Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Pierre Péan

19 août 2019

Temps de lecture : 20 minutes
Accueil | Portraits | Pierre Péan

Pierre Péan

L’homme par qui le scandale arrive

« Les jour­nal­istes d’investigation d’aujourd’hui tra­vail­lent à toute vitesse. J’ai la chance extra­or­di­naire de pou­voir m’abstraire de la pres­sion du temps… » Pierre Péan, La Revue Médias n°26

Né le 5 mars 1938 dans la Sarthe, Pierre Péan est un journaliste d’« initiative » (comme il se plaît à se définir) auteur d’essais à succès. Spécialiste de l’Afrique, où il entretient de nombreux réseaux, il est un observateur incontournable de la situation post-coloniale et des enjeux économiques des grandes puissances sur le continent… entre autres compétences. Il s’est éteint le 25 juillet 2019.

Très au fait des scan­dales politi­co-financiers, Pierre Péan est à l’o­rig­ine de nom­breuses révéla­tions sur la cor­rup­tion et les réseaux d’in­flu­ence souter­rains qui agis­sent à l’om­bre de la République. Ses livres lui ont valu de nom­breux procès et ont fait, à chaque sor­tie ou presque, la une de l’ac­tu­al­ité du fait de leur teneur en révéla­tions explo­sives, sou­vent à con­tre-courant de la doxa répétée par des médias de moins en moins soucieux d’enquêter.

L’au­teur est ain­si égale­ment très cri­tique vis-à-vis des « jour­nal­istes d’in­ves­ti­ga­tion » d’au­jour­d’hui, qui ne sont pour lui bien sou­vent que des « attachés de presse » ne faisant que sous-traiter les infor­ma­tions qui leur sont fournies par la police, les ren­seigne­ments ou la jus­tice. Il est l’un des derniers grands jour­nal­istes d’en­quête con­sacrant encore un long tra­vail à cha­cun de ses sujets, libéré qu’il est des impérat­ifs d’une rédac­tion.

Formation

Avant Sci­ences Po, Pierre Péan a suivi des études de droit, sec­tion sci­ences économiques, à Angers, et avant cela au col­lège Saint-Julien d’Angers. Il était orig­i­naire de Sablé sur Sarthe, mais sa famille avait aus­si des attach­es à Mau­mus­son, au nord-est de la Loire-Atlan­tique.

Engagement militant

C’est lors de ses études de droit qu’il rejoint l’équipe de Jean Turc, maire d’Angers, sous l’é­ti­quette du Par­ti des Indépen­dants et Paysans.

En 1958, il est présent aux côtés de son ancien cama­rade de lycée Joël Le Theule, maire de Sablé-sur-Sarthe puis député et min­istre gaulliste.

En mars 1959, il mène une liste poli­tique alter­na­tive, essen­tielle­ment com­posée d’é­col­o­gistes et de mil­i­tants d’ex­trême-gauche, con­tre le maire PS de Bouf­fé­mont.

Le journaliste

Jeune, Pierre Péan évite le ser­vice nation­al en Algérie et se rend au Gabon, entre 1962 et 1964, au titre de la « coopéra­tion » entre la France et ce pays africain. Il assiste ain­si au coup d’É­tat mil­i­taire con­tre Léon Mba (1964). De cette expéri­ence, il gardera de nom­breux réseaux par­mi les élites gabonais­es, qui lui servi­ront ample­ment durant sa car­rière de jour­nal­iste.

Une car­rière qui débute en 1968 ; il est alors jour­nal­iste à l’AFP. En 1970, il rejoint L’Ex­press puis Le Nou­v­el Écon­o­miste, où il traite des ques­tions énergé­tiques.

En octo­bre 1979, il joue un rôle majeur dans « l’af­faire des dia­mants » révélée par le Canard Enchaîné impli­quant Valéry Gis­card d’Es­taing et l’an­cien empereur de Cen­trafrique, Bokas­sa Ier. C’est en effet lui qui a fourni au Canard une note signée par Bokas­sa prou­vant que VGE, alors min­istre des finances, avait reçu une pla­que­tte « de 30 carats env­i­ron ».

Péan n’ap­pré­cie pas le qual­i­fi­catif de « jour­nal­iste d’in­ves­ti­ga­tion », un terme tiré de l’anglais apparu suite à l’affaire du Water­gate, ni même de « jour­nal­iste d’en­quête » (dans son esprit : qui se con­tente de traiter les enquêtes du sys­tème judi­ci­aire). Il préfère se définir comme « jour­nal­iste d’ini­tia­tive », c’est à dire qui choisit son sujet et amorce sa pro­pre enquête.

Le journaliste d’initiative

L’ac­tu­al­ité de Pierre Péan étant surtout mar­quée par les sor­ties de ses livres, qui amè­nent sou­vent révéla­tions et polémiques, nous allons revenir ici sur ses ouvrages les plus mar­quants et l’ac­tu­al­ité qui a suivi leur paru­tion.

1982 – Les deux bombes : comment la France a donné la bombe à Israël et à l’Irak

Révéla­tion sur les liens entre les milieux admin­is­trat­ifs et mil­i­taires français et israéliens. Péan met au jour l’al­liance entre les tra­vail­listes israéliens de Shi­mon Peres et les social­istes de Guy Mol­let pour fournir l’arme atom­ique à l’É­tat hébreu.

1982 – Les Émirs de la République : l’aventure du pétrole tricolore

Écrit en col­lab­o­ra­tion avec Jean-Pierre Séréni, ce livre présente Elf-Aquitaine comme un état pétroli­er dans l’É­tat qui impose ses volon­tés à chaque gou­verne­ment.

1983 — Affaires africaines

Avec ce livre, Péan obtient son pre­mier gros suc­cès édi­to­r­i­al. Il s’in­téresse ici au Gabon, pays sym­bole des rela­tions fran­co-africaines souter­raines dans lequel il a passé deux ans (voir plus haut), et plus par­ti­c­ulière­ment aux réseaux mis en place par Jacques Foc­cart, secré­taire général de l’Élysée aux affaires africaines et l’un des bâtis­seurs de la Françafrique. L’ou­vrage ne sor­ti­ra pas au Gabon.

1988 — L’argent noir : corruption et sous-développement

Com­ment l’Oc­ci­dent a su tir­er prof­it de la cupid­ité et de la méga­lo­manie des dirigeants du Tiers-Monde, et prin­ci­pale­ment africains. Péan dresse la liste des grands con­trats qui s’ac­com­pa­g­nent bien sou­vent de cor­rup­tion.

1990 – L’Homme de l’ombre : éléments d’enquête autour de Jacques Foccart, l’homme le plus mystérieux et le plus puissant de la Ve République

Le jour­nal­iste revient sur le mys­térieux Jacques Foc­cart. Il dresse le détail de ses rap­ports avec de Gaulle ain­si que son action dans la lutte con­tre l’OAS et, surtout, son rôle dans la décoloni­sa­tion (suiv­ie de la mise en place des dif­férents chefs d’É­tat africains).

La sor­tie de ce livre s’est suiv­ie d’un procès en diffama­tion inten­té par Foc­cart, procès que Péan a rem­porté.

1994 – Une jeunesse française : François Mitterrand, 1934–1947

Plus gros suc­cès de Pierre Péan, cet ouvrage recon­stitue de manière pré­cise la jeunesse de François Mit­ter­rand. Un cer­tain nom­bre de vérités (que les médias qual­i­fiés d’extrême-droite assé­naient depuis des années) revi­en­nent alors sur le devant de la scène : ses rap­ports avec la Cagoule, son ami­tié avec Pierre Bous­quet (ancien chef de la police de Vichy), sa Fran­cisque, son sou­tien à Philippe Pétain et son entrée tar­dive dans la Résis­tance.

Si Franz-Olivi­er Gies­bert avait déjà traité du sujet avant lui, en 1977, le livre de Péan propulse la vérité his­torique aux yeux du grand pub­lic, ce qui sus­cite une émo­tion générale. Le plus trou­blant dans cette affaire est sans doute que c’est Mit­ter­rand lui-même qui a per­mis, dans une volon­té de met­tre fin à l’hypocrisie et d’as­sumer son passé, à Péan d’ac­céder aux archives secrètes con­cer­nant sa jeunesse vichyste.

1997 – TF1, un pouvoir

En col­lab­o­ra­tion avec Christophe Nick, Péan dis­serte sur les liens entre les médias, les « indus­triels du spec­ta­cle », les faiseurs d’opin­ion et le pou­voir poli­tique.

2001 – Manipulations africaines : l’attentat contre le DC 10 d’UTA, 170 morts

L’en­quête s’at­tache à démon­tr­er que les véri­ta­bles auteurs de cet atten­tat de sep­tem­bre 1989, que la jus­tice française a attribué au colonel Kad­hafi, sont en réal­ité la Syrie et l’I­ran.

2003 – La Face cachée du Monde

Gros suc­cès com­mer­cial dès sa sor­tie, ce livre coécrit avec Philippe Cohen avance l’idée selon laque­lle le trio dirigeant du quo­ti­di­en du soir, à l’époque Jean-Marie Colom­bani, Edwy Plenel et Alain Minc, a totale­ment détourné l’œuvre du fon­da­teur Beuve-Méry, trans­for­mant un jour­nal de con­tre-pou­voir en spé­cial­iste des abus de pou­voir.

Après deux ans d’en­quête, les auteurs démon­trent que le quo­ti­di­en est désor­mais util­isé pour les intérêts per­son­nels de ses dirigeants, capa­bles de faire et de défaire les car­rières poli­tiques, et qu’il se livre même au lob­by­ing. Dans un chapitre, Péan et Cohen affir­ment que le Monde a adressé aux Nou­velles mes­sageries de la presse parisi­enne (NMPP), le 1er mars 2001, une fac­ture de 1 mil­lion de francs suite à son activ­ité de lob­by­ing auprès de l’équipe de Lionel Jospin.

Par ailleurs, le livre met en lumière les liens d’Edwy Plenel avec Bernard Dele­place, secré­taire général de la FASP (Fédéra­tion autonome des syn­di­cats de police). Les auteurs avan­cent que Plenel écrivait alors notes, dis­cours et com­mu­niqués pour l’or­gan­i­sa­tion syn­di­cale, en plus de ses fonc­tions de directeur de la rédac­tion au Monde.

Enfin, Le Monde des livres est égale­ment mon­tré du doigt, accusé de se livr­er sans arrêt aux ren­vois d’as­censeur en faisant la pro­mo­tion d’un cer­cle d’au­teurs restreint.

Le livre créera une grosse polémique médi­a­tique ain­si que des suites en jus­tice lors desquelles les auteurs et Le Monde trou­veront un accord : le livre ne sera plus réim­primé, en échange de quoi le quo­ti­di­en aban­donne ses pour­suites en diffama­tion. Par ailleurs, il est intéres­sant de not­er qu’au­cune enquête ne sera ouverte à l’en­con­tre du Monde suite aux révéla­tions fournies par Péan et Cohen.

Un autre effet col­latéral aura été le ren­voi de Daniel Schnei­der­mann, seul jour­nal­iste du quo­ti­di­en à avoir osé cri­ti­quer son jour­nal.

Vidéo INA : ina.fr/video/2236850001005

2005 – Noire fureur, blancs menteurs : Rwanda 1990–1994

Dans cette enquête, Pierre Péan prend à rebrousse poil toute la doxa offi­cielle sur le géno­cide rwandais. L’au­teur avance que les vrais respon­s­ables du mas­sacre sont les rebelles tut­sis du RPF et que la France ne s’est pas four­voyée en sou­tenant trop longtemps le pou­voir hutu. « Cette enquête a été très large­ment cri­tiquée pour ses approx­i­ma­tion, sa vision eth­ni­ciste, et sa propen­sion à nier tout ce qui allait à l’en­con­tre de sa thèse », note L’Ex­press.

Pour ce livre, l’au­teur a été traîné en jus­tice par SOS Racisme, accusé de « com­plic­ité de provo­ca­tion à la haine raciale » pour avoir écrit que les tut­sis avaient une « cul­ture du men­songe et de la dis­sim­u­la­tion ». Un procès à nou­veau rem­porté par le jour­nal­iste qui, com­paré à un néga­tion­niste anti­sémite, par le prési­dent de l’UE­JF, a fon­du en larmes en plein tri­bunal en dénonçant un « amal­game intolérable ».

2008 – Une blessure française : les soulèvements populaires dans l’Ouest sous la Révolution

Dans un reg­istre cette fois his­torique, Péan retrace l’his­toire de la guerre de Vendée (1793) en prenant claire­ment par­ti pour les insurgés con­tre-révo­lu­tion­naires.

2009 – Le Monde selon K

Pierre Péan attaque le min­istre des affaires étrangères de l’époque, Bernard Kouch­n­er, en l’ac­cu­sant de con­flit d’in­térêts entre 2002 et 2007. Durant cette péri­ode, celui-ci a en effet été engagé par le Gabon et le Con­go en tant que con­sul­tant à tra­vers deux sociétés privées (Ime­da et Africa Spes), tout en prési­dant en par­al­lèle Esther, un groupe­ment d’in­térêt pub­lic con­sacré à la coopéra­tion inter­na­tionale hos­pi­tal­ière.

Péan écornera égale­ment le min­istre, dont l’im­age de grand héros de l’hu­man­i­taire est encore très pop­u­laire dans l’opin­ion, sur sa poli­tique étrangère au Rwan­da et sur sa vision « améri­caine » du monde. Pour avoir mon­tré du doigt le « cos­mopolitisme » de M. Kouch­n­er, Péan est accusé de raviv­er des débats « des années 30 ». Invité sur le plateau d’@rrêt sur images et inter­rogé sur ce thème par Daniel Schnei­der­mann, l’au­teur s’a­gace et quitte le plateau :


Kouch­n­er : Péan par­le, et quitte le plateau d’@si par asi

Après une vive polémique, Bernard Kouch­n­er niera tout en bloc en dénonçant une attaque « grotesque et nauséabonde ».

2010 – Carnages : Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique

Qui s’in­téresse vrai­ment aux guer­res qui ont meur­tri l’Afrique ? S’il y en a bien un, c’est Péan, encore une fois à con­tre-courant. Dans ce livre, il mon­tre com­ment les intérêts des grandes puis­sances occi­den­tales ont eu des effets col­latéraux désas­treux sur le con­ti­nent africain.

2011 – La République des mallettes

Péan s’in­téresse ici aux réseaux de cor­rup­tion et finance­ments occultes qui empoi­son­nent la République et la vie poli­tique. Il cible tout par­ti­c­ulière­ment Alexan­dre Djouhri, un homme d’af­faires proche de Dominique de Villepin et de l’Élysée qui serait, selon lui, devenu « un des hommes les plus puis­sants de la République ».

Il évoque son rôle dans l’af­faire de la libéra­tion des infir­mières bul­gares ou encore ses dessous de table pour une vente d’Air­bus à la Libye. « Mon­sieur Pierre Péan me prête un pou­voir et une influ­ence que je n’ai évidem­ment jamais eus », s’ex­pli­quera Djouhri.

2012 – Le Pen, une histoire française

Dans cet ouvrage ni hagiographique, ni pam­phlé­taire, Pierre Péan et Philippe Cohen retra­cent le par­cours sin­ueux de Jean-Marie Le Pen avec objec­tiv­ité et sans prise de par­ti grossière. Une démarche qui leur sera reprochée par la caste jour­nal­is­tique, qui les accusera de « banalis­er » le Front Nation­al, voire de réha­biliter Le Pen.

L’un des sujets polémiques du livre con­cerne la tor­ture en Algérie qui, selon les auteurs, n’est pas avérée pour le cas de M. Le Pen. Mal­gré un ouvrage qui, pour une fois, n’est pas incen­di­aire, Jean-Marie Le Pen déposera tout de même une plainte en diffama­tion con­tre Péan et Cohen car ces derniers « veu­lent accuser (le patri­arche) d’avoir con­fon­du son pat­ri­moine per­son­nel avec celui du Front nation­al, d’avoir vécu per­son­nelle­ment avec l’ar­gent revenant nor­male­ment au Front nation­al, d’avoir acca­paré les fonds du Front nation­al pour ses besoins pro­pres », selon son avo­cat.

2014 – Qatar, une France sous influence

Pierre Péan et Vanes­sa Ratig­nier s’in­téressent aux vues du Qatar sur le pat­ri­moine français et expliquent com­ment la France est dev­enue le ter­rain de jeu de la famille Al-Thani, qui place ses pio­ns à tous les niveaux. En somme, l’his­toire d’un parte­nar­i­at qui a mal tourné.

2014 – Nouvelles affaires africaines

Le jour­nal­iste revient, avec ce livre, à son sujet de prédilec­tion à savoir l’Afrique post-colo­niale. L’enquête, sous-titrée « Men­songes et pil­lages au Gabon », se penche sur la fin de règne du défunt prési­dent Omar Bon­go et sur les modal­ités d’ac­ces­sion au pou­voir de son fils Ali, à sa mort en 2009. Péan accuse ce dernier d’avoir fal­si­fié de nom­breux doc­u­ments liés à sa fil­i­a­tion et d’avoir fait assas­sin­er de nom­breux opposants.

Suite à ce livre, l’É­tat gabonais déposera plainte con­tre Pierre Péan pour des pro­pos jugés « grave­ment diffam­a­toires ».

2015 – Jean Moulin, l’ultime mystère

Pierre Péan se penche sur divers aspects trou­bles de la vie de Jean Moulin, dont son sup­posé com­mu­nisme. Mais aus­si sur sa rela­tion avec Antoinette Sachs et sur les coups bas, les luttes de pou­voir et les com­pro­mis­sions au sein de la Résis­tance et dans la France de l’immédiat après-guerre.

2016 – L’autre Chirac

Une biogra­phie intime de Jacques Chirac qui retrace son jardin secret, préservé par Chirac pen­dant qu’il con­stru­i­sait sa car­rière poli­tique.

Un dernier livre posthume est prévu pour une sor­tie en 2020. Il y racon­te selon son édi­teur « les aven­tures et mésaven­tures d’un baroudeur du jour­nal­isme ». Le Point explique : « Il y a dix mois, Pierre Péan a remis à son édi­teur Alexan­dre Wick­ham, directeur édi­to­r­i­al non fic­tion d’Al­bin Michel, un man­u­scrit de 1 200 pages. Dans ce réc­it per­son­nel à l’usage de ses petits-enfants, le jour­nal­iste dévoile les couliss­es de ses grandes enquêtes, de Bon­go à Mit­ter­rand en pas­sant par l’af­faire des dia­mants, la dénon­ci­a­tion de Jean Moulin, le Rwan­da et les couliss­es du jour­nal Le Monde ».

Ce qu’il gagne

Ses revenus étant essen­tielle­ment liés aux ventes de ses livres, ces derniers sont très fluc­tu­ants. Dans un entre­tien à Téléra­ma en 2009, il con­fiera que « tous les 3 ou 4 livres, j’ai un livre qui marche très bien, donc ça me per­met d’avoir des avances con­fort­a­bles ». C’est grâce à ces avances que Péan peut se per­me­t­tre de men­er un tra­vail d’en­quête long et appro­fon­di.

Publications

Après le résumé de ses livres les plus polémiques, voici la liste com­plète de ses ouvrages :

  • La Troisième Guerre mon­di­ale (avec une pré­face de Jean-Pierre Vigi­er), édi­tions Cal­mann-Lévy, coll. « Ques­tions d’ac­tu­al­ité », Paris, 1974.
  • Après Mao, les man­agers, édi­tions Fay­olle, coll. « Inter­valle », Paris, 1977, 188 p.
  • Bokas­sa, édi­tions Alain More­au, « Col­lec­tion dirigée par Jean Picol­lec », Paris, 1977, 196 p. + 6 p. de planch­es illus­trées.
  • Les Émirs de la République : l’aven­ture du pét­role tri­col­ore, édi­tions du Seuil, Paris, 1982, 224 p.
  • Les Deux Bombes, édi­tions Fayard, Paris, 1982, 203 p. – Sous-titré : « com­ment la France a don­né la bombe à Israël et à l’I­rak ». – Ouvrage réédité en 1991 sous le titre « Les Deux Bombes : ou com­ment la guerre du Golfe a com­mencé le 18 novem­bre 1975 ».
  • Affaires africaines, édi­tions Fayard, Paris, 1983, 340 p.
  • V : enquête sur l’af­faire des avions reni­fleurs et ses ram­i­fi­ca­tions proches ou loin­taines, édi­tions Fayard, Paris, 1984, 265 p.
  • Secret d’É­tat : la France du secret, les secrets de la France, édi­tions Fayard, Paris, 1986, 365 p.
  • Les Chapel­lières : Une terre, deux des­tins en pays Chouan, édi­tions Albin Michel, Paris, 1987, 359 p.
  • La Men­ace, édi­tions Fayard, Paris, 1987, 306 p.
  • L’Ar­gent noir : cor­rup­tion et sous-développe­ment, édi­tions Fayard, Paris, 1988, 278 p.
  • L’Homme de l’om­bre : élé­ments d’en­quête autour de Jacques Foc­cart, l’homme le plus mys­térieux et le plus puis­sant de la Ve République, édi­tions Fayard, Paris, 1990, 585 p.
  • Vol UT 772 : con­tre-enquête sur un atten­tat attribué à Kad­hafi, édi­tions Stock, coll. « Au vif », Paris, 1992, 327 p.
  • Le Mys­térieux Doc­teur Mar­tin (1895–1969), édi­tions Fayard, Paris, 1993, 500 p.
  • Une jeunesse française : François Mit­ter­rand, 1934–1947, édi­tions Fayard, Paris, 1994, 615 p.-16 p. de planch­es illus­trées.
  • L’Ex­trémiste : François Genoud, de Hitler à Car­los, édi­tions Fayard, Paris, 1996, 424 p.-16 p. de planch­es illus­trées.
  • TF1, un pou­voir, édi­tions Fayard, Paris, 1997, 695 p.
  • Vies et morts de Jean Moulin : élé­ments d’une biogra­phie, édi­tions Fayard, Paris, 1998, 715 p.-16 p. de planch­es illus­trées.
  • La Dia­bolique de Caluire, édi­tions Fayard, Paris, 1999, 261 p.-20 p. de planch­es illus­trées.
  • Beth­léem en Pales­tine, édi­tions Fayard, Paris, 1999, 321 p. + 12 p. de planch­es illus­trées.
  • Manip­u­la­tions africaines : l’at­ten­tat con­tre le DC 10 d’U­TA, 170 morts, édi­tions Plon, Paris, 2001, 290 p.-32 p. de planch­es illus­trées. – Sous-titré : « qui sont les vrais coupables de l’at­ten­tat du vol UTA 772 ? ».
  • Dernières volon­tés, derniers com­bats, dernières souf­frances, édi­tions Plon, Paris, 2002, 328 p.
  • La Face cachée du Monde: du con­tre-pou­voir aux abus de pou­voir, édi­tions Mille et une nuits, Paris, 2003, 631 p.
  • Mar­cel Das­sault ou les ailes du pou­voir (Guy Vade­pied, avec la col­lab­o­ra­tion de Pierre Péan), édi­tions Fayard, Paris, 2003, 473 p.
  • Main basse sur Alger : enquête sur un pil­lage, juil­let 1830, édi­tions Plon, Paris, 2004, 271 p.-12 p. de planch­es illus­trées.
  • Noires fureurs, blancs menteurs : Rwan­da, 1990–1994, édi­tions Mille et une nuits, Paris, 2005, 544 p.
  • L’Ac­cordéon de mon père : une enquête intime (avec une post­face de Jean Gré­gor), édi­tions Fayard, Paris, 2006, 306 p. + 8 p. de planch­es illus­trées.
  • Chirac, l’In­con­nu de l’Élysée, édi­tions Fayard, Paris, 2007, 516 p. – Ini­tiale­ment titré : « L’In­con­nu de l’Élysée ».
  • Une blessure française : les soulève­ments pop­u­laires dans l’Ouest sous la Révo­lu­tion, édi­tions Fayard, Paris, 2008, 325 p.
  • Le Monde selon K., une biogra­phie cri­tique de Bernard Kouch­n­er, éd. Fayard, Paris, 2009, 323 p.
  • Car­nages. Les guer­res secrètes des grandes puis­sances en Afrique, édi­tion Fayard, 570 p., 2010.
  • La République des mal­lettes — Enquête sur la prin­ci­pauté française de non-droit, édi­tions Fayard, sep­tem­bre 2011.
  • Le Pen : Une his­toire française, avec Philippe Cohen, édi­tions Robert Laf­font, 2012, 548 p.
  • Koso­vo: Une guerre juste pour créer un État mafieux, édi­tions Fayard, 2013, 506 p.
  • Une France sous influ­ence, avec Vanes­sa Ratig­nier, édi­tions Fayard, 2014, 484 p.
  • Nou­velles affaires africaines: Men­songes et pil­lages au Gabon, édi­tions Fayard, 2014

Il l’a dit

« Kouch­n­er s’est beau­coup engagé dans la guerre des Balka­ns, dans une vision atlantiste du monde, très proche des Améri­cains, et la récom­pense qu’il a eu de tous ces engage­ments a été sa nom­i­na­tion comme “gou­verneur” du Koso­vo. » Agence Info Libre, avril 2014

« La Ter­reur reste une tache dans l’histoire de la République. Les batailles du Mans puis de Save­nay en témoignent. La répres­sion a lais­sé libre cours à la bar­barie. Il n’est qu’à lire les pro­pos tenus à l’époque pour mesur­er l’acharnement avec lequel les troupes répub­li­caines ont com­bat­tu les révoltés (en Vendée, NDLR). » Le Maine Libre, 12 décem­bre 2013

« La Déc­la­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen avait mis la pré­somp­tion d’in­no­cence au 9ème arti­cle, la lib­erté de la presse, deux arti­cles plus loin, à l’ar­ti­cle 11. Aujour­d’hui, la lib­erté de presse prime, dans les faits, sur la pré­somp­tion d’in­no­cence. » OZAP, 30 mars 2014

« Aujour­d’hui, un cer­tain jour­nal­isme se fonde sur la vio­la­tion de la loi. Toutes les grandes affaires que vous évo­quez sont basées sur la vio­la­tion du secret de l’in­struc­tion. Le jour­nal­iste dit ‘d’in­ves­ti­ga­tion’ a des pou­voirs et des moyens exor­bi­tants du droit com­mun. » OZAP, 30 mars 2014

« Si le juge­ment inno­cente la cible des jour­nal­istes, celle-ci n’au­ra droit qu’à quelques lignes dans les jour­naux. Et cette inno­cence judi­ci­aire ne rééquili­br­era pas la cul­pa­bil­ité instal­lée dans l’opin­ion publique. » OZAP, 30 mars 2014

« Atten­dre sur son bureau les PV des juges, ce n’est pas ce que j’ap­pelle de l’en­quête, mais de la sim­ple ges­tion de fuites. Le jour­nal­iste devient un pion, ren­trant dans les objec­tifs des uns et des autres, devenant l’outil de vengeances ou de straté­gies judi­ci­aires. » OZAP, 30 mars 2014

« Aujourd’hui, un jour­nal­iste d’investigation est quelqu’un qui a un rap­port intime avec un juge ou un flic. Il n’enquête pas. C’est un para­doxe incroy­able. Mais cette pra­tique n’est pas le pro­pre du Monde… Non, mais depuis l’affaire du Rain­bow War­rior, c’est lui qui l’a général­isée. C’est devenu le fer de lance, le moteur prin­ci­pal du Monde et il a fait école. » 20 min­utes, 27 févri­er 2006

« J’ai voulu enlever la pein­ture dorée de l’icône française, mon­tr­er le côté va-t-en guerre de Bernard Kouch­n­er, sa sim­pli­fi­ca­tion du monde entre les bons et les méchants, ses mélanges de cas­quette, son côté néo-con­ser­va­teur améri­cain. Les Français l’imaginent en blouse blanche alors qu’il porte le plus sou­vent un treil­lis. » VSD, 3 févri­er 2009

« Ensem­ble, ils fonc­tion­nent comme une PME famil­iale. Elle le con­seille, il l’écoute. Ils s’épaulent, se ren­dent des ser­vices. Il l’a fait nom­mer numéro deux de la hold­ing de l’audiovisuel extérieur. C’est du népo­tisme. Dans d’autres pays, on s’en serait davan­tage offusqué. » VSD (à pro­pos de Bernard Kouch­n­er et de sa femme Chris­tine Ock­rent), 3 févri­er 2009

« Mal­gré le tra­vail qu’on a pu faire, on ne voit pas les traces du facho qu’on nous présente. » RMC (à pro­pos de Jean-Marie Le Pen), novem­bre 2012.

« On savait bien, quand on a com­mencé à écrire notre livre, qu’on aurait des prob­lèmes, notam­ment avec la gauche, car tout le sys­tème depuis les années 80 c’est de le dia­bolis­er. » RMC (à pro­pos de Jean-Marie Le Pen), novem­bre 2012.

« Il y a le choix face à Le Pen : dia­bolis­er – ça a été fait ample­ment avec les résul­tats qu’on con­naît –, ou essay­er de com­pren­dre. » Europe 1, 14 novem­bre 2012

« Ce qui est fasci­nant est de voir les méth­odes util­isées pour par­venir à écarter le Koso­vo de la Ser­bie. On a alors dit qu’un géno­cide était en pré­pa­ra­tion, une allé­ga­tion qui a le même effet qu’une arme de destruc­tion mas­sive. » Atlanti­co, 1er juin 2013

« La morale ain­si brandie a per­mis de com­penser le car­ac­tère illé­gal de leur entre­prise. Désor­mais, les guer­res sont faites au nom de la morale, de la défense des valeurs. Ceci explique la néces­sité d’avoir une pro­pa­gande très forte, à l’in­star de celle ayant accom­pa­g­né l’opéra­tion “Fer à cheval”. » Atlanti­co, 1er juin 2013

« Le cas du traf­ic d’or­ganes au Koso­vo, qui est d’une cer­taine manière le fil rouge de mon nou­veau livre, révèle bien que ceux qui étaient en mesure de savoir savaient, et qu’en dépit de cela, rien n’a été fait. » Atlanti­co, 1er juin 2013

« Tout le monde y a été de son cou­plet sur les Serbes nazis. Ce que je dis dans le fond, c’est qu’il n’y a pas de bons, ni de méchants, comme dans toutes les guer­res. » Atlanti­co, 1er juin 2013

« L’im­por­tant n’est pas en soi, de con­stater que, sur tel ou tel point, la loi a été vio­lée ou con­tournée. Ce qui compte est que, à tra­vers ces sys­tèmes de finance­ment occultes s’est mise en place une oli­garchie à la française liant des hommes d’État, des grands patrons et quelques hauts fonc­tion­naires com­plices. » Mar­i­anne, 12 sep­tem­bre 2011

« Védrine assume son passé. François Mit­ter­rand nie l’év­i­dence. » Libéra­tion, 30 avril 1996

« On peut cri­ti­quer la France dans ce dossier (Rwan­da, ndlr) : pourquoi s’est-elle engagée, pourquoi n’a‑t-elle pas réus­si… Mais de là à affirmer qu’elle est com­plice de géno­cide… ce n’est plus du même ordre. On n’est plus dans la cri­tique mais dans l’odieuse accu­sa­tion. Je n’ai jamais com­pris pourquoi la France a pris toutes ces cri­tiques sans vrai­ment réa­gir, même si j’ai évide­ment des élé­ments de réponse. Je pense que le mot « géno­cide » a tétanisé tout le monde, en France comme ailleurs. » 26 sep­tem­bre 2008

« Mal­gré les apparences, le Qatar n’est pas une démoc­ra­tie et mate les con­tes­ta­tions. L’ar­gent calme toute vel­léité de change­ment. Du moins pour l’in­stant. Car les citoyens autres que qataris sont quand même con­sid­érés comme des citoyens de sec­onde zone. Quant au spon­sor­ing, ce n’est ni plus ni moins qu’un sys­tème d’esclavage mod­erne. » Le Nou­v­el Obs, 18 févri­er 2014

« Inves­ti­ga­tion est un terme améri­cain. Et polici­er à la fois. Je ne l’aime pas beau­coup parce qu’il s’agit d’une sim­ple trans­po­si­tion. Une référence au Water­gate. Jour­nal­iste ou enquê­teur me suff­isent ample­ment. » La Revue Médias n°26

« Le jour­nal­isme tel que je le conçois — sa noblesse, mais aus­si sa dif­fi­culté — con­siste à décider de sa pro­pre enquête, de la men­er, avec tous les risques que cela com­porte. Y com­pris celui de se tromper. Mais, con­traire­ment à un flic ou à un juge, ce jour­nal­iste-là ne dis­pose ni des écoutes, ni des résul­tats de perqui­si­tions. Alors que le « jour­nal­iste d’investigation », qui reprend les PV d’instruction, béné­fi­cie de ces moyens exor­bi­tants. S’il se trompe, il pour­ra tou­jours fournir des doc­u­ments pour prou­ver sa bonne foi, puisque le juge et l’instruction le pro­tè­gent. Tan­dis que l’enquêteur est en sus­pen­sion. Non seule­ment son tra­vail coûte beau­coup plus cher, mais il est aus­si bien plus risqué. Beau­coup d’enquêtes n’aboutissent jamais. » La Revue Médias n°26

« Plenel avait cou­tume de dire : “Il n’y a aucun secret.” Je suis peut-être de la vieille école, mais je revendique le droit de ne pas tout dire. Il m’est arrivé de met­tre au jour des secrets et de ne pas les révéler. C’est à chaque jour­nal­iste de pren­dre ses respon­s­abil­ités quand il est face à un tel choix. Ma règle est de pou­voir con­tin­uer à me regarder dans la glace le matin… » La Revue Médias n°26

« Quand un jour­nal­iste se fait embobin­er par un homme poli­tique ou une autre source, il ne devrait s’en pren­dre qu’à lui-même : c’est, me sem­ble-t-il, la règle du jeu, surtout quand on s’intéresse, comme moi, aux affaires sen­si­bles. » La Revue Médias n°26

« Le rap­port aux sources est com­pliqué. La con­fi­ance d’une source s’acquiert en effet le plus sou­vent par la prox­im­ité… Il faut égale­ment dire que nom­bre d’affaires sen­si­bles sont le résul­tat de trahisons, d’amertumes, de frus­tra­tions… Mais les jour­nal­istes ont l’art de par­er d’atours vertueux les dénon­ci­a­teurs. Pourquoi cacher que je fais, que nous faisons un méti­er où l’on se salit les mains ? C’est juste­ment pour ça que cha­cun doit se fix­er ses pro­pres règles. » La Revue Médias n°26

« Beau­coup se pren­nent pour des cheva­liers blancs, des redresseurs de torts. Ce n’est pas notre méti­er. C’est aux édi­to­ri­al­istes, aux philosophes d’utiliser nos révéla­tions pour en tir­er des con­cepts plus élevés, mais il ne faut pas tout mélanger. » La Revue Médias n°26

« Quand j’étais dans le jour­nal­isme, j’étais frus­tré. J’aime avoir du temps, essay­er d’aller le plus loin pos­si­ble. Or, dans la presse, on appro­fon­dit de moins en moins. Longtemps, j’ai con­cil­ié jour­nal­isme et livres. Et puis, un beau jour, j’ai sor­ti un best-sell­er qui m’a don­né les moyens de tra­vailler seul. Et j’ai, depuis, la chance de pass­er le plus clair de mes jours à enquêter. » La Revue Médias n°26

« Après mon livre sur le Rwan­da, j’ai été la cible de beau­coup d’attaques. Après avoir gag­né mes procès, j’ai tourné la page et préfère oubli­er cette péri­ode, la plus dif­fi­cile de ma vie… » La Revue Médias n°26

« Les jour­nal­istes d’investigation d’aujourd’hui tra­vail­lent à toute vitesse. J’ai la chance extra­or­di­naire de pou­voir m’abstraire de la pres­sion du temps… » La Revue Médias n°26

« Les jour­nal­istes, quel que soit leur dis­cours, sont d’abord des hommes. Les rela­tions per­son­nelles, évidem­ment, influ­ent. C’est égale­ment vrai pour moi. Je ne vais pas com­mencer par enquêter sur mes copains, ce serait mal­hon­nête de dire le con­traire. » La Revue Médias n°26

« Plenel a choisi la logique de la F1 et non celle du tracteur qui seul per­met de labour­er pro­fond et de trou­ver, par­fois, de vrais tré­sors d’information… » La Revue Médias n°26

« Tous les 3 ou 4 livres, j’ai un livre qui marche très bien, donc ça me per­met d’avoir des avances con­fort­a­bles. » Téléra­ma, 11 févri­er 2009

« On se salit les mains dès qu’on veut enquêter véri­ta­ble­ment, oblig­a­toire­ment. On est obligé d’u­tilis­er cer­taines règles de pro­tec­tion des sources. » Téléra­ma, 11 févri­er 2009

Ils l’ont dit

« Alors, Péan ? Tout le con­traire de Plenel. Il n’investiguait pas, lui. Il enquê­tait. Il avait d’ailleurs mouché l’inquiétant mous­tachu dans un livre de 2003, La face cachée du Monde, quand cet ancien trot­skiste dirigeait qua­si­ment le « grand quo­ti­di­en du soir ». Tel était Péan. », Morasse, Breizh Info, 30/07/2019

« L’œuvre de Péan est con­sid­érable et force le respect. Pas moins de 43 vol­umes qui racon­tent l’histoire de la sec­onde moitié du XXe siè­cle. Une his­toire française très fouil­lée. Un genre de Gax­otte mod­erne », ibid.

« Péan incar­nait un art du jour­nal­isme de plus en plus men­acé, selon l’édi­teur. Le mot inves­ti­ga­tion n’é­tait pas son favori. Il lui préférait celui d’en­quête. Il abhor­rait le ton inquisi­to­r­i­al. Le culte de la trans­parence était l’hor­reur absolue pour lui. Il ne s’est jamais servi de la vie privée », Alexan­dre Wick­ham, Albin Michel, cité par le Point 30/07/2019, op. Cit.

« Péan était un homme de gauche qui écrivait des choses qui pou­vaient plaire à la droite. Il ne se sou­ci­ait pas de plaire à tel ou tel. Sa lib­erté d’e­sprit était totale », ibid.

« Pierre Péan n’avait plus de carte de presse depuis 1987, car il ne pub­li­ait plus guère dans la presse et parce qu’il avait entamé un chemin soli­taire. Or le jour­nal­isme est un arti­sanat qui se pra­tique en col­lec­tiv­ité, au sein d’une rédac­tion et d’une entre­prise », Huff­in­g­ton Post, 29/07/2019

Pour beau­coup, il restera comme le jour­nal­iste ayant révélé l’affaire des dia­mants de l’empereur Bokas­sa, con­tribuant à la non-réelec­tion de Valéry Gis­card d’Estaing […] mais […] il a incar­né la sub­jec­tiv­ité voire les impass­es du jour­nal­isme engagé », Libéra­tion 27/07/2019

« Une solide inim­i­tié avec Edwy Plenel qu’il accu­sait de suiv­isme d’affaires judi­ci­aires en cours, quand lui, Péan, menait des enquêtes de sa pro­pre ini­tia­tive, tout seul dans son coin », ibid.

« Pierre Péan fut un des prin­ci­paux con­temp­teurs de la Françafrique, s’opposant frontale­ment à Jacques Foc­cart […] Au risque de la sub­jec­tiv­ité, dédoua­nant le régime libyen dans l’attentat con­tre le DC10 d’UTA […] et surtout prenant dans son livre Noires Fureurs, Blancs Menteurs (Mille et une nuits, 2005), le par­ti des Hutus con­tre les Tut­sis et en s’acharnant à rel­a­tivis­er le géno­cide du Rwan­da sans jamais y avoir mis les pieds », ibid.

« Pierre Péan détes­tait le terme « jour­nal­isme d’investigation », qu’il jugeait trop inquisi­to­r­i­al, trop accusatoire, trop « yan­kee ». Il préférait l’expression « enquête » qu’il jugeait plus con­forme à l’esprit français. Il avait surtout une vision human­iste et bien­veil­lante de son méti­er, rap­pelant à ceux qui le croi­saient qu’il fal­lait tou­jours « s’attacher à com­pren­dre les tra­jec­toires des per­son­nal­ités, sans les juger, sans les salir, tout en assumant la révéla­tion des faits », TéléObs, 25/07/2019

« J’ai prou­vé toute ma vie que je n’avais pas fais du traf­ic d’or­ganes. Lais­sez Péan ! Qu’il aille se faire foutre ! » Bernard Kouch­n­er, Agence Info Libre, févri­er 2014

« Le temps, c’est la seule garantie pour une inves­ti­ga­tion de qual­ité. Pierre Péan et moi faisons le même tra­vail. Mais l’écrit reste la base de l’investigation. » Jean-Robert Vial­let (prix Albert Lon­dres 2010), La Revue Médias n°26

« Cela fait des lus­tres que Pierre Péan fait enten­dre une très pro­fonde détes­ta­tion du jour­nal­isme d’investigation. (…) Cette détes­ta­tion du jour­nal­isme d’investigation, Pierre Péan l’éprouve vis­i­ble­ment de manière si vis­cérale qu’elle guide jusqu’à sa pro­pre plume. Observez tou­jours ce même ouvrage, « La Face cachée du Monde », truf­fé d’erreurs, d’approximations et de con­trevérités. Quand il l’écrit, Pierre Péan se laisse aller à ses humeurs et s’exonère de toutes les règles du jour­nal­isme d’enquête : la véri­fi­ca­tion, le recoupe­ment, la métic­u­losité, les témoignages con­tra­dic­toires. » Lau­rent Mauduit, La Revue Médias n°26

« La vision de Pierre Péan est un peu idéal­iste. Aujourd’hui, la presse ne dis­pose pas des moyens, en ter­mes de temps et d’argent, pour réalis­er ces enquêtes d’initiative. Nous sommes con­damnés à pren­dre des points d’appui, qui sont effec­tive­ment des sources ayant intérêt à ce qu’une infor­ma­tion sorte. Les jour­nal­istes ne se font pas seule­ment l’écho de sources poli­cières et judi­ci­aires, mais égale­ment économiques et poli­tiques. C’est un état de fait en France, les jour­nal­istes sont à la remorque des gens de pou­voir, de toute ten­dance poli­tique. » Nico­las Beau, La Revue Médias n°26

« À mon sens, Péan a mon­tré l’exemple — même si j’émets des réserves sur ses livres con­cer­nant Jacques Chirac et le Rwan­da —, en prenant le temps, avec sa ténac­ité paysanne. Il est l’honneur de la presse française. » Nico­las Beau, La Revue Médias n°26

« On se rap­pelle qu’à l’instar d’un Thier­ry Meyssan pub­liant son brûlot con­spir­a­tionniste sur les atten­tats du 11-Sep­tem­bre sans avoir jamais enquêté aux États-Unis, Pierre Péan n’a pas cru devoir se ren­dre au pays des mille collines pour écrire son Noires fureurs, blancs menteurs (2005), un livre ani­mé du souci impérieux d’exonérer les autorités français­es de toute respon­s­abil­ité. » Con­spir­a­cy Watch, 26 avril 2014

« Il ne fait désor­mais aucun doute que Pierre Péan s’est directe­ment inspiré de plusieurs sites con­spir­a­tionnistes pour écrire le para­graphe qu’il a con­sacré au groupe Bilder­berg dans son pam­phlet sur Kouch­n­er. » Con­spir­a­cy Watch, 12 avril 2009

« Tou­jours bonne à dire, la vérité est par­fois triste. La lec­ture du dernier livre de Pierre Péan con­sacré à Bernard Kouch­n­er laisse un sen­ti­ment d’immense gâchis, d’amère décep­tion. Ses révéla­tions acca­blantes ne sauraient réjouir tous ceux qu’inquiète l’effet délétère de la perte de con­fi­ance dans les élites. En met­tant à bas l’icône Kouch­n­er, Pierre Péan ne dévoile pas seule­ment une impos­ture per­son­nelle ; il nous oblige à faire le deuil d’un mythe auquel il ne fut pas mépris­able de croire : le souci des vic­times, la con­science des urgences, le bénévolat, la com­pas­sion, le droit-de‑l’hommisme. De tout cela il ne reste pas grand-chose après avoir refer­mé Le monde selon K. » Éric Conan, Mar­i­anne, 30 jan­vi­er 2009

« Dif­fi­cile, en effet, de se dire de gauche, comme il le fait, et d’accepter l’idée que, pen­dant la Révo­lu­tion, le peu­ple ait pu se révolter con­tre un pou­voir exer­cé au nom du peu­ple. » Jean Sévil­la, Le Figaro Mag­a­zine, 04 octo­bre 2008

Crédit pho­to : Rama via Wikimé­dia (cc)

Voir aussi

Related Posts

None found

Censure dans les médias et sur les réseaux sociaux

L'étau se resserre chaque semaine sur la liberté d'opinion et d'expression. Pour combattre la censure il faut déjà l'identifier.

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).