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Gaffe aux GAFA ! Qui dirige notre « meilleur des mondes » ?

2 mars 2017

Temps de lecture : 4 minutes

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Gaffe aux GAFA ! Qui dirige notre « meilleur des mondes » ?

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Gaffe aux GAFA ! Qui dirige notre « meilleur des mondes » ?

2 mars 2017

« GAFA ». Pas une journée ne passe sans que cette expression soit prononcée ou que les candidats à la présidentielle n’annoncent des dispositions programmatiques à son sujet. Google, Apple, Facebook, Amazon. Quatre multinationales américaines du numérique et de l’internet qui développent une mainmise exponentielle sur notre quotidien. Un pouvoir exorbitant des « GAFA » sur nos existences ? Mythe ou réalité ?

Le 26 jan­vi­er 2017, le min­istre des Affaires étrangères du Dane­mark annonce que son pays va établir un ambas­sadeur auprès des « GAFA », érigeant ain­si les géants économiques du numérique et de l’internet au rang de puis­sances poli­tiques ayant voix au chapitre diplo­ma­tique. Le mot « ambas­sadeur » est à pren­dre en son sens tech­nique et non pas sym­bol­ique : le Dane­mark va entretenir avec les « GAFA » des rela­tions diplo­ma­tiques du même ordre que celles qu’il établit avec tout État ou puis­sance con­sti­tuée. L’ambassadeur danois auprès de Google, Apple, Face­book et Ama­zon doit être instal­lé dans la Sil­i­con Val­ley afin de représen­ter les intérêts danois auprès des qua­tre grandes multinationales.

« Tout communique»

« Tout com­mu­nique» s’exclamait en 1950 la maîtresse de mai­son du film de Jacques Tati Mon Oncle. Pour­tant, la révo­lu­tion numérique com­mençait à peine. Aujourd’hui, le monde et les humains sont reliés : tout être, toute chose et tout lieu sont virtuelle­ment inter­con­nec­tés. L’essayiste Éric Sadin a pu par­ler d’une « inter­con­nex­ion inté­grale » à ce pro­pos (L’humanité aug­men­tée. L’administration numérique du monde, édi­tions L’Échappée, 2013) comme l’on par­le d’une « écolo­gie inté­grale » ou d’un « human­isme inté­gral ». Le titre de cet essai incisif résume les pro­pos de l’ancien PDG de Google, Éric Schmidt : « Ce que nous essayons de faire, c’est de con­stru­ire une human­ité aug­men­tée, nous con­stru­isons des machines pour aider les indi­vidus à mieux faire les choses qu’ils n’’arrivent pas à bien faire eux-mêmes ». En effet, les « GAFA » affir­ment tra­vailler au bien-être général en détachant cha­cun de nous de préoc­cu­pa­tions que des algo­rithmes gèrent à notre place. Aus­si bien ou mieux que nous. Comme décider de nos goûts, de nos achats, prévenir nos besoins, ori­en­ter nos votes, décider de nos lec­tures. La puis­sance économique et poli­tique des « GAFA » se déploie déjà dans tous ces domaines. Face­book aurait ain­si influ­encé les élec­tions prési­den­tielles aux États-Unis tan­dis que des ban­nières pub­lic­i­taires envahissent nos écrans, déter­mi­nant nos com­porte­ments économiques et psy­chologiques. Dès lors, la math­é­ma­ti­sa­tion numérique du monde deviendrait math­é­ma­ti­sa­tion de notre existence.

La tyrannie douce est elle déjà un fait?

Le chiffre d’affaires cumulé des « GAFA » est du niveau du PIB d’un pays moyen comme le Dane­mark. Si l’on ajoute les autres élé­ments de leur puis­sance finan­cière, ce sont des géants économiques à même de rivalis­er avec les prin­ci­pales nations du monde. Pour la pre­mière fois, un ensem­ble est recon­nu poli­tique­ment en tant qu’entité con­sti­tuée sur la seule base de sa puis­sance économique. Dès l’instant que de telles puis­sances économiques, cul­turelles et main­tenant poli­tiques inter­agis­sent avec l’ensemble de notre exis­tence, il est légitime de s’interroger quant au risque que cela induit : la « tyran­nie douce » autre­fois évo­quée par Toc­queville ne se déploie-t-elle pas sous nos yeux ? L’inquiétude a été exprimée par Marc Rameaux, essay­iste et directeur de pro­jet dans une grande entre­prise indus­trielle, dans une tri­bune parue dans Le Figaro. Car, les « GAFA » con­trôlant l’information numérique con­trô­lent de fait le com­porte­ment des citoyens. Par la numéri­sa­tion des don­nées, les qua­tre géants ori­en­tent les atti­tudes futures. Selon le min­istre des Affaires Étrangères danois, ce sont de « nou­veaux États ». Nou­veaux, au sens où ils sont récents. Mais aus­si au sens d’États d’un genre nou­veau. Des puis­sances poli­tiques transna­tionales déter­mi­nant le futur de « l’humanité aug­men­tée » dans son ensem­ble en choi­sis­sant ou non de dévelop­per des pro­grammes de type Big Data, recherch­es dans le domaine du tran­shu­man­isme ou encore Intel­li­gence Artificielle.

L’intelligence artificielle comme outil de censure

Le Monde daté du 22 févri­er 2017 évoque la prob­lé­ma­tique de l’intelligence arti­fi­cielle : « Les mes­sages agres­sifs et haineux pul­lu­lent en ligne, et pol­lu­ent, entre autres, les fils de com­men­taires de nom­breux sites. Jig­saw, une organ­i­sa­tion appar­tenant à Google et dont le but affiché est “de ren­dre le monde plus sûr grâce aux tech­nolo­gies”, devait annon­cer, jeu­di 23 févri­er, la mise à dis­po­si­tion de tous, en open source, d’une tech­nolo­gie cen­sée aider à assainir les fils de dis­cus­sion ». Il s’agit d’une Intel­li­gence Arti­fi­cielle bap­tisée « Per­spec­tive » capa­ble d’évaluer la tox­i­c­ité d’un com­men­taire sur le fil d’un média. Per­spec­tive a été testée sur le site du New York Times. Plus rapi­de, plus effi­cace et moins chère qu’une équipe d’humains affec­tée à une tache iden­tique, « Per­spec­tive » sem­ble vouée à un bel avenir dans les salles de rédac­tion. Les « GAFA » déci­dant ain­si de ce qui est ou non licite dans le domaine du com­men­taire d’un arti­cle de presse. « Per­spec­tive » a toutes les par­tic­u­lar­ités des IA dernier cri : elle évolue et s’adapte de façon autonome à son envi­ron­nement. Cet out­il est ain­si capa­ble de s’auto-améliorer. L’objectif est de « créer des envi­ron­nements plus sains », selon le fon­da­teur de Jig­saw. Le Monde con­clut : « Out­re le New York Times, plusieurs médias comme le Guardian ou The Econ­o­mist se sont mon­trés intéressés. Pour l’instant, la tech­nolo­gie fonc­tionne en anglais, mais sera bien­tôt acces­si­ble dans d’autres langues ». Com­ment expli­quer que des médias, par nature garants de la lib­erté d’expression et d’opinion, favorisent de tels pro­grammes ? Le seuil entre l’humain tel que nous le con­nais­sions et le nou­v­el homme équipé de lunettes Google est en passe d’être franchi. Qui a décidé de ces choix anthro­pologiques ? Qui sont les chefs de ces nou­veaux États ? Qui en prof­ite ? De prime abord notre petit doigt nous dit que ce ne sont pas les peu­ples, eux des­tinés au formatage….

Voir notre dossier : Decodex, Le Monde financé par Google, l’effet boomerang

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