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Le Média : plus d’experts bourgeois que de public populaire

29 novembre 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Le Média : plus d’experts bourgeois que de public populaire

Dans son dernier point financier sur sa collecte, Le Média donne sa liste d’invités de la saison 2 – un pur concentré d’entre-soi, un « Best Of » qui n’a rien de très ébouriffant et la liste de son équipe. Tout ceci ressemble beaucoup à un générique de fin. Bien qu’Aude Lancelin assure que « notre destin n’est pas joué », sa tenue plus triste et noire que jamais dit ce qu’il en est : la mort du Média, qui n’a collecté que 31.500 des 90.000 € mensuels nécessaires à sa survie, semble pour bientôt.

Il en va du Média comme de l’État français vilipendé par les gilets jaunes en ce moment : les sec­onds deman­dent qu’est-ce que l’État peut bien faire des 1057 mil­liards d’euros de ren­trée fis­cales en 2018, les socios du pre­mier se deman­dent où va l’argent de la col­lecte et des lev­ées de fonds. Des 1,7 mil­lions d’euros col­lec­tés à l’automne 2017, il ne reste rien, sauf des dettes.

Invités du Média : prolétaires sous-représentés, entre-soi bourgeois et gauchiste avant tout

Le Média donne aus­si la liste de ses invités de la sai­son 2 – c’est-à-dire depuis le départ de Sophia Chikirou. Curieuse­ment, pour un média cen­sé représen­ter le ter­rain, la France au tra­vail qui souf­fre et lutte, les invités pro­lé­taires sont très peu nom­breux. Sont sur­représen­tés en revanche des « experts » somme toute très bour­geois aux salaires con­fort­a­bles et divers mil­i­tants de la mou­vance gauchiste – l’un n’empêche d’ailleurs sou­vent pas l’autre.

Par exem­ple, on y trou­ve Dominique Pli­hon, porte-parole d’Attac France, le rédac­teur en chef de Canal+ Jean-Bap­tiste Rivoire, le mil­i­tant d’extrême-gauche « jour­nal­iste » voleur d’images Gas­pard Glanz, le réal­isa­teur Gilles Per­ret, Thomas Diet­rich (ancien haut-fonc­tion­naire), le soci­o­logue Ugo Pal­heta, le jour­nal­iste et action­naire du très rentable Medi­a­part Lau­rent Mauduit, les his­to­riens Pas­cal Blan­chard, François Dur­paire et Lau­rence de Cock, le soci­o­logue Éric Fassin (pour lequel le racisme anti-blancs n’existe pas), la prési­dente de l’Institut des rela­tions inter­na­tionales et stratégiques Leslie Varenne, le pro­fesseur d’économie à Sci­ences Po Paris Julia Cagé, le démo­graphe Emmanuel Todd, le poli­to­logue Michel Kauf­man…

En poli­tique, deux seules excep­tions au gauchisme ambiant : le maire de Mont­fer­meil Xavier Lemoine (LR), fig­ure médi­a­tique hon­nie des « pro­gres­sistes » des beaux quartiers et le maire adjoint Modem du Blanc-Mes­nil Abdeslan Itache. Sinon, on trou­ve tout de même la séna­trice EELV de Paris Esther Ben­bas­sa – 8550 € par mois de revenus en 2017, selon sa déc­la­ra­tion d’intérêts, la con­seil­lère nationale de Paris et ora­trice de la France Insoumise Danièle Simon­net, l’adjoint au maire FI de Cham­pagne sur Marne François Cocq, le député de la France Insoumise Sabine Rubin

On y trou­ve tout de même quelques syn­di­cal­istes : Gaël Quirante (SUD poste 92), Gau­thi­er Tachel­la (FO cheminots Paris Nord), Anne-Sophie Pel­leti­er (déléguée CGT EHPAD de Foucher­ans 39), Alain Jeault (délégué cen­tral CGT Ama­zon), la secré­taire de la CGT-FAPT d’Aveyron et de l’union locale CGT de Decazeville Lau­rence Cahors… presque tous des salariés pro­tégés – plus dif­fi­ciles à licenci­er. Il sem­ble que pour le Média, la parole de l’ouvrier ou de l’employé ne vaut rien en-dehors du cadre syn­di­cal, de préférence un cadre syn­di­cal très à gauche.

Une équipe limitée à 13 journalistes, dont deux en alternance

Une autre liste témoigne de l’attrition des équipes du Média : il s’agit de celle des col­lab­o­ra­teurs. Au lance­ment, 14 per­son­nes à plein temps for­maient l’ossature de la rédac­tion, dont Noël Mamère et Sophia Chikirou qui eux deux n’étaient pas jour­nal­istes, et d’autres les avaient rejoints, pour ani­mer des émis­sions ou y con­tribuer. Cet été, onze rejoignent la SDJ for­mée par Aude Lancelin et Théophile Kouamouo, qua­tre la dénon­cent – dont trois s’en vont.

Après le départ de Jacques Cot­ta qui a estimé, lap­idaire, que le Média n’était plus qu’un « sim­ple lieu de pro­pa­gande », restent à bord 13 jour­nal­istes et deux alter­nants. Soit Irv­ing Magi, Yanis Mham­di, Aude Lancelin – à la barre du navire désem­paré – Théophile Kouamouo, présen­ta­teur lorsque le Média a annon­cé sur la foi de mil­i­tants d’extrême-gauche qu’il y avait un mort à Tol­bi­ac, ce qui s’est avéré faux et a porté un coup majeur à sa crédi­bil­ité, Romain Mori­coni, Vir­ginie Cresci, Julien Bry­go, Dolores Bakèla, Kevin Bou­cault-Vic­toire, Serge Faubert, Franck Dedieu, Rémi Ken­zo-Pages et Lisa le Tex­i­er. Et deux alter­nants, Arnold Nguen­ti (du Bondy Blog, étu­di­ant en DUT métiers mul­ti­mé­dia à Paris) et Romain Mah­doud (récupéré à l’Humanité, étu­di­ant à l’ESJ de Lille).

Gauchisme culturel et emplois multiples

Encore faut-il se deman­der com­bi­en de ces jour­nal­istes et alter­nants – tous sans excep­tion issus du gauchisme cul­turel voire des milieux com­mu­nau­taristes – tra­vail­lent encore à plein temps pour le Média. Arnold Nguen­ti a ain­si un pied dans la restau­ra­tion depuis 2016 – c’est plus rémunéra­teur que le jour­nal­isme et nour­rit mieux son homme. Irv­ing Magi, éphémère assis­tant par­lemen­taire en 2014 du député PS Pas­cal Cher­ki, a une expéri­ence de chargé de com­mu­ni­ca­tion, autre méti­er bien plus rémunéra­teur que le jour­nal­isme… et qui néces­site bien moins de rigueur et d’indépendance.

Yanis Mham­di pige pour Infomi­grants, le site lancé par France Média Monde pour avoir des sub­ven­tions de l’UE et non plus seule­ment de l’֤État français, Théophile Kouamouo a un pied en Côte d’Ivoire, le jour­nal­iste reporter d’images Romain Mori­coni est asso­cié d’un stu­dio nom­mé Bankut avec le toulou­sain Bap­tiste Hen­ry et a mis un pied l’hiver dernier dans Vice­land, la TV de Vice France qui est un four com­plet, Vir­ginie Cresci est tou­jours pigiste indépen­dante, Dolorès Bakèla est blogueuse (l’Afro) depuis 2015 et sur Afri­cul­tures depuis 2012, Kevin Bou­cault-Vic­toire passé par l’Humanité… mais aus­si le site d’information catholique Aleteia a gardé ses piges chez Vice, Polony TV et Slate, Serge Faubert, chargé de cours à l’Université catholique de l’Ouest écrit tou­jours pour son site Horizondurable.info, Rémi Ken­zo-Pages, inqui­et de la dis­pari­tion du Média le 30 novem­bre, écrit pour le site réu­nion­nais BioA­gri, et Lisa le Tex­i­er fait des scripts à France Télévi­sions. Tous trou­veront donc à rebondir – même Aude Lancelin qui pour­rait retourn­er à la philoso­phie.

Quant à Julien Bry­go, le Média n’apparaît même pas sur son CV… mais le Monde Diplo­ma­tique et CQFD, si (CQFD juste­ment). Pas plus que sur celui de Franck Dedieu, ancien de l’Expansion, délégué général du club poli­tique de Jean-Pierre Chevéne­ment République mod­erne et pro­fesseur d’économie à l’IPAG Busi­ness School – d’ailleurs il n’a fait qu’une chronique en sep­tem­bre 2018, d’après le site du Média. L’intégrer dans l’équipe sem­ble un peu lim­ite… ou révéla­teur de ce qui reste du Média : des ruines.

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