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Aude Lancelin en héraut des gilets jaunes 

14 septembre 2020

Temps de lecture : 2 minutes
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Aude Lancelin en héraut des gilets jaunes 

Le 2 septembre 2020, paraissait le nouveau livre d’Aude Lancelin, La Fièvre, fresque épique de la séquence gilets jaunes ou bien coup marketing au choix. On se souvient de son passage au Nouvel Obs où sa réputation faisait d’elle une libertaire supportant plutôt bien le « capitalisme bourgeois ».

Depuis ses licen­ciements de l’hebdomadaire, puis du Média de la France Insoumise, la fon­da­trice de QG mul­ti­plie les inter­ven­tions en faveur des caus­es indigénistes, LFI, tout en défen­dant les gilets jaunes, les représen­tants de la France des villes moyennes, « les per­dants de la mondialisation ».

Qu’en est-il dans ce livre ?

La romancière des gilets jaunes ?

Enfin un livre qui rend jus­tice clame-t-on sur cer­tains réseaux soci­aux, Lancelin elle-même le revendique comme le roman des gilets jaunes. Sur son compte Twit­ter, « l’amie du peu­ple » revendique le mou­ve­ment des gilets jaunes comme par essence la révo­lu­tion con­tre la déshu­man­i­sa­tion bureau­cra­tique.

Du mou­ve­ment, on n’en retient pas les caus­es con­jonc­turelles : la lim­i­ta­tion routière à 80km, la taxe car­bone, l’aspect jacquerie. Le nar­ra­teur a plus la pos­ture d’un obser­va­teur étranger au mou­ve­ment qu’à « un des leurs ». Quid de la ten­ta­tive de noy­au­tage par l’ex­trême-gauche de ce mou­ve­ment ? D’un mou­ve­ment qui réclame la dig­nité et le mieux-vivre, on fait un mou­ve­ment révo­lu­tion­naire vague­ment marxisant.

Annie Ernaux, roman­cière du fémin­isme et des lieux-com­muns soix­ante-huitards par­le de ce roman comme d’une vérité épique… sans pop­ulisme. C’est du Hugo ou du Sue, mais en mieux. Avec 280 pages, la fresque épique n’est pas bien ambitieuse. Au niveau du style, on a ce qui se fait depuis des années : essay­er de faire du non-style en plaçant çà et là des références à la fois lit­téraires, qui sen­tent bon la khâgne, et des références « pop­u­laires » pour essay­er de sus­citer une espèce de com­mu­nauté de valeurs et d’adhésion.

Itinéraire d’un cas de conscience

Si le réc­it entend retrac­er le par­cours d’un jeune gilet-jaune, la trame se déroule beau­coup plus autour des deux per­son­nages. ‘Eliel Lau­rent, dont il nous est dit qu’il est l’a­mi d’une « jour­nal­iste banale », et de Lau­rent Bour­din. On peut devin­er qu’il s’ag­it du même per­son­nage dans la tête de Lancelin.

On pour­rait y voir la représen­ta­tion de sa pro­pre schiz­o­phrénie entre le jour­nal­iste « illu­sions per­dues » d’une gauche lib­er­taire en cours de recon­ver­sion dans le gauchisme indigéniste, et le jour­nal­iste en quête de notoriété, de recon­nais­sance. Le tout dans un monde médi­a­tique qui ressem­ble cru­elle­ment à ce que l’O­JIM mon­tre depuis des années à la fois au sujet du décalage entre les médias et la réal­ité des gens, mais aus­si du décalage au sein même de ces médias entre la hiérar­chie et la base : le haut et le bas clergé.

Plus que tout, le mode de vie d’Eliel témoigne d’un cer­tain parisian­isme et amène à pos­er le prob­lème de la soci­olo­gie du jour­nal­iste-type de nos jours et de l’im­pact que cela peut avoir sur le con­tenu et la forme de son tra­vail. Lancelin, sur une sorte de chemin de Damas, veut devenir la Luther des medias ou du Média/QG à la fois con­tre les médias dom­i­nants et con­tre les fas­cistes… Rien de nou­veau sous le soleil, cama­rade encore un effort !

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