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Valeurs Actuelles chez Sonia Devillers et France Inter

22 décembre 2019

Temps de lecture : 6 minutes
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Valeurs Actuelles chez Sonia Devillers et France Inter

Dans son émission de France Inter, L’Instant M, Sonia Devillers s’intéresse aux médias. Encensant ses amis idéologiques la plupart du temps, cassant du sucre sur les autres. Le mardi 17 décembre2019, surprise, la parole est à Valeurs Actuelles. Cela valait donc la peine d’écouter.

Sur­prenant ? Oui, a pri­ori. Plutôt dif­fi­cile d’y échap­per en réal­ité, l’hebdomadaire Valeurs Actuelles s’étant retrou­vé au cen­tre de la vie médi­a­tique depuis deux mois, entre son inter­view inat­ten­due d’Emmanuel Macron et les polémiques à pro­pos de Zem­mour, Quo­ti­di­en de Yann Barthès ou bien sa con­tre-offen­sive con­tre l’activisme mil­i­tant minori­taire des Sleep­ing Giants, ce dernier mou­ve­ment ne sem­blant pas inquiéter jusque-là des jour­nal­istes comme Sonia Dev­illers. Inviter Geof­froy Leje­une, directeur de la rédac­tion de Valeurs Actuelles, est en soi un pro­grès. L’émission L’Instant M n’ayant pas jusqu’alors fait preuve de beau­coup d’enthousiasme ni de tolérance à l’égard de qui pense autrement que le par­ti médi­a­tique.

Une accroche offensive

L’ouverture de l’émission ne cache pas la posi­tion de Sonia Dev­illers (le fameux et ancien « d’où par­les-tu, cama­rade ? ») : « Heb­do­madaire à la droite de la droite qui voudrait. Rassem­bler les droites alors qu’Emmanuel Macron ne cherche qu’une chose, les divis­er. Le prési­dent avale la droite, il en digère une par­tie et il en recrache une autre, la plus extrême, la plus réac­tion­naire, la plus iden­ti­taire, pour mieux l’affronter en duel à la prési­den­tielle ».

Le camp des méchants (auquel Valeurs Actuelles est sup­posé appartenir) est fixé : droite de la droite, extrême, réac­tion­naire, iden­ti­taire… Tous les mots dans un même panier, pas de mesure, peu de finesse.

Tout aus­si grave « Valeurs Actuelles se frotte les mains. Car il vise ce lec­torat-là, d’une droite non sol­u­ble dans la macronie ».

Il y donc le crime et le mobile. Quid du prin­ci­pal sus­pect ? Il est là : « Ques­tions à son très jeune directeur de la rédac­tion. Ami et zéla­teur d’Éric Zem­mour que le jour­nal aimerait telle­ment voir s’engager en poli­tique envers et con­tre une cer­taine « ter­reur médi­a­tique » que France Inter doit, prob­a­ble­ment avec d’autres, con­tribuer à faire régn­er ».

La jeunesse ? Elle ne sem­ble pas gên­er out­re mesure quand il s’agit d’aider à faire bat­tre Marine Le Pen par le plus jeune Macron. Quant à la ques­tion de la « ter­reur médi­a­tique », si France Inter com­mence à se ren­dre compte de son rôle dans la pro­mo­tion d’un car­can idéologique libéral lib­er­taire par les médias, c’est une fort bonne chose.

Des échanges faussement courtois

Autant atta­quer fort : « Les ventes sont moins fortes que fut un temps à Valeurs Actuelles, autour de 90 000 exem­plaires, c’était mon­té à 120 000 à la bonne époque ». Du négatif, pour com­mencer, qui sonne comme un reproche con­tre la poli­tique édi­to­ri­ale du mag­a­zine. Pas un mot pour met­tre en per­spec­tive, avec la chute des ventes de la presse en général, celle des heb­do­madaires ou quo­ti­di­ens qui pensent comme Sonia Dev­illers (Libéra­tion, L’Obs etc). Les mots sont pesés, la fig­ure ami­cale du dén­i­gre­ment.

Point de départ, les “géants endormis”

Les Sleep­ing Giants, quelques dizaines d’activistes anonymes, ce que la jour­nal­iste ne relève pas, qui pour­suiv­ent Valeurs Actuelles entre autres en pous­sant les annon­ceurs à retir­er leurs pub­lic­ités, sous peine d’être mis au ban de la société pour avoir « cau­tion­né » des valeurs dites d’extrême droite, selon ces activistes. N’importe qui devrait évidem­ment dénon­cer ces méth­odes de déla­tion, peut-être appris­es par grand-papa à l’époque gestapiste et trans­mis­es à l’un ou l’autre des reje­tons for­mant les Sleep­ing Giants. Geof­froy Leje­une répond sur la ques­tion du débat : la « ligne de con­duite de mag­a­zine est le débat ». Dev­illers insiste : « Ce n’est pas tout à fait vrai, là ils dis­ent que vous véhiculez des dis­cours de haine ». On sent qu’elle le pense aus­si. Réponse : « Qui sont-ils pour dire cela ? Ils sont anonymes, ils ont des méth­odes d’intimidation, de har­cèle­ment sur le net vis-à-vis de nos annon­ceurs. Au lieu de venir débat­tre, moi je suis d’accord avec cela, qu’ils vien­nent dis­cuter, au lieu de cela ils essaient de nous asséch­er finan­cière­ment ».

Gentils annonceurs contre vilains annonceurs

Sonia Dev­illers sent qu’elle a mal mesuré l’argumentaire de Geof­froy Leje­une et son posi­tion­nement en faveur du débat : « C’est pourquoi je suis heureux d’être là, bien que nous ne soyons pas sou­vent sur la même ligne ». Réponse : « ah non… ». Arroseur arrosée, elle est cen­sée représen­ter avec France Inter la garantie d’un débat hon­nête, Sonia Dev­illers d’en prend à un tweet de Valeurs Actuelles qui félicite les annon­ceurs n’ayant pas retiré leur pub, mimant ne pas com­pren­dre : « Cela sig­ni­fie qu’ils adhèrent à vos idées, n’est-ce pas ? ». Réponse : « Non, non, non, nous les félici­tons de ne pas céder au chan­tage ».

Sleep­ing Giants a fait pres­sion pour que CNews et Paris Pre­mière retirent leurs annonces sur le site de Valeurs Actuelles. Vient ensuite la séquence bobo de gauche « sym­pa pas sym­pa ». VA serait sym­pa avec les « min­istres qui vous accor­dent des inter­views », elle voudrait que cela cogne alors que Leje­une insiste sur la notion plu­ral­iste. Ce qui en ressort ? Sonia Dev­illers ne com­prend pas la néces­sité du débat, l’auditeur en est presque baba. Elle s’exalte à pro­pos de l’interview d’Emmanuel Macron : « On dirait que vous bichez comme c’est pas pos­si­ble, tout y est, le jus de tomate, etc, vous n’en pou­vez plus d’être à la table du pou­voir. Tout ça pour dégoulin­er de plaisir d’être à la table du pou­voir dans l’avion prési­den­tiel ? ». Réponse : « Je vais vous dire, Sonia Dev­illers, demain vous inter­viewez Emmanuel Macron pen­dant trois quarts d’heure en tête à tête, vous n’êtes pas con­tente en vrai ? C’est quand même un truc impor­tant dans ce méti­er. En plus, ce n’est pas moi qui l’ait fait, c’est un de mes cama­rades, Louis de Raguenel, qui a obtenu cette inter­view tout seul comme un grand ». Il explique ensuite pourquoi l’article autour de l’entretien donne beau­coup de détails : c’est une oblig­a­tion. « Quand c’est nous, on est tou­jours sus­pec­tés d’arrières pen­sées mal­saines » : la loi des sus­pects règne tou­jours en France. Incidem­ment, on apprend un secret d’alcôve : que Lau­rent Jof­frin, lequel a offi­cié partout avant d’être le chef de Libéra­tion, a une longue ami­tié avec François Hol­lande, avec lequel il fait des bar­be­cues l’été. Comme quoi, les rumeurs sur les con­nivences…

Retour à Zemmour

Arrivée en scène de Mar­i­on Maréchal. « Un deal qui fait rêver, l’entrée en poli­tique de Zem­mour ». Réponse : « En fait, cela ne me fait pas rêver, on m’attribue cela car j’ai écrit un bouquin il y a quelques années met­tant en scène en mode fic­tion, racon­tant cela… ». Le jour­nal­iste rédac­teur du papi­er que vous lisez ne peut mas­quer sa sur­prise de voir Sonia Dev­illers être piégée là-dessus : Geof­froy Leje­une a en effet pub­lié sur le sujet un roman, une fic­tion poli­tique. Elle se cache un peu, « j’ai lu vos papiers », et passe à autre chose, Leje­une ayant la sym­pa­thie de ne pas l’accabler. Pourquoi Zem­mour ? C’est l’intellectuel qui est sur le devant de la scène et « c’est donc un sujet ». Dev­illers préfère par­ler d’« aubaine ». Séman­tique néga­tive, tou­jours.

Terreur médiatique, approche du point Godwin

Dev­illers en vient là où elle veut aller : de quelle « ter­reur médi­a­tique est-il vic­time ? ». La jour­nal­iste insiste : il serait très favorisé, partout. Leje­une : « Vous ne pou­vez pas racon­ter que cela, chroniqueur, viré, tri­bunal tous les six mois pour des dél­its d’opinion… ». Pour lui il s’agit de « le faire taire ». Il aimerait que l’on arrive à le con­tredire sur le fond. Leje­une : « C’est le Mohamed Ali de la presse ». Sur­saut de Sonia Dev­illers : « Mohamed Ali de la presse ? On aura tout enten­du. » Elle a rai­son, sa ques­tion suiv­ante, incroy­able le prou­ve : « Valeurs Actuelles est-il un média anti­sémite ? Je vous pose la ques­tion vrai­ment très sérieuse­ment car pour le coup là c’est pas drôle du tout (avant c’était drôle ?) : Ben­jamin Sto­ra, his­to­rien offi­ciel… on peut citer cette phrase qui a fait débat, « l’homme n’a pas seule­ment fait débat, il a gon­flé au risque d’exploser de cette mau­vaise graisse ayant prospéré à mesure que s’élevait son statut social ». Tri­bune de 250 intel­lectuels choqués. Leje­une ? Nous ne sommes pas anti­sémites, on nous fait même le reproche inverse, d’être alignés sur les posi­tions d’Israël. Con­cer­nant ce papi­er, « ce qui me gêne c’est l’attaque con­tre le physique. Je n’aurais pas dû laiss­er pass­er ». Mea cul­pa. L’accusation se pro­longe : la Une sur Soros ? Leje­une : « On doit pou­voir cri­ti­quer Soros sans être accusés d’antisémitisme. Vous lisez Valeurs Actuelles apparem­ment, lisez-le jeu­di prochain, vous ver­rez des cri­tiques con­tre Mélen­chon, c’est cela Valeurs Actuelles en réal­ité ».

Au bout de l’émission ? Grand sourire de Sonia Dev­illers. Elle a tout placé : droite de la droite, Zem­mour, Mar­i­on Maréchal, Extrême droite, anti­sémitisme, haine… Elle a con­va­in­cu ceux qui l’étaient déjà sans doute. Au total, la stratégie anti Valeurs Actuelles menée lors de cette émis­sion sem­ble un échec. La bonne vieille dia­boli­sa­tion de qui pense autrement ne fonc­tionne plus. Para­doxale­ment, le con­flit de généra­tion appa­raît alors dans toute sa réal­ité : le vieux monde, c’est celui de Sonia Dev­illers et de France Inter ; les logi­ciels d’hier se font démod­er par les jeunes pouss­es.

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