Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Confinement : êtes-vous survivaliste ?

30 mars 2020

Temps de lecture : 6 minutes
Accueil | Veille médias | Confinement : êtes-vous survivaliste ?

Confinement : êtes-vous survivaliste ?

Un sujet risque de connaître un intérêt croissant en cette période de pandémie du coronavirus : le survivalisme. Le survivalisme n’a pas bonne presse. Le « survivaliste » est souvent présenté comme un barbouze en treillis ouvrant des canettes de bière avec les dents en attendant l’apocalypse. Certains médias de grand chemin contribuent pour beaucoup à cette image caricaturale. Pourtant, en regardant de près et avec un peu d’humilité, des enseignements positifs du survivalisme ne peuvent-ils pas être tirés ? Si les médias de grand chemin nous le permettent, c’est parfois bien involontairement.

La pandémie sur Netflix

La pandémie que nous con­nais­sons devrait inciter à l’humilité. Il suf­fit de voir la série « Pandémie » sur Net­flix pour con­stater que si la con­science des enjeux d’une pandémie était bien présente avant qu’elle ne se déclenche, de nom­breux gou­verne­ments sont totale­ment désar­més face au coro­n­avirus.

Manque de masques, manque de tests, manque d’appareils res­pi­ra­toires, manque de pro­duits d’hygiène, de nom­breux pays sont oblig­és d’appliquer la vieille quar­an­taine face à la pénurie de moyens et à la sat­u­ra­tion des hôpi­taux. Qu’adviendra-t-il si cette quar­an­taine se pro­longe et que la pandémie con­tin­ue à se dévelop­per ? Nul ne le sait. Un vac­cin est annon­cé dans quelques mois. Et d’ici là, il fau­dra, dans tous les sens du terme, tenir tant indi­vidu­elle­ment que col­lec­tive­ment. Le décompte macabre quo­ti­di­en con­tin­uera pen­dant une durée plus ou moins longue, en l’attente d’une décrue du nom­bre de morts. Il fau­dra bien prévoir une sor­tie d’un con­fine­ment qui a déjà mis une par­tie de l’économie à terre.

Au niveau indi­vidu­el, c’est en cer­tains endroits déjà le cha­cun pour soi, avec des scènes de bous­cu­lades devant des mag­a­sins ali­men­taires avant l’entrée en vigueur du con­fine­ment. Dans cer­tains quartiers, un traite­ment dif­féren­cié s’applique, des sauvageons bravent sans être inquiétés le con­fine­ment et met­tent toute la société en dan­ger. Une illus­tra­tion des lim­ites des mesures de préven­tion col­lec­tives.

La « guerre » annon­cée par le Prési­dent Macron, a déjà ses déser­teurs et même ses bras cassés aux plus hauts postes. Dans ces con­di­tions, la démarche indi­vidu­elle du sur­vival­isme peut-elle être écartée d’un revers de main et car­i­caturée, comme le font cer­tains médias ? Nous vous don­nons quelques élé­ments à met­tre au débat.

Le survivalisme

Le sur­vival­isme est un courant apparu essen­tielle­ment aux États-Unis dans les années 1960. La dégra­da­tion de la sit­u­a­tion économique a amené des améri­cains à envis­ager des sce­narii « cat­a­stro­phe », comme une grave crise économique. La men­ace atom­ique et les ten­sions entre le bloc sovié­tique et les pays occi­den­taux ont égale­ment con­tribué à dévelop­per ce courant, avec la con­struc­tion d’abris antiatomiques chez des par­ti­c­uliers. Dans tous les cas, et face à dif­férentes men­aces (nucléaire, bac­téri­ologique, chim­ique, virale), il s’agit de se pré­par­er à des con­di­tions extrêmes pour assur­er sa survie. Depuis quelques années, le sur­vival­isme con­nait un regain de pop­u­lar­ité en France comme ailleurs. La préoc­cu­pa­tion pour l’environnement et les prévi­sions de réchauf­fe­ment cli­ma­tique n’y sont pas étrangères.

Les par­ti­sans du sur­vival­isme sont sou­vent rail­lés dans les médias de grand chemin. Ils oublient sou­vent que les sur­vival­istes ne con­stituent pas un bloc homogène. Chaque sur­vival­iste a sa con­cep­tion du sur­vival­isme, même si l’organisation de cer­tains d’entre eux en asso­ci­a­tions con­tribue à l’émergence de courants. Libéra­tion a con­sacré en mars 2018 à l’occasion du salon du sur­vival­isme qui a eu lieu à Paris un arti­cle aux dif­férents pro­fils des sur­vival­istes. On peut y con­stater que ces pro­fils sont var­iés, de l’adepte occa­sion­nel du stage dans la nature à celui qui se pré­pare à une grave crise pandémique…

Les médias survivalistes

Le suisse Piero San Gior­gio est une fig­ure mar­quante du sur­vival­isme. Auteur de plusieurs livres, l’ouvrage inti­t­ulé Sur­vivre aux événe­ments nucléaires, radi­ologiques, biologiques et chim­iques com­porte un pas­sage con­sacré aux épidémies virales et com­ment mieux y faire face. Sur son site inter­net, plusieurs rubriques cor­re­spon­dent aux dif­férentes activ­ités de l’auteur : romans, arti­cles de presse, con­sult­ing, entraine­ment. Lors d’une émis­sion sur TV Lib­ertés, il évo­quait en 2016 (7e minute) la pos­si­bil­ité de l’apparition d’un virus « par­ti­c­ulière­ment vir­u­lent et mor­tel (…) avec des effets en chaîne ». Qua­tre ans avant la pandémie actuelle, il appelait à se pré­par­er, notam­ment pour éviter de devoir aller dans un hôpi­tal sat­uré. Ce qui est déjà la sit­u­a­tion dans l’est de la France et en Ile-de-France.

Dans la presse con­sacrée à ce thème, on peut men­tion­ner notam­ment le mag­a­zine fran­coph­o­ne Sur­vival Mag pub­lié à plusieurs mil­liers d’exemplaires. Il est con­sacré à la survie en milieu hos­tile et plus large­ment à l’out­door, aux activ­ités en extérieur.

De nom­breux blogs sont dédiés au sur­vival­isme. Par­mi ceux-ci, le site Le sur­vival­iste se présente comme visant à « sen­si­bilis­er les gens aux notions de prévoy­ance, de résilience et d’autonomie et dès lors de min­imiser la panique et la surenchère que provoque, par nature, une sit­u­a­tion sur la fab­rique sociale ». Plusieurs arti­cles sur la con­duite à tenir en cas de sit­u­a­tion extrême y sont présents.

Les sites inter­net con­sacrés au sur­vival­isme sont égale­ment nom­breux. Ils ont une voca­tion qui peut être infor­ma­tive et/ou com­mer­ciale, et pro­posent par­fois des stages de survie, du matériel de survie, à l’image de survivreauchaos.blogspot.com, ce qui est un indice de la vital­ité de ce courant.

Plusieurs vidéos à voca­tion « sur­vival­iste » sont en ligne sur YouTube. Elles vont de la sen­si­bil­i­sa­tion à la for­ma­tion à dif­férentes tech­niques per­me­t­tant de s’adapter à une envi­ron­nement inhab­ituel. Là aus­si, c’est l’auberge espag­nole, et car­ac­téris­er le sur­vival­isme à par­tir d’un ou de quelques-uns de ses par­ti­sans act­ifs sur le web est un rac­cour­ci énorme. France inter a con­sacré en mars 2018 un reportage aux dif­férentes chaînes YouTube dédiées à la survie en cas de cat­a­stro­phe. La var­iété des chaînes et la préoc­cu­pa­tion envi­ron­nemen­tale de cer­tains sur­vival­istes ne sont pas passées sous silence.

Le survivalisme dans les médias

Si un ani­ma­teur veut amuser la galerie, il invite un sur­vival­iste. Il suf­fit de voir Cyril Hanouna inter­view­er le 27 févri­er sur C8 Bernard, un sur­vival­iste, pour con­stater que c’est le buzz qui est recher­ché avant tout. Aucun inter­venant n’arrive à finir une phrase lors de l’émission, sauf Cyril Hanouna. Bien sûr, il était impor­tant d’avoir dans la bonne humeur au moins un détail croustil­lant, comme le fait que Bernard a une arme chez lui.

Sur TMC lors de l’émission Quo­ti­di­en en mars 2019, les ani­ma­teurs ont tou­jours des dif­fi­cultés à se dépar­tir d’un ton moqueur et ricanant. « Chaouch express » com­mence par une intro­duc­tion d’un reportage au salon du sur­vival­isme tout en nuances : « Ça peut faire flip­pé ou bar­ré, ça dépend pour qui ». Suivi de l’inévitable ricane­ment et d’un reportage qui com­mence par un « délire » améri­cain avec un bunker de luxe. Mais faut-il s’attendre à autre chose avec Barthès ? C’est l’émission de l’après boulot, on se détend en prenant l’apéro avant de pass­er à table et on passe à autre chose.

D’autres médias présen­tent une vision moins car­i­cat­u­rale des choses. Par­mi ceux-ci, le pure play­er Arrêts sur images a essayé en aout 2018 de sor­tir de ces ornières, en présen­tant un reportage qui échappe aux rac­cour­cis. Les nom­breux reportages comme ceux de France 3, Vin­cent Lapierre, Le Parisien, etc., témoignent de l’engouement crois­sant pour le sur­vival­isme.

Parano ou prévoyant ?

Arte a con­sacré en juin 2018 un reportage à des sur­vival­istes en Alle­magne. S’il était dif­fi­cile à la chaine publique fran­co-alle­mande de ne pas tourn­er en déri­sion la crainte d’un sur­vival­iste d’attentats islamistes com­mis par des migrants, un sce­nario qui s’est pour­tant réal­isé en 2015, mais la mémoire du jour­nal­iste est courte, quelques pas­sages du reportage sont rich­es d’enseignements. On suit ain­si le respon­s­able de la prin­ci­pale asso­ci­a­tion alle­mande de sur­vival­isme à son domi­cile. Il nous présente son « stock » de sécu­rité con­sti­tué bien avant l’épidémie du coro­n­avirus. Il nous mon­tre son stock de masques FFP3 (ça ne vous dit rien ?) pour se pro­téger d’une con­t­a­m­i­na­tion virale. Puis il passe à ses réserves ali­men­taires. Son objec­tif est d’éviter d’avoir à se pré­cip­iter dans un com­merce ali­men­taire en début de crise et de s’exposer à des risques. Les scènes de cohue dans cer­tains super­marchés les 16 et 17 mars, où cer­tains de nos conci­toyens ont prob­a­ble­ment con­trac­té le coro­n­avirus, sont encore dans toutes les mémoires… Para­no ou prévoy­ant, le sur­vival­iste ?

Puis c’est un écrivain à suc­cès qui évoque les con­séquences d’une panne durable d’électricité. Ses pro­pos inci­tent à la réflex­ion : on ne serait plus dans cette sit­u­a­tion en semi réclu­sion comme actuelle­ment, mais dans un autre stade bien plus aigu de crise. Y sommes-nous prêts ?

Dans un arti­cle du men­su­el Sci­ences humaines en juin 2018 con­sacré à ce courant, le jour­nal­iste écrivait que les dif­férentes pro­duc­tions imag­i­naires (films d’anticipation, jeux vidéo, etc.), étaient « le seul stock de con­nais­sances dont (les sur­vival­istes) puis­sent se servir pour se représen­ter l’événement auquel ils se pré­par­ent ». La sit­u­a­tion actuelle nous mon­tre que les sce­narii cat­a­stro­phe les plus improb­a­bles sont pos­si­bles. Elle nous mon­tre aus­si la fragilité de notre société libérale lib­er­taire avancée, pour repren­dre les ter­mes d’un ancien prési­dent de la République. L’épisode pandémique que nous con­nais­sons pour­rait bien mar­quer un essor con­sid­érable de ce courant, qui nous apprend à plus compter sur nous-mêmes et moins sur un État omniprésent mais dépassé par les événe­ments, peu réac­t­if et très préoc­cupé par la mise en scène mar­tiale de son image. De nom­breux médias ne s’y trompent pas en con­sacrant plusieurs arti­cles au nou­v­el essor du sur­vival­isme depuis le début de la pandémie du coro­n­avirus. Ce n’est peut-être qu’un début…

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).

Derniers portraits ajoutés

Camille Vigogne Le Coat

PORTRAIT — C’est la petite jour­nal­iste libérale lib­er­taire qui monte. Dis­sim­u­lant der­rière un joli minois une volon­té de nuire à toutes les per­son­nal­ités de la droite non alignée, Camille Vigogne Le Coat se rêve en nou­velle Ari­ane Chemin sa con­sœur du Monde.

Laurent Joffrin

PORTRAIT — Lau­rent Jof­frin, de son vrai nom Lau­rent (André Marie Paul) Mouchard est né en juin 1952 à Vin­cennes. Sa car­rière se car­ac­térise par des allers et retours inces­sant entre Libéra­tion et Le Nou­v­el Obser­va­teur.

Nicolas Beytout

PORTRAIT — Groupe de Bilder­berg, Le Siè­cle, Medef, Com­mis­sion Tri­latérale, ami intime de Nico­las Sarkozy, petit-fils de l’ancienne pro­prié­taire des Échos, Nico­las Beytout est LE porte-voix de la pen­sée unique mon­di­al­iste dans les médias.

Sonia Devillers

PORTRAIT — Née le 31 jan­vi­er 1975, Sonia Dev­illers est la fille de l’architecte Chris­t­ian Dev­illers. Jour­nal­iste sur France Inter, anci­enne du Figaro, elle s’occupe de cul­ture et des médias sur le ser­vice pub­lic et est en même temps la voix de la bobosphère, tou­jours prête à pour­fendre les « fachos » de Valeurs Actuelles et à offrir un refuge com­plaisant à Aude Lancelin, patronne d’un Média en pleine tour­mente.

Laurent Ruquier

PORTRAIT — Lau­rent Ruquier est né le 24 févri­er 1963 au Havre (Seine-Mar­itime). Tour à tour ani­ma­teur, présen­ta­teur, humoriste, pro­duc­teur et directeur de théâtre, Lau­rent Ruquier est omniprésent dans le Paysage audio­vi­suel français (PAF).