Ojim.fr
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
Européennes 2024 : le Visegrád Post victime collatérale des attaques contre les conservateurs polonais

L’article que vous allez lire est gratuit. Mais il a un coût. Un article revient à 50 €, un portrait à 100 €, un dossier à 400 €. Notre indépendance repose sur vos dons. Après déduction fiscale un don de 100 € revient à 34 €. Merci de votre soutien, sans lui nous disparaîtrions.

17 avril 2024

Temps de lecture : 15 minutes
Accueil | Veille médias | Européennes 2024 : le Visegrád Post victime collatérale des attaques contre les conservateurs polonais

Européennes 2024 : le Visegrád Post victime collatérale des attaques contre les conservateurs polonais

Temps de lecture : 15 minutes

La Pologne est un peu loin pour les Français. Après avoir expliqué comment Donald Tusk limitait violemment la liberté d’expression pour le camp conservateur, nous revenons sur un cas pratique. Un cas d’école de la reductio ad Putinum appliquée à la droite conservatrice qui permet de mieux comprendre les méthodes de désinformation mises en œuvre par les grands médias gaucho-libéraux.

Un Russiagate polonais ?

« Nou­velles ram­i­fi­ca­tions polon­ais­es dans l’affaire du Rus­si­a­gate. Un site hon­grois, un heb­do­madaire polon­ais et un pro­pa­gan­diste russe ». Tel est le titre accrocheur d’un arti­cle pub­lié le 6 avril sur le site polon­ais OKO.press. Un site très engagé du côté de la gauche pro­gres­siste con­tre le camp con­ser­va­teur, fondé en 2016 avec l’aide du groupe médi­a­tique Ago­ra (qui compte des fonds sorosiens par­mi ses action­naires) et de son jour­nal Gaze­ta Wybor­cza dont il est une ver­sion encore plus engagée et encore moins tatil­lonne sur les méth­odes employées. Des méth­odes qui sont générale­ment très éloignées des règles de l’art en matière de jour­nal­isme et plus proches du mil­i­tan­tisme poli­tique, ce qui n’empêche pas OKO.press de dis­pos­er de moyens dont un site con­ser­va­teur comme le Viseg­rád Post ne peut que rêver.

L’article sur les « ram­i­fi­ca­tions polon­ais­es » du « Rus­si­a­gate » se fonde sur l’affaire du site inter­net Voice of Europe, basé en Tchéquie mais apparem­ment con­trôlé par des proches du Kremlin.

« Voice of Europe est un site inter­net, désor­mais fer­mé, enreg­istré en République tchèque et qui serait dirigé par des proches de Vladimir Pou­tine. Le Pre­mier min­istre tchèque, Petr Fiala, affirme que “l’activité de ce groupe s’étend au-delà des fron­tières de la République tchèque, il était égale­ment act­if au Par­lement européen” », pou­vait-on par exem­ple lire dans La Dépêche le 30 mars dernier.

Le site Politi­co, très en avant sur ce sujet, notam­ment pour impli­quer dans cette affaire des politi­ciens du par­ti alle­mand de droite AfD, dévoilait les détails du scan­dale le 29 mars :

« Le scan­dale a éclaté lorsque le gou­verne­ment tchèque a sanc­tion­né mer­cre­di un site d’information appelé Voice of Europe, qui, selon Prague, fai­sait par­tie d’une opéra­tion d’influence pro-russe. Le Pre­mier min­istre belge Alexan­der De Croo a déclaré jeu­di que la Russie avait approché des mem­bres du Par­lement européen (MEP) et les avait “payés pour pro­mou­voir la pro­pa­gande russe”. »

Ceci avant de sor­tir le 3 avril  un autre arti­cle inti­t­ulé « Le Rus­si­a­gate de l’UE frappe l’extrême droite alle­mande ».

Et les offi­ciels européens de clamer que cela con­firme les soupçons qu’ils nour­ris­saient de longue date. Sauf que Politi­co pré­cise déjà en chapô : « Un lég­is­la­teur de l’AfD sous pres­sion pour dire s’il a reçu un paiement de la part du réseau pro-russe. » Autrement dit, les preuves sem­blent moins solides que pour le Qatar­gate que ce Rus­si­a­gate pour­rait main­tenant nous faire oubli­er à l’approche des élec­tions européennes, ce qui est peut-être le but, vu le tim­ing : un rap­port pub­lié le 28 mars, moins de trois mois avant les élec­tions européennes, par le con­tre-espi­onnage tchèque et auquel le pre­mier à avoir eu accès est un jour­nal tchèque de gauche.

Le Visegrád Post impliqué ?

Nous avions par­lé du Viseg­rád Post, ce site en anglais, alle­mand et français spé­cial­iste des pays du Groupe de Viseg­rád ani­mé par une équipe fran­coph­o­ne, au moment de sa créa­tion en 2016. Nous l’avons cité à plusieurs repris­es depuis. Voici ce qu’en dit aujourd’hui le site polon­ais OKO.press en chapô :

« Des jour­nal­istes hon­grois et tchèques ont décou­vert un autre site d’information qui aurait été financé par la Russie dans le cadre du Rus­si­a­gate. Il s’agit du Viseg­rád Post hon­grois. Il n’a pas moins de qua­tre parte­naires polon­ais, dont le site de droite Do Rzeczy et le site lié Sovereignty.pl. »

Do Rzeczy est en fait un heb­do­madaire au pro­fil libéral-con­ser­va­teur et son site inter­net est dorzeczy.pl. Sovereignty.pl est le site en anglais de Do Rzeczy. Plus loin dans l’article d’OKO.press, il est encore fait men­tion d’un troisième site polon­ais, kurier.plus, qui appar­tient à une insti­tu­tion publique, l’Institut de coopéra­tion polono-hon­groise Wacław Fel­czak dont le directeur avait été nom­mé par le gou­verne­ment précé­dent (celui du PiS). Dans le long arti­cle d’OKO.press, il est en fait surtout ques­tion de politi­ciens de l’AfD qui pour­raient avoir reçu des sommes d’argent du média Voice of Europe, d’un agent du KGB biélorusse qui aurait été présent en Pologne en 2021 à un Forum économique où aurait aus­si été invité la même année l’assistant d’un député de l’AfD – un forum économique annuel que le Viseg­rád Post men­tionne sur son site par­mi ses parte­naires – et du fait que l’hebdomadaire Do Rzeczy, « est accusé depuis le début de la guerre [en Ukraine], y com­pris par la droite polon­aise, de dif­fuser de la pro­pa­gande russe ». En out­re, « son rédac­teur en chef, Paweł Lisic­ki, est soutenu par l’Institut Ordo Iuris depuis des années. » Il est en effet reproché à Do Rzeczy d’avoir été cri­tique de la pri­or­ité don­née par le gou­verne­ment du PiS aux intérêts ukrainiens par rap­port aux intérêts polon­ais, mais cela ne l’empêche pas en réal­ité d’être encore plus cri­tique de la Russie, et l’accusation selon laque­lle ce média dif­fuserait de la pro­pa­gande russe vient en fait du média OKO.press lui-même.

La men­tion d’Ordo Iuris n’est pas sans impor­tance, comme on le ver­ra un peu plus loin.

Une accusation vague, avec emploi du conditionnel

Mais intéres­sons-nous d’abord au cœur de l’accusation qui est car­ac­téris­tique des méth­odes employées pour ce genre de procès en con­nivences avec la Russie régulière­ment inten­tés depuis quelques années à la droite con­ser­va­trice et patri­ote par la gauche mon­di­al­iste et les libéraux en Europe et en Amérique :

« Des jour­nal­istes hon­grois et tchèques soulig­nent l’existence d’un sec­ond site qui, comme Voice of Europe, aurait été financé par des fonds russ­es. Il s’agit du site hon­grois Viseg­rád Post. » Or, nous dit l’auteur de l’article, « le Viseg­rád Post a qua­tre parte­naires offi­ciels en Pologne : l’hebdomadaire Do Rzeczy, le por­tail Sovereignty.pl, le site web Kuri­er Plus (appar­tenant à l’Institut Fel­czak) et le Forum économique. »

Mal­gré la longueur de l’article, OKO.press n’apporte toute­fois aucune pré­ci­sion à l’accusation selon laque­lle le Viseg­rád Post « aurait été financé par des fonds russ­es ». Rien. Toute l’accusation, qui sem­ble en fait vis­er les parte­naires polon­ais du Viseg­rád Post, est basée sur cette seule affir­ma­tion exprimée par pru­dence au con­di­tion­nel. Quelques médias hon­grois de gauche ont pour­tant brodé autour de ce site qui a béné­fi­cié un temps d’une sub­ven­tion du gou­verne­ment de Vik­tor Orbán (l’équivalent d’environ 10 000 € sur un an), mais même l’auteur d’OKO.Press a dû se ren­dre compte que les affir­ma­tions avancées n’étaient pas bien sérieuses puisque le choix a été fait de se con­tenter d’une affir­ma­tion pru­dente et incon­testable (« Des jour­nal­istes hon­grois et tchèques soulig­nent l’existence d’un sec­ond site qui, comme Voice of Europe, aurait… »). De cette manière, d’autres pour­ront désor­mais dire que « des jour­nal­istes hon­grois, tchèques et polon­ais soulig­nent l’existence d’un sec­ond site qui, comme Voice of Europe, aurait… ». Et l’on recon­naît bien là une tech­nique de dés­in­for­ma­tion clas­sique qui con­siste à faire exis­ter et cir­culer des rumeurs sur Internet.

Reductio ad Putinum post mortem

Et quand bien même l’affirmation se trou­vait par extra­or­di­naire con­fir­mée, OKO.press devrait s’en réjouir : en mal de finance­ments après la fin de son parte­nar­i­at avec le quo­ti­di­en con­ser­va­teur hon­grois Mag­yar Nemzet en 2022, quand ce jour­nal a mis fin à tous ses parte­nar­i­ats pour faire des économies, l’équipe du Viseg­rád Post a finale­ment jeté l’éponge fin 2023 et ne pub­lie plus d’articles depuis le début de l’année. Et donc si le Viseg­rád Post avait effec­tive­ment été financé par la Russie, ce serait l’indication que Pou­tine n’a plus un rond pour ses opéra­tions d’influence en Europe.

Quand à ces fameux parte­nar­i­ats des entités polon­ais­es com­pro­mis­es par leurs liens avec un site qui « aurait été financé par des fonds russ­es », il s’agit en réal­ité de reprise et de tra­duc­tion de cer­tains de leurs arti­cles par le Viseg­rád Post. Ce site se tar­guait en effet de présen­ter le point de vue con­ser­va­teur des pays du Groupe de Viseg­rád, et quoi de plus naturel dans cette sit­u­a­tion que de repren­dre des arti­cles de ces médias et de se van­ter de ce type de parte­nar­i­ats informels ? D’après nos infor­ma­tions, il s’agissait de repris­es d’articles non rémunérées, sauf dans le cas du site Sovereignty.pl, pour une courte péri­ode (env­i­ron un trimestre) l’année dernière, quand le Viseg­rád Post a traduit en français et en alle­mand et pub­lié en trois langues, chaque semaine, des arti­cles orig­inelle­ment pub­liés en anglais par Sovereignty.pl (et dont cer­tains étaient eux-mêmes des tra­duc­tions d’articles préal­able­ment pub­liés en polon­ais dans Do Rzeczy). C’est donc Sovereignty.pl qui a rémunéré un temps le Viseg­rád Post pour ses ser­vices et pas l’inverse, et l’on com­prend mal, à la lec­ture de l’article d’OKO.press, en quoi ces « parte­nar­i­ats » avec un site hon­grois qui « aurait été financé avec des fonds russ­es » seraient com­pro­met­tants pour ces médias polon­ais de droite. Quand on lit les arti­cles du Viseg­rád Post traduits de ces médias polon­ais, on cherche d’ailleurs en vain de la pro­pa­gande russe, et l’on se demande non seule­ment où sont passé les rou­bles du Krem­lin mais aus­si à quoi ils auraient servi. Pré­cisons ici que l’on ne trou­ve aucun arti­cle repris du site Voice of Europe dans les archives du Viseg­rád Post.

Les vraies cibles sont en Pologne

OKO.press met aus­si en cause l’Institut Ordo Iuris, une organ­i­sa­tion con­ser­va­trice d’avocats polon­ais, avec des argu­ments non moins ténus : « Il mérite d’être souligné que [le rédac­teur en chef de Do Rzeczy] Paweł Lisic­ki est soutenu par l’Institut Ordo Iuris depuis des années. Lorsque Google a retiré de YouTube, en 2019, des émis­sions dans lesquels Lisic­ki présen­tait son point de vue sur l’« idéolo­gie LGBT », Ordo Iuris est inter­venu sur le plan juridique et l’a ensuite représen­té lors d’un procès con­tre Google (le tri­bunal a rejeté la demande). »

Cette affir­ma­tion est vraie, mais ici encore le lecteur atten­tif s’interroge sur ce qu’il pour­rait bien y avoir de com­pro­met­tant dans ce sou­tien de l’Institut Ordo Iuris à un jour­nal­iste frap­pé par la cen­sure de la Big Tech améri­caine, Ordo Iuris étant une ONG con­ser­va­trice qui revendique de défendre les droits de l’homme tels qu’ils étaient com­pris par les auteurs de la Déc­la­ra­tion des droits de l’homme : droit à la vie, droit à la lib­erté d’expression, etc. Une organ­i­sa­tion qui défend aus­si par exem­ple, le droit des agricul­teurs à man­i­fester et une organ­i­sa­tion qui a le tort aux yeux des médias du groupe Ago­ra financé par George Soros de cri­ti­quer le gou­verne­ment européiste de Don­ald Tusk pour ses atteintes à l’État de droit.

Cet arti­cle d’OKO.press visant le Viseg­rád Post s’inscrit donc dans une série d’articles reprochant à l’Institut Ordo Iuris ses sup­posés finance­ments russ­es (qui ne sont pas plus étayés que ceux reprochés ici au Viseg­rád Post) et ses sup­posées sym­pa­thies pour Moscou. Pensez donc ! Ordo Iuris ne con­damne pas la fameuse loi russe qui inter­dit la pro­pa­gande LGBT en direc­tion des mineurs. Voici une preuve de con­nivence avec la Russie que n’effaceront pas, aux yeux de la gauche LGBT (dont OKO.press fait par­tie) les rap­ports d’Ordo Iuris sur les crimes de guerre com­mis par la Russie en Ukraine et ses appels à traduire Vladimir Pou­tine en jus­tice. Pour la gauche polon­aise, la meilleure preuve qu’Ordo Iuris est du côté de la Russie, c’est non seule­ment son oppo­si­tion aux reven­di­ca­tions du lob­by LGBT, mais aus­si ses cam­pagnes con­tre la cen­tral­i­sa­tion de l’Union européenne et pour la défense de la sou­veraineté nationale ain­si que son oppo­si­tion au Pacte vert européen tel qu’il est mis en œuvre aujourd’hui. En cela, la méth­ode et les cibles de la stratégie de reduc­tio ad Putinum employées en Pologne ne dif­fèrent pas de ce qui se fait ailleurs en Europe et en Amérique.

Une « internationale anti-avortement » dirigée depuis Moscou ?

Un des derniers arti­cles à charge con­tre cette organ­i­sa­tion con­ser­va­trice polon­aise, écrit dans le même style que celui d’OKO.press, c’est-à-dire en cher­chant à tiss­er des liens qui ne prou­vent rien mais qui ser­vent à créer l’impression qu’il exis­terait un réseau d’influence russe dont Ordo Iuris ferait par­tie, a été pub­lié le 22  mars dernier par le site Onet.pl sous le titre « L’internationale anti-avorte­ment sous la tutelle du Krem­lin. Nous révélons les cour­riels du groupe dans lequel opère Ordo Iuris ». Même si cet arti­cle rédigé par une mil­i­tante pro-avorte­ment et pro-LGBT n’a pas été repris en dehors de quelques médias mar­gin­aux très mar­qués à gauche, Onet.pl, qui l’a pub­lié, est le plus gros site Inter­net en Pologne et il appar­tient au groupe ger­mano-suisse Ringi­er Axel Springer, ce qui illus­tre bien les con­séquences de la sit­u­a­tion que nous décriv­ions récem­ment dans les colonnes de l’Observatoire du Jour­nal­isme sous le titre : « Soros et Ringi­er Axel Springer se parta­gent désor­mais les médias polon­ais ».

Ce « groupe dans lequel opère Ordo Iuris », décrit par la mil­i­tante fémin­iste comme une « secte inter­na­tionale », est en fait un sim­ple forum d’échanges par cour­riel for­mé par des organ­i­sa­tions con­ser­va­tri­ces de dif­férents pays, Agen­da Europe (renom­mé aujourd’hui Vision Net­work), et dont les e‑mails sont tombés il y a peu, entre les mains des réseaux sorosiens. Le site open­Democ­ra­cy,  lié aux fon­da­tions de George Soros, par­lait ain­si de « mil­liers de cour­riels échangés entre les mem­bres d’Agenda Europe qui ont été vus par open­Democ­ra­cy et un petit groupe de jour­nal­istes européens ». Plusieurs jour­naux de gauche en ont en effet par­lé, mais sans que cela ne fasse beau­coup de bruit car, mal­heureuse­ment pour eux, ces mil­liers de cour­riels ne con­te­naient apparem­ment rien de bien com­pro­met­tant pour leurs auteurs.

Insinuations et suppositions

Notons que dans l’article pub­lié sur Onet.pl par la fémin­iste Kle­men­ty­na Suchanow, on ne trou­ve qu’insinuations et sup­po­si­tions, mais aucune affir­ma­tion claire con­cer­nant les liens sup­posés d’Ordo Iuris avec le Krem­lin ou des finance­ments russ­es. Rien d’étonnant à cela : l’organisation d’avocats ayant déjà inten­té un procès en diffama­tion à Suchanow pour son livre  « To jest woj­na. Kobi­ety, fun­da­men­tal­iś­ci i nowe śred­niowiecze ») (C’est la guerre. Les femmes, les fon­da­men­tal­istes et le nou­veau Moyen-Âge) paru en 2020, celle-ci est désor­mais plus prudente.

Comme dit plus haut, le but recher­ché, c’est ensuite de faire cir­culer la reduc­tio ad Putinum sur Inter­net et dans les médias chaque fois qu’il sera ques­tion de l’organisation con­ser­va­trice visée. C’est ain­si qu’un jour­nal comme Libéra­tion affir­mait en 2020 :

« D’après l’enquête menée par les jour­nal­istes indépen­dants Kle­men­ty­na Suchanow et Tomasz Piątek, ain­si que par la Grande Coali­tion pour la lib­erté et le choix (WKRW) réu­nis­sant plus de 100 organ­i­sa­tions qui lut­tent pour les droits des femmes en Pologne, Ordo Iuris est en par­tie financé par l’État polon­ais. Selon les mêmes sources, l’organisation entre­tient des liens avec des oli­gar­ques russ­es pro-Krem­lin qui pour­raient égale­ment se trou­ver à l’origine de son finance­ment. Ordo Iuris nie, bien évidem­ment, tout lien avec le Krem­lin et intente des procès à tour de bras à quiconque sug­gère le con­traire. »

Ordo Iuris a tou­jours revendiqué de ne vivre que de dons privés provenant prin­ci­pale­ment de petits dona­teurs polon­ais et de ne béné­fici­er d’aucun finance­ment pub­lic. Per­son­ne n’a jamais prou­vé le con­traire et per­son­ne n’a jamais prou­vé l’existence d’un quel­conque finance­ment russe en faveur de cette organ­i­sa­tion, mais qu’importe : qui des lecteurs de Libéra­tion ira véri­fi­er ? Et com­ment le pour­raient-ils, d’ailleurs ?

Faux journalistes, mais vrais militants

Pour don­ner une idée du per­son­nage de Kle­men­ty­na Suchanow, voici une cita­tion qui lui est attribuée dans un arti­cle de jan­vi­er 2021 du Visegrád Post, inti­t­ulé « Avorte­ment : la Révo­lu­tion espérée par l’extrême gauche polon­aise fait un flop » : « Il y a quelques années j’ai fait la con­stata­tion tac­tique que la Grève des femmes allait chang­er le monde et j’ai décidé d’être avec cette force. Quand des jeunes ont com­mencé à nous rejoin­dre, j’ai su que cette union amèn­erait le change­ment. Main­tenant, c’est en train de se pass­er. Putain (sic.), je suis comblée. On a la révo­lu­tion ! ». Pré­cisons que cette « grève des femmes » est l’organisation qui a mené les man­i­fes­ta­tions con­tre la déci­sion de la cour con­sti­tu­tion­nelle polon­aise ayant inter­dit fin 2020 les avorte­ments motivés par une anom­alie ou une mal­adie grave de l’enfant à naître, l’accès à l’avortement étant déjà très restreint en Pologne depuis 1993.

Pour ce qui est de ce Tomasz Piątek et ses méth­odes (sim­i­laires à celles de Suchanow), voir notre arti­cle paru en 2018 sous le titre « Le prix de la lib­erté de la presse de RSF pour un jour­nal­iste polon­ais en dit plus long sur RSF que sur la Pologne ». En 2022, le jour­nal Gaze­ta Wybor­cza a obtenu de l’Institut d’Ordo Iuris l’abandon de pour­suites en diffama­tion en reti­rant de son site une série d’articles de Tomasz Piątek accu­sant l’ONG con­ser­va­trice de béné­fici­er de finance­ments russ­es et en affichant une déc­la­ra­tion à la place de ces arti­cles. Suchanow est aujourd’hui plus pru­dente que ne l’avait été Piątek et elle se con­tente de dire qu’Ordo Iuris serait financé par l’organisation Cit­i­zen­Go qui aurait elle-même reçu des fonds d’oligarques russ­es. Sans pou­voir se pronon­cer sur les finance­ments de Cit­i­zen­Go (les affir­ma­tions de Suchanow sont assez vagues), Me Jerzy Kwaśniews­ki, le prési­dent d’Ordo Iuris, que nous avons inter­rogé, explique que la mil­i­tante pro-avorte­ment se réfère prob­a­ble­ment à une con­férence organ­isée par son organ­i­sa­tion à Varso­vie en 2016, quand Cit­i­zen­Go avait eu à vers­er à Ordo Iuris, comme les autres organ­i­sa­tions par­tic­i­pantes, une par­tic­i­pa­tion aux coûts de la conférence.

Quant à Anna Mierzyńs­ka, l’auteur de l’article d’OKO.press qui s’en prend à Ordo Iuris et à des médias de droite polon­ais en se ser­vant du site fran­co-hon­grois Viseg­rád Post, elle se vante sur son compte X (ex-Twit­ter) d’avoir pub­lié un livre inti­t­ulé « Effet destruc­teur. Com­ment la dés­in­for­ma­tion affecte nos vies.» (Efekt niszczą­cy. Jak dez­in­for­ma­c­ja wpły­wa na nasze życie.). Et elle assure : « Je forme à la détec­tion de la dés­in­for­ma­tion. » On dit que les pirates infor­ma­tiques sont les mieux qual­i­fiés pour assur­er la sécu­rité des sys­tèmes infor­ma­tiques, et il en va peut-être de même pour la dés­in­for­ma­tion : est-ce que ce ne sont pas les dés­in­for­ma­teurs eux-mêmes qui peu­vent le mieux nous expos­er leurs pro­pres méth­odes et nous pré­mu­nir con­tre elles ?

Vidéos à la une

Derniers portraits ajoutés