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Élections législatives : les dissensions de la droite passionnent les médias

16 juin 2024

Temps de lecture : 7 minutes
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Élections législatives : les dissensions de la droite passionnent les médias

Temps de lecture : 7 minutes

Le Rassemblement national n’a pas voulu d’Éric Zemmour, Marion Maréchal s’allie au RN sans emmener Reconquête, Éric Ciotti peine à convaincre tous les LR qui ne peuvent pas l’invalider pour autant… L’alliance des droites ne sera sans doute pas intégrale pour cette élection, et les médias ont à leur disposition un feuilleton de qualité.

La saga des Républicains, la fin de la droite traditionnelle ?

Chez Les Répub­li­cains, l’alliance con­clu par Éric Ciot­ti, prési­dent du par­ti, avec le Rassem­ble­ment nation­al, est un choc, un « séisme » con­state BFMTV, qui pré­cise que l’accord serait « rejeté par une majorité des électeurs français (58%) et des électeurs LR (56%) », selon un sondage Elabe, un sondage démen­ti par un autre du Figaro qui indique des électeurs LR favor­ables à l’alliance.

Les cha­peaux à plume du par­ti ont réa­gi en exclu­ant Éric Ciot­ti du par­ti, mais cette déci­sion illé­gale a été annulée par la jus­tice. Les Répub­li­cains refu­sant de s’allier au Rassem­ble­ment nation­al sont oblig­és de faire cam­pagne sans éti­quette, et pour le sec­ond tour, Le Point note que « les diver­gences sont per­cep­ti­bles au sein des LR sur l’at­ti­tude à adopter. »

En cas de sec­ond tour entre le Front pop­u­laire et le Rassem­ble­ment nation­al, François-Xavier Bel­lamy se prononce pour l’extrême-droite, et Flo­rence Portel­li, vice-prési­dente des LR, vote blanc.

Échec de l’alliance Reconquête-RN : qui est coupable ?

L’union des droites est un sujet cher à Recon­quête en général et à Éric Zem­mour en par­ti­c­uli­er. Pour­tant, que ce soit aux lég­isla­tives de 2022 ou aux européennes, per­son­ne, que ce soit aux Répub­li­cains ou au Rassem­ble­ment nation­al, ne voulait en enten­dre par­ler. Cette fois-ci, alors que le cor­don san­i­taire entre le RN et les LR saute timide­ment, à qui la faute si l’alliance entre le RN et Recon­quête n’a pas lieu ?

Libéra­tion affirme que « Mar­i­on Maréchal avait pris acte que Recon­quête ne sign­erait rien cette fois-ci non plus », tout en citant le com­mu­niqué de la tête de liste aux européennes, qui pointe plutôt une faute de Marine Le Pen et Jor­dan Bardel­la qui « ne souhait­ent aucune asso­ci­a­tion directe ou indi­recte avec Éric Zemmour ».

Le Figaro insiste sur le tor­pil­lage de la cam­pagne de Mar­i­on Maréchal par le cou­ple Zemmour/Knafo.

Implosion de Reconquête : Libération boit du petit lait

Mer­cre­di 12 juin, après deux jours de négo­ci­a­tion qui suiv­aient neuf mois de cam­pagne acharnée, coup de ton­nerre chez Recon­quête : une réu­nion vire au pugi­lat et s’achève en con­férence de presse. Mar­i­on Maréchal, Guil­laume Pelti­er, Nico­las Bay et Lau­rence Trochu, qua­tre des cinq députés européens du par­ti, annon­cent soutenir les can­di­dats du Rassem­ble­ment nation­al pour éviter l’accession au pou­voir de députés de gauche ou macronistes.

« Blessé », comme il le dit lui-même, Éric Zem­mour acte leur sor­tie du par­ti et annonce la présence de can­di­dats Recon­quête dans toutes les cir­con­scrip­tions ce qui sem­ble un peu ambitieux. Le divorce est total. Libéra­tion note que Mar­i­on Maréchal « est désor­mais élue, quand il [Éric Zem­mour] est con­damné à rester sim­ple com­men­ta­teur », ce qui s’apparente pour le jour­nal à un hold-up de qual­ité, et rap­pelle que Mar­i­on Maréchal est « régulière­ment soupçon­née d’être sur le point de retourn­er dans son anci­enne famille poli­tique », à savoir le Rassem­ble­ment nation­al. La ques­tion est sou­vent posée, ou la rumeur répan­due, par les journalistes.

Cepen­dant, Mar­i­on Maréchal répète régulière­ment, y com­pris lorsqu’elle a annon­cé soutenir les can­di­dats RN, qu’elle n’a pas l’intention de rejoin­dre leur par­ti. Libéra­tion, pour lequel le cli­mat à Recon­quête est « frat­ri­cide » note que « la saga des déchire­ments internes à Recon­quête au cours de cette cam­pagne des européennes ressem­ble à des impro­vi­sa­tions for­tu­ites motivées par les haines d’un micro­cosme resser­ré sur son noy­au », brossant ain­si sans sur­prise un por­trait d’une rare néga­tiv­ité pour un par­ti qui incar­ne tout ce qu’il déteste.

À droite, la « fanbase » de Zemmour essaie difficilement de se reconstituer

Au Jour­nal du dimanche, la sépa­ra­tion de Mar­i­on Maréchal d’avec Recon­quête ne passe pas. Le jour­nal titre qu’elle « recase ses proches au RN », et même que ces proches ont « qué­mandé au RN des investi­tures », pré­cisant qu’elle pro­pose des noms et que le Rassem­ble­ment nation­al est libre de les accepter ou pas. De quoi réduire l’alliance des droites à une vam­piri­sa­tion des autres par­tis par le Rassem­ble­ment national.

Alors que lun­di 11 juin, Jor­dan Bardel­la, Marine Le Pen et Mar­i­on Maréchal sem­blaient proches de s’entendre pour une alliance entre les deux par­tis avec 60 cir­con­scrip­tions dont 10 gagnables.

Une alliance finale­ment annulée par Jor­dan Bardel­la et Marine Le Pen le lende­main, pour une rai­son encore tue mais l’hostilité déclarée au RN d’Éric Zem­mour sem­ble en être le socle.

Oubliant les purges du Front populaire, la presse braque les projecteurs sur les déchirements de la droite

À droite comme à gauche, les négo­ci­a­tions sont âpres, que ce soit pour le partage des cir­con­scrip­tions, pour l’établissement des pro­grammes, pour le choix du Pre­mier min­istre (dont la déci­sion finale revient au Prési­dent) ou pour la sim­ple exis­tence de l’alliance.

Cer­tains titres se plaisent néan­moins à gom­mer les mésen­tentes de la gauche pour se con­cen­tr­er sur celles de la droite. Ain­si en est-il de Libéra­tion, pour qui « le psy­chodrame se pour­suit chez Les Répub­li­cains », et « les grands remous » chez Reconquête.

En revanche, du côté du Front pop­u­laire, tout irait très bien puisqu’il doit « présen­ter son pro­gramme, ce jeu­di 13 juin, à dix-sept jours du pre­mier tour des lég­isla­tives. » Si le titre recon­naît que l’identité du « pre­mier-min­is­tra­ble » n’est pas con­nue, on reste sobre. « François Ruf­fin est entré en cam­pagne à Amiens », « Jean-Luc Mélen­chon s’est dit « capa­ble » d’être Pre­mier min­istre » et Olivi­er Fau­re « se mon­tre tout de même pru­dent » quant à la can­di­da­ture de ce dernier. Rien n’est fait donc, mais per­son­ne ne se dis­pute, les com­bats de coqs sont pour la droite.

20 Min­utes con­firme que « Recon­quête et Les Répub­li­cains con­tin­u­ent de se déchir­er sur leur stratégie vis-à-vis du RN » alors que « la gauche sem­ble s’allier large­ment der­rière son nou­veau Front pop­u­laire ». Une alliance qui ne sat­is­fait pour­tant pas tous les électeurs au moment où LFI fait sa purge en refu­sant l’investiture à ses cri­tiques internes, Simon­net, Gar­ri­do et Cor­bière en font les frais, sus­ci­tant la colère de François Ruffin.

Au même moment Adrien Quat­te­nens béné­fi­cie de la clé­mence du chef dans la 1ère cir­con­scrip­tion du Nord dont il est le député sor­tant ; il n’a pas d’investiture offi­cielle mais il n’aura pas de can­di­dat de gauche con­tre lui, une astuce qui sent bon sa tam­bouille politicienne.

Et si Marine Le Pen préférait attendre un peu pour la victoire ?

En con­clu­sion pro­vi­soire, Dominique Reynié dans Le Figaro pense que Marine le Pen ne souhaite pas gag­n­er les lég­isla­tives et argumente :

« Marine Le Pen y voit sans doute une manœu­vre et ne veut pas s’y laiss­er pren­dre. Quelques signes indiquent qu’elle préfère ne pas gag­n­er les lég­isla­tives. Elle souhaite bien sûr aug­menter le nom­bre de ses députés, mais pas au point de devoir propulser le RN à Matignon et de l’im­pli­quer entière­ment dans la ges­tion du pays trois ans avant 2027. Marine Le Pen n’a aucun intérêt à voir son par­ti décevoir, échouer, s’épuis­er avant la prési­den­tielle. On a con­nu ça entre 1993 et 1995, lors de la cohab­i­ta­tion Mit­ter­rand-Bal­ladur. Le risque existe de voir sur­gir une Cham­bre ingou­vern­able, où le RN, les gauch­es, LR et Renais­sance for­meraient des groupes inc­on­cil­i­ables et dont aucun ne serait capa­ble de con­stituer une majorité. Les oppo­si­tions seraient alors ten­tées de tir­er prof­it de l’avène­ment d’une Assem­blée nationale ingou­vern­able pour met­tre en cause le choix et le moment de la dis­so­lu­tion et d’ex­iger la démis­sion du prési­dent ».

Une hypothèse raisonnable qui reste à confirmer.

Voir aus­si : Front pop­u­laire : qui croit à l’alliance de la gauche ? Un peu les médias !

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