Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Le Média : les perquisitions chez Sophia Chikirou et Mélenchon relancent la crise de la web-télé

29 octobre 2018

Temps de lecture : 5 minutes
Accueil | Veille médias | Le Média : les perquisitions chez Sophia Chikirou et Mélenchon relancent la crise de la web-télé

Le Média : les perquisitions chez Sophia Chikirou et Mélenchon relancent la crise de la web-télé

À court d’argent, la web-télé ex-Insoumise Le Média, en crise profonde depuis cet été, pourrait ne pas passer l’hiver. Une collecte a été lancée, qui a permis pour l’heure de rapporter près de 70.000 euros selon nos informations, alors qu’il en faut 90.000 par mois pour sécuriser l’existence même de la web-télé. Pis, les perquisitions chez Mélenchon et ses proches – dont Sophia Chikirou, ancienne directrice du Média et trouvée par les enquêteurs au domicile même de Mélenchon – enfoncent des clous dans le cercueil du Média.

Le match reprend

Entretemps, de nou­velles péripéties ont assom­bri le lance­ment de la sai­son 2 du Média, cen­sée le réc­on­cili­er avec ses bailleurs de fonds – les socios, aux­quels il a été beau­coup promis mais qui n’ont que le pou­voir de pay­er. Fin août, Libéra­tion affir­mait que Sophia Chikirou a été mise en demeure par les deux autres fon­da­teurs, Gérard Miller et Hen­ri Poulain, de rem­bours­er les 64.000 euros dont elle a décidé au dernier jour de sa prési­dence le verse­ment à la société dont elle est l’unique action­naire, Medi­as­cop. Elle avait aus­si ten­té de pass­er un autre paiement de 67.000 €, blo­qué par la banque.

« Chikirou étant à l’émission et à la récep­tion des fac­tures, le con­flit d’intérêts sem­ble patent et motive le soupçon d’abus de bien social aux yeux de Miller et Poulain. Ces derniers s’interrogent sur la réal­ité de cer­tains ser­vices fac­turés », explique Libéra­tion. L’intéressée bal­ance elle aus­si : « la société de pro­duc­tion per­son­nelle d’Henri Poulain, Sto­ryCir­cus, a elle-même béné­fi­cié de con­trats avec le Média pour plus de 140 .000 euros. « C’est du délire com­plet », réag­it auprès de Libéra­tion l’intéressé, qui explique avoir fac­turé pour 84 .000 euros ».

Et Hen­ri Poulain d’habiller Sophia Chikirou pour l’hiver : « C’est la soli­tude de Sophia qui nous a séparés. Elle ne sait pas partager le pou­voir. Elle a une manière d’être au quo­ti­di­en presque néolibérale, presque macro­niste. Elle ne ­com­prend pas qu’un jour­nal­iste puisse avoir besoin de trois jours pour écrire un arti­cle, elle a un goût démesuré pour le temps court et elle part du pos­tu­lat qu’elle aurait fait mieux. Elle est capa­ble de sac­ri­fi­er les gens et le réel pour sa cause. Et sa seule cause, c’est Sophia Chikirou ».

Les proches de Sophia Chikirou mis au pas ou partis

Alex­is Poulin, qui bro­car­dait dans Libé (21/08) la nou­velle direc­tion d’Aude Lancelin, et s’est opposé à la société des jour­nal­istes mon­tée par la nou­velle direc­tion, est par­ti. Il dis­ait alors « on est en train de se faire avoir par une équipe de bran­ques, qui n’a aucune stratégie, aucun plan. Leur seul dis­cours, c’est  : Sophia a fait de la merde, à nous de faire désor­mais ».

Dans Mar­i­anne (31/08) il explique son départ : « j’ai choisi de débar­quer pour plusieurs raisons. La pre­mière est per­son­nelle: je suis fidèle en ami­tié et con­stant dans mes engage­ments. Les mots, les injures, les blessures qui touchaient mes amis, me touchaient égale­ment et la sol­i­dar­ité s’imposait face à la calom­nie. La sec­onde est pro­fes­sion­nelle: je ne crois pas en la capac­ité de la nou­velle équipe de faire de la sai­son 2 du Média une propo­si­tion suff­isam­ment forte pour s’imposer dans le paysage médi­a­tique. Les ambi­tions revues à la baisse, la lenteur des déci­sions, l’autoritarisme et le manque d’imagination n’ont jamais été et ne seront jamais l’esprit du Média. La troisième enfin est morale: je fuis depuis tou­jours la médi­ocrité des sen­ti­ments et la duplic­ité par intérêt ».

Autre proche de Sophia Chikirou dont il a fait l’éloge sur son blog – « un sourire de minette et un car­ac­tère d’officier », Vin­cent Léonard lui aus­si n’est pas resté. Et Serge Faubert s’est pris un aver­tisse­ment dis­ci­plinaire pour avoir cri­tiqué la nou­velle direc­tion dans Le Monde.

Jacques Cotta : « Le Média, un simple lieu de propagande »

Dernier départ en date, Jacques Cot­ta qui se fend d’un réquisi­toire sur son blog de Medi­a­part. Il a annon­cé son départ le 13 octo­bre 2018 après qu’Aude Lancelin ait pure­ment et sim­ple­ment décidé de cen­sur­er son futur numéro du mag­a­zine Dans la gueule du Loup, qui devait traiter des para­dox­es poli­tiques et soci­aux italiens.

« Pour le 7ème numéro de mon mag­a­zine, j’ai annon­cé à Aude Lancelin ma volon­té de traiter « l’Italie, la pénin­sule des para­dox­es », c’est à dire d’exposer et de com­pren­dre la nou­velle sit­u­a­tion poli­tique ital­i­enne mar­quée par la con­sti­tu­tion du gou­verne­ment Lega-M5S et la présence de per­son­nages peu fréquenta­bles à la tête de l’état, et par l’affrontement engagé avec l’UE, notam­ment par le vote d’un bud­get qui défie les règles et les traités au prof­it des reven­di­ca­tions immé­di­ates ‑retraites, pau­vreté, etc…- du peu­ple ital­ien. J’ai pro­posé de traiter les para­dox­es de la sit­u­a­tion ital­i­enne, d’autant qu’elle con­stitue un lab­o­ra­toire de ce qui agite toute l’Europe. […] Pour réponse j’ai reçu un mail m’indiquant une fin de non recevoir sans même un échange direct, sans une propo­si­tion de ren­con­tre, sans un coup de télé­phone pour argu­menter, per­me­t­tre de con­va­in­cre. J’ai même appris du clavier d’Aude Lancelin que ma propo­si­tion avait été dis­cutée en mon absence par « tous nos cama­rades », que « le con­sen­sus est total » et que « les chefs de ser­vices parta­gent entière­ment » le point de vue de la nou­velle direc­trice. J’exerce ce méti­er depuis une quar­an­taine d’années […] je n’avais jamais été con­fron­té à un tel exer­ci­ce du pou­voir ».

Aude Lancelin a refusé le sujet – et l’a fait refuser par ses fidèles – de peur de don­ner l’impression de jus­ti­fi­er l’action du gou­verne­ment nation­al­iste ital­ien, explique encore Jacques Cot­ta. « Aude Lancelin m’indique que « le Média ne sera jamais le lieu pour amorcer l’u­nion du sou­verain­isme de gauche et du pop­ulisme de droite ». […] Voilà qui m’interpelle directe­ment. […] Il m’est juste indiqué par cette sim­ple for­mu­la­tion qu’un sujet où pour­raient être tenus des pro­pos qui par hypothèse ne ren­tr­eraient pas dans les normes de la nou­velle respon­s­able du média, qui ne colleraient pas à sa vision idéologique, à ses posi­tions, indépen­dam­ment de l’intérêt et de l’importance jour­nal­is­tique, n’a pas à être abor­dé. Le Média passe ain­si « d’organe de presse » rigoureux qui demande l’analyse et les échanges de points de vue, par­fois con­tra­dic­toires, à un sim­ple lieu de pro­pa­gande ».

Perquisitions chez Mélenchon : Le Média boit le calice jusqu’à l’hallali

Les perqui­si­tions chez Mélen­chon et ses proches ont replacé Sophia Chikirou au cen­tre des atten­tions – ain­si que sa très rentable et très prof­itable société Médi­as­cop, qui est déjà dans la tour­mente car accusée (voir supra) par les fon­da­teurs du Média d’avoir ten­té de soutir­er 130.000 € au Média (dont 64.000 payés) et d’avoir déposé indu­ment le 5 octo­bre 2017 la mar­que Le Média.

Cette société a aus­si fac­turé près de 1,2 mil­lions d’euros de presta­tions lors de la cam­pagne de Jean-Luc Mélen­chon à l’élection prési­den­tielle, à des mon­tants qui inter­ro­gent, surtout eu égard aux presta­tions. Et dans un sché­ma assez proche du Média, puisque Sophia Chikirou, direc­trice de la cam­pagne, fac­turait à sa pro­pre société dont elle est action­naire à 100%. Ain­si France TV relève la mise en ligne de 19 dis­cours de Mélen­chon sur Sound­Cloud, fac­turée 4750 € HT pour cinq jours de tra­vail selon Sophia Chikirou… alors que l’opération prend 6,5 heures de tra­vail selon la cel­lule inves­ti­ga­tion de France Info.

On con­state au pas­sage que la société de Hen­ri Poulain – autre cofon­da­teur du Média – en a prof­ité, puisque des spots télévisés ont été com­mandés à sa société Sto­ry Cir­cus pour 100.000 € directe­ment par Medi­as­cop – ils appa­rais­sent sur la fac­ture de Sophia Chikirou – et non directe­ment par l’association de finance­ment de la cam­pagne (Manuel Bom­pard, directeur de cam­pagne, Marie-Pierre Opran­di, man­dataire finan­cière) qui, selon Sophia Chikirou, étaient les vrais don­neurs d’ordres.

France Info, menteurs et tricheurs ?

Out­re la révéla­tion de la liai­son entre Sophia Chikirou et Mélen­chon – gênante pour ce dernier puisque sa com­pagne est sus­pec­tée d’avoir sur­fac­turé des presta­tions de sa cam­pagne et d’avoir berné le con­tribuable – la passe d’armes entre Mélen­chon et les jour­nal­istes enquê­teurs de France Info, qu’il a traités de « menteurs », « abrutis », « tricheurs » fait du bruit dans le lan­derneau médi­a­tique. Autant nom­bre de ces cri­tiques parais­sent pleine­ment jus­ti­fiées, autant leur ton peut porter détri­ment au Média.

Radio France a annon­cé son inten­tion de porter plainte après que Mélen­chon ait appelé ses sym­pa­thisants à « pour­rir » partout où ils peu­vent les jour­nal­istes de France Info qui ont enquêté sur les sur­fac­tura­tions de sa cam­pagne et dénon­cé l’articulation d’un sys­tème politi­co-médi­a­tique « trop bien orchestré ».

Guy Lagache, directeur délégué des antennes de France Info, réag­it aux pro­pos de Mélen­chon : « Jean-Luc Mélen­chon a traité les jour­nal­istes de tricheurs, de menteurs, a appelé ses adhérents à les ‘pour­rir’. Et en faisant cela, il ne s’adresse pas seule­ment aux jour­nal­istes de France Info, il s’adresse égale­ment à tous les jour­nal­istes puisque la cel­lule d’in­ves­ti­ga­tion qui a mené l’en­quête sur les comptes de cam­pagne […] a été dif­fusée sur l’ensem­ble des antennes. » Dif­fi­cile dans ces con­di­tions au Média d’être audi­ble sur sa col­lecte de fonds…

Illus­tra­tion : Ojim (DR)

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Derniers portraits ajoutés

Christophe Barbier

PORTRAIT — Ex-Patron de L’Express (2006–2016), Christophe Bar­bi­er a ren­du omniprésents dans le débat pub­lic sa sil­hou­ette svelte et son écharpe rouge. Est-il vrai­ment de gauche, comme il l’a longtemps soutenu ?

Élisabeth Laborde

PORTRAIT — Anci­enne attachée de presse de Matthieu Pigasse, auquel elle doit sa mobil­ité pro­fes­sion­nelle ful­gu­rante, Élis­a­beth Labor­de est l’archétype de la « dircom » fémin­iste et bobo qui veut remod­el­er le monde de l’entreprise à son l’aune des mantras pro­gres­sistes contemporains.

Pascal Praud

PORTRAIT — Loin d’être l’homologue français de Tuck­er Carl­son ou de Sean Han­ni­ty comme le fan­tasme la presse de gauche, Pas­cal Praud prof­ite d’un cli­mat poli­tique trou­blé et d’une cen­sure gran­dis­sante pour endoss­er le rôle des “porte-parole des Mar­cel au bistrot” et faire grimper les audiences.

Glenn Greenwald

PORTRAIT — Ancien avo­cat d’af­faires, par la suite spé­cial­isé dans les lit­iges civiques et con­sti­tu­tion­nels, Glenn Green­wald est depuis près de 20 ans entière­ment dédié à la défense lit­térale et intran­sigeante de la con­sti­tu­tion améri­caine et de ses garanties en matière de lib­ertés individuelles.

Yann Barthès

PORTRAIT — Avec sa belle gueule et sa décon­trac­tion cor­ro­sive, Yann Barthès est devenu en quelques années le gen­dre idéal de la mère de famille con­seil­lère déco dans le Marais, ou son fan­tasme télé le plus avouable.