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Pub­lié le 15 août 2018 | Éti­quettes : , , ,

Le gros rouge AOC de Sylvain Bourmeau

Rediffusion. Première diffusion le 7 février 2018

La « gauche » médiatique, du moins celle qui se définit ainsi, bouge encore ! Se sentant visiblement à l’étroit dans la presse officielle, où elle vivait pourtant heureuse depuis longtemps, profitant allègrement du caviar ambiant, une partie de cette gauche semble vouloir quitter le nid depuis qu’Aude Lancelin s’est aperçue, et a écrit, qu’elle travaillait pour le méchant capital. Elle n’est plus seule : Bourmeau veille en ligne depuis le 25 janvier 2018.

https://www.youtube.com/watch?v=E9YNeKXgG80

La preuve, Sylvain Bourmeau lance un média de l’écrit en ligne, autrement dit un pure player, AOC. Appellation d’Origine (gros rouge) Contrôlée. Mais aussi, plus officiellement : Analyses Opinions Critiques, du nom des trois principales rubriques de ce nouveau média. Un « micromédia », selon Bourmeau. Il y a aussi des fictions, des entretiens… et de nouvelles choses à venir. L’idée est de repenser et même de refonder à gauche. AOC ? Un « journal quotidien d’idées », si l’on en croit Bourmeau dans Stratégies (01/02/2018). Pour lutter contre la « destruction de l’espace de la pensée produite par les médias ». Bourmeau brûlerait-il ce qu’il adore depuis si longtemps ? L’opération s’inscrit dans un bouillonnement de nouveaux médias à gauche (comme à droite) avec par exemple, outre Le Média des amis de Mélenchon (dont il ne faut pas dire que c’est le média des amis de Mélenchon), la naissance de Vraiment, du Boxson de Pascale Clark ou de Ebdo. Contrairement aux nouveaux journaux, magazines ou médias classés à droite, par les médias se disant de gauche, ces nouveaux nés bénéficient d’une vraie bienveillance, personne n’entendant les médias officiels s’inquiéter d’un risque de diffusion d’informations tronquées, de propagande ou de fake news de leur part. Il en va toujours ainsi dans le monde merveilleux des médias se considérant de gauche : c’est le camp du bien, et bon sang ne saurait mentir.

AOC : kezako ?

Le média quotidien de Sylvain Bourmeau se présente ainsi sur son site :

« AOC, un quotidien d’idées
AOC est un quotidien d’auteurs. Conçu par des journalistes, il est écrit par des chercheurs, des écrivains, des intellectuels, des artistes et… des journalistes.
AOC entend prendre de la hauteur. Tenter de remettre un peu de verticalité dans un espace public désormais destructuré et horizontalisé en publiant des textes qui visent autant que possible à (re)faire autorité et à structurer le débat.
AOC est l’acronyme d’Analyse Opinion Critique.
AOC publie, du lundi au vendredi, trois articles par jour : une Analyse, une Opinion et une Critique.
AOC publie le samedi un grand entretien d’idées ou de parcours biographique selon les cas.
AOC publie le dimanche un texte littéraire inédit.
AOC est un journal quotidien en ligne accessible uniquement par abonnement.
AOC est un quotidien imprimable facilement, pour ceux qui préfèrent le papier. »

La petite équipe de départ est constituée, surtout, de Bourmeau, enseignant associé à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, producteur de l’émission La Suite dans les Idées sur France Culture, après avoir longtemps officié en début de soirée aux commandes de l’émission Le Grain à moudre sur la même antenne, mais aussi dans les Inrocks, à Libération…, Raphaël Bourgeois, producteur de l’émission Avis critique sur France Culture (aussi), radio où il a longtemps eu son siège attitré (La Matinale, Le Journal de la Culture, La Grande table), Cécile Moscovitz, tout juste revenue de son poste d’attachée culturelle à l’ambassade de France à Rome, ou encore Hélène Fromen, issue du Monde.fr, puis de 20 Minutes avant d’officier durant six ans comme directrice exécutrice de Mediapart. Fondé sur la base d’une collecte réalisée sur Kiss Kiss Bank Bank, AOC revendique de ce fait son indépendance financière (le média est payant par abonnements), mais aussi politique et intellectuelle, par exemple lorsque Bourmeau est invité par ses amis dans le studio de ce qui fut longtemps son émission, Le Grain à Moudre (20/10/2017). Étant donné le parcours des journalistes fondateurs, leurs engagements politiques affichés et les soutiens médiatiques massifs dont bénéficie le lancement de ce quotidien d’idées du web, il n’est pas interdit de douter de l’indépendance intellectuelle affirmée. En un sens, il est plutôt positif de voir Sylvain Bourmeau agir à ciel ouvert, en militant, et non plus uniquement en tant que journaliste « neutre » et « objectif » comme longtemps il tenta de le faire croire sur les ondes de la radio publique. Avec AOC, les choses sont claires : c’est à gauche toute ! Et Bourmeau le disait clairement sur France Culture, dans le Grain à Moudre du 20 octobre 2017 : l’enjeu est de « combattre le Front National et Marine Le Pen ». Il n’est pas inintéressant de voir un journaliste reconnaître ainsi le rôle de sa profession, rôle que Sylvain Bourmeau a longtemps joué dans nombre de médias très officiels, sans aucun doute en toute indépendance là aussi. Bourmeau, il n’y a pas de doute là-dessus, c’est en effet Appellation d’Origine (gauche caviar frissonnant de « radicalité ») Contrôlée.

Je suis de gauche, donc je pense ?

Cette émission Le Grain à Moudre d’octobre avait d’ailleurs ceci de particulièrement intéressant que s’interrogeant dès son titre sur les médias alternatifs naissants, AOC, Le Média et L’Incorrect, ses animateurs avaient pensé à tout sauf à inviter un journaliste de L’Incorrect, mensuel classé à droite. Ce n’est ni de la censure, ni réellement un oubli. De simples us et coutumes datant maintenant de près de 80 ans, selon lesquels tout ce qui peut être affublé du mot « droite » serait un lieu de non pensée. Du coup, on n’y pense pas, à inviter un représentant d’un mensuel dont cependant l’on prétend parler dès le titre de l’émission. Ce soir-là, Bourmeau a fait un grand show quant à la nécessité de refonder la gauche, de lutter contre le méchant capital ayant pris le pouvoir (récemment ?) dans les médias et au sujet de l’importance du débat d’idées. Il n’a pourtant pas semblé particulièrement étonné de débattre uniquement avec ses amis politiques. De même, il n’est pas surprenant de voir l’ensemble du petit monde médiatique soutenir la naissance d’AOC, Bourmeau n’ayant pas seulement des idées mais aussi tout plein d’amis qui pensent et votent aux trois quarts comme lui, c’est-à-dire à gauche. Libération, Le Monde, Le Point, Franceinfo, France Inter, France Culture, La CroixLe Point, reprenant une dépêche de l’AFP, poussant l’ironie jusqu’à écrire qu’AOC ferait partie d’une nouvelle nébuleuse de médias « ouvrant la porte à une nouvelle manière de traiter l’information ».

Nouvelle manière ? À lire les textes de la première semaine d’existence d’AOC, le sentiment qui prédomine est celui d’une extension du domaine de la lutte des pages Idées de Libération. Les premiers auteurs sont payés 500 euros la pige, un tarif qui fera rêver les journalistes qui d’après L’Obs gagneraient 800 euros par mois. La transformation de la société, cela a un coût et nécessite un confort indexé sur le niveau de vie bobo de gauche parisien. AOC s’apparente ainsi d’emblée à l’un de ces médias s’annonçant comme révolutionnaire tout en étant mené par des « gauchistes » de salon aux revenus confortables et en invitant des plumes amies pensant comme il faut sur tous les sujets qui fâchent (du genre à l’identité en passant par la bioéthique ou la lutte contre la France « coloniale » actuelle) mais ayant en commun la « lutte » (qui continue de barricade virtuelle en barricade virtuelle) contre les méchants qui ne sont pas de gauche.

On ne sera donc pas surpris de retrouver des intellectuels dûment accrédités dans les facs et les médias français, tous allègrement passés dans les studios de France Culture et par les pages Idées de Libération, ainsi Yves Citton, Achille Mbembe, Eric Loret, Sandrine Treiner, Caroline Broué… De vieilles recettes dans de nouvelles casseroles en somme. Esprit de 68, toi dont le devenir fric est maintenant de notoriété publique, es-tu vraiment encore là ? Appellation d’Origine Contrôlée, en effet, très contrôlée. Cliquer, ce n’est pas forcément une obligation. En effet, pourquoi s’intéresser aux « débats » de personnes qui « débattent » en circuit fermé ?

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