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[Dossier] Une semaine dans le monde de Nicolas Demorand et de France Inter

10 août 2017

Temps de lecture : 5 minutes
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[Dossier] Une semaine dans le monde de Nicolas Demorand et de France Inter

[Red­if­fu­sions esti­vales 2017 – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 20/04/2017]

Journaliste polyvalent, Nicolas Demorand est très présent sur les ondes. Sur France Inter, il présente 4 fois par semaine une émission consacrée à la politique internationale : Un jour dans le monde. Le « pitch » : « Des guerres anciennes aux conflits sporadiques, de la culture mondiale à la culture plus locale… Pour mieux comprendre un monde de plus en plus riche et incertain ». L’émission est-elle moins creuse que son accroche ? Décryptage avec cette enquête menée du 10 au 13 avril 2017.

Un Nicolas Demorand égal à lui-même

Elle est en tout cas à l’image de son ani­ma­teur : poli­tisée et mil­i­tante. Avec Nico­las Demor­and, le monde se réduit à quelques obses­sions. Ce n’est pas nou­veau. Ani­ma­teur ayant lancé C Poli­tique sur France 5, offi­cié lors des mati­nales de France Inter, du 18/20 d’Europe 1 ou de celui d’I‑Télé, à la tête de la rédac­tion de Libéra­tion, Demor­and est revenu sur France Inter et France Info depuis 2014. Il n’avance pas masqué : cha­cun con­naît ses engage­ments libéraux lib­er­taires ten­dance PS. Cela se retrou­ve naturelle­ment dans les axes de pen­sée de l’émission Un jour dans le monde.

Nicolas Demorand est antipopuliste donc Un jour dans le monde est antipopuliste

La ques­tion de la mon­tée du « pop­ulisme » agite Nico­las Demor­and. À ses yeux, le con­cept recou­vre celui d’extrême-droite. Lun­di 10 avril 2017, Un jour dans le monde est con­sacré à La prési­den­tielle française sous l’œil des médias étrangers. La parole est don­née à des jour­nal­istes représen­tant les États-Unis, l’Allemagne, les pays Scan­di­naves et la Grèce. Les élec­tions prési­den­tielles sont « une tragi­comédie » dont l’issue incer­taine « men­ace la démoc­ra­tie dans les pays de l’Union Européenne ». 5 per­son­nes dans le stu­dio, un mode de pen­sée unique. Le jour­nal­iste alle­mand exprime sa « grande peur de l’élection de Marine Le Pen ». Ques­tion de Nico­las Demor­and : « Vous vous dîtes si la France tombe on sera le prochain domi­no ? ». Réponse : « Les effets seraient dévas­ta­teurs pour l’Europe ». La con­ver­sa­tion se fait entre jour­nal­istes, pas entre hommes poli­tiques. Cette ques­tion du pop­ulisme revient dès le mar­di 11 avril au cours d’une émis­sion de cri­tique du Brex­it sur le thème Quel avenir pour l’Union Européenne ? L’invité est Pierre Moscovi­ci, com­mis­saire européen : « Il y a eu beau­coup de promess­es qui ont été faites aux électeurs bri­tan­niques, qu’ils allaient pay­er moins, recou­vr­er leur sou­veraineté et garder tous les avan­tages de l’appartenance à l’Union Européenne ». Inter­rup­tion de Nico­las Demor­and : « Sans les incon­vénients ». Petite con­ver­sa­tion entre amis : « On ne peut pas avoir le meilleur des deux mon­des », tranche Moscovi­ci. Salu­ons l’honnêteté de ce dernier quand il recon­naît que la vie poli­tique oppose main­tenant deux mon­des, ten­ants et opposants de la mon­di­al­i­sa­tion, et que l’Union Européenne con­siste en une perte de la sou­veraineté pour les peu­ples con­cernés. Moscovi­ci explique ensuite : les négo­ci­a­tions du Brex­it devront remet­tre les bri­tan­niques à leur place (« Ils ne font plus par­tie du club ») et l’UE doit d’abord « penser à ses citoyens ». Le Com­mis­saire Européen prône ain­si la préférence com­mu­nau­taire, copie de la préférence nationale, à plusieurs repris­es au cours de l’émission. Vient alors la cam­pagne prési­den­tielle. Moscovi­ci : cam­pagne con­fuse, on « ne par­le pas assez d’Europe alors que c’est le sujet. Est-ce que nous sommes une société ouverte, est-ce que nous sommes une économie ouverte, est-ce que nous con­tin­uons à coopér­er avec les autres ? ». Nico­las Demor­and ne demande pas si le chô­mage ou l’insécurité cul­turelle jouent un rôle plus impor­tant mais engage Moscovi­ci à pour­suiv­re : « C’est inquié­tant car beau­coup regar­dent la mon­tée de Marine Le Pen, je dois quand même pronon­cer son nom, la sor­tie de l’Europe qu’elle pro­pose, le Frex­it, ou la sor­tie de l’euro qui est son pro­gramme qui, pour moi, est un pro­gramme déli­rant, mor­tel pour l’Europe, faire l’Europe sans la France c’est une rai­son d’être qui s’en va, et qui est dan­gereux pour la France et ses couch­es pop­u­laires ». Un dis­cours qui rap­pelle ceux tenus avant le Brex­it par nom­bre d’hommes poli­tiques, dis­cours que Moscovi­ci vient de con­tre­car­rer au sujet de ce même Brex­it en expli­quant que l’UE et le Roy­aume-Uni trou­veraient un accord de coopéra­tion « béné­fique » pour les deux par­ties. Alors, l’exit ? Cat­a­stro­phe ou pas ? Avant, la réponse est oui. Après, la réponse est non. Moscovi­ci déclare que Marine Le Pen a une « volon­té destruc­trice » pour clore le sujet.

Nicolas Demorand n’aime pas l’autorité donc Un jour dans le monde n’aime pas les hommes politiques jugés autoritaires

Dès lun­di, entrée en scène de Don­ald Trump avec la chronique « Trump à la Mai­son Blanche ». Le prési­dent améri­cain vient de « mon­tr­er les mus­cles » en bom­bar­dant la Syrie. On écoute une déc­la­ra­tion d’Hillary Clin­ton au sujet du gou­verne­ment améri­cain : « Ils ne pour­ront pas dire que nous voulons pro­téger les bébés syriens et en même temps leur fer­mer les portes de l’Amérique ». Nico­las Demor­and acqui­esce d’un « hum » audi­ble à l’antenne. Puis il pré­cise : « Les Russ­es rede­vi­en­nent des enne­mis comme au bon vieux temps ». Dans son édi­to de fin d’émission, Vin­cent Giret, aus­si jour­nal­iste au Monde et sur France Info, évoque l’attentat qui vient de frap­per la com­mu­nauté Copte d’Égypte. « Dif­férents acteurs ont une respon­s­abil­ité par­ti­c­ulière » : le maréchal al-Sis­si car « il dirige l’Égypte d’une main de fer après avoir ren­ver­sé dans le sang les Frères Musul­mans » et « les autorités de l’Islam Sun­nite ». Les 2 « doivent dire qu’ils défend­ent une Égypte mul­ti­cul­turelle ». Pas de doute : les ten­sions dis­paraîtront alors. L’obsession anti­au­tori­taire revient dans les dif­férentes émis­sions de la semaine, au fil des chroniques. Ain­si, Olivi­er Pou­jade donne la parole à un témoin le mer­cre­di 12 avril 2017, dans l’émission con­sacrée à L’OTAN en cam­pagne élec­torale : der­rière Erdo­gan, « il y a des grou­pus­cules fas­cistes ». Le par­ti de Erdo­gan est « dis­crim­i­na­toire, vio­lent envers les femmes ». Sur le même sujet, le jeu­di 13 avril 2017, c’est Human Right Watch qui dénonce le prési­dent turc. Le mot Islam n’est pas pronon­cé.

Demorand est un peu anticapitaliste donc Un jour dans le monde est un peu anticapitaliste

Jeu­di 13 avril 2017, titre de l’émission : Un repen­ti de la finance nous par­le. Lord Turn­er, « ancien gen­darme financier bri­tan­nique », a pris ses fonc­tions 4 jours avant la fail­lite de Lehman Broth­ers : « Nous étions con­scients qu’il ne fal­lait pas refaire les mêmes erreurs qu’en 1929 et 1940 pour éviter la mon­tée du fas­cisme et du nazisme, nous avons tiré les leçons de l’histoire pour éviter ce qu’il ne fal­lait pas faire ». Nico­las Demor­and : « Nous, igno­rants, pro­fanes, avons décou­vert un monde totale­ment hal­lu­ci­nant, une ingéniosité finan­cière totale­ment déli­rante, coupée du réel, un état d’esprit aus­si dans les salles de marché, et beau­coup ont éprou­vé à la fois de la sidéra­tion et de la colère. Je ne pense pas que la colère soit retombée et vous ? ». Réponse : « Croire que la com­plex­ité du sys­tème financier le rendrait plus sûr était faux. Des erreurs intel­lectuelles pro­fondes ont été faites par les par­tic­i­pants du sys­tème financier mais aus­si par beau­coup d’économistes, dont des prix Nobel. Il y a un degré légitime de colère. La sci­ence économique a échoué ». Turn­er indique alors que la crise de 2008 est née de l’accroissement de la dette privée et que sa trans­for­ma­tion en dette publique explique l’impact que cela a sur la vie quo­ti­di­enne. Réac­tion de Nico­las Demor­and, répétée à plusieurs repris­es : « Mer­ci les traders, mer­ci beau­coup hein. On s’amuse à inven­ter des instru­ments financiers et cela entraîne les dettes publiques. Mer­ci les traders ! ». Demor­and tou­jours : « Le Brex­it est l’addition qui a été payée pour cette erreur ». Ain­si que « l’extrême-droite en France ». Il insiste : « Mer­ci les traders, votre ingéniosité finan­cière déli­rante nous aura donc délivré une crise majeure de la dette et le pop­ulisme. Cha­peau ! Bra­vo ! ».

La boucle sem­ble bouclée. Mais non. Une chronique d’Anthony Bel­langer, jour­nal­iste et syn­di­cal­iste, secré­taire général de la Fédéra­tion inter­na­tionale des jour­nal­istes, ponctue l’émission. Il par­le de Gibral­tar et du Brex­it : « La leçon de cette his­toire, c’est que le nation­al­isme c’est la guerre. Non seule­ment c’est la guerre mais en plus c’est la défaite. Celle de la Ser­bie qui a per­du le Koso­vo, de l’Espagne qui risque de per­dre la Cat­a­logne, de la Grande-Bre­tagne qui voit l’Écosse tout faire pour s’en sépar­er, et c’est de cela dont nous préserve l’Europe et il ne faut pas l’oublier ». Cette fois, la bouche est vrai­ment bouclée. No Pasaran. En cette semaine du 10 au 13 avril 2017, sur France Inter, dans Un jour dans le monde l’auditeur n’était plus vrai­ment en 2017 mais plutôt du côté de Munich en 1938. Pour l’esprit de l’émission de Nico­las Demor­and du moins.

Voir aussi : « Un jour dans le monde » de N. Demorand : rdv en terre trop connue ?

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