responsable des relations presse du président. Cette même Sibeth Ndiaye qui confirmait la mort de Simone Veil aux journalistes par un tweet dont la teneur est une insulte à l’intelligence : « Yes ! La meuf est dead ! ».

Ces mots de la franco-sénégalaise résument à eux seuls l’esprit qui règne aujourd’hui dans certaines officines En Marche du pouvoir. Un marqueur de l’esprit régnant est le mépris de toute éthique : BRP ne disait-il pas que beaucoup de journalistes avaient tout de « conseillers du prince », sur Europe 1 ? Il est vrai que son nouveau patron, maintenant président, déclarait quant à lui, lors des présidentielles, dans L’émission politique, que « quand on préside, on n’est pas le copain des journalistes ». Pourtant, les relations troubles de l’actuel président de la république avec les médias sont un secret de polichinelle, ainsi que l’explique par exemple Marianne.

La consanguinité médias/politiques : une véritable épidémie

Une épidémie qui se manifeste de trois manières : le nombre de politiques qui ayant perdu leur mandat deviennent chroniqueurs dans la presse, le nombre de couples unissant des journalistes et des politiques et, bien sûr, la nomination de BRP. L’épidémie tend à faire ressembler le Paris médiatique à la fois à une sorte de back-room et à une officine de type ORTF : « Les libéraux-libertaires parlent aux Français » risquant de devenir une sorte de slogan.

Le phénomène n’est pas nouveau mais il est devenu massif, avec François Hollande d’abord (le président et quatre ministres en couple avec des journalistes en 2012), et se caractérise par les allers-retours entre les deux sphères théoriquement séparées. Une séparation des pouvoirs qui est censément un des critères de la démocratie. Massif en cette rentrée des classes, au point que l’on évoque maintenant un mercato des journalistes et des politiques. Comme pour le football. Pêle-mêle : Roselyne Bachelot, Henri Guaino, Raquel Garrido, Jean-Pierre Raffarin, Gaspard Gantzer, Aurélie Filippetti, Julien Dray, Eduardo Rihan Cypel… Une majorité de sociaux-libéraux, comme au sein de LRM et de la profession médiatique. Et plus largement du monde de la culture. Ainsi, Vincent Monadé, président du Centre National du Livre, félicitait-il Nicolas Demorand et Léa Salamé, pour leur première sur France Inter par un tweet où il s’estimait « très très convaincu », indiquant au passage que la matinale d’Inter est sa « matinale depuis 30 ans ». Par contre, bien qu’ayant été annoncé le 26 août 2017 comme futur éditorialiste de l’émission d’Europe 1 Hondelatte raconte, par le journaliste lui-même, Jean Messiha ne fera finalement pas son coming out médiatique. Christophe Hondelatte ayant, dit-on du côté de la direction de la radio, parlé trop vite. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que la polémique née sur les réseaux sociaux suite à l’annonce de Hondelatte a provoqué ce demi-tour en marche forcé. Peut-être la qualité de député du FN de Jean Messiha a-t-elle joué un rôle ? Si cette hypothèse devait s’avérer vraie, elle ne pourrait qu’accréditer les accusations de parti pris idéologique des médias français. Posons la question : de quoi cette institutionnalisation des liens de consanguinité entre politiques et médias est-elle le nom ?

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