Quand L’Express s’intéresse aux « réinformateurs »

[Rediffusions estivales 2017 – article publié initialement le 12/04/2017]

Devant le succès grandissant de la « réinfosphère », de plus en plus de médias et journalistes se penchent sur ce phénomène qu’ils ont du mal à appréhender.

Mais de la part d’une presse vieillissante et sinistrée, la meilleure réponse reste l’attaque. C’est ce que vient de faire L’Express. Dans un article du 8 avril 2017, l’hebdomadaire se glisse « dans la tête des réinformateurs ». Citant TV Libertés, Boulevard Voltaire, Fdesouche, Egalité & Réconciliation ou encore Breizh-Info, L’Express interroge plusieurs figures de la réinformation.

Ainsi peut-on lire des propos très intéressants de Charlotte d’Ornellas, journaliste (entre autres) à Boulevard Voltaire, expliquant qu’elle s’est orientée vers la réinfosphère pour pouvoir continuer à mener certains combats, tel que celui contre l’IVG. « Si le fait de défendre des causes que je juge importantes m’empêche de travailler au Monde ou à Libération, je n’ai aucun problème avec ça », explique-t-elle.

De là à l’accuser de journalisme militant, il n’y a qu’un pas, que L’Express n’hésite pas à franchir. Pourtant, comme le précise plus loin Gabrielle Cluzel, de Boulevard Voltaire également, « nous avons tous notre prisme en fonction de qui nous sommes ». Et de rappeler que « quand on sait que les journalistes votent à gauche à 90%, on se rend bien compte qu’ils ne sont pas représentatifs de tous les Français ! » Même son de cloche pour Yann Vallerie, responsable du site Breizh-Info : « Il n’y a pas de journalisme neutre, mais on n’est pas plus militants que les autres. »

Pour donner la contradiction à ces journalistes, L’Express dégaine David Doucet, plume des Inrocks et co-auteur de La Fachosphère. Pour lui, si les réinformateurs peuvent « avoir des intentions journalistiques (…) ils obéissent avant tout à des intérêts militants ». Exemple ? « Jamais ils ne publieront un papier qui va contrecarrer leur vision idéologique », avance-t-il. Et dans la presse mainstream, on en publie, de tels papiers ? Et Doucet d’ajouter que « ces sites reprochent aux médias d’être soumis au politiquement correct, d’avoir une vision biaisée du monde, alors qu’en réalité, cette vision biaisée, c’est précisément la leur ».

Ce que L’Express, et David Doucet, ne disent pas, c’est que ce journalisme de réinformation est justement né d’un ras-le-bol vis-à-vis des médias traditionnels, de leur manière de traiter l’information ou encore de leur manque évidemment de pluralité. Ainsi ce journalisme de contre-propagande présente, lui aussi, ses erreurs. Qui n’en fait jamais ? « Personnellement, il m’est arrivé de me tromper, mais je n’ai jamais volontairement publié de fausses info pour servir une cause. La religion catholique me pousse à l’exigence et à l’honnêteté. Ça influe sur toute ma vie », explique Charlotte d’Ornellas, très au fait de la réinformation au sujet de la Syrie, sujet ô combien malmené par la presse traditionnelle.

Quoi qu’il en soit, les chiffres sont là. Alors que les médias classiques perdent chaque année des milliers de lecteurs, la « réinfosphère » a le vent en poupe. L’Express nous le dit : Fdesouche a gagné plus de 53 % de lecteurs en un an, Boulevard Voltaire plus de 21 %. Une réalité implacable, à laquelle les tentatives désespérées comme le Décodex du Monde ne changeront rien…

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