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Haro sur la liberté d’expression en France ?

12 août 2018

Temps de lecture : 5 minutes
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Haro sur la liberté d’expression en France ?

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 8 jan­vi­er 2018

Le mercredi 3 janvier 2018, le président Macron annonçait sa volonté de lutter contre les « fake news » par la loi, en particulier en « périodes électorales ». Autrement dit, de contrôler la liberté d’expression dans les moments « démocratiques » stratégiques. Cette annonce suit de peu la mise en œuvre par Twitter de ses nouvelles conditions générales d’utilisation, lesquelles s’apparentent plutôt à de la censure qu’à une réglementation. Une sorte de soft-censure en marche.

Avant l’annonce du président Macron, les restrictions de la liberté d’expression étaient déjà en cours sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en particulier. Restrictions de la liberté d’expression en France ? On dira, halte à la paranoïa… et pourtant ?

Le président Macron veut-il contrôler la liberté d’expression ?

Dès la cam­pagne prési­den­tielle, le can­di­dat Macron mon­trait une sur­prenante con­cep­tion de la lib­erté de la presse et des médias, en n’autorisant par exem­ple que sa pro­pre équipe de jour­nal­istes à le suiv­re et en don­nant ensuite aux médias des images sous con­trôle. Ce fut le cas lors de la vis­ite à l’usine Whirlpool d’Amiens. En cette péri­ode où il con­ve­nait d’aider le can­di­dat Macron à gag­n­er, les médias offi­ciels ne se sont offusqués de rien. Un peu plus quand le prési­dent a fait appel à Bruno Roger-Petit à l’Élysée. Dans l’ensemble, la con­ver­gence idéologique entre poli­tiques et médias soci­aux libéraux autori­sait ces petits arrange­ments entre amis. Per­son­ne n’avait tiqué quand par exem­ple le can­di­dat Macron avait accusé en mode rumeur les médias russ­es de s’immiscer dans la cam­pagne élec­torale. En mode rumeur ? C’est-à-dire « fake news ». Qu’est-ce qu’une « fake news » ? Une nou­velle fausse dif­fusée volon­taire­ment. Ain­si, lancer une rumeur, jamais véri­fiée depuis, sur l’implication de médias russ­es dans un proces­sus élec­toral ou bien nier en direct à la télévi­sion, lors du débat prési­den­tiel, que l’on va baiss­er les APL une fois élu, cela peut être con­sid­éré comme la dif­fu­sion volon­taire d’une fausse nou­velle. Du coup, la ques­tion se pose : qui va définir ce qu’est ou non une « fake news » ? Au fond, la « fake news » devient : sim­ple­ment tout mode de pen­sée con­tes­tant le mode de pen­sée idéologique dom­i­nant, d’où ce sen­ti­ment d’une soft-cen­sure en marche. Une forme de con­trôle et de cen­sure, non plus des médias offi­ciels (ils sont déjà ample­ment con­trôlés par le fait des sub­ven­tions et par une com­mu­nauté évi­dente d’idéologie) mais des médias alter­nat­ifs. C’est cela, l’objectif du prési­dent Macron quand il demande « des règles », un con­trôle des « con­tenus » et qu’il affirme que « toutes les paroles ne se valent pas ». Il est du reste fort éton­nant qu’une telle for­mule, en France, n’ait pas héris­sé les cheveux des habituels défenseurs des droits de l’Homme. Il est vrai qu’à voir l’accueil réservé à un média dif­férent tel que RT France, l’observateur com­prend mieux l’absence de lev­ée de boucli­er con­tre la volon­té prési­den­tielle de con­train­dre l’opinion à une expres­sion plus con­trôlée. Comme Alain Jup­pé durant la pri­maire de la droite, Emmanuel Macron trou­ve que cer­tains médias sont trop peu con­trôlés, des médias comme RT France mais aus­si les réseaux soci­aux.

Des réseaux sociaux de moins en moins sociaux ?

La lib­erté d’expression sem­ble men­acée sur les réseaux soci­aux. À l’instar des médias alter­nat­ifs, ils seraient le lieu de prop­a­ga­tion de « fake news ». Ces « fake news » ne sont jamais, dans l’esprit des élites politi­co-médi­a­tiques, le fait de médias offi­ciels. Aucun média offi­ciel, à les en croire, ne dif­fuserait jamais volon­taire­ment de fausse nou­velle. Qui peut aujourd’hui penser une chose pareille ? La preuve que les médias offi­ciels dif­fusent de fauss­es nou­velles, volon­taire­ment, et sont très sou­vent amenés à défendre l’idéologie des élites au pou­voir, réside dans l’existence même des médias alter­nat­ifs : ils n’auraient aucune rai­son d’exister et d’être « alter­nat­ifs », si l’expression était libre et équitable au pays des pré­ten­dus droits de l’Homme. Alors, des réseaux soci­aux mis sous con­trôle ? Plus sûre­ment, des réseaux soci­aux qui appar­ti­en­nent au même courant idéologique, social libéral ou libéral lib­er­taire, que les élites politi­co-médi­a­tiques au pou­voir et qui, de ce fait, com­bat­tent insi­dieuse­ment con­tre les modes de pen­sée autres. Il en va ain­si de Face­book, qui aurait fer­mé des comptes jugés défa­vor­ables au can­di­dat Macron, durant les dernières prési­den­tielles, sou­vent des pro­fils d’individus reliés d’une manière ou d’une autre à des groupes anti-Macron. Les témoignages sont nom­breux, le bul­letin non con­formiste Monar­que 3.0 a ain­si vu sa page être fer­mée sans préavis, ain­si que les pro­fils de ses ani­ma­teurs, entre les deux tours. Cas isolé ? Impos­si­ble à véri­fi­er, en ter­mes de quan­tité. Cepen­dant, cer­tains médias alter­nat­ifs évo­quent le nom­bre de 70 000 comptes Face­book fer­més pour ne pas entraver l’En Marche du futur prési­dent. Et l’information selon laque­lle la « mod­éra­tion » de Face­book con­fin­erait de plus en plus à une forme de cen­sure ne provient plus seule­ment des médias alter­nat­ifs. Libéra­tion s’en est par exem­ple fait l’écho en novem­bre 2017.

Avec Twitter, il va falloir twitter droit

Depuis mi-décem­bre 2018, Twit­ter est à l’avant-garde de la lim­i­ta­tion de la lib­erté d’expression, appli­quant de « nou­velles con­di­tions d’utilisation », autrement dit de nou­velles règles du jeu. C’est ain­si que des dizaines de comptes ont été arbi­traire­ment fer­més à l’approche des fêtes de la fin de l’année 2017. À y regarder de plus près, ces comptes ont pour la majeure par­tie d’entre eux la par­tic­u­lar­ité d’être classés à la droite de la droite, comptes de per­son­nal­ités ou d’individus patri­otes, sou­verain­istes ou de la droite dite « hors les murs ». Autrement dit, c’est l’adversaire droiti­er de l’idéologie dom­i­nante qui est pour­chas­sé. Après la sup­pres­sion de celui de Généra­tion Iden­ti­taire, l’exemple de « Pont d’Arcole » a fait un peu de bruit sur le net, d’autant que son ani­ma­teur est vite réap­paru, ayant prévu un « compte de sec­ours ». La majeure par­tie des comptes visés par Twit­ter sont des comptes ayant un nom­bre d’abonnés à 5 chiffres. La presse s’en est très peu fait l’écho, sauf L’Obs, lequel défend le bien fondé de ces fer­me­tures de comptes dits « d’extrême droite », de son point de vue. L’Obs a cepen­dant bien du mal à jus­ti­fi­er la fer­me­ture de « Pont d’Arcole » : pour l’auteur de l’article, c’est un tweet de « Pont d’Arcole » pro­posant de dis­soudre ou non les Femen qui aurait con­duit à la sup­pres­sion de son compte. On ne voit pas bien en quoi cette propo­si­tion de sondage aurait porté atteinte à la dig­nité humaine. Il est sur­prenant qu’aucun média offi­ciel ne le relève : les comptes Twit­ter, mais aus­si Face­book, fer­més le sont sans aver­tisse­ment, et surtout sans qu’à aucun moment leurs déten­teurs aient été, d’une façon ou d’une autre, con­damnés par la jus­tice. C’est donc bien de délit d’opinion dont il s’agit : ces comptes sont fer­més au mépris de l’État de droit, unique­ment car leurs déten­teurs défend­ent des opin­ions poli­tiques ou socié­tales qui ne cor­re­spon­dent pas à la doxa dom­i­nante, celle exprimée par le prési­dent de la République lors de ses vœux à la presse.

N’est-ce pas ce patron de Twitter, celui qui ferme les comptes supposément droitiers, dont le propre compte porte en exergue la fameuse proposition de Voltaire...

N’est-ce pas ce patron de Twit­ter, celui qui ferme les comptes sup­posé­ment droitiers, dont le pro­pre compte porte en exer­gue la fameuse propo­si­tion de Voltaire…

Com­ment ne pas voir dans ce fais­ceau d’actions une sorte de volon­té com­mune de lim­iter la lib­erté d’expression de qui ne pense pas « comme il faut » ? La sit­u­a­tion est d’autant plus choquante qu’Emmanuel Macron, comme le patron de Twit­ter France, se tar­guent de défendre la lib­erté d’expression et de presse. N’est-ce pas ce patron de Twit­ter, celui qui ferme les comptes sup­posé­ment droitiers, dont le pro­pre compte porte en exer­gue la fameuse propo­si­tion de Voltaire…

Sachant que les fer­me­tures procè­dent des déla­tions d’autres déten­teurs de compte, de gauche et organ­isés pour faire fer­mer les comptes, que dire d’un sys­tème de con­trôle et de règles qui sont fondés, finale­ment, sur une déla­tion à laque­lle celle des heures pétain­istes de la France n’a rien à envi­er ? Quand les mil­i­tants de la tolérance pra­tiquent l’intolérance et la déla­tion… avec le sou­tien indi­rect des élus de la Nation, ou celui direct des patrons des réseaux soci­aux. Damien Viel a ain­si épinglé ce tweet, sous un large ban­deau affir­mant que « tweet­er n’est pas un crime » : « Depuis le 18/12, pour con­tin­uer à mieux garan­tir un usage sûr et à cha­cun d’ex­ercer son droit à s’ex­primer libre­ment, Twit­ter a mis en œuvre de nou­velles règles con­tre les con­duites haineuses et les com­porte­ments abusifs. Cha­cun peut con­tribuer à leur mise en œuvre par des sig­nale­ments ». Bien­v­enue en 1984, non ?

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