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Aude Lancelin

Écrivains, vos papiers !

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 03/06/2018

« Le roman-con­fes­sion de Drieu, Gilles, a-t-il vrai­ment toute sa place aujourd’hui dans une col­lec­tion d’apparat [La Pléi­ade], des­tinée aux étrennes en tout genre ? »

Aude Lancelin est née à Tours en 1973. Philosophe de formation, dotée d’une plume alerte et d’un joli minois, elle est l’une des figures montantes du milieu germanopratin où elle se positionne en spécialiste de la littérature et du débat d’idées. Elle a préféré ses idées de gauche dure – et celles de son compagnon Frédéric Lordon – à sa carrière dans la presse de gauche bourgeoise, ce qui lui a fermé des portes… mais lui en ouvre d’autres chez Mélenchon.

Formation

Anci­enne élève du lycée Hen­ri IV (Khâgne, Hypokhâgne) aux débuts des années 1990 (1990 – 1992), puis de la Sor­bonne (Paris IV), elle obtient son agré­ga­tion de philoso­phie en 1996. Après une expéri­ence comme enseignante dans un étab­lisse­ment de l’Essonne, elle incor­pore en 1997, le mas­tère Médias de l’ESCP (source : viadeo).

Parcours professionnel

Elle intè­gre en 2000 Le Nou­v­el Obser­va­teur, où elle cou­vre les domaines de la cul­ture et des idées, notam­ment la cri­tique lit­téraire et la philoso­phie. Par­al­lèle­ment, elle col­la­bore aux émis­sions télévisées « Cul­ture et dépen­dances » (fin juin 2006) et « Post­face » (fin sep­tem­bre 2006).

Elle quitte Le Nou­v­el Obser­va­teur en août 2011 pour rejoin­dre Mar­i­anne en tant que direc­trice adjointe de la rédac­tion, respon­s­able du ser­vice cul­ture et idées.

Depuis le début de l’année 2014, elle présente « Con­tre-courant », une émis­sion de débats sur Médi­a­part, aux côtés du philosophe Alain Badiou.

Le 2 mai 2014 mar­que la date de son retour au Nou­v­el Obser­va­teur, après le rachat de ce dernier par les hommes d’affaires Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, pro­prié­taires du Monde. Aude Lancelin réin­tè­gre l’effectif de l’hebdomadaire au poste d’adjointe du nou­veau directeur Matthieu Crois­sandeau.

En juin 2016, con­sid­érée comme trop à gauche – et notam­ment trop proche idéologique­ment de son nou­veau com­pagnon Frédéric Lor­don, elle est évincée du Nou­v­el Obs. Elle écrit ensuite un livre, Le Monde libre, où elle se paie cette presse de gauche dev­enue « esclave du Marché ». L’Obs est con­damné à lui pay­er 90.000 € d’indemnités pour son licen­ciement « sans cause réelle ni sérieuse ».

À par­tir de juin 2016, elle ani­me l’émission La Guerre des idées sur le site Là-bas si j’y suis. En jan­vi­er 2017 elle com­mence à pub­li­er régulière­ment des chroniques dans l’hebdomadaire Le 1 (Éric Fot­tori­no, édité par FGH Invest), un des rares heb­do­madaires lancés ces dernières années à être devenus rentable. En décem­bre 2017, elle rejoint la rédac­tion du Média, télé mélen­chon­niste qui se défend de l’être.

Parcours militant

En avril 2017 elle prend vigoureuse­ment posi­tion con­tre Emmanuel Macron (et les con­nivences de la presse main­stream qui ont per­mis son acces­sion au pou­voir) sur Ago­ravox : « Macron, ce n’est pas seule­ment la con­tin­u­a­tion de poli­tiques usées, celles qui ont lep­énisé les class­es pop­u­laires depuis trois décen­nies et rétabli un qua­si esclavage pour cer­tains peu­ples européens. Macron, c’est le retour du tâcheron­nage sous cou­vert de moder­nité. Macron, c’est le 19ème siè­cle à tra­vers les âges et son indif­férence com­plète à la souf­france pop­u­laire, à peine bar­bouil­lé de couleurs acidulées et de Sil­i­con Val­ley. Macron, c’est en réal­ité ni plus ni moins que le retour du Comité des Forges, et de sa fameuse presse, entière­ment asservie par l’argent de la haute finance et celui de la grande indus­trie ».

En décem­bre 2017 elle rejoint la rédac­tion du Média, qui est mis en place par des per­son­nal­ités très proches de Mélen­chon, dont sa con­seil­lère en com­mu­ni­ca­tion Sophia Chikirou. Dès sep­tem­bre 2017 elle signe la tri­bune parue dans le Monde pour la créa­tion d’un « média alter­natif éloigné du mod­èle économique et idéologique dom­i­nant ». Média qui vire ses col­lab­o­ra­teurs tout aus­si rapi­de­ment que la presse main­stream, et qui accepte même la pub, « selon le mod­èle dom­i­nant »… Sic tran­sit.

Ce qu’elle gagne

Aux prud’hommes, elle demande 460.000 euros d’indemnités pour son licen­ciement du Nou­v­el Obs (dont 90.000 lui seront accordés). Ce qui représente plusieurs années de son traite­ment et donne une idée de son salaire…

Publications

  • « His­toire d’une réha­bil­i­ta­tion », dans Niet­zsche, penseur du chaos mod­erne, Paris, Scali, 2007.
  • Le déclin­isme, dans Jérôme Garcin (dir.), Nou­velles mytholo­gies, Paris, le Seuil, 2007.
  • Les Philosophes et l’amour. Aimer de Socrate à Simone de Beau­voir, avec Marie Lemon­nier, Paris, Plon, 2008.
  • L’explication. Con­ver­sa­tion avec Aude Lancelin, Alain Badiou et Alain Finkielkraut, Paris, Lignes, 2010.
  • Le Monde libre, Paris, Les liens qui libèrent, 2016,
  • Éloge de la poli­tique, avec Alain Badiou, Paris, Flam­mar­i­on, 2017
  • La Pen­sée en otage. S’armer intel­lectuelle­ment con­tre les médias dom­i­nants, Les Liens qui libèrent, Paris, 2018, 110 p.

Collaborations

Mem­bre du jury 2013 du prix de la presse française pour les arts et la cul­ture, Les Globes de Cristal.

2012 : Mem­bre du jury pour le prix lit­téraire Le Pro­cope des Lumières avec Malek Chebel, François de Clos­ets, Roger-Pol Droit, Car­o­line Fourest, Alexan­dre Lacroix, Olivi­er Poivre d’Arvor, et André Bercoff (source : www.procope.com).

Octo­bre 2011 : Inter­venante à la semaine de la Pop philoso­phie à Mar­seille

Novem­bre : Mod­éra­trice lors d’un débat entre Bar­bara Cassin, Alain Badiou et Françoise Gorog sur le thème « L’amour a-t-il un avenir ? » lors de la 14èmes semaines européennes de la philoso­phie Citéphilo2010.

Octo­bre 2010 : Par­ticipe, lors du salon du livre du Mans, à un hom­mage à Philippe Muray avec Élis­a­beth Lévy, Éric Naul­leau et Bernard Quiriny (Lire, févri­er 2011)

Avril 2008 : Présente à la 25ème foire du livre de Saint-Louis (Alsace)

Elle l’a dit

« L’antiracisme se voit depuis quelques années la cible d’une vaste ten­ta­tive de délégiti­ma­tion. Qua­si devenu une éti­quette hon­teuse pour les esprits forts qui camp­ent sur les plateaux télé, il serait même respon­s­able, par son insouten­able naïveté, d’une mon­tée du racisme véri­ta­ble, apparem­ment réservé aux piliers de bar tabac. (…) “Quel courage y a-t-il à s’acharner con­tre celles et ceux qui subis­sent des dis­crim­i­na­tions au quo­ti­di­en?” Une chose est sûre: pen­dant que les libres penseurs “de souche” pérorent, des Français “de papiers” s’organisent pour ne plus subir. » « Le racisme expliqué à Zem­mour », Le Nou­v­el Obser­va­teur, 31 mars 2011.

« Fusion sen­ti­men­tale et idéologique pour les uns, irréal­ité douloureuse pour les autres: durant quelques mois d’un été canic­u­laire, tout le monde se met à voir partout des éléphants ros­es. Con­sultés par une presse ent­hou­si­aste, des employés témoignent que leurs chefs de ray­on leur par­lent désor­mais avec égard. Habitués à l’ombre des per­ma­nences, jeunes énar­ques et syn­di­cal­istes marx­isants décou­vrent avec éblouisse­ment la lumière des ors et des gyrophares. Les boîtes parisi­ennes ne désem­plis­sent pas. La cocaïne y cir­cule déjà en abon­dance sur la pop de Police, For­eign­er ou Kim Carnes, bombe cal­i­forni­enne qui four­nit avec «Bette Davis Eyes» le tube de l’été. » « L’été 1981, sous le signe de la rose » Le Nou­v­el Obser­va­teur, 13 août 2009.

« “L’idée de com­mu­nisme” retrou­verait-elle, par temps de crise, une vigueur inat­ten­due? Alain Badiou, Slavoj Zizek, Toni Negri, Michael Hardt, Jacques Ran­cière et plusieurs autres grands noms de la philoso­phie poli­tique rad­i­cale mon­di­ale étaient réu­nis, ce week-end, à Lon­dres, pour un col­loque sur cette notion. Aude Lancelin a suivi les débats. (…)Loin de tout folk­lore bolchevique cepen­dant, l’heure n’était pas à la rumi­na­tion nos­tal­gique ni à la provo­ca­tion antilibérale grossière durant ces trois journées de haute den­sité con­ceptuelle. L’humeur n’était évidem­ment pas davan­tage à une ten­ta­tive de sauve­tage par­tiel du bilan indis­cutable­ment calami­teux des Par­tis-Etats com­mu­nistes du XXe siè­cle. Sur ce plan-là, tous les inter­venants étaient d’emblée d’accord. Deux con­di­tions sine qua non déter­mi­naient leur présence à cette man­i­fes­ta­tion. Être dis­posé à envis­ager pos­i­tive­ment un renou­veau de l’hypothèse com­mu­niste aujourd’hui, et n’être le porte-voix d’aucune for­ma­tion poli­tique insti­tu­tion­nelle. » « Marx con­tre-attaque », Le Nou­v­el Obser­va­teur, 16 mars 2009.

« Il en sait des choses, Bernard-Hen­ri Lévy. Le néo-kan­tisme d’après-guerre. La vie cul­turelle paraguayenne. Seul prob­lème, Jean-Bap­tiste Bot­ul n’a jamais existé. Pas plus que ses con­férences dans la pam­pa, aux­quelles BHL se réfère avec l’autorité du cuistre. Ce penseur mécon­nu est même un can­u­lar fameux. Le fruit de l’imagination fer­tile de Frédéric Pagès, agrégé de phi­lo et plume du “Canard enchaîné”, où il rédi­ge notam­ment chaque semaine “Le jour­nal de Car­la B.”. Un traque­nard au demeu­rant déjà bien éven­té depuis la paru­tion de “la Vie sex­uelle d’Emmanuel Kant”, pochade aus­si éru­dite qu’hilarante, pub­liée en 1999 et rééditée en 2004 aux édi­tions Mille et une nuits, sous le pseu­do­nyme de Bot­ul. Une sim­ple véri­fi­ca­tion sur Google aurait d’ailleurs pu alert­er le mal­heureux BHL. Le même Bot­ul y est en effet aus­si réper­torié pour avoir com­mis une œuvre au titre promet­teur :“ Lan­dru, précurseur du fémin­isme”. » « BHL en fla­grant délire : l’affaire Bot­ul », Le nou­v­el Obser­va­teur, 8 févri­er 2010.

« Accusé d’avoir saboté des lignes de TGV, Julien Coupat avait cofondé, en 1999, la revue “Tiqqun”, dont paraît un recueil de textes. (…) Hom­mage du vice à la ver­tu, la crim­i­nal­i­sa­tion d’objets de pen­sée comme “l’Insurrection qui vient” est peut-être le signe qu’après vingt années de neu­tral­i­sa­tion par la déri­sion et le mépris l’intellectualité est en phase de rede­venir une con­te­nance sus­pecte aux yeux du pou­voir. A lire ces “Con­tri­bu­tions à la guerre en cours” de Tiqqun, on ne peut qu’être frap­pé par la sorte de pré­mo­ni­tion qu’on y décou­vre du traite­ment aujourd’hui réservé à cer­tains de ses mem­bres. » « Quand Julien Coupat ani­mait «Tiqqun» Le nou­v­el Obser­va­teur, 28 mai 2010.

« Rares sont en effet les fig­ures de gauche à avoir eu l’audace de se réclamer de Camus avant les années 80. L’anticommunisme pré­coce de ce dernier en avait fait un sus­pect dans son camp. Même crime de lucid­ité qu’Orwell par rap­port au dogme de l’infaillibilité stal­in­i­enne, même châ­ti­ment que pour l’écrivain et essay­iste anglais. C’est ain­si que, chas­sé de sa famille poli­tique, la rumeur avait fini par faire de Camus un homme du con­sen­sus tiède, du com­pro­mis petit-bour­geois, de la grande peur des petits Blancs aus­si, écartelé entre la jus­tice et les siens sur l’affaire algéri­enne. » « Le vrai Camus » Mar­i­anne, 8 jan­vi­er 2012.

« Avant cette date, l’idée d’accuser Arendt de « haine de soi » eut sim­ple­ment sem­blé bur­lesque. Toute sa vie Arendt affirmera en effet avoir par­lé poli­tique­ment au nom des juifs. Et à l’exception du jour­nal­iste drey­fusard Bernard Lazare, per­son­ne avant elle n’avait fait preuve d’une com­préhen­sion aus­si pro­fonde de l’antisémitisme spé­ci­fique aux temps mod­ernes, per­son­ne n’avait fourni de thès­es aus­si con­va­in­cantes sur cette arme poli­tique de destruc­tion mas­sive. » « Lanz­mann cri­tique l’idée de banal­ité du mal d’Hannah Arendt », Mar­i­anne, 13 novem­bre 2011.

« La butte Mont­martre entière est en émoi, Toulouse-Lautrec en sur­saute dans sa tombe, Amélie Poulain en perd ses bas à vélo, la chaîne améri­caine Star­bucks, géant mon­di­al du café, nou­veau rival de McDo dans la caté­gorie un peu usée de «sym­bole hon­ni de l’uniformisation cul­turelle yan­kee», vient en effet d’annoncer l’ouverture d’un café à son enseigne en 2013 sur la fameuse place du Tertre, située à deux pas du Sacré-Cœur, haut lieu parisien des pein­tres ratés et des car­i­ca­tur­istes casse-bon­bons, où seuls les pick­pock­ets se mon­trent encore par­fois au niveau de leur répu­ta­tion inter­na­tionale. Le 23 novem­bre dernier, un com­mu­niqué de l’association Paris fierté son­nait le toc­sin, aus­sitôt relayé par le Bloc iden­ti­taire, grou­pus­cule de petits FAF (France aux Français), avant tout con­nu pour vouloir bouter le Nord-Africain hors des fron­tières, mais qui a vis­i­ble­ment décidé d’élargir ses com­bats civil­i­sa­tion­nels au grain à moudre nord-améri­cain. “Star­bucks go home ! Ici, c’est Mont­martre.” (…)Con­tre le stal­in­isme du cool, il est cer­tain que la France ne s’en tir­era pas en dégainant, comme en cette fin d’année place du Tertre, une sorte de pétain­isme du chevalet. (…) Ce «fétichisme du pat­ri­moine», par­faite­ment mor­tifère, qui fait que même le toc améri­cain sem­ble aujourd’hui plus vrai que le Paris mont­martrois à baguette et cas­quette dont nous con­tin­uons d’exporter l’image de par le monde, en gar­di­ens de cimetière zélés de notre pro­pre caveau. », « Star­bucks con­tre le Sacré-Cœur », Mar­i­anne, 1er décem­bre 2012.

« C’est bizarre, mais nous aus­si nous étions tit­u­laire d’une carte de presse en 2006, soit un an avant l’élection de Nico­las Sarkozy. Et les ado­ra­teurs de sans-papiers et autres gué­varistes impéni­tents, nous en avons rarement croisé dans les rédac­tions. Jamais à prox­im­ité d’un plateau de télé, en tout cas. La ten­dance alors, pour béné­fici­er des courants ascen­sion­nels, était déjà, dans la cor­po­ra­tion, au ral­liement plus ou moins sub­lim­i­nal à toutes les vari­antes de la chas­se aux “bien-pen­sants”, ces nan­tis angélistes piéti­nant les work­ing poors, surtout quand ils sont “de souche”, et leur préférant bien enten­du les métèques, surtout s’ils ont une bombe dans la poche et bar­bo­tent les aides sociales. » « Gram­sci s’invite au bar-PMU », Mar­i­anne, 27 octo­bre 2012.

« Entre ici, Pierre Drieu La Rochelle, avec ton ter­ri­ble cortège… C’est à un bien étrange céré­mo­ni­al que nous con­vient les édi­tions Gal­li­mard au print­emps, en rel­o­geant en Pléi­ade, leur col­lec­tion la plus pres­tigieuse, le plus com­pro­mis de leurs anciens employés. Ain­si le dandy col­labo qui se chargea de ver­rouiller la Nou­velle revue française (NRF) de 1940 à juin 1943, l’auxiliaire non­cha­lant de la Pro­pa­gan­da Staffel, l’ex-proche des sur­réal­istes qui en vint à saluer dans la mythique revue “le génie d’Hitler et de l’hitlérisme”, l’antisémite con­va­in­cu qui, trop con­scient de son désas­tre, se sui­cidera le 15 mars 1945 ver­ra-t-il une dizaine de ses romans et nou­velles pub­liés sur papi­er bible. (…)Un point de vue pour le moins auda­cieux. Véri­ta­ble parabole fas­ciste, de bout en bout imprégné de racial­isme anti­juif, le roman-con­fes­sion de Drieu, Gilles, a-t-il vrai­ment toute sa place aujourd’hui dans une col­lec­tion d’apparat, des­tinée aux étrennes en tout genre ? (…) En atten­dant, la mai­son Gal­li­mard se dit très sere­ine. Né il y a qua­tre ans, ce pro­jet n’a pas soulevé la moin­dre objec­tion en interne et, jusqu’à aujourd’hui, per­son­ne n’avait appelé pour s’étonner. Ou plutôt si. Un cri­tique du Figaro, il y a quelques jours… peiné qu’on ne repub­lie pas l’intégralité des romans de Drieu.» « Un col­labo au Pan­théon », Mar­i­anne, 28 jan­vi­er 2012.

« Le sarkozysme est décidé­ment une mal­adie qui inspire de la frayeur. D’un gaulliste social autre­fois fréquentable, Hen­ri Guaino, elle aura réus­si à faire en cinq ans un barde enflé de mots creux, capa­ble de déploy­er les plus comiques con­trevérités pour instiller la nos­tal­gie d’un tyran­neau agité dont le pays a à peine réus­si à se défaire. » « Hen­ri Guaino, écrivain pour cham­bres de com­merce », Mar­i­anne, 20 octo­bre 2012.

« Nom­bre d’écrivains qui l’ont jadis con­nu dans des revues lit­téraires décrivent pour­tant des posi­tions pré­co­ce­ment bien plus trou­bles. A l’époque de Recueil, en 1984, Mil­let est même con­nu pour sign­er sous le pseu­do­nyme de Marc Fournier des édi­tos dont les sites iden­ti­taires extraient aujourd’hui encore des per­les avec gour­man­dise. (…) Aujourd’hui, c’est Richard Mil­let qui, sur fond d’islamophobie banal­isée, tente de gag­n­er ses ultimes galons d’ennemi pub­lic numéro un grâce au white trash décom­pen­sé Breivik. » « Richard Mil­let, tragé­di­en et mar­tyr », Mar­i­anne, 8 sep­tem­bre 2012.

« Ter­ri­fiée à l’idée de pass­er pour angéliste, lax­iste, voire “immi­gra­tionniste”, selon l’anathème aujourd’hui en vigueur sur tous les sites extrémistes, la gauche rivalise de pru­dence pour défendre les derniers entrants con­tre une xéno­pho­bie d’Etat de moins en moins refoulée. De dis­cours de Greno­ble en référen­dum de la dernière heure sur le droit de vote des étrangers, le quin­quen­nat de Sarkozy aura été une péri­ode de régres­sion impres­sion­nante pour la cohé­sion nationale. (…) Véri­ta­ble car­refour eth­nique, la France, ni celte ni latine ni ger­manique, offre un « mau­vais ter­rain pour le racisme », écrivent les deux auteurs. On aimerait les croire. Que l’homogénéité française soit un mythe n’a jamais empêché cer­tains de fan­tas­mer sur une iden­tité per­due, souil­lée, avec l’appui désor­mais plus que sub­lim­i­nal d’une par­tie de la droite gou­verne­men­tale. C’est peu de dire que le “moment Sarkozy” aura lais­sé une pro­fonde empreinte. » « Malaise dans l’identité française ? » Mar­i­anne, 25 févri­er 2012.

« Quand on lit votre recueil de textes, Jean Daniel, on se rend compte en effet du dur­cisse­ment con­stant du dis­cours poli­tique sur l’islam. Au début des années 90, Jean-Marie Le Pen était le seul à insin­uer une « incom­pat­i­bil­ité entre les lois de l’islam et les lois de la République ». Ce n’est plus le cas aujourd’hui, alors qu’une sorte d’islamophobie laï­co-chré­ti­enne essaime du côté de l’UMP et même de celui d’une gauche répub­li­caine auto­proclamée… ». Ibid.

« On con­naît le pré­cepte augus­tinien : “à Rome fais comme les Romains”. Mais juste­ment ces gens-là, les gens des « quartiers », ils ne vivent pas à Rome. Très con­crète­ment ils vivent dans des zones de relé­ga­tion com­plète, et leur accès à la citoyen­neté française reste donc large­ment théorique… » « Finkielkraut-Badiou: le face-à-face », Bib­liObs, 17 décem­bre 2012.

« On n’a pour­tant rien trou­vé d’autre jusqu’à présent que le cadre nation­al pour impos­er la redis­tri­b­u­tion par l’impôt, la sécu­rité sociale et autres acquis soci­aux que vous-même, Alain Badiou, défend­ez par ailleurs. N’en déplaise aux alter­mon­di­al­istes à la Toni Negri, qui en vien­nent même à réclamer un improb­a­ble « salaire min­i­mum mon­di­al », tout cela est ren­du pos­si­ble unique­ment par l’adossement à un cadre nation­al.… » Ibid.

« Pas­sons sur le cas Renaud Camus. A la droite extrême du Quai-Con­ti, il serait injuste de priv­er Féli­cien Marceau d’un bon cama­rade de mots fléchés. La can­di­da­ture de Didi­er van Cauwe­laert s’avère autrement gon­flée. L’auteur de “l’Évangile de Jim­my” et de quan­tité d’autres romans de gare à la syn­taxe infirme rejoin­dra-t-il bien­tôt sous la Coupole les gar­di­ens du mètre étalon de la langue française? » « Tocard Acad­e­my », Bib­liObs, 6 mars 2009.

« IN MEMORIAM. Ils étaient venus par dizaines de mil­liers d’Aubervilliers, de Nan­terre, de Saint-Denis, con­fi­ants, les mains nues, en cos­tume de ville. La répres­sion fut d’une vio­lence inouïe, dif­fi­cile à com­pren­dre même, lors de cette trag­ique nuit du 17 octo­bre 1961. Rafales de mitrail­lette, séques­tra­tions en masse, matraquages, noy­ades sor­dides d’hommes jetés en sang dans la Seine. Une raton­nade géante en plein Paris. (…) Sur la nuit du 17 octo­bre, cette nuit longtemps vouée aux eaux croupies de notre mémoire col­lec­tive, la vérité aus­si est en marche et rien ne l’arrêtera. » « Deux films sur le mas­sacre du 17 octo­bre 1961 », Mar­i­anne, 19 octo­bre 2011.

« On ne par­le plus que de lui en France depuis quelques années, sans jamais oser vrai­ment le nom­mer. Le « petit Blanc », équiv­a­lent du white trash améri­cain pop­u­lar­isé par le rappeur Eminem, c’est le Blanc pau­vre de la Courneuve, relégué sociale­ment et isolé eth­nique­ment. C’est aus­si la femme seule de la ban­lieue d’Amiens qui hait les « putes blondass­es qui se font sauter par des Nègres ». C’est le vieux garçon qui n’ose pas met­tre les pieds au Havre, aus­si bien dans le cen­tre bour­geois que dans les HLM métis­sés, où il red­oute les mêmes regards moqueurs. Le romanci­er Aymer­ic Patri­cot, 39 ans, est allé à leur ren­con­tre et en a tiré un livre : Les Petits Blancs. Un voy­age dans la France d’en bas (Plein Jour).

À ces « gueules cassées de la mis­ère », il a posé toutes les ques­tions qui ne se posent pas. Image de soi, per­cep­tions raciales, fan­tasmes sex­uels, envie sociale, rêves enfuis. Il l’a fait et il a eu rai­son de le faire, car peu d’études per­me­t­tent à ce point de sor­tir de la ter­ri­ble bataille rangée des clichés en train de se met­tre en place dans le pays. Un face-à-face insol­u­ble opposant une par­tie de la gauche, de plus en plus ter­ri­fiée par ces class­es pop­u­laires qu’elle n’arrive plus à envis­ager autrement que comme du gibier fron­tiste, des ploucs racistes et menaçants, à une droite hyp­ocrite qui, prof­i­tant de l’absence d’un grand par­ti plébéien pop­u­laire autre qu’extrémiste, depuis l’effondrement du PC, a fait de ces anciens « pro­lé­taires » ses nou­veaux héros, ses enfants chéris.

Car telle est bien l’alternative per­verse en train de se met­tre en place dans le pays. Ou vous glo­ri­fiez niaise­ment ce peu­ple redé­cou­vert, comme le firent les com­mu­nistes des années 50, et décrétez qu’il faut le jus­ti­fi­er jusque dans son ressen­ti­ment le plus sui­cidaire, le vote FN par exem­ple. Ou vous le décidez irrécupérable, comme le fit en 2011 la fon­da­tion Ter­ra Nova, et con­sid­érez que tels les red­necks, les culs-ter­reux mis en scène dans Mas­sacre à la tronçon­neuse, il ne saurait avoir d’autre sen­ti­ment pro­fond face à une France en train de chang­er que celui de Meur­sault chez Camus : « tir­er sur un Arabe »

[…] On referme au con­traire le livre avec le sen­ti­ment que c’est décidé­ment par la tête que le pois­son aura pour­ri en France, où les social­istes, exé­cu­teurs des bass­es œuvres du cap­i­tal­isme à par­tir des années 80, auront livré le peu­ple à toutes sortes d’idéologues aux buts très éloignés de ceux des smi­cards qu’ils pré­ten­dent défendre. » Mar­i­anne, 26 octo­bre 2013.

« L’angoisse de l’indifférenciation sex­uelle est une chose veille comme le monde. On ne la trou­ve pas seule­ment chez Béa­trice Bourges, Eric Zem­mour ou Alain de Benoist, qui vient du reste d’y con­sacr­er un livre extrême­ment argu­men­té, les Démons du bien (éd. Pierre-Guil­laume de Roux). On la trou­ve aus­si chez des penseurs comme Rousseau, qui ne passe pas exacte­ment pour un auteur réac­tion­naire. » Mar­i­anne, 2 mars 2014.

« Com­ment les jour­nal­istes d’un groupe appar­tenant à deux mil­liar­daires issus du luxe et des télé­coms et un ban­quier d’affaires peu­vent-ils se penser bien placés pour décern­er des points de bonne con­duite intel­lectuelle à qui que ce soit ? », Vice, 06/03/2017.

« Lau­rent Jof­frin. Un édi­to­crate emblé­ma­tique, qui fai­sait par­tie des poly­trau­ma­tisés de la cri­tique des médias menée par le Monde Dip­lo ou Acrimed – et, plus large­ment, par tout ce qui était né dans le sil­lage des grandes grèves de 1995 », ibid.

« La cri­tique des médias n’est pas un sport très répan­du chez mes con­frères. Ça passe sou­vent pour un manque de « con­fra­ter­nité ». On entend sou­vent ce terme-là, que je n’ai pour ma part jamais com­pris. Si vous êtes char­cuti­er, devez-vous vous sen­tir sol­idaire d’un con­frère qui met­trait de la viande avar­iée dans ses sauciss­es ? C’est très curieux comme idée. Per­son­nelle­ment, je ne me sens nulle­ment sol­idaire de David Pujadas, de Ruth Elkrief ou d’Arnaud Lep­ar­men­tier. Nous ne faisons tout sim­ple­ment pas le même méti­er, eux et moi » ibid

« Avec mes adjoints et col­lègues, j’ai au con­traire con­nu des années très dures dans une presse en plein effon­drement, au cours desquelles nous tra­vail­lions énor­mé­ment, avec très peu de moyens, douze à qua­torze heures par jour, week-end com­pris, sou­vent à la lim­ite du burn-out. Je dirais même que plus on monte hiérar­chique­ment dans le domaine de la presse d’aujourd’hui, plus les con­traintes et les souf­frances aug­mentent », ibid.

« Il ne s’agit plus de s’offrir un titre pour soutenir tel ou tel camp, on est passé à un autre âge de la pro­pa­gande, plus insai­siss­able, plus dan­gereux par con­séquent. Au sens large, il s’agit en effet d’imposer une vision libérale du monde, où la casse sociale la plus sor­dide se voit réen­chan­tée en moder­nité ubérisée, de pro­mou­voir un monde flu­ide, pseu­do-inno­vant, sans alter­na­tive », ibid.

« Le plus drôle, c’est que ce jour­nal­isme obsédé de moder­nité ne peut s’enorgueillir d’aucune réus­site com­mer­ciale. Le jour­nal­isme dépoli­tisé, liq­uide et ultra-con­nec­té est un véri­ta­ble naufrage économique. Que vous pre­niez la presse de Drahi ou le groupe Le Monde Libre, on tombe à chaque fois sur des cat­a­stro­phes indus­trielles : la base d’abonnés de L’Obs s’est effon­drée depuis son rachat en 2014, une vraie chute libre désor­mais. Ne par­lons pas de Canal+ : avec plus 500 000 abon­nés en moins depuis l’arrivée de Bol­loré, on est dans la dinguerie, là. À terme, je ne pense pas que Le Monde puisse être une réus­site économique, même si pour le moment, jouer la carte « quo­ti­di­en de référence » s’avère bien sûr un recours effi­cace », ibid.

« La seule infor­ma­tion véri­ta­ble­ment monéti­s­able, ce sont des titres comme Medi­a­part qui la pro­duisent. Avec une ligne très assumée, qui par­le fort, et dit vrai­ment quelque chose sur le monde », ibid.

« Si les géants des télé­coms, Xavier Niel et Patrick Drahi, ont désor­mais élu pour ter­rain de jeu les médias depuis les années 2010, ce n’est pas parce qu’eux seuls étaient en état de sup­port­er les coûts soi-dis­ant astronomiques de la presse. C’est parce qu’ils y avaient un intérêt stratégique majeur, et que, avec la com­plic­ité du pou­voir poli­tique, et à la faveur d’un affaib­lisse­ment de la cul­ture démoc­ra­tique chez les jour­nal­istes autant que chez les citoyens, ils ont com­mis un véri­ta­ble raid sur la cir­cu­la­tion des opin­ions dans notre pays. Là encore, tournons nos regards vers les Etats-Unis, où les géants des télé­coms comptent égale­ment par­mi les groupes de pres­sion les plus red­outés et les plus influ­ents de tous ceux qui cherchent à avoir les faveurs du Capi­tole. Une fois encore, je le répète, nous vivons avec vingt ans de retard le désas­tre du jour­nal­isme améri­cain » Les Crises, 13/10/2017.

« Une poignée de jour­nal­istes, même de valeur, est néces­saire­ment impuis­sante face à la marée mon­tante de leurs con­frères qui, eux, acceptent les règles du jeu, et pro­duisent un jour­nal­isme insipi­de défen­dant les intérêts de l’oligarchie. Tout au plus cette petite poignée de gens à la sen­si­bil­ité poli­tique dif­férente peut-elle ponctuelle­ment servir d’alibi, mais elle est en réal­ité tou­jours main­tenue dans la posi­tion du minori­taire. Or, par déf­i­ni­tion, un ali­bi ne débloque jamais le sys­tème », ibid.

« Lorsque les médias appar­ti­en­nent à des groupes d’affaires, il existe toutes sortes de sujets sur lesquels leur com­mu­nauté de vue est totale. Sur la loi Tra­vail XXL par exem­ple, vous n’aurez pas de vision dif­férente si vous lisez les « Echos » de Bernard Arnault, ou « le Figaro » de Serge Das­sault, ou « L’Obs » de Mon­sieur Niel, ou « le Point » de Mon­sieur Pin­ault, heb­do­madaire de la droite libérale […] L’existence même d’un phénomène poli­tique comme Emmanuel Macron, véri­ta­ble media dar­ling de toute cette presse CAC 40 pen­dant la prési­den­tielle, prou­ve que ce qu’on appelle la « diver­sité » idéologique de ces titres est bidon », ibid.

« Au harem des idées, le jour­nal­iste est néces­saire­ment can­ton­né dans le rôle de l’eunuque. Il doit rester neu­tre. Sinon c’est un mil­i­tant, et ce n’est pas bon pour son avance­ment, pas du tout même. […] Si le jour­nal­iste a des com­bats, ça ne peut donc être soit que de grandes général­ités con­cer­nant les lib­ertés publiques, soit le fact check­ing com­pul­sif qui tient trop sou­vent lieu de seule colonne vertébrale aujourd’hui à la pro­fes­sion », ibid.

« Abreuvés de rasades entières de men­songes, et de com­mu­ni­ca­tion poli­tique, les gens sont en proie à un sen­ti­ment d’immense décourage­ment. Beau­coup […] tour­nent pure­ment et sim­ple­ment le dos à la poli­tique. C’est ain­si que cinquante ans de luttes sociales peu­vent se trou­ver arasées en un été […] L’élection de Macron a don­né le sen­ti­ment à beau­coup de se trou­ver pris dans une gigan­tesque souri­cière. En amont les médias ont expliqué qu’il n’y avait d’autre choix pos­si­ble que Macron, et qu’il serait anti­dé­moc­ra­tique de ne pas vot­er pour lui. En aval les médias ont expliqué qu’il n’y avait rien à faire con­tre les mesures de Macron, […] qu’il serait donc anti­dé­moc­ra­tique de lut­ter con­tre elles. Donc oui les médias peu­vent beau­coup, et même tout en réal­ité quand il s’agit de décourager les gens », ibid.

Sa nébuleuse

Après 2015 : Olivi­er Berruy­er, Frédéric Lor­don, Sophia Chikirou, Gérard Miller, Alain Badiou, Emmanuel Todd, Jacques Ran­cière.

Ils ont dit

« Je dois recon­naître néan­moins qu’elle met un vrai tal­ent, dans Le Nou­v­el Obser­va­teur, à don­ner corps avec con­ci­sion et clarté aux opin­ions exacte­ment invers­es des miennes. Ain­si il m’a sem­blé observ­er récem­ment, avec plaisir, une tar­dive per­cée de la réal­ité dans le débat idéologique, parce qu’il y était enfin ques­tion, après des années de refoule­ment, des “com­mu­nautés”, des “groupes eth­niques”, des com­posantes divers­es de la société mul­ti­cul­turelle, et de leur rôle dans l’actualité et dans la société telle que nous l’éprouvons. Aude Lancelin est si limpi­de à ce pro­pos, on dirait que c’est à moi qu’elle répond – mieux qu’à moi, plus qu’à moi, à mes réflex­ions intérieures », Renaud Camus

« Des couloirs de l’hôtel Raphaël aux bistrots bobos du quarti­er Latin, BHL n’en finit plus de ful­min­er con­tre cette “petite grue” d’Aude Lancelin. C’est que l’effrontée jour­nal­iste a eu le culot de pub­li­er, en févri­er, dans les colonnes du Nou­v­el Obs, un arti­cle peu flat­teur pour notre chemise blanche. Dans son livre “De la guerre en philoso­phie”, rel­e­vait Aude Lancelin, BHL cite Jean-Bap­tiste Bot­ul, un philosophe qui, en fait, n’existe pas ! Là, l’ensemble (ou presque) des médias s’y sont mis. Quoi, notre philosophe nation­al ne véri­fierait pas ses sources ? » « Ran­cu­nier, BHL change de stratégie », BAKCHICH, 1er avril 2010.

« En 2000, l’auteure est entrée comme reporter au Nou­v­el Obser­va­teur. Elle s’y est dis­tin­guée notam­ment en cou­vrant la vie des idées et en lev­ant quelques lièvres qui firent du bruit, lorsqu’elle a con­fon­du l’inénarrable BHL usant du farcesque et imag­i­naire Jean-Bap­tiste Bot­ul comme d’une source crédi­ble à pro­pos de Kant, et quand elle a dénon­cé l’élection de Clau­dine Tiercelin au Col­lège de France, ce qui fut net­te­ment moins drôle. En 2011, elle a cédé aux sirènes de Mar­i­anne par l’entremise de Jacques Jul­liard qui lui offrait le poste de direc­trice-adjointe. Las ! Deux ans après, elle cédait à celles du Nou­v­el Obser­va­teur désor­mais pro­priété du trio BNP (Bergé/ Niel/ Pigasse) qui lui offrait un retour en fan­fare comme direc­trice-adjointe de la rédac­tion. A l’épreuve, le poste s’avéra plus large que le titre ne le sup­po­sait puisqu’elle y exerça une véri­ta­ble influ­ence en en faisant une tri­bune pour les idées de ses amis, le philosophe Alain Badiou, Frédéric « Nuit­De­bout » Lor­don, le démo­graphe Emmanuel Todd, sans oubli­er Jacques Ran­cière, Slavoj Zizek, Toni Negri et autres clas­siques de la philoso­phie poli­tique rad­i­cale, qui l’aident, elle et elle seule man­i­feste­ment dans la presse, à for­muler une cri­tique cul­turelle de la moder­nité cap­i­tal­iste, et à met­tre de la com­plex­ité dans l’analyse du ter­ror­isme.
Jusqu’à ce que les action­naires du groupe, alar­més par la baisse cat­a­strophique des ventes de l’Obs […] fassent d’Aude Lancelin l’unique bouc-émis­saire de cette dégringo­lade alors que la respon­s­abil­ité en était large­ment partagée, ne fut-ce que pour lui avoir lais­sé le champ libre », La République des let­tres, 11/11/2016.

« Avec un sens pronon­cé de l’hyperbole, elle flingue à tout va et si on a par­fois l’illusion tel ou tel s’en tire et trou­ve grâce à ses yeux, elle se pré­cip­ite dès la page suiv­ante pour le chercher dans un coin et achev­er le blessé d’une balle entre les deux yeux. On n’aimerait pas appartenir à la cel­lule dont elle serait la com­mis­saire poli­tique », ibid.

« Leur orgueil blessé en ban­doulière comme si leur ver­tu était out­ragée d’avoir été débar­qué, il n’y a dans ce pays que les jour­nal­istes-vedettes et autres star­lettes des médias pour en faire des tonnes quand on ose se pass­er de leurs ser­vices. Pour la plu­part, ils ont du mal à com­pren­dre qu’ils ne sont pas pro­prié­taires de leur émis­sion, de leur jour­nal, de leur rubrique, de leur titre, de leur fau­teuil », ibid.

« Dom­mage que sa hargne imagée exhale si sou­vent l’écoeurant fumet de la haine. Rarement lu quelque chose d’aussi vio­lent dans le genre du pam­phlet depuis… Karl Kraus, ou presque. […] Ils parta­gent entre autres une même vision exclu­sive­ment idéologique de la pro­fes­sion de jour­nal­iste, de la presse comme instru­ment d’oppression et d’exploitation du grand cap­i­tal. Avec en plus, chez elle, une façon nauséabonde de ramen­er les gens à leur physique », ibid.

« Eu égard aux paque­ts de boue qu’elle bal­ance sur celui qui l’a jadis faite entr­er au Nou­v­el Obser­va­teur et sur celui qui l’a faite revenir plus tard à un poste de direc­tion, le prochain employeur d’Aude Lancelin serait bien avisé de lire cette exé­cu­tion s’il veut savoir ce qui l’attend », ibid.

« Aude Lancelin a exer­cé sa fonc­tion dans le but de redonner au jour­nal un lus­tre qu’il avait per­du, en y faisant revenir de nom­breux intel­lectuels de tous bor­ds, pas­sant com­mande d’articles à tous les jour­nal­istes de la rédac­tion capa­bles d’y répon­dre, menant les pro­jets à bien, dis­ant claire­ment oui ou non aux pro­jets soumis. De toute évi­dence, la relance de l’Obs pas­sait, pour elle, par une recon­quête de son rôle de jour­nal leader dans le monde des idées. Elle n’a cessé de stim­uler les col­lab­o­ra­teurs dans ce sens, en leur trans­met­tant idées et livres, et de répon­dre à leurs propo­si­tions. Con­sciente des dif­fi­cultés que tra­ver­sait le jour­nal, elle avait com­pris qu’il ne vivrait qu’au prix d’une qual­ité excep­tion­nelle ; elle se savait com­plé­men­taire de Matthieu Crois­sandeau, avait comme lui une vue à long terme, et a con­stru­it pierre à pierre un espace qui per­me­t­tait au lecteur exigeant d’accorder sa con­fi­ance à son heb­do­madaire. C’était un tra­vail de longue haleine qu’elle a entre­pris aus­sitôt nom­mée, et qu’elle a effec­tué sans faib­lir. En témoigne le suc­cès de toutes les “Unes” con­sacrées aux idées, aux philosophes – nous sommes nom­breux à déplor­er qu’elle n’en ait pas obtenu plus sou­vent, puisqu’elles allaient dans le sens d’une relance du jour­nal », Jacques Drillon à son sujet, dans le mémoire en défense de Me Bour­don lors de son procès aux prud’hommes pour con­tester son licen­ciement, octo­bre 2017.

Pho­to en Une : crédit animatricestv.t35.com

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