Accueil | Actualités | Médias | Hebdomadaires et mensuels : que lit-on à la Une des magazines ? (1)
Pub­lié le 16 décembre 2017 | Éti­quettes : , , , , , , , ,

Hebdomadaires et mensuels : que lit-on à la Une des magazines ? (1)

Le mois de novembre 2017 a été agité en France. Le PAF s’est enflammé dans tous les sens : porcs sur twitter, écriture inclusive, harcèlement, Obono, Plenel et Tariq Ramadan, prières de rue, cigarettes et cinéma, féminisme devenu délirant, réécriture de l’Histoire… Une actualité chargée. Et une occasion pour l’Observatoire de jeter un œil aux couvertures des magazines en fin de mois : sur quoi titrent nos hebdomadaires et nos mensuels fin novembre/début décembre 2017 ?

Le Figaro Magazine ne surprend pas

Le Figaro Magazine ne surprend pas : les élections internes au parti Les Républicains approchent, l’hebdo entérine la victoire annoncée de Laurent Wauquiez et présente l’homme politique en Une. La photographie est celle d’un jeune premier. Cette fois, Le Figaro Magazine suit une certaine mode : de Macron à l’Autriche, les jeunes gueules d’amour ou têtes de gendres idéaux semblent devenir l’alpha et l’oméga de la vie politique. En tout cas, sur cette Une Le Figaro Magazine ne prend guère de risques : pas de sujet qui fâche.

Bien sûr, Wauquiez est parfois annoncé dans une certaine presse, France Inter par exemple, comme un homme de droite « identitaire » mais personne n’y croit. Pas même lui. Ni Le Figaro Magazine du 1er décembre. Une telle couverture zen du Figaro Magazine, c’est assez rare pour être remarqué. L’hebdomadaire est plus souvent habitué des couvertures choc, comme celle-ci datée du 6 octobre 2017.

MinuteTout comme Minute, sur sa droite.

Trois titres qui évitent le « politiquement correct » ; une charge contre la Commission européenne et cette UE qui détruit l’économie française, ruine l’industrie et pousse nombre de citoyens au chômage ; le titre d’un article sur la manière dont un syndicat étudiant islamiste profite du laxisme des autorités dites laïques pour faire de l’entrisme politique dans les facultés ; un autre sur la manière dont la culture lesbienne « a le vent en poupe en Europe ». Patriotisme, racines, identité, déconstruction sociétale dénoncée. Tout ce que détestent les médias bobos est dans Minute. L’hebdomadaire a rarement bonne presse, les médias officiels préférant le fuir comme la peste.

PolitisDe l’autre côté de l’échiquier politique, si l’on en croit les classifications officielles : Politis.

L’hebdomadaire des gauches dites radicales se pose les mêmes questions que le Figaro Magazine au sujet de son propre camp politique, sur un ton et une image plus badin bobo : avec ce « Chacun cherche sa voie », et l’organisation des images sur la couverture, on aura reconnu l’affiche du film de Klaplish Chacun cherche son chat. Détournement un peu facile sans doute mais qui n’est pas anodin : le mouvement des visages placés au centre conduit de Clémentine Autain à Danièle Obono en passant par Jean-Luc Mélenchon. Comme si la députée proche des Indigènes de la République représentait une sorte de « voie » d’avenir. Si tel était le cas, gageons que les tirages et les ventes des magazines remonteraient, tant Obono n’a pas son pareil pour la provocation. Un autre titre annonce un portrait de Wauquiez. Au vitriol. La France qui vient : Obono versus Wauquiez.

Valeurs ActuellesPour Valeurs Actuelles, ce sont justement toutes les Autain et Obono de France et de Navarre qui sont une vraie menace. L’hebdomadaire titre, à travers le visage d’Audiard et de la bête polémique qui lui a été faite peu avant, sur toutes les tentatives en cours de déconstruction de la réalité.

Début novembre, une certaine presse libérale libertaire s’était crue obligée d’accuser Audiard d’antisémitisme, de collaboration etc. Reductio ad hitlerum tendance Les Inrocks, rien que de très banal dans les médias officiels. Sauf que ce genre d’accusation fait immédiatement le tour des radios et qu’elle est vite assénée comme une vérité indiscutable. Elle arrive qui plus est en pleine chasse au mâle blanc européen sur fond de « balance ton porc ».

Valeurs Actuelles apporte dans son numéro de la semaine la preuve de l’engagement résistant d’Audiard. Que croyez-vous qu’il advint ? Les médias accusateurs cessèrent d’accuser. Relayèrent-ils les arguments et preuves apportées par l’hebdomadaire classé à droite ? Que nenni ! Pas de fake news cette fois-ci dans la presse officielle, juste des silences tombant à pic. Dans le même temps, les mêmes Inrocks essaient de faire oublier la Une consacrée peu avant à Bertrand Cantat, Une à la polémique cependant financièrement utile, en prenant la défense de l’« enquêtrice la plus populaire de France », Élise Lucet, dont les émissions auraient dit-on été menacées par un pouvoir politique soucieux de restructurer l’audiovisuel public.

L’humour de cette Une peut sembler désastreux, entre comique anticlérical éculé et raëlisme infantile. Notons qu’en termes de couverture paraissant sortie en droite ligne du siècle passé, Les Inrocks sont concurrencés cette même semaine par L’Obs.

L’hebdomadaire de la gauche caviar voudrait expliquer pourquoi le ministre Hulot reste au gouvernement après avoir avalé sa casquette. Pas vraiment besoin au fond d’un hebdomadaire pour le deviner . Que voter pour la couverture la plus mauvaise ? Inrocks ? Obs ? À moins que L’Express n’ait proposé encore plus nul : les vaccins sont bien dans l’actualité mais… difficile de faire plus marronnier et tentative de se raccrocher aux branches d’un lectorat en raréfaction. Là aussi, pour survivre, un bon coup de jeunisme semble nécessaire. Inrocks, L‘Obs, L’Express… l’état paraît critique, au vu de telles couvertures.

Heureusement Marianne vint. À la Une ? Comme Valeurs Actuelles. Tous les sujets qui fâchent depuis le début du mois de novembre.

Et tous les sujets qui sonnent juste, en prise directe avec l’actualité concrète : en ce mois de novembre 2017, une certaine forme de censure est en effet à l’ordre du jour, sous l’aspect d’offensives visant à déconstruire la langue, les relations hommes/femmes, l’école, l’histoire de la France et de l’Europe… Il est intéressant de voir que sur de tels sujets, autrement dit sur des sujets d’une réelle gravité, Marianne et Valeurs actuelles se rejoignent en grande partie.

Les magazines paraissant actuellement en France semblent ainsi divisés en deux catégories : ceux qui ne parlent d’aucun sujet préoccupant les Français (Inrocks, L’Obs, L’express, Politis… aux couvertures vides de réalité) ; ceux qui, au contraire, n’hésitent pas à mettre des mots sur ce qui se passe dans la vie quotidienne des Français (Marianne, Valeurs Actuelles, Le Figaro Magazine parfois…). Aux côtés de ces derniers, il convient d’ajouter certains mensuels parus tout début décembre, comme Causeur.

Lequel, on le voit, ne craint pas de nommer et montrer le réel quotidien du pays dans lequel la presse magazine s’écrit actuellement. Ou encore ce nouveau mensuel, L’Incorrect, qui, en son numéro 4, en appelle au conservatisme et au sens des limites.

Marianne, Valeurs Actuelles, Minute, Figaro Magazine, Causeur, L’Incorrect… Si on ajoute à ces médias des mensuels comme Le Monde Diplomatique ou La Nef par exemple, il n’est pas interdit de penser que, contrairement à ce qui se dit trop facilement, il y a bel et bien une presse magazine vendant autre chose que du vide en France. À condition de ne pas se tromper de rayon.

Ce contenu a été financé par les donateurs de l'OJIM

Ce portrait a été financé par les donateurs de l'OJIM

Aider l'Observatoire du journalisme, c’est contribuer au développement d’un outil indépendant, librement accessible à tous et à votre service.

Notre site est en effet entièrement gratuit, nous refusons toute publicité et toute subvention - ce sont les lecteurs/donateurs qui assurent notre indépendance. En donnant 100 € vous financez un portrait de journaliste et avec l'avantage fiscal de 66% ceci ne vous coûte que 33 €. En donnant 200 € vous financez un dossier. Vous pouvez régler par CB, par PayPal, par chèque ou par virement. Rejoignez les donateurs de l'Ojim ! Nous n'avons pas d'autres sources de financement que nos lecteurs, d'avance merci pour votre soutien.

100% récolté
Nous avons récolté $185 sur $2. Vous appré­ciez notre tra­vail ? Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim !

Suivez-nous sur les réseaux sociaux