Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Antisémitisme en France ? Le Monde 0 / Marianne 1 !

4 janvier 2018

Temps de lecture : 4 minutes
Accueil | not_global | Antisémitisme en France ? Le Monde 0 / Marianne 1 !

Antisémitisme en France ? Le Monde 0 / Marianne 1 !

[Red­if­fu­sion – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 14/11/2017]

Le vendredi 3 novembre, le quotidien Le Monde titrait : « En France un antisémitisme du quotidien ». Sept jours plus tard, l’édition de Marianne datée du 10 au 16 novembre 2017 mettait à son tour en Une l’indéniable montée de l’antisémitisme sur le territoire : « La France malade de l’antisémitisme ». Confronter les deux analyses du phénomène aide à saisir le malaise d’une partie des médias face à la nature de cet antisémitisme. Décryptage.

Tous les indi­ca­teurs le sig­na­lent : l’antisémitisme se développe de nou­veau en France. Le phénomène n’est pas neuf et a déjà été repéré durant la pre­mière décen­nie du siè­cle. Dans un pays qui d’évidence n’est pas anti­sémite et où pour­tant 40 % des actes racistes visent des juifs qui ne représen­tent qu’1 % de la pop­u­la­tion, la manière de traiter médi­a­tique­ment le fait de l’antisémitisme n’est pas anodine. Face à face ? Le Monde et Mar­i­anne.

Le Monde semble rencontrer des difficultés avec le réel

Le Monde semble rencontrer des difficultés avec le réelLe quo­ti­di­en du soir indique que la stèle érigée en hom­mage à Ilan Hal­i­mi a été pro­fanée à Bag­neux (Hauts-de-Seine), oubliant de sig­naler que ce n’est pas la pre­mière fois. Ilan Hal­i­mi avait été enlevé en 2006, « parce que les juifs ont de l’argent » d’après la dépo­si­tion des coupables, tor­turé dans une cave de l’ancienne ban­lieue rouge, longtemps tenue par le PCF et ses séna­teurs Hen­ri Rav­era puis Jea­nine Jam­bu. D’ailleurs, com­mu­niste Bag­neux l’est rede­v­enue. Le Monde indique qu’un tiers des actes racistes sig­nalés en France le sont con­tre des juifs, et donne la parole à des témoins. Le quo­ti­di­en insiste aus­si sur le fait que cet anti­sémitisme effec­tive­ment devenu « quo­ti­di­en » s’est banal­isé. Par con­tre, la Une omet de sig­naler qui sont les assas­sins d’Ilan Hal­i­mi, dont le corps avait été aban­don­né encore vivant près d’une voie de RER, où il a suc­com­bé à la haine de ses meur­tri­ers. Elle n’indique rien non plus sur la soci­olo­gie des pop­u­la­tions dévelop­pant cet anti­sémitisme dans les ban­lieues.

Qu’en est-il dans les pages du jour­nal ? « Insultes, intim­i­da­tions, tags, vio­lences… », l’antisémitisme se vit au quo­ti­di­en. L’enquête du Monde indique que cet anti­sémitisme use de « vive la Pales­tine » ou « vive daech » mais quand elle détaille une agres­sion d’un genre « devenu banal » les mots employés pour désign­er les délin­quants sont « les jeunes du quarti­er » ou « l’entourage hos­tile ». Ce qui est mis en avant est plutôt le lien sup­posé entre cet anti­sémitisme et les péri­odes d’intifada en Israël. Comme si le développe­ment de la haine des juifs en France résul­tait avant tout de ce qui se passe dans ce pays. À cette cause s’ajouterait l’endoctrinement néga­tion­niste par le biais d’internet.

Ce qui frappe ? L’incapacité du Monde à dire les sim­ples mots du réel : l’antisémitisme actuelle­ment en développe­ment ne tient plus autant au con­flit israé­lo-pales­tinien qu’avant mais sem­ble devenu une con­stante des quartiers majori­taire­ment musul­mans. Et « l’entourage hos­tile » évo­qué est celui de quartiers à très forte dom­i­nante musul­mane, où des pro­fils du type de Meh­di Meklat sont nom­breux. À pro­pos de ce dernier, l’enquête du quo­ti­di­en se fait atten­dre.

Et Marianne ? Sur ce sujet, l’hebdo n’a pas peur des mots

Et Marianne ? Sur ce sujet, l’hebdo n’a pas peur des motsMar­i­anne titre sur un anti­sémitisme dont la France serait mal­adi­ve­ment atteinte. L’hebdomadaire ne craint pas de nom­mer la souche du germe : l’islam et les « islamo-mafieux qui propa­gent l’obsession anti­juive ». C’est une manière de réponse à l’éviction des mots de la part du Monde du 3 novem­bre, mais peut-être aus­si une réponse à un Edwy Plenel qui, empêtré dans l’affaire des abus sex­uels pré­sumés de Tariq Ramadan, indique com­bi­en une « obses­sion islam­o­phobe » serait cause des « attaques » à l’encontre de « l’intellectuel musul­man » (BFM). Mar­i­anne mon­tre que dans cer­taines familles musul­manes, ain­si « chez les Mer­ah », l’antisémitisme est une « haine en famille ». En pages intérieures, les mots dis­ent le réel effec­tive­ment vécu par les pop­u­la­tions de cer­tains quartiers : « Les juifs fuient des com­munes livrées à une vio­lence islamo-mafieuse qui recy­cle les stéréo­types sécu­laires en y ajoutant l’obsession d’Israël ». Cet anti­sémitisme du quo­ti­di­en est à la fois une présence main­tenue de celui du passé, un rejet du sion­isme et un anti­sémitisme lié à l’Islam. L’hebdomadaire sem­ble soucieux de ne pas taire une par­tie du prob­lème, par­tie qui au vu des événe­ments se pro­duisant en France depuis 2015 sem­ble loin d’être anodine.

L’article prin­ci­pal, signé de Mar­tine Gozlan, dit les faits : « Quar­ante pour cent des actes racistes visent les juifs qui représen­tent 1 % de la pop­u­la­tion. Mais, dans les beaux quartiers et les vastes apparte­ments des con­sciences gauchis­to-chic, longtemps on n’a rien voulu savoir. Rien voulu enten­dre des cibles quo­ti­di­ennes : les juifs de ban­lieue, ceux des quartiers pop­u­laires (…) Mer­ah a fait des petits, et Fofana, et Coulibaly (…) Seule­ment, tout au long de cette affreuse décen­nie, le gratin politi­co-médi­a­tique avait des opprimés à défendre, et ce n’étaient pas les mêmes ». Les juifs ne peu­vent plus être des « vic­times », « la place est désor­mais occupé par les ex-colonisés, les racisés pour par­ler comme Bouteld­ja, Rokkhaya Dial­lo et Obono ». Les com­munes dont les juifs sont oblig­és de par­tir ? La Courneuve, Dran­cy, Saint-Denis par exem­ple. Et Bag­neux ?

Dans Mar­i­anne, le mot « islamisme » est écrit comme cause du développe­ment de l’antisémitisme en France. Et l’hebdomadaire rap­pelle le témoignage de l’un des frères Mer­ah, auteur d’un livre dans lequel il mon­tre le « cli­mat haineux » dans lequel ses frères et lui ont gran­di. Du coup, la ques­tion se pose : de quoi les silences du Monde sont-ils le nom ?

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Téléchargement

Poubelle la vie :
un dossier exclusif

Cela dure depuis quinze ans et diffuse chaque soir tous les stéréotypes « progressistes » les plus éculés...
Après le dossier Yann Barthes, voici un dossier exclusif sur la série Plus belle la vie alias “Poubelle la vie”, machine de guerre idéologique du monde libéral libertaire.
Pour le recevoir rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66 %).

Derniers portraits ajoutés

Ali Baddou

PORTRAIT — Ali Bad­dou n’est pas seule­ment présen­ta­teur-jour­nal­iste et pro­fesseur de philoso­phie poli­tique à Sci­ences-Po. Ce mem­bre de l’hyperclasse mon­di­ale est avant tout au cœur des réseaux de pou­voir maro­cains, français (mit­ter­ran­di­ens et social­istes) et médi­a­tiques.

Johan Hufnagel

PORTRAIT — Bien qu’il n’ait, pour un jour­nal­iste, pas écrit grand chose, Johan Huf­nagel n’en est pas moins par­venu à se hiss­er aux postes clés des médias où il a posé ses valis­es. Il n’y a là rien d’é­ton­nant : son secteur d’ac­tiv­ité n’est ni l’in­ves­ti­ga­tion, ni même la sim­ple rédac­tion, mais le numérique.

Laure Daussy

PORTRAIT — Lau­re Daussy, jour­nal­iste chez Arrêt sur images traque, tou­jours avec pugnac­ité et par­fois sec­tarisme, ce qu’elle con­sid­ère de façon axioma­tique comme des préjugés sex­istes, misog­y­nes, homo­phobes ou racistes dans les représen­ta­tions médi­a­tiques.

Jonathan Bouchet-Petersen

PORTRAIT — L’entourage pro­fes­sion­nel et famil­ial de Jonathan Bouchet-Petersen est mar­qué par ses liens avec le Par­ti social­iste et ses dirigeants : les réseaux strauss-kah­niens ou de Ségolène Roy­al, la Fon­da­tion Jean Jau­rès, l’agence de com­mu­ni­ca­tion Havas World­wide de Stéphane Fouks, la Netscouade, Medi­a­part…

Pascale Clark

PORTRAIT — Pas­cale Clark est jour­nal­iste sur France Inter où elle se fait par­ti­c­ulière­ment remar­quer pour sa morgue, son mépris et son par­ti pris face aux per­son­nal­ités poli­tiques de droite.

"Le partage, c'est le secret du bonheur."

Sylvain Augier, reporter, animateur de radio et de télévision