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Fake news et complotisme, pour quoi faire ?

9 août 2018

Temps de lecture : 5 minutes

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Fake news et complotisme, pour quoi faire ?

Fake news et complotisme, pour quoi faire ?

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 19 jan­vi­er 2018

Le 7 janvier 2017, Franceinfo rendait publics les résultats d’une étude selon laquelle huit français sur dix croiraient à « au moins une théorie du complot ». Il s’agit d’un sondage IFOP réalisé pour le compte de la Fondation Jean Jaurès et l’association Conspiracy watch. À quoi une telle étude peut-elle bien être utile ?

La paru­tion des résul­tats de cette étude a eu lieu qua­tre jours après l’annonce du prési­dent Macron selon laque­lle il allait légifér­er afin de lut­ter con­tre les fake news. Out­re l’évidente dif­fi­culté à déter­min­er ce qui est ou non une fake news en règle générale, beau­coup de points peu­vent inter­peller, comme par exem­ple le rôle de Face­book dans le finance­ment des grands jour­naux français pour qu’ils « lut­tent con­tre les fake news » ou le tim­ing impec­ca­ble entre les cen­sures en cours sur les prin­ci­paux réseaux soci­aux et la volon­té prési­den­tielle. Et comme le tim­ing médi­a­tique sem­ble vrai­ment très bien fait, l’étude con­cer­nant le poids du com­plo­tisme en France tombe à pic : si nous sommes à ce point men­acés par les théories du com­plot, au point que notre vision de la réal­ité en serait altérée, le prési­dent de la République ne peut que pren­dre la pos­ture de celui qui va nous pro­téger. Emmanuel, c’est papa Macron en ces affaires.

Dis papa ? C’est quoi une fake news ?

C’est quand tu ne pens­es pas la même chose que moi mon fils. Tout cela sent bon son amal­game : si un média alter­natif est con­sid­éré comme média pour­voyeur de fake news, pour cette sim­ple rai­son qu’il met en scène une vision du monde autre que la vision offi­cielle des pou­voirs en place en France et en Europe, une vision russe par exem­ple, alors la con­fu­sion savam­ment entretenue entre domaine des fake news et domaines du com­plo­tisme aura pour effet de lim­iter la lib­erté de la presse et la lib­erté d’expression, en favorisant les attaques con­tre les médias alter­nat­ifs. Le prési­dent améri­cain Don­ald Trump, que l’on nous présente sans cesse comme un imbé­cile dans les médias français offi­ciels, ce qui est à n’en pas douter une fake news per­ma­nente, ne s’y est pas trompé, annonçant pour sa part non pas une loi con­tre des fake news mais la créa­tion d’une céré­monie pour « récom­penser les médias les plus mal­hon­nêtes et cor­rom­pus de l’année », autrement dit les médias offi­ciels déver­sant des tombereaux quo­ti­di­ens de fake news à son encon­tre. Ce seront les Fake news Awards. Trump met le doigt sur un point essen­tiel : quand les médias et le pou­voir poli­tique offi­ciels par­lent de lut­ter con­tre des fake news, ils oublient automa­tique­ment qu’ils en sont chaque jour le plus gros pour­voyeur, ne serait-ce que par la quan­tité de pré­ten­dues infor­ma­tions non véri­fiées sans cesse déver­sées, « infor­ma­tions » vite mis­es au plac­ard quand elles s’avèrent fauss­es. Le pou­voir offi­ciel ne souhaite pas partager le mono­pole de la pro­pa­gande. Le phénomène n’est pas nou­veau. Per­son­ne n’a oublié la fic­tion des armes de destruc­tion mas­sive iraki­ennes, et les faux doc­u­ments présen­tés à l’ONU.

Il n’y avait pas de médias alter­nat­ifs de grande ampleur ni de réseaux soci­aux aus­si dévelop­pés que main­tenant quand télévi­sions et radios d’État évo­quaient un charnier à Timisoara ou des camps d’extermination en Yougoslavie. Pas plus quand les médias français racon­taient tout et n’importe quoi au sujet de la pre­mière Guerre du Golfe, à grands ren­forts d’images de déserts vides, ou encore lorsque ces mêmes médias par­laient de bom­barde­ments, qui n’ont jamais eu lieu, pré­ten­du­ment per­pétrés par Kad­hafi con­tre son peu­ple, bom­barde­ments imag­i­naires qui furent le pré­texte au déclenche­ment d’une guerre aux motifs prob­a­ble­ment inavouables et aujourd’hui source de bien des maux (voir à ce sujet le livre des jour­nal­istes Fab­rice Arfi et Karl Laske, Avec les com­pli­ments du guide, Fayard, 2017). Y com­pris pour l’Europe. Pour l’heure, le rôle du Guide de la Libye dans le finance­ment de la cam­pagne d’un cer­tain prési­dent et l’action guer­rière menée par ce dernier pour le faire taire est encore une fake news. Pour l’instant.

Il est une autre fake news per­ma­nente, telle­ment habituelle que plus per­son­ne ne paraît la voir dans les médias offi­ciels : l’information quo­ti­di­enne selon laque­lle il y aurait en France un par­ti « d’extrême droite » en sit­u­a­tion de pren­dre le pou­voir. Peut-être le par­ti en ques­tion le souhaite-t-il ou le veut-il, mais voir en ce FN une extrême-droite est bien plus qu’une fake news, c’est une grande farce. Il est vrai que pour une large majorité des jour­nal­istes du sys­tème, le mot « droite » réfère immé­di­ate­ment à l’histoire récente de l’Allemagne et de l’Italie : vison binaire du monde qui voit s’affronter un camp du Bien et un pré­ten­du camp du Mal. Il est caus­tique que les ten­ants de cette con­cep­tion ne perçoivent pas qu’elle est juste­ment la cause de l’existence de toutes les théories du complot.

La France, ça complote, ça complote ?

Il n’a échap­pé à per­son­ne que la mobil­i­sa­tion générale voulue par le pou­voir con­tre les fake news, plus ou moins avérées, et le com­plo­tisme a pour fonc­tion de con­trôler les infor­ma­tions pou­vant men­ac­er le pou­voir et sa con­cep­tion du monde. Il n’y a aucun com­plot par con­tre à imag­in­er dans le fait que la Fon­da­tion Jean Jau­rès, de laque­lle sont proches des anciens social­istes occu­pant main­tenant de hautes respon­s­abil­ités au sein de LREM, les insti­tuts de sondage, réputés proches du prési­dent, et un média d’État sor­tent une étude affir­mant que 80 % des français sont vic­times d’une épidémie de com­plo­tisme aiguë.

Un média alter­natif russe, Sput­nik, a claire­ment démon­tré le 11 jan­vi­er 2017 que la Fon­da­tion Jean Jau­rès n’a rien d’un club de pen­sée neu­tre mais tout d’une officine entière­ment sub­ven­tion­née par l’État. Comme la majeure par­tie des médias offi­ciels qui, du coup, repren­nent cette « infor­ma­tion » selon laque­lle Français nous seri­ons tous ou presque com­plo­tistes et ado­ra­teurs de Fake news God. D’après l’étude con­sid­érée, 79 % des Français croient à au moins une théorie du com­plot, dont 25 % à plus de cinq. Tous com­plo­tistes répè­tent en boucle les médias inféodés au pou­voir économique dom­i­nant, et en par­ti­c­uli­er les jeunes. Ain­si, nous sommes un peu­ple d’imbéciles incultes puisque un quart d’entre nous croient à des thès­es plus far­felues et manip­u­la­toires les unes que les autres : la Terre serait plate, le sida serait une créa­tion en lab­o­ra­toire, le gou­verne­ment et les lab­o­ra­toires phar­ma­ceu­tiques seraient de mèche (étrange­ment, pas un mot au sujet de l’écoulement pré­cip­ité de tonnes de vac­cins anti grippe avi­aire, alors jugée dan­gereuse pour l’humanité elle-même, approchant de leur date de péremp­tion, sous une min­istre dont les liens avec ladite indus­trie étaient avérés), la CIA serait impliquée dans l’assassinat de Kennedy (le fait est que même les chercheurs les plus offi­ciels recon­nais­sent que nom­bre d’hypothèses et de théories sont étu­di­a­bles puisque les com­man­di­taires de cet assas­si­nat demeurent incon­nus), des groupes islamistes auraient été créés, soutenus et manip­ulés par des gou­verne­ments occi­den­taux (ce qui est loin d’être une théorie du com­plot, le rôle des améri­cains par exem­ple auprès des groupes alors en lutte con­tre l’URSS étant un fait, tout comme par exem­ple le finance­ment par la France de groupes de « résis­tance » con­tre l’EI qui sont avant tout d’autres groupes islamistes, ou bien le finance­ment de ce même EI par l’entreprise Lafarge), un groupe secret vis­erait à établir une gou­ver­nance oli­garchique mon­di­ale, etc…

Autre infor­ma­tion, de taille celle-ci : 30 % des Français n’auraient plus con­fi­ance dans les médias offi­ciels. En par­ti­c­uli­er les jeunes. Peut-être est-ce sur cela qu’une démoc­ra­tie devrait s’interroger : pourquoi nom­bre de Français ne croient-ils plus ce qui est écrit dans les pages du Monde ou racon­té sur France 2, TF1, etc ? Il doit bien y avoir une rai­son non ? Au sein de l’OJIM, nous avons une opin­ion à ce pro­pos et… elle n’a rien de com­plo­tiste. Une autre ques­tion serait intéres­sante à pos­er : pourquoi tant de jeunes seraient-ils sen­si­bles aux théories du com­plot dans un pays qui mul­ti­plie les pro­grammes d’éducation aux médias, déverse la bonne parole en masse auprès de la jeunesse, a un mail­lage édu­catif com­plet et dépense tant d’argent pour l’éducation et la cul­ture ? Il y a un truc qui ne fonc­tionne pas ?

Crédit pho­to : vadymv­dro­bot via Enva­to Ele­ments. DR

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