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Sur YouTube, le village gaulois résiste encore !

6 janvier 2018

Temps de lecture : 5 minutes
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Sur YouTube, le village gaulois résiste encore !

Il n’aura échappé à aucun observateur que depuis plusieurs mois Twitter et Facebook « font le ménage », éradiquant des profils au nom de la « démocratie ». C’est sans doute pourquoi ce sont des profils considérés comme étant de droite et appartenant à la prétendue « fachosphère ». Un dernier village gaulois résiste-t-il encore sur YouTube ?

De la poli­tique mise en œuvre par les dieux des nou­velles reli­gions éthérées que sont Twit­ter et Face­book, poli­tique de net­toy­age idéologique, le dessi­na­teur Marsault est fig­ure de proue. Il n’est pas le seul, divers jour­nal­istes, édi­to­ri­al­istes ou écrivains caté­gorisés par­fois à « l’extrême droite » et mem­bres d’une pré­ten­due « fachos­phère » ont vu leurs pro­fils Face­book être sup­primés, et n’ont sou­vent plus la pos­si­bil­ité d’en recréer un. Face­book, mais aus­si Twit­ter, affir­mant agir au nom de la démoc­ra­tie. Dans ce brave new world la démoc­ra­tie est appelée à la rescousse de l’interdiction de s’exprimer. Car il s’agit ici de dél­its imag­i­naires d’opinion : la majorité des pro­fils sup­primés étant ceux de per­son­nes ou de groupes n’ayant pas été con­damnés par les tri­bunaux, on sup­prime donc en dehors de toute légal­ité les opin­ions qui dérangent. Qui sait sur quoi se base le con­trôle ain­si mis en place ? Sinon sur une vague nébuleuse d’opinions autre­fois qual­i­fiées de « camp du Bien » par Philippe Muray, en gros tout ce qui fait la pen­sée dom­i­nante et bien-pen­sante actuelle­ment majori­taire dans les médias français. Face à cela, la Gaule s’appelle-t-elle YouTube ? Petit tour de piste non exhaus­tif.

Sur YouTube, il y a la gauche

Les con­cep­tions du monde des médias majori­taires con­nais­sent un pro­longe­ment floris­sant sur YouTube, ne risquant guère pour leur part la cen­sure. Côté con­cep­tions de gauche, les plus con­nus ont été mis en avant par cer­tains médias tra­di­tion­nels, ain­si dans Les Échos en jan­vi­er 2017, ou bien font par­fois l’objet de très sérieuses analy­ses, comme ici. La gauche sur YouTube, cela peut pass­er par un média ambitieux, par­ti­san, et s’avançant sans masque, ain­si Le Média de Mélen­chon ou la chaîne Médi­a­part d’Usul. Dans les deux cas, l’action sur YouTube met en scène les idées de la frange dite rad­i­cale de la gauche. Moins libérale sur le plan économique, pleine­ment lib­er­taire sur le plan socié­tal. Avec de vraies dif­férences sans doute : il n’est pas encore cer­tain que la chaîne mélen­chon­iste se mon­tre aus­si com­plaisante avec l’islamisme rad­i­cal que Médi­a­part et Usul, les deux pra­ti­quant la chas­se à l’islamophobie. Cer­taines de ces chaînes classées à gauche manient mieux finesse et humour, parais­sent moins suiv­ies, mais ont des vidéos qui sont vues entre un et deux mil­lions de fois. C’est le cas par exem­ple de MrMon­di­al­i­sa­tion, dont l’influence sur les col­légiens et plus encore les lycéens est notable. Une frange de la pop­u­la­tion qui ne s’est sou­vent jamais infor­mée par le prisme des médias dits tra­di­tion­nels, et pour laque­lle YouTube est la prin­ci­pale source d’informations. En par­ti­c­uli­er sur le plan poli­tique. MrMon­di­al­i­sa­tion pro­pose ain­si des con­tenus sérieux et réfléchis sur des thé­ma­tiques liées à la mon­di­al­i­sa­tion, avec un angle de vue claire­ment à gauche, en même temps que des vidéos de type bande annonce de films, util­isant références ciné­matographiques et musi­cales en vogue chez les ado­les­cents et les jeunes adultes. Il en va ain­si de la vidéo inti­t­ulée Vous êtes l’évolution !, forte de plusieurs mil­lions de vues en ses divers­es ver­sions. MrMon­di­al­i­sa­tion est un col­lec­tif poli­tique ant­i­cap­i­tal­iste qui, depuis la gauche, pro­pose des con­tenus intel­li­gents et poils à grat­ter. Ce genre de con­tenu venus de l’autre bord, de la droite, existe aus­si. La dif­férence entre les deux, out­re une grande par­tie des idées, est que MrMon­di­al­i­sa­tion ne risque pas d’être cen­suré, ni par YouTube, ni par Face­book, ni par Twit­ter. Les autres, par con­tre…

Sur YouTube, il n’y a pas que la gauche

Pour l’instant du moins. Et pour com­bi­en de temps encore ? YouTube serait envahi par la « fachos­phère ». Le plus « inquié­tant » serait Rap­tor dis­si­dent, évo­qué plus avant. Per­son­ne, évidem­ment, ne con­sid­èr­erait que les chaînes évo­quées plus haut appar­tiendraient à une sorte de « gau­chos­phère » démoc­ra­tique­ment réd­hibitoire. C’est pourquoi cer­tains YouTubeurs claire­ment classés ailleurs qu’à gauche par les obser­va­teurs des médias offi­ciels pren­nent les clas­si­fi­ca­tions à rebrousse-poil, se moquant de ce dont ils peu­vent éventuelle­ment être accusés. Ain­si, J’Suis pas con­tent, dans sa vidéo « Dur dur d’être un con­spi ! » ou sa cri­tique amu­sante des fana­tiques de « l’identité de genre ». J’Suis pas con­tent est suivi par plus de 100 000 abon­nés. D’autres, comme Lapin Taquin ont actuelle­ment moins d’abonnés à leur chaîne (25 000) mais des vidéos vision­nées entre 50 et 100 000 fois, dont cer­taines con­sid­érées comme très drôles en leur acerbe cri­tique de la société con­tem­po­raine, ain­si « Les strêmegauch­es », ou près de 200 000 fois, comme « Le cas Théo ». On trou­vera un entre­tien avec le YouTubeur ici. Il y a aus­si Peno, Le Chat Patri­ote, le rappeur Kroc Blanc, dont la vidéo « Je vote FN » a été vue plus de 500 000 fois en trois ans, ou Valek. À l’image de celle de ce dernier, il n’est pas rare que leurs chaînes soient fer­mées par YouTube. Le Chat Patri­ote est plus directe­ment mil­i­tant avec des vidéos comme par exem­ple « Le FN un par­ti fas­ciste ? Non », vision­née 70 000 fois. On peut retrou­ver la plu­part de ces YouTubeurs lors d’une table ronde. Peno est lui aus­si plus directe­ment engagé sur le plan iden­ti­taire. Cette vidéo aidera à com­pren­dre pourquoi : « La fête du cochon ». Il s’agit de répon­dre à un reportage com­plète­ment ori­en­té de BFM, et Peno ne fait pas plus de pro­pa­gande finale­ment que led­it reportage. Activisme mod­erne et effi­cace, chaînes pop­u­laires, vidéos forte­ment vues… de quoi sus­citer la même inquié­tude pour YouTube que celle qui con­duit Face­book et Twit­ter à cen­sur­er ?

De l’inquiétude en médiacratie officielle

Francetv­in­fo, organe médi­a­tique d’État, rarement cri­tiqué dans les autres médias offi­ciels en tant qu’il serait un organe de pro­pa­gande, ce qu’il est pour­tant, échap­pant donc au soupçon qui pèse instan­ta­né­ment sur une chaîne comme RT France par exem­ple, s’inquiète assez du poids des YouTubeurs ne pen­sant pas comme il faut pour con­sacr­er un grand reportage à l’un d’entre eux, Rap­tor dis­si­dent, fin novem­bre 2017. La radio d’État se met­tait en réal­ité, comme sou­vent, dans les pas de la presse de gauche, Les Inrock­upt­ibles dans ce cas pré­cis. Le lecteur curieux retrou­vera l’intégralité de ce reportage ici. Sa chaîne YouTube est suiv­ie par un peu moins de 600 000 abon­nés, d’après Francetv­in­fo, et cer­taines de ses vidéos ont été vues plus de 1,3 mil­lions de fois et par­fois cen­surées. Rap­tor dis­si­dent ne s’engage pas directe­ment en faveur du Front Nation­al ni de Marine Le Pen, lesquels sont de son point de vue trop peu iden­ti­taires, et obtient de très gros suc­cès sur YouTube, réus­sis­sant même à se hiss­er par­mi les chaînes « ten­dance ». C’est pourquoi Francetv­in­fo s’est intéressé à lui. Le reportage, tout en neu­tral­ité et finesse jour­nal­is­tique, com­mence ain­si : « “Après six mois d’ef­forts intens­es pour écrire cette vidéo de merde, il est temps de mon­tr­er que le FN est en fait le pire enne­mi de l’ex­trême droite, et d’ex­pli­quer défini­tive­ment pourquoi les gauchistes sont des tar­louzes en plus d’être des cons.” Pub­liée dimanche 19 novem­bre sur YouTube, la vidéo titrée “Mali­ka LeP­en : Femme de Gauche” ne s’embarrasse pas de nuances. Insultes homo­phobes, dénon­ci­a­tion d’une pré­ten­due “migrantophilie” de l’élec­torat français… La vidéo enchaîne les pris­es de posi­tion au min­i­mum réac­tion­naires et les injures plus vul­gaires les unes que les autres. Pas de quoi empêch­er la séquence de se class­er durant plusieurs heures en qua­trième posi­tion des “ten­dances” de YouTube, et de flirter avec le mil­lion de vues 72 heures après sa mise en ligne. L’au­teur de cette vidéo s’ap­pelle Rap­tor Dis­si­dent. Dis­cret sur sa véri­ta­ble iden­tité – il n’a pas répon­du aux sol­lic­i­ta­tions de fran­ce­in­fo –, il s’est fait con­naître au début de l’été 2016 en s’en prenant à une vidéaste fémin­iste, qui a ensuite été vic­time d’une vio­lente cam­pagne de har­cèle­ment en ligne. ». Le reste du reportage va dans le même sens, visant à présen­ter le YouTubeur comme ayant toutes les sup­posées pires car­ac­téris­tiques de ce que les médias offi­ciels con­sid­èrent comme étant la droite extrême ; et aus­si comme étant un « chef de meute » qui serait respon­s­able de har­cèle­ments subis par des inter­nautes. Du fait de sa chaîne YouTube.

Si une chaîne éta­tique telle que Francetv­in­fo s’alarme ain­si de l’existence des YouTubeurs dits d’extrême droite, cela suf­fit à indi­quer l’influence que leurs chaînes peu­vent avoir sur la réal­ité poli­tique, en par­ti­c­uli­er vis-à-vis de la jeunesse. Est-ce pour cela que de façon « démoc­ra­tique » le nom­bre d’intervenants poli­tiques, non pour­suiv­is ou con­damnés, exp­ri­mant sim­ple­ment des idées autres que les idées dom­i­nantes se voient actuelle­ment et pro­gres­sive­ment mis à l’index des réseaux soci­aux et des espaces du net ?

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