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Vintage people ! L’ennui au bout des pages « Idées » de Libération
Publié le 

2 novembre 2017

Temps de lecture : 4 minutes
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Vintage people ! L’ennui au bout des pages « Idées » de Libération

Faudra-t-il mettre en place un « Œil sur Libération » comme ce quotidien a créé un « Œil sur le Front » ? La question mérite d’être posée après la parution d’un texte douteux faisant un parallèle entre un jeune intellectuel de confession juive devenu poilu de la Grande Guerre et l’islamiste radical assassin Merah, dans la rubrique « Idées » du journal de Laurent Joffrin. Sous la plume d’un « historien ». Ce qui demanderait une analyse de l’état idéologique des universités françaises. Ce n’est pas le lieu. Par contre : que véhicule cette rubrique « Idées » de Libération ? L’OJIM a mis l’œil sur les « Idées » de Libération une semaine durant, du 23 au 27 octobre 2017. Alors, Libé ? Intelligence avec l’ennui ?

Mise en bouche. Devine qui vient dîner ?

Lun­di. La veille de l’anniversaire de l’évacuation de la « Jun­gle » de Calais. Une dou­ble page con­fiée à Nan­cy Hus­ton, tou­jours très présente dans cer­tains médias au moment de la sor­tie de l’un de ses livres (le prochain paraît en novem­bre). La Une du jour est con­sacrée à « Après la jun­gle, un nou­v­el espoir ». Cela tombe bien, Nan­cy a beau­coup à dire, elle est pleine d’idées qui pensent bien, deux pleines pages tout de même, dans une tri­bune inti­t­ulée « Migrants, eux et nous ». En clair : « Il y a un an, la “jun­gle” de Calais était évac­uée. Nan­cy Hus­ton ques­tionne la “mon­di­al­ité” généreuse décrite par l’écrivain Patrick Chamoi­seau dans “Frères migrants”. Peut-on encore atten­dre l’avènement d’une sol­i­dar­ité plané­taire ? ». Wel­come on board : « Aujourd’hui, nous domi­nons cette planète…la pom­pons, l’épuisons et la pol­lu­ons, la lais­sons exsangue. Par notre mode de vie, qui dépend de la con­som­ma­tion mas­sive de pét­role, de viande et de gad­gets élec­tron­iques, nous faisons souf­frir au loin et, à chaque instant, des êtres humains et des ani­maux, invis­i­bles, innom­brables. Notre dis­so­ci­a­tion s’opère dans l’inconscience et sou­vent dans la bonne con­science. Il ne faut pas se leur­rer. Écrire de beaux romans, essais, poèmes, pièces de théâtre est une bonne chose en soi, mais n’a pas le moin­dre impact sur la con­di­tion des migrants. En tant que citoyens, électeurs, man­i­fes­tants, protes­tataires, nous pou­vons par­ticiper à des mou­ve­ments et effectuer des gestes pour atténuer les injus­tices qui provo­quent ces migra­tions dés­espérées et dés­espérantes. En tant qu’écrivains, aus­si clin­quante que soit notre célébrité, notre effi­cac­ité poli­tique est nulle. Cette impuis­sance fait par­tie elle aus­si de notre con­di­tion “d’hu­mains, trop humains”. Il faut la regarder en face, l’assumer…sous peine d’imiter l’Église catholique du Grand Siè­cle : luxe éhon­té, con­quête et spo­li­a­tion au dehors et, en dedans, larmes hyp­ocrites ver­sées sur la souf­france des pau­vres ». C’est la con­clu­sion de la tri­bune de Nan­cy Hus­ton. Libéra­tion n’étant pas PIF Gad­get ne four­nit ni fou­et ni memen­to d’auto-flagellation. Quoi d’autre ? Une tri­bune col­lec­tive, signée entre autres de… Jack Lang et de musi­ciens ten­dance élec­tro inqui­ets de la lim­i­ta­tion à venir du niveau du son dans les lieux publics, « au nom de la san­té publique ». Touche pas à mon fes­tif. Quoi d’autre bis ? Une péti­tion signée par une cen­taine de chercheurs et uni­ver­si­taires con­tre la sup­pres­sion d’une sub­ven­tion au « pre­mier réseau de recherche en France cen­tré sur l’étude des iné­gal­ités entre les femmes et les hommes dans le monde du tra­vail » (le réseau Mage). C’est Mar­lène Schi­ap­pa qui sup­prime. Une mod­érée, au regard des « Idées » de Libéra­tion.

Et en semaine, c’est quoi le menu ?

Mar­di ? C’est « Lénine, réveille-toi la gauche est dev­enue folle ». Une page après une tri­bune sur « Il y a du Ricoeur en Macron, le social­isme en moins » signé d’un philosophe/chercheur du CNRS. Les pages « Idées » de Libéra­tion regor­gent de mem­bres de notre Uni­ver­sité. Il s’agit d’éloigner la mémoire de Ricoeur des pra­tiques macroni­ennes. Quant à Lénine, l’idée le con­cer­nant est de « s’en servir pour redonner le sens du pro­grès col­lec­tif à une gauche française per­due dans l’identitarisme vic­ti­maire ». Mer­cre­di ? Les pages « Idées » suiv­ent une dou­ble page con­sacrée à « Vous », c’est-à-dire à « nous », et titrée : « Règles. Des croy­ances men­strueuses ». On ne quitte pas le rouge. Dans les « Idées », on rap­pelle que Macron est dev­enue anti-ISF alors qu’avant, autrement dit au temps pas si loin­tain où Libéra­tion appelait à vot­er pour lui en Une, il con­sid­érait cela comme une « lubie ». On con­sacre aus­si une page à la méchante Nat­acha Polony, pour l’heure qual­i­fiée « d’éditorialiste néo­con­ser­va­trice ». « Édito­ri­al­iste », c’est pour dire que la dame n’a pas le niveau (des plumes habituelles des « Idées » de Libé), qu’elle n’est pas une intel­lectuelle, à peine une jour­nal­iste. « Néo­con­ser­va­trice », c’est une façon de dire « nazie » ou « fas­ciste ». Comme tout « sou­verain­iste », dans l’esprit de Libé. Sans le dire. C’est du Lau­rent Jof­frin. Le patron de Libéra­tion reproche à sa con­sœur d’écarter « les faits » qui ne vont pas dans son sens de pen­sée. Auto­bi­ographique, cette page « Idées » en somme. Par con­tre, la dou­ble page qui précède, con­sacrée à l’État Islamique, en forme de compte ren­du de l’enquête menée sur le ter­rain par Scott Atran, un anthro­po­logue fran­co-améri­cain et son équipe, est une réus­site. L’enquête mon­tre que la défaite mil­i­taire de l’EI masque la cer­ti­tude chez nom­bre de jeunes musul­mans du Moyen-Ori­ent que « seule la Charia peut sauver et gou­vern­er la société ». Le texte insiste sur le fait que les con­di­tions sociales, poli­tiques et religieuses du développe­ment ini­tial de Daech sont tou­jours en place. On peut avoir le sen­ti­ment de lire Scott Atran partout, reste que c’est sérieux. Et glaçant. Jeu­di ? Libé aimant les minorités, deux pages sont don­nées à un éloge du rôle du protes­tantisme dans la con­struc­tion de l’État français mod­erne et de la laïc­ité. C’est l’anniversaire de l’affichage des thès­es de Luther, et cela ne mange pas de pain. Suit la chronique régulière d’Alain Duhamel. Peu sig­nifi­ante. Jeu­di, un jour sans dans les « Idées ».

Le dessert ? Vendredi c’est…

Deux pages autour du livre d’Emmanuelle Loy­er, Une brève his­toire cul­turelle de l’Europe (Flam­mar­i­on), diplômée de Sci­ence Po où elle enseigne, spé­cial­iste de Lévi-Strauss, du fes­ti­val d’Avignon, de Mai 68, de l’histoire cul­turelle de la France. Pro­fil Libéra­tion clas­sique. La parole est ensuite à l’historienne Car­o­line Roussy et à l’économiste togo­lais Kako Nubukpo. Il s’agit de débat­tre une thèse pub­liée par le philosophe décolo­nial­iste à la mode, Achille Mbe­m­be, dans Cour­ri­er Inter­na­tion­al en mai 2017. Pour le philosophe, la décoloni­sa­tion de l’Afrique ne sera effec­tive que lorsque les fron­tières des États africains, de son point de vue héritées de la coloni­sa­tion, seront abolies. Pour ses con­tra­dicteurs, Mbe­m­be se trompe : les fron­tières pré-exis­taient. Débat de spé­cial­istes pour lec­torat bobo-parisien. L’enjeu ? Mbe­m­be, pour­tant star des gauch­es décolo­niales rad­i­cales, n’est pas assez… rad­i­cal : on sent poindre der­rière sa volon­té d’abolir les fron­tières une sorte de con­ces­sion à un libre échangisme… Sur­prenant ce goût de pous­sière dans la bouche une fois arrivée en fin de voy­age.

Glob­ale­ment, à l’issue de cette semaine, l’observateur impar­tial, entre deux endormisse­ments, a l’impression d’avoir effec­tué un par­cours dans un univers avec des codes fer­més, forte­ment tein­té d’élitisme uni­ver­si­tariste bobo bon teint. La pop­u­la­tion ? Elle sem­ble bien éloignée des pages « Idées » de Libé, dont le lec­torat, s’il existe, ne peut que se déter­min­er dans un entre-soi. Cir­con­scrit aux cafés proches de quelques cam­pus ? De l’entre-soi au nom de l’universalisme. La semaine se ter­mine d’ailleurs par la chronique de l’École Nor­male Supérieure, par­don… de Frédéric Worms. On com­prend mieux pourquoi le quo­ti­di­en a un tel besoin de l’argent des con­tribuables.

Pho­to : © Press­mas­ter / licence OJIM

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