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Sophia Aram

L’accident industriel

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 01/10/2017

Issue d’une famille d’origine marocaine, Sophia Aram est née à Ris-Orangis (Essonne) le 29 juin 1973.

Parcours professionnel

Sophia Aram s’initie à l’art de l’improvisation dans les étab­lisse­ments sco­laires de Trappes puis au sein de la com­pag­nie « Déclic Théâtre », où elle côtoie Jamel Deb­bouze. Elle par­ticipe notam­ment à une coupe du monde d’improvisation organ­isée au Québec. Par­al­lèle­ment, elle débute sur les planch­es avec la « com­pag­nie du théâtre du Sable ».

Oubliant ses aspi­ra­tions à faire car­rière dans le jour­nal­isme poli­tique, Sophia Aram se tourne vers l’audiovisuel et débute à la télévi­sion sous le patron­age de l’ex « Ani­ma­teur le plus con de la bande FM », Arthur (Jacques Esse­bag). Elle par­ticipe alors à « CIA », « Le club de l’info ama­teur » et « Les Enfants de la Télé », des émis­sions pro­duites par le groupe Ende­mol.

Après quelques inter­ven­tions sur NRJ et sur Europe 2, elle se fait con­naître du grand pub­lic à par­tir de 2008 en ten­ant une chronique heb­do­madaire sur France Inter dans l’émission « Le Fou du Roi » ani­mée par Stéphane Bern. A par­tir de sep­tem­bre 2010, elle se voit con­fi­er une puis deux chroniques heb­do­madaire dans la mati­nale de la même radio. Les dia­tribes « citoyennes » et les polémiques devi­en­nent alors son fonds de com­merce, priv­ilé­giant des cibles aus­si orig­i­nales que Marine Le Pen ou Nadine Mora­no. Out­re ses itéra­tives injures à l’encontre des électeurs du Front nation­al, elle s’attaque aus­si à son con­sœur Audrey Pul­var, com­pagne du min­istre social­iste Arnaud Mon­te­bourg, dénonçant un sup­posé « con­flit d’intérêts » lors de sa nom­i­na­tion à la tête des Inrock­upt­ibles (par Math­ieu Pigasse, dont la banque d’affaires a, par ailleurs, été choisie par le min­istère de l’Économie pour con­seiller la Banque publique d’investissement) et égratigne même ses anciens col­lègues humoristes de France Inter, comme Stéphane Guil­lon ou Didi­er Porte.

Par­al­lèle­ment à ses activ­ités radio­phoniques, l’humoriste monte égale­ment deux spec­ta­cles comiques, du « Plomb dans la tête » et « Crise de Foi », dont le sec­ond, qui ridi­culise les trois reli­gions du Livre, sus­cite un cer­tain émoi et quelques réac­tions cour­roucées qui lui assurent une pub­lic­ité non nég­lige­able.

À l’été 2013, elle est choisie par France 2 pour occu­per la case stratégique de « l’access prime time » avec l’émission « Jusqu’ici tout va bien » tous les jours à 18h10. Sophia Aram est rapi­de­ment sous pres­sion, les taux d’audience du pro­gramme étant extrême­ment faibles (moins de 4% à la fin de la pre­mière semaine de dif­fu­sion). Apparem­ment, l’humour poli­tique­ment cor­rect de celle qui affir­mait que « les électeurs du Front Nation­al sont des gros cons », très appré­cié par la cri­tique, peine à séduire les téléspec­ta­teurs.

Les audi­ences demeurent cat­a­strophique, l’émission se mue en acci­dent indus­triel – 70.000 € de coût par jour aux­quels s’ajoutent 30.000 € de manque à gag­n­er pub­lic­i­taire – et elle est finale­ment arrêtée le 20 décem­bre 2013. Ce bide coûte aus­si fin octo­bre sa place au directeur des pro­grammes de France 2, Philippe Vil­am­int­jana.

Néan­moins mal­gré les pertes énormes subies par le con­tribuable, la caste n’allait pas per­dre un fidèle servi­teur : à par­tir de fin août 2014 elle se livre à un bil­let heb­do­madaire sur France Inter, où elle compte par­mi les faux « humoristes » et vrais porte-flingues prêts à tir­er sur tout ce qui dérange le pou­voir social­iste – Marine le Pen, Fil­lon, Ludovine de la Rochère etc…, voire à régler ses petits comptes (Karine le Marc­hand) ou à hurler avec les loups (Cyril Hanouna). Elle y inter­ve­nait déjà de façon spo­radique et péremp­toire depuis 2010.

En 2015, elle joue son troisième spec­ta­cle, Le fond de l’air effraie, où elle ne cri­tique, fort courageuse­ment, que les per­son­nal­ités que le sys­tème exècre, comme Éric Zem­mour ou Valérie Tri­er­weil­er.

Face à Jean-Marc Ayrault, alors min­istre des Affaires Étrangères, elle fait sa chronique en niqab le 7 mars 2016 pour dénon­cer la Légion d’Honneur accordée au prince et min­istre de l’Intérieur de l’Arabie Saou­dite, Mohammed Bin Nayef.

En 2017, elle par­ticipe à l’ouvrage col­lec­tif Qu’est-ce que la gauche ?, édité chez Fayard.

Le 8 mai 2017 elle souhaite la bien­v­enue aux audi­teurs en arabe… pour se pay­er les électeurs de Marine Le Pen dont la can­di­date est dis­tancée au sec­ond tour. Elle lance ain­si en arabe « Mes­dames et messieurs, bon­jour et bien­v­enue sur France Inter », avant de con­tin­uer en français : « C’est peut-être un détail pour vous, mais pour les 34,2% d’électeurs qui ont voté Le Pen, enten­dre de l’arabe sur France Inter, surtout ce matin, ça doit faire beau­coup quand même. Peut-être qu’ils ont déjà quit­té la France, et qu’ils vont même devenir des immi­grés ».

Formation

Lycée de la Plaine de Neauphle (Trappes).

Maîtrise d’arabe à l’Institut nation­al des langues et civil­i­sa­tions ori­en­tales.

Parcours militant

Sophia Aram se veut une mil­i­tante « fémin­iste et athée ». Sur France Inter, ses attaques vir­u­lentes et répétées con­tre le Front nation­al et ses électeurs lui valent des rap­pels à l’ordre de sa direc­tion mais égale­ment du CSA.

En 1998, Sophia Aram a donne nais­sance à un petit garçon. Pour elle et son com­pagnon, Benoit Cam­bil­lard, il est « hors de ques­tion de l’appeler Med­hi ou Pierre». Le cou­ple choisit alors un prénom hébreu, Chaïm, qui sig­ni­fie « la vie ». Ce choix est pour eux un « geste mil­i­tant » exp­ri­mant leur refus des déter­min­ismes iden­ti­taires.

Le 31 août 2011, elle s’en prend à la sta­tion Sud Radio, en expli­quant que les électeurs du Front Nation­al ont désor­mais une sta­tion bien à eux pour exprimer leurs idées.

En juin 2011, Khadi­ja Aram, la mère de l’humoriste, est con­damnée à deux ans de prison, dont 18 mois avec sur­sis, pour avoir promis, con­tre rémunéra­tion, des titres de séjour à des immi­grés clan­des­tins. Faux titres de séjour qui n’ont jamais été remis à ceux qui les ont payés.

Anci­enne adjointe au maire de Trappes, la mère de Sophia Aram a été recon­nue coupable de « traf­ic d’influence » et « abus de con­fi­ance » par le tri­bunal de Grande Instance de Ver­sailles. Une affaire famil­iale qui fait tache pour Sophia qui aime à se présen­ter comme la défend­er­esse des valeurs « citoyennes », la petite sœur des pau­vres et des déshérités de la société…

Théâtre

  • Sophia Aram, crise de foiDu plomb dans la tête (2006)
  • Crise de Foi (2010)

Cinéma

La Let­tre, court métrage de François Audoin (2011)

Récompenses

  • Prix Atten­tion Tal­ent Humour Fnac 20062.
  • Prix du fes­ti­val Juste pour Rire de Nantes en 2006.
  • Prix du jury et des tech­ni­ciens au fes­ti­val d’Humour de Vienne 2009.
  • Gérard de la Télévi­sion 2013 pour l’émission dont les con­cep­teurs auraient peut-être dû atten­dre les audi­ences avant de lui don­ner un titre.

Ce qu’elle gagne

Non ren­seigné

Sa nébuleuse

Philippe Val, Stéphane Bern, Benoit Cam­bil­lard (son com­pagnon et co-auteur).

Elle l’a dit

« Mon spec­ta­cle peut heurter la sen­si­bil­ité des per­son­nes plaçant leur foi au-dessus de leur sens de l’humour », Crise de Foi (2010)

« Le fémin­isme n’est pas une mal­adie hon­teuse. Comme la laïc­ité, c’est tou­jours un grand com­bat à men­er », Téléra­ma n°3286, 5 jan­vi­er 2013

« « Il existe des com­mis­sions d’attribution des marchés publics. Il n’est pas inter­dit de penser que Matthieu Pigasse ait pu trou­ver quelques com­pé­tences à Audrey. D’ailleurs, cela nous est bien arrivé à France Inter. Ce serait un peu comme si on soupçon­nait la femme d’Éric Woerth de par­ler des dossiers d’optimisation fis­cale de mamie Bet­ten­court avec son min­istre du bud­get de mari. Ça ne tient pas la route », à pro­pos de la nom­i­na­tion d’Audrey Pul­var à la tête des Inrock­upt­ibles, France Inter, 11 sep­tem­bre 2012.

« Les insultes resur­gis­sent surtout quand je par­le publique­ment de mon athéisme : cer­tains islamistes ne tolèrent pas l’apostasie, qui est un péché mor­tel. Mais il suf­fit de s’organiser, ce n’est pas si gênant, et cela ne m’empêche pas de vivre. Con­traire­ment aux apparences, je ne suis pas une petite chose frag­ile », Téléra­ma, 5 jan­vi­er 2013.

« Jean-Marie Le Pen est un ther­momètre fiché dans le der­rière des Français pour mesur­er leur degré de xéno­pho­bie », France Inter, 12 jan­vi­er 2011.

Sur France Inter le 27 févri­er 2015, elle cri­tique verte­ment Don­ald Trump, notam­ment pour son « ado­ra­tion obses­sion­nelle des armes et de Dieu ».

« Quand on voit la mon­tée de l’extrême droite en France et en Europe, la mon­tée de l’islam rad­i­cal, la mon­tée du chô­mage, la crise… On se dit que, para­doxale­ment, on n’en finit plus de touch­er le fond », Mar­i­anne, 25/09/2015.

« Con­sid­ér­er que tous les musul­mans seraient inca­pables de vivre dans un pays dans lequel la lib­erté d’expression prime sur le religieux, j’assimile ça à une forme de racisme », ibid., au sujet de l’essai Qui est Char­lie ? d’Emmanuel Todd.

« Je suis de gauche et de mau­vaise foi. Que voulez-vous ? Je pars du principe que tout peut être cat­a­logué à gauche ou à droite. Au-delà des idées poli­tiques, il existe une esthé­tique de gauche et une esthé­tique de droite, que nous avons inté­grées mal­gré nous », ibid.

« Je me moque de ce que sont devenus les bobos parisiens. Des car­i­ca­tures. On mange des panais et des top­inam­bours, des « légumes oubliés ». On va dans des super­marchés qui ressem­blent à des entre­pôts rem­plis d’odeurs d’épices. L’impression d’être au souk ! Ou alors on se fait livr­er notre petit panier bio… Voilà ce qu’on est devenus. Moi-même, je passe trois heures à lire les éti­quettes avant d’acheter un sham­po­ing. C’est très com­pliqué d’acheter du sham­po­ing quand on est bobo », ibid.

« Je me suis gaufrée : je ne suis pas la pre­mière, je ne serai pas la dernière. La vie con­tin­ue. Ça a été un naufrage ; mais, comme je l’explique dans le spec­ta­cle, con­traire­ment au Titan­ic, je me suis pris l’iceberg dans la fig­ure alors que j’étais encore dans le port. », au sujet de Jusqu’ici tout va bien.

« Je ne me con­sid­ère pas comme le porte-dra­peau de quoi que ce soit, si ce n’est de la lib­erté et de la laïc­ité. Des valeurs de la République, en fait. Je suis de gauche, je l’assume et le dis claire­ment », Téléra­ma, 14/10/2015.

« Si je revendique autant mon athéisme, c’est parce que le fait religieux est omniprésent. Partout, tout le temps », ibid.

« Bien sûr que sa réac­tion est irre­spon­s­able, puérile et impul­sive, mais met­tez-vous à sa place: elle passe ses journées à ronger son frein, à sourire, toute gen­tille mais après le «zéro région» aux élec­tions, à un moment, les cou­tures finis­sent par lâch­er. Et vous vous retrou­vez devant celle qu’elle n’a jamais cessé d’être: une énervée con­géni­tale inca­pable de répon­dre à la con­tra­dic­tion, autrement qu’en vom­is­sant sa haine», au sujet de Marine Le Pen sur France Inter, 21/12/2015.

« Dès qu’on lui a expliqué que le décapité [sur l’une des pho­tos] était James Foley, elle l’a retirée. […] Dès qu’elle a com­pris que c’était pas un bougn… un musul… enfin.. un ara… Enfin, dès qu’elle a com­pris qu’il s’agissait d’un être humain, un vrai, bref, un occi­den­tal, elle l’a retirée. Pourquoi n’a-t-elle pas retiré les deux autres pho­tos ? Mais parce que pour elle, ce sont des boug­noules! Des boug­noules de Boug­noulie qui se bat­tent entre eux », ibid.

« Ta gueule Ludovine !», à Ludovine de la Rochère, prési­dente de La Manif pour tous, qu’elle appelle Ludovine de la Mal­baise, sur France Inter mi-octo­bre 2016. Elle pour­suit : « Soit vous ressus­citez Pétain, soit vous admet­tez que vous avez juste envie de vous balad­er dans les rues de Paris le dimanche après la messe et per­son­ne ne vous en voudra ».

« Vu d’ici, l’élection de Don­ald Trump aux États-Unis, c’est comme si les Améri­cains s’étaient endormis avec Rihan­na et se sont réveil­lés avec Chris­tine Boutin… », Le Creusot, novem­bre 2016

« Comme tous les gourous, il a aban­don­né son iden­tité civile pour un titre. Lui se fait appel­er ‘Baba’ par ses adeptes, à qui il accorde en retour le titre de ‘fan­zouzes’, s’octroyant une fig­ure pater­nelle en échange d’une recon­nais­sance qui prend la forme d’une assig­na­tion au statut de fan », au sujet de Hanouna dans son bil­let d’humour (?) du 22/5/2017 sur France Inter.

« Hanouna se répand sale­ment sous le regard du CSA atten­dant com­plaisam­ment qu’il sorte du stade anal », ibid.

« À la ques­tion est-ce que tous les prob­lèmes des Français sont liés à la présence d’étrangers sur le sol français ? Les électeurs ont répon­du non à 63%. Mais on peut aus­si se rap­pel­er qu’ils étaient 80% en 2002 et ça, ça fout un petit peu la trouille quand même »France Inter, 08/05/2017.

Ils l’ont dit

« Les électeurs du Front nation­al ne sont pas des gros cons con­traire­ment à ce qu’a dit une petite conne il y a quelques jours sur une autre radio pour faire le buzz et rem­plir ses salles de spec­ta­cle », Guy Car­li­er, Europe 1, 25 mars 2011.

« Vous ne me faites pas rire. Ça c’est le tra­vers des humoristes qui veu­lent faire croire qu’ils font rire en se ser­vant de petites phras­es qu’ils vont glan­er sur inter­net pour en faire un melt­ing pot et essay­er d’en sor­tir un por­trait qui n’est pas la réal­ité. Pop­u­laire ça ne veut pas dire vul­gaire », Nadine Mora­no à Sophia Aram, RTL, 4 jan­vi­er 2012.

« Si les bobos sont un peu sa cible, l’humoriste épin­gle surtout les “réacs” de retour sur les ondes, le Front nation­al, ou encore les inté­gristes religieux », Le Jour­nal du Creusot, 04/11/2016, au sujet de son dernier spec­ta­cle.

« Quand on pense à Sophia Aram, on pense à ses coups de gueule face à Marine Le Pen, etc. Il ne fal­lait donc pas tomber dans l’écueil d’une inter­view de Sophia Aram pour Sophia Aram et par Sophia Aram qui n’aurait par­lé qu’aux gens qui l’aiment bien », Jérémy Suyk­er, Slate, 06/09/2017.

Crédit pho­to : cap­ture d’écran vidéo France Inter via Youtube

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

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