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Procureur Plenel au rapport !

11 décembre 2017

Temps de lecture : 6 minutes
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Procureur Plenel au rapport !

Dans la semaine du 4 au 9 novembre, l’hebdomadaire L’Express a proposé un déboulonnage édifiant du soldat Plenel, malencontreusement rattrapé par la patrouille pour de multiples délits médiatiques et militants. Dont sa proximité avec l’islamiste Ramadan. Plus habitué à mettre tout ce qui ne pense pas comme lui à l’index, Plenel est tout sourire en couverture. Pourtant, le tour de piste de l’hebdomadaire nous donne à voir un homme plus militant que journaliste, égaré dans les confusions d’une gauche perdue du côté du mythe d’un « racisme d’État ».

Après avoir sévi de longues années comme déla­teur et pro­cureur en chef au sein de divers médias, le fon­da­teur et patron de Médi­a­part Edwy Plenel a été con­vo­qué par ce même tri­bunal qu’il a pour­tant telle­ment con­tribué à met­tre en place. Il y a un peu de Dan­ton dans ce Plenel visé par ses pro­pres méth­odes. Sauf que dans son cas, il n’y a pas de manip­u­la­tion ni de truquage de la réal­ité, l’Observatoire du jour­nal­isme le mon­trait il y a peu dans un arti­cle inti­t­ulé Les racines du mâle ! Érec­tion de mous­tache en Une de Char­lie heb­do ! Les accoin­tances de Plenel avec Tariq Ramadan sont un secret de polichinelle, ain­si que sa com­plai­sance coupable à l’égard de l’islamisme. Une com­plai­sance qui irrigue tout Médi­a­part. Les pro­pos de la co-prési­dente de la Société des jour­nal­istes de Médi­a­part con­sid­érant que « l’islamisme n’est pas en soi une chose grave » mon­trant pour qui en doutait encore com­bi­en ce média et ses milieux proches font dans la con­fu­sion intel­lectuelle entre une reli­gion, l’Islam, et une visée poli­tique total­isante, l’islamisme. Con­fu­sion qui paraît de nature à expli­quer la com­plai­sance coupable de l’ensemble de ce média, à com­mencer par son patron Plenel, à l’égard d’un Tariq Ramadan soupçon­né de plusieurs vio­ls. Une dou­ble affaire qui obtient par­fois un écho au-delà de l’hexagone, ain­si dans The New York­er du 20 novem­bre 2017. Lire les témoignages pub­liés au sujet de Ramadan par Mar­i­anne est effrayant. Sur la cou­ver­ture de L’Express, l’accroche au sujet des ado­les­centes qui se pros­tituent sous la forme d’escort-girls à seize ans prend du coup une saveur peu ragoutante.

Edwy Plenel à la campagne ? Flops en stocks !

Dans son édi­tion datée du 6 au 12 décem­bre 2017, L’Ex­press titre donc sur « Edwy Plenel fon­da­teur de Médi­a­part. L’homme qui divise la France. Il cristallise le débat. On l’adore ou on le déteste. Le suc­cès Médi­a­part ».

Edwy Plenel, l'homme qui divise la FranceUn essai de récupéra­tion du buzz médi­a­tique sans doute bien ten­té, quoi qu’à retarde­ment, mais qui fait en par­tie flop : deux décès sont passés par là, d’Ormesson et Hal­l­i­day. Et comme le prési­dent de la République, soucieux de soign­er sa pop­u­lar­ité au sein du peu­ple de France comme des élites, s’en est mêlé… Sans compter que si Plenel divise la France, c’est surtout au sein des rédac­tions parisi­ennes et de la gauche sous ses divers­es formes. Ailleurs, dans la France réelle et périphérique, le patron de Médi­a­part est mal con­nu. Témoignages sur le vif dans les rues de Condé-sur-Noireau (14) lors du marché de la semaine : « C’est qui ? Un musi­cien de John­ny ? » ; « Oui, je le con­nais c’est le dernier Goncourt… sur les nazis » ; « Médi­a­part ? Non, je ne vais jamais sur le site, je préfère éviter les sites com­plo­tistes » ; « Plenel ? C’est pas le copain de Dieudon­né ? » ; « Mais oui… C’est le pote à Ramadan. Il lutte con­tre les islam­o­phobes » ; « une fois, je l’ai enten­du chanter à la fête de l’Huma je crois ». Une ten­ta­tive plus pré­cise, chez un bural­iste et vendeur de presse rend compte de l’écart entre une par­tie de Paris et le reste de la France. Inter­rogé au sujet de Plenel par notre jour­nal­iste déguisé en client lamb­da, la réponse qui vient est celle-ci : « Médi­a­part ? Je sais que ça existe mais je ne le vends pas. Per­son­ne ne le lit ici ». Puis : « Les dernières Unes de Char­lie heb­do ? Je sais pas. J’en ai ven­du un je crois, mais j’ai pas regardé. Vous êtes parisien non ? ». Pour­tant sa mous­tache trône bel et bien en cou­ver­ture de L’Express, même si le numéro est caché der­rière les nom­breuses cou­ver­tures con­sacrées à d’Ormesson et Hal­l­i­day. Force est de con­stater que le mil­i­tant médi­a­tique et poli­tique « défenseur » invétéré du peu­ple gag­n­erait à s’en rapprocher.

Edwy Plenel dans L’Express ?

Que dit-on de Plenel dans les pages de ce numéro de L’express ? Que son affron­te­ment avec Char­lie heb­do ne serait pas un « sim­ple affron­te­ment politi­co-médi­a­tique » mais traduirait « un débat qui tra­verse toute la société ». De quel débat s’agit-il ? Moqué par un jour­nal satirique, l’ego mous­tachu de Plenel n’a pas accep­té d’être objet d’humour. Nor­mal, selon L’Express ce garçon passerait pour être un « mon­stre sacré » de la presse. Espérons que des obsèques nationales nous seront épargnées le jour où le fon­da­teur de Médi­a­part rejoin­dra Allah. Plenel se pen­sant attaqué par Char­lie heb­do réplique en déclarant sur Fran­ce­in­fo que le jour­nal des vic­times des atten­tats islamistes ferait par­tie d’un con­glomérat d’islamophobes réu­nis­sant l’extrême droite, la droite et une gauche « égarée », dont Char­lie, qui serait obsédé par sa sup­posée volon­té de faire « la guerre aux musul­mans ». Plenel a mis un peu de temps à recon­naître avoir pronon­cé des mots aus­si ubuesques en direct à la radio, puis a dû faire amende hon­or­able – tout un cha­cun ayant pu enten­dre son inter­view. Il est devenu dif­fi­cile d’effacer la réal­ité des pho­togra­phies ou des enreg­istrements. Inter­net sur­veille. L’édito d’Anne Rosencher indique la rai­son d’être du dossier qu’elle con­sacre à Plenel.

« Dr Edwy, Mr Plenel », un long arti­cle de Jérôme Dupuis vient ensuite rap­pel­er le par­cours du quidam. L’article mon­tre com­bi­en il importe à Plenel d’être sur le devant de la scène, mais aus­si l’indéniable réus­site de Médi­a­part, « site d’investigation » payant qui vivrait de ses abon­nés. Dupuis racon­te ensuite la vie de Plenel, du mil­i­tan­tisme d’extrême gauche com­mu­niste et trot­skyste au jour­nal­isme mil­i­tant d’investigation, avec ses réus­sites (le Rain­bow War­rior) autant que ses scoops « bidons » (l’affirmation selon laque­lle le par­ti social­iste était financé par le Pana­ma du général Nor­ie­ga). Au sujet de la péri­ode où le patron de Médi­a­part dirigeait la rédac­tion du Monde, Jérôme Dupuis a quelques for­mules tal­entueuses : « Il est le maître du Monde. Prô­nant déjà inlass­able­ment une con­cep­tion jan­séniste du jour­nal­isme » tout en n’omettant pas le goût de Plenel pour « les rap­ports de police ». Il n’oublie pas non plus de citer l’excellente enquête de Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde, qui dis­crédi­ta les pra­tiques du Monde et de son réac­teur en chef, pra­tiques sou­vent déon­tologique­ment dou­teuses. Plenel a dû quit­ter Le Monde, il a emporté ses pra­tiques ailleurs. Cela s’appelle Médi­a­part. Un encadré ne manque pas de sel.

Quelles pra­tiques ? Jérôme Dupuis :

Pour met­tre son site sur orbite, le fon­da­teur de Médi­a­part a par­fois recours à des méth­odes éton­nantes. Le 13 décem­bre 2007, Ségolène Roy­al envoie un e‑mail à tous les mem­bres de son mou­ve­ment poli­tique, Désirs d’avenir : “Je vous invite à don­ner sa chance à Médi­part en vous abon­nant. Mer­ci de ce geste mil­i­tant.” Qu’au­rait dit le héraut de l’indépen­dance de la presse si Nico­las Sarkozy avait util­isé le fichi­er de l’UMP afin de recruter des abon­nés pour un site d’in­for­ma­tion « indépendant » ?”

Le jour­nal­iste con­clut en lais­sant enten­dre une prob­a­bil­ité : Edwy Plenel est avant tout mené par son ego. Le dossier se pro­longe avec un arti­cle sur la « guerre » entre Valls et Plenel, puis un entre­tien avec Ben­jamin Sto­ra qui « con­naît bien le fon­da­teur de Médi­a­part ». Pour l’historien, Plenel « a tou­jours été con­tre tous les racismes ». Sto­ra endosse le cos­tume de l’avocat de Plenel. Celui de l’accusateur est con­fié à Pierre-André Taguieff pour qui Plenel « n’explique pas, il prêche et dénonce ». Taguieff « fut ami avec Plenel avant de pren­dre ses dis­tances ». Il est vrai que le poli­to­logue s’est retrou­vé à la Une du Monde de Plenel, dans le cadre de ce qu’il décrit ainsi :

Au tout début des années 80, il se pas­sion­nait pour tout ce qui était trou­ble, tor­du et dis­simulé, tout ce qui pou­vait ressem­bler à des affaires”. En 1983, il a com­mencé à s’in­téress­er à l’ex­trême droite, qu’il décou­vrait à tra­vers des sources poli­cières et les arti­cles que je pub­li­ais dans de petites revues. Et, très vite, il s’est mis à point­er un doigt accusa­teur sur tous ceux qui, selon lui, flir­taient avec l’ex­trême droite ou “fai­saient son jeu”. Car il en était sûr, le fas­cisme frap­pait à la porte. Il se com­por­tait déjà en hal­lu­ciné des arrière-mon­des fas­cis­toïdes. Le devoir moral du jour­nal­iste était pour lui de dévoil­er, de révéler et de dénon­cer, avec des procédés de déla­tion publique, tous les indi­vidus qu’il sus­pec­tait de com­plai­sance envers la Bête. Muni de sa théorie de la “chaîne des aveu­gles”, il se vouait à repér­er autour de lui une mul­ti­tude de délin­quants idéologiques, notam­ment chez les intel­lectuels. C’est ain­si que, dans son champ de vision, les fas­cistes pré­sumés ou poten­tiels se sont multipliés.”

Aux yeux de Taguieff, Plenel est un fana­tique mu par un « désir d’épuration ». Et « le fanatisme fana­tise ». Dès lors, quoi de sur­prenant dans les liaisons dan­gereuses du patron de Médi­a­part ? Rien, au fond. L’éternelle his­toire des collabos ?

Pour compléter cet article

Edwy Plenel, du trot­skisme à l’antiracisme (por­trait vidéo)

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