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Réforme de l’audiovisuel public : Macron sous le feu de la critique de Médiapart

Macron l'a annoncé – il a dans l'intention de réformer l'audiovisuel public, plombé par un climat social tendu, des déficits conséquents, une PDG contestée dès sa nomination, des audiences en chute libre et des statuts bien trop favorables (surtout pour les dirigeants) au vu des résultats dégagés. Cette initiative a d'emblée placé Macron sous le feu des critiques, résumée sur Mediapart.

Pour le cofondateur du média d'investigation, le trotskiste Laurent Mauduit, Macron, voilà l'ennemi. « Le chef de l’État se méfie des journalistes et va jusqu’à s’afficher avec Cyril Hanouna ». Haro sur ce chef de l’État qui préfère un pseudo-journalisme du vide dont les audiences cartonnent, notamment chez ceux qui ne votent pas ou plus et sont déçus de tout, aux médias publics dont les audiences sentent le vide – et le bide. Bref, Macron va là où on le regarde, plutôt que là où il doit aller parce que c'est le média d’État.

Pis, le 4 décembre 2017, il a confié aux journalistes que l'audiovisuel public était «  la honte de la République ». Ne cherchez pas plus : c'est un facho. Et Laurent Mauduit ouvre le feu : « Si "honte" il y a, elle peut être imputée à de nombreux acteurs. Au PDG de Radio France, Mathieu Gallet, comme à la dirigeante de France Télévisions, Delphine Ernotte ; au président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), Olivier Schrameck, et aux membres de cette instance, qui ont installé ces deux PDG dans leur fonction et qui sont à l’origine de ce désastre de l’audiovisuel public ; à la haute fonction publique de Bercy, qui ne s’est jamais intéressée au dossier de l’audiovisuel public autrement que pour lui faire rendre gorge, et l’étrangler financièrement ; mais tout autant au chef de l’État ».

Un bilan calamiteux

Outre le bilan jugé « calamiteux » de Delphine Ernotte et de Michel Field – qui en dépit de toutes leurs erreurs ne sont pas responsables d'un audiovisuel public plombé par des années de mauvaises habitudes et d'arrosage à tire-larigot par les robinets à subventions étatiques, Macron s'est rendu coupable de crime de lèse-majesté. Il est proche de Hanouna, qui, rappelons-le, a des audiences solides malgré un contenu qui relève plus du divertissement que du journalisme. Mais créature médiatique lui même, Macron va là où il est vu.

« Emmanuel Macron […] a aussi affiché sans la moindre gêne son soutien à ce que l’univers télévisuel a produit de pire : l’émission populiste "Touche pas à mon poste" animée par Cyril Hanouna sur la chaîne C8. Le 21 décembre, on a ainsi pu assister à une scène proprement surréaliste sur la chaîne du milliardaire Vincent Bolloré. L’animateur a appelé en direct au téléphone Emmanuel Macron pendant son émission, pour lui souhaiter bon anniversaire », mitraille Laurent Mauduit.

Pis, il va accorder des entretiens à des pure-players, où va-t-on ? « Autre exemple : le chef de l’État a accordé un entretien stupéfiant de connivence au pure player Konbini.fr, lors de son déplacement le 23 décembre, lors de la soirée de Noël organisée à Niamey avec les soldats français engagés au Niger. Les images se passent de commentaires ! Elles ont été aussi retweetées par le compte Twitter du parti présidentiel La République en marche ». Bref, Macron est... on a compris.

Le spectre de l’ORTF…

Enfin, pour bloquer la réforme, Laurent Mauduit veut faire peur : en agitant de nouveaux projets de fusion – alors que France Télévisions n'a pas digéré les précédentes – ou en faisant croire que Radio France sera démontée « brique par brique » en agitant le spectre de l'ORTF : « on se croirait bel et bien revenu au temps de l’ORTF, quand le président de la République, Georges Pompidou, le 2 juillet 1970, revendiquait le système de tutelle qui pesait sur les journalistes ». Pour lors, on n'en sait rien. Seul un document évoqué par Le Monde le 13 novembre fait état d'un projet de « de regrouper France Télévisions, Radio France et les autres sociétés du secteur au sein d’une structure commune, une “holding”, mais aussi de supprimer France Ô, la chaîne des outre-mer, ou de cantonner les médias jeunesse France 4 et la radio Le Mouv’ à une diffusion seulement numérique ».

L'article va jusqu'à attaquer Eric Zemmour et Alain Finkielkraut – tant qu'à faire – puisque le premier « a longtemps eu son rond de serviette au sein même du service public, comme chroniqueur de "On n’est pas couché", l’émission de France 2 animée par Laurent Ruquier », bien avant cependant ses condamnations pour délit d'opinion – enfin « incitation à la haine raciale ».

Surtout, Laurent Mauduit fait la réclame pour deux mesures qui n'ont visiblement pas retenu l'attention de l’État : indépendance et statut juridique pour les rédactions du service public (en quoi cela les empêchera de diffuser des « fake news » comme les rédactions « indépendantes » des médias mainstream privés ?) et une nomination du PDG moins sous la coupe du CSA, donc du président, surtout s'il est idéologiquement à l'opposé de l'idéologie dominante. Bref, Macron est un facho, car la réforme de l'audiovisuel public ne se déroule pas comme le souhaiteraient les journalistes de gauche. Et ils n'ont pas ou peu de contrôle dessus.

Crédit photo : Lionel Allorge via Wikimedia (cc)

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