Hebdomadaires et mensuels : que lit-on à la Une des magazines (2) ?

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Après une fin d’année 2017 surchargée en actualités plus ou moins montées en épingle (porcs, écriture inclusive, harcèlement, Plenel et Tariq Ramadan, prières de rue, cigarettes et cinéma, féminisme devenu délirant, réécriture de l’Histoire…), les derniers jours de janvier 2018 semblent marquer le retour aux affaires courantes. Sur quoi titrent les magazines en cette fin janvier ?

Éléments

Une fois n’est pas coutume, honneur à ce que les médias officiels appellent la « petite » presse, laquelle peut en réalité avoir plus d’influence que les journaux distribués gratuitement à l’entrée des avions. Le magazine bimestriel Éléments en est un très bon exemple, lui qui influence la vie des idées politiques et culturelles depuis quatre décennies, de façon de moins en moins souterraine : Éléments revient sur l’actualité prégnante des semaines précédentes, ainsi la question de l’écriture inclusive et de la « paranoïa » sexuelle, interrogeant la probable connerie de la minorité radicalisée et sectaire ultra-féministe qui aurait la prétention de créer un être humain nouveau, dans la plus pure tradition de la feue Union Soviétique, en même temps que la baisse généralisée de nos QI.

L’éditorial signé Alain de Benoist est on ne peut plus clair à ce propos : « Depuis l’affaire du Barbe-Bleue de Hollywood, avec le délicat hashtag « Balance ton porc ! », on assiste au grand retour des précieuses ridicules et des dames quakeresses, des Trissotines et des Torquemadettes, des mères Fouettard.e.s qui traquent les « dérapages » et les comportements inappropriés (à quoi ?). La police de la pensée est dépassée et on en est à la police des arrière-pensées, dont les vétilleux tribunaux siègent de jour comme de nuit ». « Délires du féminisme », une position que l’on retrouvait déjà en décembre 2017 dans la « petite » presse, ainsi dans les mensuels Causeur ou L’Incorrect. Une vraie presse d’opinion, ne plaquant pas ses préoccupations sur celles des sondages ou de ses actionnaires. En janvier 2018, L’Incorrect mettait en Une ce qui est redevenu la question de « Dieu ».

L’Incorrect

Un dossier interrogeant la situation de la société française sur le thème « Dieu et nous », et donc la place des racines judéo-chrétiennes, et grecques, de la France, face à l’islamisation de cette société. Les Juifs, nombreux à être obligés de fuir leurs quartiers, et souvent le pays, en savent quelque chose. Cette islamisation que décrit le rédacteur en chef du mensuel Jacques de Guillebon : « Généralement issus d’une immigration récente, les fidèles de la religion de Mahomet réclament qu’on règle leurs problèmes originaires ici même. Qu’ils n’aient pas le droit de manger ceci ou cela, qu’ils doivent prier à heure fixe, grand bien leur fasse et peu nous chaut. Mais il n’y a pas que ça : il est inutile de rappeler que leur rapport au féminin est intrinsèquement problématique, de même que certaines de leurs lois, comme encourir la peine de mort pour apostasie, ou subir la lapidation pour adultère, nous répugnent infiniment ». Et devraient sans aucun doute répugner à nombre d’apôtres de l’ultra-tolérance. Dans ce numéro, la conversation autour de Dieu, entre Pierre Manent et Rémi Brague, est d’une rare tenue.

Causeur

La question de l’Islam, sur son versant terroriste, fait aussi l’objet de la couverture du mensuel Causeur dirigé par Élisabeth Lévy.

Le numéro de janvier revient sur l’attentat de Charlie hebdo. Dans son éditorial, Élisabeth Lévy parle du droit « sacré », imprescriptible, et pourtant fortement menacé en France, de « déconner sur tout », y compris au sujet des femmes, des noirs, des blancs, des juifs, des arabes etc… Le dossier principal interroge ensuite la France qui « a toujours mal à Charlie », trois ans après. Islam et islamisme ou féminisme occupent ainsi largement les esprits de ces médias, tout comme les pages d’un nouveau trimestriel, dirigé par Mohamed Sifaoui, Contre terrorisme, entièrement consacré à l’analyse et au décryptage de la situation terroriste sous le joug de laquelle nous vivons.

Contre terrorisme

Magazine à l’existence ainsi légitimée par son directeur de la rédaction : « Pourquoi un magazine entièrement dédié au terrorisme ? D’abord parce qu’il fallait informer l’opinion publique sur une réalité, que dis-je !, une menace, qu’elle devra affronter durant – nous le déplorons tous – au moins une génération ».

Courrier International

C’est par contre le féminisme qui fait la couverture du Courrier International en cette fin de janvier 2018 : l’hebdo n’appartient évidemment pas à la « petite » presse au sens alternatif du terme mais il est devenu plus ou moins confidentiel. Comme à son habitude, Courrier International donne la parole non pas à « la presse étrangère », comme il l’affirme depuis son origine, mais à une certaine presse, « progressiste », « centriste » ou « libérale », pour expliquer que le mouvement de lutte contre le harcèlement ne serait pas près de s’arrêter.

Politis

Ailleurs, c’est bien une jeune femme, étrangement la bouteille de champagne en main, en une sorte de coming out pro-capitaliste, qui orne la Une de Politis :

Le magazine des gauches dites radicales sonne la victoire, suite à l’abandon du projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Pour ou contre ce projet, l’observateur ne peut que considérer que le gouvernement cède devant une poignée de zadistes minoritaires, lesquels, la couverture de Politis l’indique, considèreront cet abandon comme un point de départ, un signe donné : des minorités agissantes peuvent imposer les décisions qu’elles veulent à un gouvernement. Peut-être la décision est-elle justifiée, peut-être non. Ce n’est pas l’essentiel. L’important réside dans la méthode et ce sentiment de victoire et d’impunité donné à un groupuscule de marginaux. La victoire des zadistes de NDDL, c’est d’une certaine façon les clés du pouvoir de la République confiée à l’association internationale des punks à chiens.

Minute

C’est aussi au sujet de NDDL que titre l’hebdomadaire Minute : avec un article montrant l’engrenage qui va résulter non de cet abandon mais de la méthode dont il résulte. La France entière plus ou moins « insoumise » pense détenir son moment de référence, qui fera peut-être jurisprudence. Cette même question de NDDL est à la Une de l’hebdomadaire Les 4 Vérités dirigé par Guillaume de Thieulloy, hebdo pour qui il y a un « scandale » à avoir abandonné le projet d’aéroport, non en ce qu’il serait un bon projet, ou pas, mais plus simplement car : « Il n’y a plus d’autorité de l’État et plus de respect de la parole donnée ».

Les 4 Vérités

Et ailleurs ? Au-delà de la « petite » presse dont la vitalité ne devrait normalement que réjouir les amis de la démocratie ? Marianne et Valeurs Actuelles sont des hebdomadaires fidèles à eux-mêmes, pointant le doigt dans des directions qui font problème.

Marianne

Marianne retrouvant goût pour son populisme originel accuse 50 élus de la République de ne pas déclarer leurs revenus, pratiquement 10 % des députés en somme, autrement dit de ne pas montrer l’exemple à des contribuables qui pour leur part n’en peuvent plus.

Valeurs actuelles

Valeurs Actuelles titre quant à lui sur Notre Dame des Landes, le magazine étant soufflé de la façon dont Le président de la République et son gouvernement ont cédé, acceptant de fait la possible partition du territoire national puisque des zadistes réclament que la ZAD soit déclarée territoire protégé, certains évoquant même un « traité à négocier avec l’État français ». Valeurs Actuelles pointe ainsi du doigt la confusion qui semble s’être emparée des esprits politiques, tant l’idée même d’une négociation avec de vagues groupuscules devrait paraître ubuesque.

Le Figaro magazine

Le Figaro magazine pose quant à lui une question d’actualité au sujet de ce même président et de son gouvernement : la question porte en creux sa réponse, Emmanuel Macron ayant, de retour de Davos, cette même fin de mois de janvier, rendu un hommage appuyé à François Mitterrand. L’histoire qui sera écrite plus tard du macronisme notera combien le président Macron acte la mise en œuvre du social-libéralisme par d’autres moyens.

L’Obs

Tout aussi fidèles à eux-mêmes sont d’autres hebdomadaires « réputés ». Sauf que dans leur cas, c’est de morne plaine dont il s’agit. Les couvertures se suffisent et se passent de commentaires, sauf L’Obs qui soulève un sempiternel marronnier, néanmoins évocateur si on le met en rapport avec la couverture de Marianne.

La plaine est encore plus morne par ailleurs…

Alors, la « petite » presse, c’est laquelle ? Après un tel tour d’horizon…, au sujet de la « petite » presse on a envie de titrer comme L’Action Française  : « Vive le roi ! », mais pas celui-là : plutôt, « vive la reine ! », autrement dit la presse dite alternative !