Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Francetv Éducation : vous reprendrez bien une goutte d’idéologie bobo ?

21 février 2017

Temps de lecture : 5 minutes
Accueil | Veille médias | Francetv Éducation : vous reprendrez bien une goutte d’idéologie bobo ?

Francetv Éducation : vous reprendrez bien une goutte d’idéologie bobo ?

Francetv Éducation, média de service public dédié à l’Éducation Nationale, se présente sur son site comme « une plateforme éducative pour les élèves » qui « propose des contenus multimédias gratuits pour apprendre, réviser et comprendre le monde ». La plateforme numérique est aussi présente sous forme de chaîne Youtube où son slogan est : « Cultiver l’envie d’apprendre ». Une initiative d’État louable ? Et si on y regardait de plus près ?

Francetv Édu­ca­tion indique : « Dans le cadre de sa stratégie de développe­ment numérique et pour répon­dre à sa mis­sion de ser­vice pub­lic de ren­dre acces­si­ble gra­tu­ite­ment et au plus grand nom­bre l’ensem­ble des con­tenus édu­cat­ifs du groupe, France Télévi­sions enri­chit francetv édu­ca­tion en pro­posant une plate­forme numérique mul­ti­sup­port entière­ment dédiée à l’é­d­u­ca­tion à des­ti­na­tion des par­ents, des élèves et des enseignants ».

Une plate­forme numérique dont les pro­grammes sont fab­riqués par France Télévi­sions, mise libre­ment et gra­tu­ite­ment à la dis­po­si­tion tant des élèves que des par­ents et des enseignants. À con­som­mer sans mod­éra­tion en somme, à la mai­son, partout sur sa tablette numérique et même en classe. Les out­ils sont de plusieurs types. Il y a des jeux, des dossiers, des out­ils de révi­sion pour les exa­m­ens, des web­docs, des info­gra­phies, des pro­grammes de type « C’est pas sor­ci­er » en libre accès et surtout des vidéos spé­ci­fiques. Cour­tes (entre 2 et 6 min­utes), ces dernières con­cer­nent toutes les matières enseignées dans les étab­lisse­ments sco­laires, du cycle 1 au lycée.

Des out­ils de recherche per­for­mants per­me­t­tent d’aller directe­ment à ce que l’on cherche, tant par type de doc­u­ment que par thème ou niveau sco­laire. La plate­forme est pra­tique pour les enseignants qui peu­vent ain­si vidéo­pro­jeter directe­ment des ressources aux élèves. Un effort sig­ni­fi­catif étant fait pour coller à l’actualité avec une série de vidéos inti­t­ulées Décod’Actu (décidé­ment…), organ­isées par « saisons », et la Une du site.

Le 20 févri­er 2017, la Une pro­po­sait 4 entrées, 3 étant directe­ment liées à l’actualité : une ren­con­tre avec Ben­jamin Griveaux, porte-parole d’Emmanuel Macron (série « Pre­mière cam­pagne » dont la voca­tion est de suiv­re les pre­miers pas élec­toraux d’hommes et de femmes poli­tiques), un épisode de « Un jour, une ques­tion » con­sacré à la ques­tion : « Pourquoi Trump veut-il con­stru­ire un mur entre les États-Unis et le Mex­ique ? », et une vidéo con­sacrée au thème « Que veut dire coloni­sa­tion ? » (série « Les fon­da­men­taux – Les 12 mots de l’Histoire »).

Dis monsieur Macron, la colonisation c’est quoi ?

Le can­di­dat à la prési­dence de la République a répon­du depuis l’Algérie : « un crime con­tre l’humanité », asser­tion infondée ain­si que Jean Sevil­lia l’indiquait sur le site Figarovox. Francetv Édu­ca­tion explique le mot en 1 minute 55 sec­on­des : la coloni­sa­tion con­siste en l’exploitation de ter­res loin­taines par des pays tels que la France, dans un rap­port de pos­ses­sion. Les habi­tants des colonies étaient des « sujets ». « Et pen­dant l’essor du colo­nial­isme, ce mot n’est même pas péjo­ratif. Seule­ment, vient le moment après la 2e Guerre Mon­di­ale où les peu­ples vont se libér­er de cette dom­i­na­tion ». Le ton est bon enfant mais les choses sont claires : la coloni­sa­tion ne risque pas d’avoir pro­duit quoi que ce soit de posi­tif, étant exclu­sive­ment un rap­port de dom­i­na­tion fondé sur l’exploitation, rap­port dont les peu­ples se sont libérés. La France n’a rien apporté. Elle a beau­coup pris. C’est sans doute en ce sens que Macron entend l’expression « crime con­tre l’humanité », autrement dit en un sens moral et non pas juridique. Soft pow­er appliqué aux con­sciences. À l’instar de la vidéo de Francetv Édu­ca­tion dont le texte est avant tout moral­isa­teur.

Les racines africaines de la civilisation européenne ?

La coloni­sa­tion est un sujet impor­tant. Plus de 40 out­ils lui sont dédiés, reliés à deux autres pages : « esclavage » et « dis­crim­i­na­tions ». Un entre­tien de près de 5 min­utes avec Georges Balandi­er traite ain­si des « pré­ten­dues jus­ti­fi­ca­tions de la coloni­sa­tion ». Les choses sont évi­dentes : nous pré­ten­dions « civilis­er » et impos­er notre civil­i­sa­tion aux « sauvages ». La France a alors besoin d’espace vital, ayant per­du en 1870, dans l’Est, des provinces qui « se dis­aient français­es ».

La cause prin­ci­pale de la coloni­sa­tion réside dans notre pré­ten­tion à une supéri­or­ité racia­lo-dar­wini­enne sur les pop­u­la­tions soumis­es. Notre cul­pa­bil­ité est indé­ni­able, d’autant qu’elle est l’œuvre d’un homme comme Jules Fer­ry pour qui « les races supérieures ont le devoir de civilis­er les races inférieures ». Com­ment n’aurions-nous pas une dette vis-à-vis des descen­dants des espaces colonisés, lesquels vivent aujourd’hui dans ces ghet­tos que sont les ban­lieues de la République ? La dette est attestée par une vidéo con­sacrée à la Traite négrière, 47 sec­on­des, très adap­tées aux enfants des écoles pri­maires, où l’on apprend ceci : « Une chose qui a sur­pris les gens c’est la pro­fondeur de l’empreinte de l’Afrique dans les cul­tures des sociétés européennes con­cernées. On con­nais­sait par exem­ple l’apport des africains à la cul­ture, à la danse, à la musique mais plus les recherch­es étaient poussées plus on se rendait compte que jusque dans la cui­sine, les tech­nolo­gies, les savoirs faire, les croy­ances, les com­porte­ments psy­chologiques, ce sont des choses qu’on ne com­prendrait pas si l’on ne fait pas le détour par la Traite négrière et par l’esclavage ».

Les Européens sont des Africains comme les autres, ce que vient appuy­er une page pro­posant 6 vidéos sur le thème « Noirs de France ». L’esclavage est du reste « un crime con­tre l’humanité », comme l’indique une autre vidéo aux argu­ments entière­ment issus de la Con­férence de Dur­ban de 2001, con­férence pour­tant aujourd’hui très cri­tiquée. Nom­breux sont les antiracistes con­séquents qui recon­nais­sent en cette con­férence le pire fias­co de l’histoire de l’antiracisme. C’est peut-être la bonne piste à suiv­re pour saisir ce que sont les ten­ants et les aboutis­sants de Francetv Édu­ca­tion ?

La soft power chasse aux fachos

La piste est poli­tique. Au moment des pri­maines de la droite, le can­di­dat Sarkozy retrou­vant les bien­faits de la « ligne Buis­son » se prend à réaf­firmer que nos ancêtres sont « gaulois ». Dès le lende­main, de nom­breux secré­tari­ats des étab­lisse­ments du sec­ondaire de l’Éducation Nationale reçoivent un cour­riel com­por­tant un lien vers Francetv Édu­ca­tion, et cette vidéo : Nos ancêtres les Sar­rasins. Demande est expressé­ment faite que le lien soit com­mu­niqué aux enseignants con­cernés afin qu’ils puis­sent en faire l’usage néces­saire dans leurs class­es. C’est qu’il y a un pat­ri­moine arabo-musul­man extrême­ment impor­tant en France, apprend-on. Du coup, les auteurs de la vidéo le dis­ent : « Ce passé sar­rasin n’a pas pénétré le cadre du réc­it nation­al français, beau­coup plus pro­lixe sur les Gaulois ou les Romains, les Francs et les Nor­mands. Les temps changent comme les pop­u­la­tions, et nous faisons le pari que les Sar­rasins intéresseront un pub­lic de plus en plus nom­breux ».

Vu les moyens d’État dévelop­pés afin de met­tre en scène la fic­tion des racines immi­grées, noires et musul­manes de la France, il est mal­heureuse­ment fort pos­si­ble que ce pari soit gag­nant. D’autant que Francetv Édu­ca­tion se pro­pose de com­bat­tre ceux qui penseraient autrement. C’est l’objet d’une vidéo « décod’actu » pub­liée sur le site fin jan­vi­er 2016 et inti­t­ulée « La fachos­phère », con­cept tout droit issu d’un livre pub­lié en 2016 par des jour­nal­istes de Libéra­tion et des Inrock­upt­ibles. 3 min­utes, la durée est idéale pour con­va­in­cre les ado­les­cents d’aujourd’hui. De quoi s’agit-il ? D’attirer l’attention sur les dan­gers des sites de l’extrême-droite « anti­sémite ou islam­o­phobe, tra­di­tion­nal­iste ou com­plo­tiste ». Le choix du con­necteur « ou » est savoureux. La vidéo liste nom­i­na­tive­ment les sites les plus dan­gereux pour les têtes blondes sco­lar­isées : « Égalite & Réc­on­cil­i­a­tion, FdeS­ouche, Le Salon Beige, Novo­press ou encore Riposte Laïque ». L’heure est grave car ces sites cumu­lent « plusieurs mil­lions de vis­i­teurs tous les mois ». Pire : selon un classe­ment établi en 2016, « sur les 10 pre­miers sites poli­tiques, 7 appar­ti­en­nent à l’extrême-droite », leurs idées « com­plo­tistes » se dif­fusent via les réseaux soci­aux et impactent le quo­ti­di­en poli­tique comme on a pu le voir avec l’affaire « Ali Jup­pé » ou « l’annulation du con­cert de Black M qui devait se tenir pour le cen­te­naire de la bataille de Ver­dun ». Évidem­ment, « Le FN l’a bien com­pris et il a sur­fé à plusieurs repris­es sur les polémiques de la fachos­phère ».

N’aurions-nous pas affaire ici à un dis­cret out­il de for­matage des con­sciences dès le plus jeune âge ? La ques­tion mérite sérieuse­ment d’être posée pour un out­il d’État lié à l’école et financé par l’impôt.

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).

Derniers portraits ajoutés

Michel Denisot

PORTRAIT — Michel Denisot est né en avril 1945 à Buzançais en Indre, il est jour­nal­iste, pro­duc­teur et ani­ma­teur de télévi­sion, il a égale­ment été prési­dent de deux clubs de foot­ball français.

Laetitia Avia

PORTRAIT — Laeti­tia Avia : « Kara­ba la sor­cière, pourquoi es-tu si méchante ? » Née en 1985 à Livry-Gar­gan de par­ents togo­lais, Laëti­tia Avia a con­nu le par­cours qui fait l’orgueil d’une République s’efforçant pénible­ment de main­tenir un sem­blant d’apparences méri­to­cra­tiques.

Patrick Drahi

PORTRAIT — À la tête d’un empire économique colos­sal, Patrick Drahi a com­mencé à s’intéresser aux médias à par­tir des années 2000, rachetant Libéra­tion, L’Express, L’Expansion, Stu­dio Ciné Live, Lire, Mieux vivre votre argent, Clas­si­ca, etc., avant de lorgn­er vers le groupe Nex­tRa­dioTV.

Ivanne Trippenbach

PORTRAIT — Ivanne Trip­pen­bach est une jour­nal­iste de L’Opinion qui a fait de “l’extrême-droite” son cheval de bataille, a grand coups de dénon­ci­a­tions choc. Pour dia­bolis­er son adver­saire idéologique, la jour­nal­iste n’est pas à un détail près.

Paul Amar

PORTRAIT — Paul Amar est né le 11 jan­vi­er 1950 à Con­stan­tine (Algérie) de Charles (agent de la SNCF) et Julie Ghenas­sia. La famille sera rap­a­triée en 1961 et s’installera dans la région lyon­naise.