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La Fédération européenne des journalistes demande à l’UE de faire… ce qu’elle reproche à la Hongrie

23 juin 2020

Temps de lecture : 4 minutes
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La Fédération européenne des journalistes demande à l’UE de faire… ce qu’elle reproche à la Hongrie

La FEJ demande des mesures plus fortes pour contrer la désinformation sur Internet, y compris « un régime de sanctions » contre les signataires du Code des bonnes pratiques contre la désinformation, c’est-à-dire Facebook, Google, Twitter, Mozilla, Microsoft ainsi que toute une liste d’annonceurs et agences publicitaires.

Algorithmes politiques

Ce Code de bonnes pra­tiques est un doc­u­ment adop­té sous l’égide de la Com­mis­sion européenne en octo­bre 2018. Il s’agit d’un mécan­isme d’auto-régulation des­tiné à lut­ter con­tre les fauss­es nou­velles et la dés­in­for­ma­tion cir­cu­lant sur les réseaux soci­aux, y com­pris en for­mant des équipes chargées de sig­naler ce qu’elles esti­ment être de fauss­es infor­ma­tions et par les mécan­ismes bien con­nus des médias soci­aux et des moteurs de recherche : les fameux algo­rithmes qui per­me­t­tent de met­tre en valeur les infor­ma­tions jugées cor­rectes et de source fiable tan­dis que l’on rend invis­i­bles celles qui sont jugées comme étant poten­tielle­ment men­songères ou provenant de sources jugées non fiables. Le prob­lème, c’est générale­ment la con­fig­u­ra­tion de ces algo­rithmes et aus­si le choix des experts chargés de sig­naler les « fauss­es nou­velles », comme lorsque Face­book a lancé avec huit médias français une opéra­tion de sur­veil­lance des infor­ma­tions fig­u­rant sur le réseau. Autre mécan­isme bien con­nu des médias alter­nat­ifs de droite qui se plaig­nent de la cen­sure dont ils sont vic­times de la part des médias soci­aux améri­cains : la pri­va­tion de revenus pub­lic­i­taires. On trou­ve ces buts claire­ment exposés dans la déc­la­ra­tion de sep­tem­bre 2018 de la com­mis­saire européenne chargée de l’économie et de la société numériques.

La FEJ veut aller plus loin

Au Par­lement européen, avant les élec­tions de 2019 où l’on craig­nait une poussée des « pop­ulistes » de droite, l’impact poli­tique de ce Code des bonnes pra­tiques con­tre la dés­in­for­ma­tion en ligne a été appré­cié à sa juste valeur. Néan­moins, pour la Fédéra­tion européenne des jour­nal­istes, qui réu­nit les prin­ci­pales asso­ci­a­tions de jour­nal­istes des pays de l’UE, comme pour l’Association des télévi­sions com­mer­ciales européennes et le Con­seil européen des édi­teurs, ce mécan­isme d’auto-régulation ne suf­fit pas. Il faut un régime de sanc­tions suff­isam­ment dures pour con­train­dre les plate­formes à lut­ter effi­cace­ment con­tre les fauss­es nou­velles et autres types de dés­in­for­ma­tion qui, on le sait d’expérience, cou­vrent aus­si mal­heureuse­ment les infor­ma­tions avérées mais qui ne vont pas dans le sens voulu par les censeurs. C’est ain­si que, en France, Face­book bloque ou cen­sure régulière­ment les comptes de médias de droite tout ce qu’il y a de plus pro­fes­sion­nels et sérieux : l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, le quo­ti­di­en Présent, TV Lib­ertésqui se plaint du rôle de Check­News de Libéra­tion dans la cen­sure qui l’affecte sur Face­book –, et même l’Obser­va­toire du Jour­nal­isme.

Facebook censure Génération Identitaire

Cer­tains thèmes sem­blent par ailleurs assez sys­té­ma­tique­ment cen­surés par Face­book. C’est par exem­ple apparem­ment le cas de toute présen­ta­tion du mou­ve­ment Généra­tion Iden­ti­taire sous un angle posi­tif et de toute présen­ta­tion cri­tique du sort qui leur est réservé par les médias et l’appareil politi­co-judi­ci­aire. On peut lire l’appel lancé à l’Union européenne et à la Com­mis­sion en anglais sur le site de la FEJ. Dans ce texte, il est en gros demandé à l’UE d’adopter le genre de régu­la­tions que l’on trou­ve en France dans cette fameuse loi Avia qui vient d’être large­ment rejetée par le Con­seil con­sti­tu­tion­nel. Les régu­la­tions mis­es à la poubelle par notre Con­seil con­sti­tu­tion­nel risquent donc de nous revenir par la fenêtre depuis Brux­elles avec les encour­age­ments d’associations de jour­nal­istes !

Le Covid comme prétexte

La Fédéra­tion européenne des jour­nal­istes explique toute­fois son appel par le fait qu’on aurait assisté à une vague de dés­in­for­ma­tion depuis le début de la pandémie de Covid-19, avec « des con­séquences sur les efforts de san­té publique ». « La crise du COVID a accéléré et ampli­fié l’impact de la dés­in­for­ma­tion en ligne, par­fois avec des con­séquences mortelles », écrit la FEJ dans son appel aux autorités européennes sans citer de cas par­ti­c­uli­er et sans rien dire sur les cas avérés de dés­in­for­ma­tion sur cette pandémie par les autorités publiques et les grands médias.

La FEJ et la Hongrie : double langage

L’Obser­va­toire du Jour­nal­isme a déjà relevé il y a quelques jours le para­doxe de voir une fédéra­tion d’associations de jour­nal­istes deman­der d’accentuer la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion en intro­duisant des sanc­tions con­tre les médias soci­aux qui man­queraient de dili­gence quand il s’agit de faire le tri entre les infor­ma­tions à dif­fuser et celle qui ne doivent pas l’être, plutôt que de s’inquiéter de la cen­sure poli­tique et idéologique qui se développe depuis plusieurs années sous cou­vert de chas­se aux « fake news ». Mais il y a un deux­ième para­doxe, et de taille, dans l’attitude des organes dirigeants très poli­tique­ment cor­rects de cette FEJ : le 31 mars, la même Fédéra­tion européenne des jour­nal­istes exigeait de l’UE qu’elle con­damne la Hon­grie pour avoir intro­duit avec l’état d’urgence anti-COVID la pos­si­bil­ité de pour­suiv­re et d’emprisonner les per­son­nes qui dif­fuseraient inten­tion­nelle­ment des infor­ma­tions qu’elles savent fauss­es et qui seraient de nature à gên­er la lutte con­tre la pandémie ou à semer la panique dans la pop­u­la­tion. L’état d’urgence hon­grois est aujourd’hui levé et per­son­ne n’a été mis en prison au titre de cette loi. En effet, même s’il y a bien eu quelques arresta­tions, elles n’ont pas don­né lieux à des pour­suites et les per­son­nes con­cernées ont immé­di­ate­ment été relâchées. Car con­traire­ment aux sanc­tions que demande la FEJ con­tre les médias soci­aux qui ne lut­teraient pas suff­isam­ment effi­cace­ment con­tre la « dés­in­for­ma­tion », les sanc­tions prévues dans la loi hon­groise néces­si­taient de pass­er par les tri­bunaux pour pou­voir les met­tre en œuvre.

En revanche une recherche Google avec le mot-clé « Avia » sur le site de la FEJ ne donne aucun résul­tat. Ces gens qui deman­dent plus de cen­sure en Europe n’ont apparem­ment jamais lancé d’appel con­tre l’adoption de la loi Avia en France, ce qui peut tout de même sur­pren­dre de la part d’une organ­i­sa­tion de jour­nal­istes.

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