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Onfray et Zemmour : quand Szafran et Challenges atteignent des sommets de mauvaise foi

6 juin 2020

Temps de lecture : 7 minutes
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Onfray et Zemmour : quand Szafran et Challenges atteignent des sommets de mauvaise foi

Vendredi 29 mai 2020, sur Cnews, avait lieu un débat très intéressant entre deux fortes personnalités intellectuelles : Éric Zemmour et Michel Onfray. Cela s’est déroulé dans l’émission du premier, celle-là même que les médias convenus voulaient empêcher d’exister. Un débat de très bonne tenue intellectuelle, le regarder suffit à s’en convaincre, entre deux intellectuels échangeant des arguments et des idées, et non des invectives, tout en se laissant prendre la parole avec courtoisie et politesse. Un débat de cette qualité est assez rare à la télévision pour être remarqué. Que nenni ! Maurice Szafran et Challenges ne voient que le retour (masqué) de la bête immonde…

Mau­rice Szafran fut longtemps l’une des voix et des plumes de Mar­i­anne, heb­do­madaire dont il fut même l’un des co-fon­da­teurs avec Jean-François Kahn. Il en fut ensuite le patron. Il tra­vaille main­tenant pour Chal­lenges. C’est donc dans les pages d’un des mag­a­zines de la bien-pen­sance hyper-libérale que Szafran, qui s’affirmait pour­tant de gauche autre­fois, quand il avait table ouverte dans les stu­dios de I‑Télé et auprès de Léa Salamé, pour­suit son tra­vail de jour­nal­iste con­tem­po­rain.

Szafran : Onfray et Zemmour il n’aime pas ça

Le 1er juin, Safran pub­lie un arti­cle con­sacré au débat entre les deux intel­lectuels, débat dont la qual­ité ne l’émeut guère. Son titre ? « Quand Onfray et Zem­mour s’allient pour écarter Mélen­chon et Le Pen ».
Le cha­peau : « Le philosophe Michel Onfray et le jour­nal­iste-essay­iste Eric Zem­mour, lors d’un débat sur CNews, ont mon­tré un con­sen­sus idéologique et poli­tique de cir­con­stance entre la gauche lib­er­taire et la droite sou­verain­iste. Leur objec­tif com­mun? « Fab­ri­quer » un can­di­dat pop­uliste et sou­verain­iste en mesure de con­courir à l’élection prési­den­tielle de 2022. »

À l’époque d’i>Télé Mau­rice Szafran et Nico­las Dom­e­n­ach débat­taient tran­quille­ment avec Éric Zem­mour, non sans humour d’ailleurs. Il sem­ble que l’un des trois ait fait du chemin depuis, même si Szafran lui refuse, petite bassesse, le statut d’écrivain. Il est vrai que son arti­cle est du même niveau polémique que celui paru peu avant dans Le Monde au sujet de Michel Onfray.

Plusieurs points posent d’emblée ques­tion. Michel Onfray ne se recon­naît pas dans l’expression « gauche lib­er­taire », même s’il revendique son goût pour le con­cept philosophique et poli­tique, pour une rai­son sim­ple : il sait que l’expression réfère à « libéral-lib­er­taire », autrement dit à la gauche caviar, ce avec quoi il n’a rien à voir, con­traire­ment à Mau­rice Szafran si l’on en croit son par­cours et son lieu de tra­vail. Sec­ond point prob­lé­ma­tique : l’affirmation selon laque­lle les deux hommes « fab­ri­queraient », sous-enten­du ensem­ble, un futur can­di­dat pop­uliste et sou­verain­iste. Il n’est pas dou­teux que Zem­mour et Onfray œuvrent en faveur de la sou­veraineté mais le mot s’entend, et très claire­ment dans ce débat, au sens du peu­ple et de la nation. C’est le sens qu’ils don­nent à pop­uliste et sou­verain­iste, qu’ils refusent de laiss­er trans­former plus longtemps en gros mots.

Des points de désaccord

Les deux inter­locu­teurs n’étaient pas d’accord sur tout, loin de là, Zem­mour ayant goût pour une vision jacobine et cen­tral­isée du pou­voir, Onfray pour un pou­voir girondin et décen­tral­isé. Ce n’est pas une mince dif­férence, il n’empêche, pour Szafran, ce fut un débat « énamouré ». Ne plus crier, s’interrompre, s’insulter et s’invectiver sur un plateau de télévi­sion, c’est l’équivalent d’un mariage d’amour dans la tête de Mau­rice Szafran.

Y a‑t-il là une forme de jalousie, de ressen­ti­ment, un peu de haine peut-être ? Et le pire, out­re la manip­u­la­tion per­ma­nente, de ce que pro­duit la majorité des médias français actuels : « La déf­i­ni­tion même du con­sen­sus idéologique, poli­tique entre le « lib­er­taire » Onfray et nation­al­is­to-raciste Zem­mour. » Tant de mépris irra­tionnel en si peu de lignes, il y a du pathé­tique dans ces mots.

Maurice Szafran lâche sa bile

Il faut lire cela, un style et des pro­pos dignes de cer­tains jour­naux d’années que Szafran appré­cie pour­tant très peu : « Deux com­plices donc — l’un et l’autre bril­lants sur la forme- qui se ren­voy­aient la balle avec délice, se con­for­t­ant l’un l’autre quant aux malé­fices de la con­struc­tion européenne, du pro­gres­sisme mau­dit, lequel détru­it « nos valeurs », du libéral­isme qui mas­sacre la France, des « élites » et du pou­voir macro­niste coal­isés et voués à faire souf­frir le « peu­ple », des médias au ser­vice du « grand cap­i­tal », un « État pro­fond » — dernière inven­tion des com­plo­tistes de toute espèce — au ser­vice des puis­sances d’ar­gent par déf­i­ni­tion étrangères et cos­mopo­lites, etc. »

Il y a beau­coup dans ces lignes : Zem­mour et Onfray seraient des mal­fai­teurs de la pen­sée (« com­plices »), d’autant plus dan­gereux qu’ils sont « bril­lants sur la forme », dém­a­gogues en somme. Ils s’en pren­nent aux « malé­fices », à ce qui est « mau­dit », il y a donc un peu de sor­cel­lerie der­rière tout cela, s’opposent à la « destruc­tion », au « mas­sacre », aux « élites » (Onfray a pour­tant insisté, Zem­mour et Chris­tine Kel­ly étaient en accord, sur le fait que tous les trois font par­tie de l’élite et même des « rich­es », mais cela Szafran n’a pas voulu l’entendre). Il n’y croit sim­ple­ment pas, il pense assis­ter au retour des chemis­es brunes. Mais ce n’est pas tout : ils seraient anti­sémites aus­si, en s’attaquant aux « médias au ser­vice du grand cap­i­tal » (il est vrai que vu depuis Chal­lenges…), com­plo­tistes aus­si, car il y aurait un « État pro­fond ».

Szafran croit que c’est une inven­tion de com­plo­tiste, la notion est sim­ple­ment notion de géopoli­tique. Une notion du reste util­isée il y a moins d’un an par un poulain de Szafran, Emmanuel Macron, lors d’un som­met du G7, ce même poulain qui a récem­ment util­isé à plusieurs repris­es l’ expres­sion « chevauch­er le tigre », expres­sion dont aucun de ses con­seillers, pas plus que Szafran, ne paraît avoir été capa­ble de lui dire qu’il s’agit aus­si du titre d’un ouvrage célèbre du “sul­fureux” Julius Evola. Tant qu’à voir des anti­sémites partout, dès que les penseurs incrim­inés ne pensent plus comme les médias offi­ciels, Szafran pou­vait s’interroger sur cette expres­sion. Encore faudrait-il pour cela, comme au sujet de la notion d’État pro­fond, faire preuve d’un peu d’intérêt pour l’actualité et de cul­ture quant à ce que l’on pré­tend com­bat­tre. Julius Evola, ce n’est pas mince. L’un des récents édi­teurs de Chevauch­er le tigre, signé Evola, a résumé le livre ain­si : « Sans faire de con­ces­sions au spir­i­tu­al­isme human­i­taire et à son ascétisme frileux, l’auteur trace la fig­ure d’un type humain aris­to­cra­tique capa­ble de « chevauch­er le tigre », c’est-à-dire de trans­former en remède, en vue d’une libéra­tion intérieure, des proces­sus extrêmes presque tou­jours destruc­teurs pour la majorité de nos con­tem­po­rains. »

Avec Szafran et les milieux médi­a­tiques aux­quels tous les Szafran par­ticipent, comme avec Macron, la con­fu­sion règne à toutes les échelles, bien plus que dans le débat entre Zem­mour et Onfray, un débat où les posi­tions de cha­cun étaient au con­traire très claire­ment exposées. La con­fu­sion et le mélange des gen­res, Onfray y a d’ailleurs répon­du sur le site de sa revue bien­tôt disponible, Front pop­u­laire, dès avant le débat avec Zem­mour. Notons que l’accusation d’antisémitisme tombe tou­jours sur la fig­ure des con­tra­dicteurs du sys­tème offi­ciel des pou­voirs en place, dans les médias et sur le plan poli­tique ou cul­turel, si bien que ce fait, récur­rent, peut quand même com­mencer à pos­er sérieuse­ment ques­tion, hors « com­plo­tisme ».

Reste que pour Szafran il y aurait « sat­u­ra­tion » du débat intel­lectuel par « la dialec­tique sou­verain­is­to-nation­al­iste », nation­al-social­iste en somme, dans son esprit, une sat­u­ra­tion qui irait avec les attaques de Zem­mour et Onfray con­tre les « puis­sances d’argent par déf­i­ni­tion étrangères et cos­mopo­lites ». Pour enten­dre ces mots, lors du débat du ven­dre­di 29 mai, il fal­lait vrai­ment voir l’oreille prédis­posée.

Szafran gêné par la notion de préférence nationale

C’est une vieille his­toire qui date du temps où le Mar­i­anne de Szafran avait comme fonds de com­merce la lutte quo­ti­di­enne con­tre l’ex-Front nation­al. Il s’agissait de remon­ter les ventes pour combler le désar­roi d’un lec­torat ayant peu com­pris les accoin­tances de la rédac­tion avec Nico­las Sarkozy qui, s’il ne fut pas un adepte de la préférence nationale, se mon­tra en défenseur de « l’identité française ». On lou­voie un peu en lisant Szafran, selon les épo­ques et surtout les sup­ports de pub­li­ca­tion, au gré de ses pro­pres lou­voiements. Il demeure une dif­férence, selon Szafran, entre Zem­mour et Onfray : ce dernier, devenu « iden­ti­taire », ne som­bre pas dans « la xéno­pho­bie et le racisme ». Pour Szafran, la préférence nationale est une « anti­enne éculée des néo-fas­cistes et de l’extrême-droite ».

Une affir­ma­tion qui doit traduire une véri­ta­ble inquié­tude de sa part car si elle est vraie, alors c’est le monde entier qui est « néo-fas­ciste » puisque la préférence don­née à ses ressor­tis­sants nationaux est la pra­tique ultra majori­taire dans le monde, pra­tiquée par une écras­ante majorité des gou­verne­ments. C’est le con­traire, à l’image de la France, qui fait excep­tion et à voir la sit­u­a­tion, par exem­ple la capac­ité de pro­duc­tion de jihadistes pour le coup « fab­riqués » en France, ou des départe­ments tels que le 93, il n’est pas cer­tain que cette excep­tion soit un exem­ple pour qui pra­tique le sou­tien au plus proche en pre­mier, au plus loin­tain ensuite.

Szafran est trop fort, il a compris ce que complotent Zemmour et Onfray

Ils voudraient propulser sur le devant de la scène un can­di­dat sou­verain­iste et pop­uliste « sans oser l’avouer tout en le lais­sant enten­dre ». Une grosse ficelle : « l’extrême-droite » avance tou­jours masquée, tapis dans l’ombre… Vieille ren­gaine. Mais aus­si un men­songe éhon­té : Onfray ne cesse de dire qu’il ne sera en aucune façon can­di­dat mais qu’il aimerait con­tribuer à l’émergence d’une can­di­da­ture sou­verain­iste. Il y a pire : alors que Onfray, répon­dant à une ques­tion de Zem­mour, a expliqué son admi­ra­tion pour 1936, les avancées sociales, l’ambiance humaine pos­i­tive etc, Szafran voit dans le mot « front » et le fait de titr­er la revue « Front pop­u­laire » une volon­té de rassem­bler la « droite la plus rad­i­cale ». Là aus­si, en cas d’inquiétude de sa part, Szafran pour­rait s’interroger sur l’alliance passée à Lyon, pour les munic­i­pales, entre un Gérard Col­lomb dont il ne doit pas se sen­tir très éloigné, sans quoi il n’œuvrerait pas chez Chal­lenges, et un Lau­rent Wauquiez qu’il doit aus­si assim­i­l­er à la droite rad­i­cale. Ce n’est pas son sujet. Il préfère citer Jean-François Kahn, ce qui est l’occasion de rap­pel­er qu’il co-fon­da Mar­i­anne avec lui, un peu d’ego en pas­sant, pour qui la France renouerait avec une con­stante de son his­toire : le fas­cisme et l’antisémitisme en somme.

Et le peu­ple, sa sou­veraineté ? Mau­rice Szafran n’en dit rien, ce fut pour­tant l’objet du débat et c’est la rai­son d’être de la nais­sance de la revue Front pop­u­laire.

Il y a beau­coup de mots et d’accusations directes qui entr­eraient sans doute dans le cadre de procès en diffama­tion, mais Zem­mour et Onfray ont beau s’accepter rich­es, ils n’ont peut-être ni les moyens, ni le temps ni les avo­cats de Chal­lenges. Et peu envie de fer­railler avec un Mau­rice Szafran dont une mise à la retraite serait un bon signe envoyé à ceux qui aiment les débats de qual­ité et la lib­erté d’expression intel­li­gente fondée en argu­ments posés. Il y a beau­coup de ressen­ti­ment aus­si, envers son ancien bébé Mar­i­anne car « l’hebdo sou­tient ouverte­ment Onfray ». Mau­rice Szafran devrait se deman­der s’il n’est pas d’une autre époque. Il est peut-être venu le moment de rac­crocher les cram­pons, Mau­rice tu vois ce qui te reste à faire.

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