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Une virée dans le BoxSons de Pascale Clark

12 août 2017

Temps de lecture : 5 minutes
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Une virée dans le BoxSons de Pascale Clark

[Red­if­fu­sions esti­vales 2017 – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 13/05/2017]

Pascale Clark tombe les masques et la plume. L’heure est à BoxSons, « le nouveau média sonore ». Ce média présente deux particularités : il se veut novateur en ne proposant que des podcasts et il n’est que bobo libéral libertaire (mais ouvert à qui veut ou peut payer, comme tout boxon).

Mil­i­tan­tisme oblige, Pas­cale Clark et son asso­ciée Can­dice Mar­chal ont mis en ligne leur plate­forme de pod­cast le 18 avril 2017. Prési­den­tielles oblig­ent. « Nous obser­vons un frémisse­ment autour du son. Avec ce site, nous voulions combler une frus­tra­tion par rap­port à ce que nous pou­vons enten­dre. Ain­si, nous souhaitons sor­tir des stu­dios pour aller chercher du son sur le ter­rain », explique Pas­cale Clark au Monde le 16 avril 2017. Et comme l’amitié c’est impor­tant, France Inter n’a pas man­qué d’assurer la pro­mo­tion de son anci­enne ani­ma­trice, ain­si dans L’humeur vagabonde du dimanche 30 avril 2017. La par­tic­u­lar­ité de Box­Sons est de pro­pos­er des reportages audio sou­vent dif­fusés en plusieurs épisodes (rubrique « Mémoires vives », « Nos his­toires »…). D’après Le Monde, « La plate-forme veut priv­ilégi­er des réc­its qui don­nent une dimen­sion par­ti­c­ulière à l’actualité. Tel celui de Sami qui, “pour vivre libre”, a quit­té son pays, l’Erythrée, pour se ren­dre au Roy­aume-Uni (dix­it Can­dice Mar­chal) ».

Des migrants et des ploucs

Des bons et des méchants. Les bons, ce sont les migrants. Les méchants, les ploucs. On les recon­naît facile­ment : ils vivent dans la France périphérique et ils votent FN. C’est ain­si dans la rubrique « Hautes fréquences », avec ses items « Exils » et « Vis­ages de cam­pagne ». Le pre­mier item pro­pose des pod­casts sur les mal­heurs des migrants, le deux­ième sur les plaintes des ploucs. On retrou­vera le reportage évo­qué par Can­dice Mar­chal, signé Marie Monier et inti­t­ulé « De Calais vers l’Angleterre, des sil­hou­ettes, des camions ». Présen­té ain­si : « Embour­bé plusieurs mois dans une tente à Calais, pas une nuit sans que Sami n’ait ten­té sa chance. Jusqu’à rejoin­dre l’Eldorado, après bien des périls ». 5 épisodes prévus. Le pre­mier : « Sami a fui l’Ery­thrée pour sauver sa vie. Un désert, une mer, Calais, l’Angleterre. Son par­cours à rebours. 1ère étape : Leeds, l’asile poli­tique est arrivé par la poste ». Début du reportage. La voix de Sami en anglais, puis la jour­nal­iste. « J’ai ren­con­tré un migrant. Aujourd’hui, je l’appelle frère ». Marie Monier avoue ignor­er « au départ » où se trou­ve l’Erythrée. Sami n’est pas un migrant, Sami est « un réfugié » poli­tique selon Marie Monier. Elle est allée dans la jun­gle de Calais en 2014 et la ren­con­tre a eu lieu dans une tente : « Je n’ai plus jamais quit­té la jun­gle, ni dans ma tête ni dans mon cœur ». Sami est passé en Angleterre.

La jour­nal­iste le retrou­ve à Leeds. Descrip­tion de la ville : « La mis­ère. Elle creuse son sil­lon sur les vis­ages dans les rues de la ville dès 8 heures du matin. Sami me guide, entre les fan­tômes shootés au crack ou à l’héroïne, les ados sur maquil­lées ». Ample­ment de quoi s’interroger sur les raisons du vote pour le Brex­it, sans doute Marie Monier y a‑t-elle pen­sé en vue d’un futur pod­cast. Sami habite dans une mai­son coincée entre un Fish & Chips et une morgue, cela ne s’invente pas. « Un loge­ment mis à dis­po­si­tion gra­tu­ite­ment par le Home office ». Ils sont 9 sous ce toit. Ils n’ont pas encore le statut légal de réfugié. « Aucune lampe ne fonc­tionne. Pourquoi per­son­ne n’est venu les répar­er ? ». Sami, lui, vient juste d’obtenir les papiers don­nant le statut de réfugié. La jour­nal­iste explose de joie « Pas de papiers, pas de tra­vail ». Per­mis de séjour val­able 5 ans. Jusque-là, « son seul revenu c’est une allo­ca­tion heb­do­madaire de 36 livres, env­i­ron 52 € ». Avec des papiers, Sami va pou­voir tra­vailler. Pour l’heure, il joue au foot deux fois par semaine. « Il y a des iraniens, des irakiens, des soudanais, des éry­thréens, des anglais, tous sous le même dos­sard jusqu’à la fin du match ». En soirée, Sami : « Tu sais ici c’est une petite ville, les gens pensent que tous les gens noirs sont mau­vais. Moi je respecte les gens, peu importe leur couleur de peau. Ils ne peu­vent pas nous juger par rap­port à notre couleur de peau ». Il ne com­prend pas pourquoi les habi­tants de Leeds ne l’interrogent pas au sujet de son passé. « Ils me trait­ent de putain d’immigré ». Fin du reportage, épisode 1.

Les ploucs, ça vote FN et ça menace la liberté de la presse : Hénin Beaumont

Con­cer­nant les méchants qui votent FN, la page Face­book de Box­Sons annonce la couleur quand elle ori­ente vers un reportage inti­t­ulé « Voix con­tre Front » : « S’il fal­lait encore être con­va­in­cus sur l’at­ti­tude à adopter dimanche 7 mai… Laisse tes oreilles te guider avec ce reportage ». Inti­t­ulé du pod­cast : « Enquête à Hénin Beau­mont où la munic­i­pal­ité FN mène une guéril­la intense con­tre la locale de la Voix du Nord. Un niveau de caniveau extrême ». La voix ? Mar­tin Bodrero. Le ton ? On dirait aus­si Pas­cale Clark. Avec l’élection de Steeve Briois comme maire d’Hénin Beau­mont, au pre­mier tour, « voici la ville replacée sur la carte de France lab­o­ra­toire local des méth­odes FN ». Le reportage s’oriente directe­ment vers le jour­nal La Voix du Nord, 210 000 exem­plaires ven­dus chaque jour, auquel l’Ojim a déjà con­sacré de nom­breux arti­cles voir https://www.ojim.fr/le-groupe-la-voix-du-nord-un-organe-de-presse-militant/.Ren­con­tre avec 4 jour­nal­istes. « Cela fait deux ans que le FN est instal­lé », dit le reporter de Box­Sons, « et côté rela­tions c’est pas com­pliqué, c’est pire ». Témoignages à charge : « On nous con­sid­ère comme des mil­i­tants poli­tiques et non pas comme des jour­nal­istes ». Il est vrai que La Voix du Nord s’est claire­ment engagé con­tre le FN, bien que les témoins aient « l’impression de traiter » équitable­ment le FN. Comme avec la Une juste avant les élec­tions régionales par exem­ple : « Pourquoi la vic­toire du FN nous inquiète ». Les jour­nal­istes s’étonnent que leurs arti­cles entraî­nent des « droits de réponse » du maire. « Est-ce une volon­té de nous intimider ? » On ne se demande pas si ces répons­es sys­té­ma­tiques ne proviendraient pas d’un par­ti pris tout aus­si sys­té­ma­tique. Har­cèle­ment dis­ent-ils. « Si un d’entre nous avait été frag­ile dans ces moments là, ça aurait pu être dra­ma­tique ». Près de la mairie : « Lorsque j’évoque le con­flit entre La Voix du Nord et l’équipe munic­i­pale, c’est un tout autre son de cloche qui résonne. Une petite musique sou­vent jouée par les mil­i­tants du FN : celle de la vic­tim­i­sa­tion ». Ren­con­tre avec Bruno Bild, adjoint au maire. Ques­tion : « C’est quoi le prob­lème avec La Voix du Nord ». Réponse : « Le prob­lème, c’est qu’ils n’agissent pas avec nous en jour­nal­istes mais en mil­i­tants poli­tiques. Le point de rup­ture a été les élec­tions régionales où La Voix du Nord a fait (…) des enquêtes entière­ment à charge ». Puis, « à par­tir du moment où ils ont appelé à nous faire bat­tre, nous avons coupé toute rela­tion » (…) « À par­tir du moment où ils ont don­né une con­signe de vote, pour moi ils ont arraché leur carte de jour­nal­iste ». Inter­ven­tion d’un autre élu munic­i­pal : « Cette lib­erté de ton que revendique La Voix du Nord, nous on la revendique aus­si ». Bruno Bild : « Il y a main­tenant une plu­ral­ité d’informations. Il y a ce que La Voix du Nord écrit, il y a ce que les réseaux soci­aux dif­fusent. L’information est mul­ti­ple… Lorsque l’on est jour­nal­iste pro­fes­sion­nel, on devrait être soumis à une rigueur intel­lectuelle autre qu’un sim­ple blog ». Ren­con­tre suiv­ante, le respon­s­able d’une radio asso­cia­tive : « Aujourd’hui, se promen­er à Hénin Beau­mont avec un micro c’est tout de suite com­pliqué. Les gens où ne par­lent pas où en prof­i­tent, vont dans la provo­ca­tion ». Mar­tin Bodrero con­firme : se prom­enant dans la ville, les habi­tants ne lui par­leraient pas. Retour du respon­s­able de la radio : « La Voix du Nord a écrit ce que nous on braille en per­ma­nence dans le tran­sis­tor, pourquoi l’élection de Marine Le Pen nous fait peur. La Une était courageuse, les pro­pos ont été objec­tifs ». Puis : « Il s’est pro­duit ici quelque chose qu’on a sen­ti venir nous, qui n’était pas un vote de protes­ta­tion, qui était un vote d’adhésion ».

Box­Sons va égale­ment ten­ter de créer de nou­veaux for­mats comme le mod­ule d’endormissement spé­ciale­ment conçu pour trou­ver le som­meil. « J’ai demandé aus­si à ce que l’on com­pose un morceau pour déclencher la joie », s’amuse Pas­cale Clark dans Le Monde. Ce n’est pas gag­né…

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