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La chaîne d’information RT lancée en France en décembre, les médias du système s’inquiètent

7 avril 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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La chaîne d’information RT lancée en France en décembre, les médias du système s’inquiètent

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 6 novem­bre 2017

RT sera lancée en France en décembre et les médias du système rivalisent déjà d’injures et de sous-entendus pour tenter d’en contrecarrer les effets qui ajouteraient encore plus de crise dans la situation déjà pas reluisante de la presse française. Avertir les Fraudes, intimider les clients et se lier entre concurrents pour chasser le nouveau venu, ce qui fonctionne dans une guerre des boulangers à Rouillac peut aussi marcher dans les grands médias.

Elle « sent le souf­fre » pour La Tri­bune, est un « organe d’in­flu­ence » pour Macron – alors sim­ple can­di­dat à la prési­dence – un moyen de « manip­uler l’opin­ion » pour Les Inrocks qui y ont con­sacré un dossier titré « Pou­tine vous mate » – « cri­tiquée pour sa cou­ver­ture pro-russe de l’in­for­ma­tion » pour Ouest-France ou « out­il d’in­flu­ence russe » pour Le Monde, une chose est sûre, RT en France ne laisse per­son­ne indif­fèrent. On aura vu la presse française bien plus pru­dente avec les grandes oreilles de la NSA ou la CIA dont un ancien agent achète à tour de bras des médias dans les Balka­ns, région tou­jours stratégique où la Russie con­serve de forts appuis dans le peu­ple et où les médias sont néan­moins très suiv­is dans la société.

Financée à 100% par l’É­tat russe, « RT est soupçon­née, au même titre que l’a­gence de presse en ligne Sput­nik, d’être un instru­ment de pro­pa­gande et une source d’in­for­ma­tions men­songères (« fake news ») au ser­vice de la poli­tique de Vladimir Pou­tine », insin­ue La Tri­bune. Des accu­sa­tions qui ont un vieux fond puant qui laisse songeur : le même qui fleure bon l’ac­cu­sa­tion d’in­tel­li­gence avec l’é­tranger, la cinquième colonne, le Mac­carthysme.

Xenia Fedoro­va, qui dirige la chaîne après avoir géré l’a­gence de presse Rupt­ly – elle aus­si dépen­dante des médias offi­ciels russ­es – à Berlin répond aux accu­sa­tions : « Nous sommes une chaîne russe financée par l’É­tat, mais dans un groupe où les équipes sont inter­na­tionales et com­posées de peu de Russ­es. Notre mod­èle économique et notre con­cept ne sont pas telle­ment dif­férents celui de chaines d’in­for­ma­tion inter­na­tionales comme BBC News ou France 24. Notre objec­tif est de cou­vrir les actu­al­ités locales, régionales et inter­na­tionales qui touchent la France et le monde fran­coph­o­ne, tout en met­tant l’ac­cent sur les aspects trop sou­vent nég­ligés par nos con­frères. »

RT, basée à Boulogne va recruter 150 per­son­nes dont 50 jour­nal­istes et se cen­tr­er, comme les autres médias français, sur Paris. Pas de grands noms à pri­ori, si on exclut des rumeurs sur Zem­mour et Elk­a­b­bach. Elle veut cap­i­talis­er sur l’au­di­ence du site d’in­for­ma­tion, lancé depuis un an, qui a dou­blé depuis son lance­ment et qui est main­tenant très lu, notam­ment par les per­son­nes sym­pa­thisantes des par­tis de droite (UMP, FN, DLF, UDI etc…) et beau­coup de jeunes. La chaîne dif­fusera 24h/24 dont 10 heures de direct par jour et un jour­nal chaque heure. Le bud­get sera de 20 mil­lions d’eu­ros et la chaîne devrait aus­si être disponible sur les satel­lites Astra 19.2 et Eutel­sat 5W.

RT existe déjà en anglais depuis 2005, en arabe depuis 2007, en espag­nol depuis 2009 tan­dis que l’a­gence Rupt­ly a été lancée en 2013. Elle revendique 70 mil­lions de téléspec­ta­teurs dans 38 pays. Le développe­ment de RT s’est accom­pa­g­né d’une forte hos­til­ité des médias étab­lis et même de cer­tains gou­verne­ments (Let­tonie, Alle­magne, Roy­aume-Uni), de pres­sions envers les jour­nal­istes, les direc­tions, la dif­fu­sion de fauss­es infor­ma­tions dans la presse du sys­tème etc. dans un cadre qui relève d’une véri­ta­ble « guerre froide de l’in­for­ma­tion ».

Au sein de l’équipe française, Jérôme Bon­net, cofon­da­teur du jour­nal satyrique Zeli­um, sera le rédac­teur en chef adjoint en charge du dig­i­tal, Nadia de Mourz­itch, anci­enne direc­trice adjointe des mag­a­zines de TF1, gér­era les pro­grammes avec Jean-Mau­rice Poti­er, ex-présen­ta­teur de JT sur LCI, Vin­cent Fazekas, con­sul­tant, est nom­mé directeur du mar­ket­ing. Le comité d’éthique est com­posé de l’é­con­o­miste Jacques Sapir et de l’an­cien député Thier­ry Mar­i­ani, deux per­son­nal­ités con­nues pour leur engage­ment pro-russe. Hélène Car­rère d’En­causse s’est cepen­dant désistée.

La chaîne a obtenu un con­ven­tion­nement du CSA, bien obligé – rien dans ses règles ne lui per­me­t­tait de le refuser : « nous ne sommes pas dans la logique d’un appel à can­di­da­tures pour l’octroi d’une fréquence hertzi­enne mais dans le seul champ de la lib­erté de com­mu­ni­ca­tion », répondait Olivi­er Schrameck, son prési­dent, au Monde.

RT fait la critique radicale des médias du système

Loin de baiss­er les yeux, RT en France aggrave la jau­nisse des médias étab­lis en se livrant à une cri­tique rad­i­cale de ceux-là. Dans les Inrocks, Xenia Fedoro­va répond aux accu­sa­tions : « “Notre but est de don­ner aux audi­ences français­es des infos rapi­des, crédi­bles, et qui n’ap­por­tent pas un seul point de vue, qui présen­tent aus­si l’autre par­tie de l’his­toire (…) Offrir une per­spec­tive dif­férente en somme, et en dis­ant cela je ne par­le pas de ce que les médias nom­ment “le point de vue russe” : c’est totale­ment faux.” »

Elle dénonce sur son site le par­ti pris des médias du sys­tème envers RT : « depuis quelques mois, je suis le témoin priv­ilégié d’un phénomène que je n’aurais jamais cru pos­si­ble dans le pays de Voltaire […] la cam­pagne de dén­i­gre­ment per­ma­nent dont est vic­time RT France dont le lance­ment n’a même pas encore eu lieu ! ». Pour elle, « ces accu­sa­tions pour­raient aisé­ment être réfutées en à peine quelques min­utes de recherche, ce que tout jour­nal­iste digne de ce nom devrait faire avant pub­li­ca­tion. Pour­tant, dès lors qu’il est ques­tion de RT, il sem­ble que ces élé­men­taires véri­fi­ca­tions soient rarement, voire jamais effec­tuées, comme si les médias main­stream n’entendaient pas laiss­er les faits faire obsta­cle à leurs scé­nar­ios alarmistes pré-écrits ».

Elle dénonce le par­ti-pris des médias du sys­tème pour Macron, qui lui a refusé d’ac­créditer Sput­nik et RT au motif que ces médias seraient des « agents d’in­flu­ence » qui dif­fuseraient des con­tre-vérités à son égard… ou qui lui seraient opposés. Curieuse vision de la démoc­ra­tie. « Durant cette année d’élection prési­den­tielle, cette presse grand pub­lic, qui accuse RT de par­tial­ité, n’a pour l’essentiel pro­duit qu’une gigan­tesque et con­certée cam­pagne de pro­mo­tion pour le can­di­dat de son choix, répé­tant à l’envi les élé­ments de lan­gage forgés par ses équipes ».

Con­clu­sion logique : « les médias main­stream ont avant tout tourné le dos à leurs respon­s­abil­ités, cessé de faire leur tra­vail. Ironie du sort : ces médias qui aler­taient partout sur la néces­sité impérieuse de lut­ter con­tre les fake news en sont devenus les prin­ci­paux prop­a­ga­teurs ». Avec le lance­ment de RT en décem­bre, nom­bre de gens dans les rédac­tions du sys­tème vont pou­voir se faire des cheveux blancs. Le mono­pole de l’in­for­ma­tion, déjà ébréché par les médias de réin­for­ma­tion sur inter­net, est en train de s’ef­fon­dr­er. Comme en 1989, le Mur tombe. Mais plus à Berlin, à Paris.

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