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[Dossier] Cyril Hanouna, bientôt la Chute ?

14 mars 2016

Temps de lecture : 7 minutes
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[Dossier] Cyril Hanouna, bientôt la Chute ?

Incarnant à lui seul les dérives de la télé-poubelle, où règnent la médiocrité, l’humiliation, les moqueries et autres bouffonneries en tout genre, Cyril Hanouna fait face, depuis plusieurs semaines, à une certaine contestation aux allures d’œuvre de salubrité publique, révélant des méthodes de voyou et des comportements ô combien inquiétants.

Acte 1 : La charge de Michel Onfray

Dans cette croisade qui voit grossir ses rangs con­tre l’an­i­ma­teur de « Touche pas à mon poste », Michel Onfray a, sem­ble-t-il, fait office de craque­ur d’al­lumette.

Dans un entre­tien au Figaro Mag­a­zine le 8 jan­vi­er 2016, le philosophe s’en est pris aux mod­èles pro­posés aujour­d’hui, notam­ment par la gauche, à la jeunesse. « Aujourd’hui, et ce depuis la gauche, on nous présente des mod­èles trag­iques qui font rêver les jeunes : Bernard Tapie, la Rolex, la Fer­rari, Cyril Hanouna, un joueur de foot qui donne des coups de boule, etc., alors qu’il y a soix­ante ans ou plus, un jeune rêvait d’être médecin, avo­cat ou pro­fesseur d’université, Jean-Paul Sartre ou Mau­rice Cheva­lier », a‑t-il estimé.

Pour l’écrivain, « vouloir ressem­bler à Serge Reg­giani ou à Yves Mon­tand, c’est tout de même moins déshon­o­rant que vouloir ressem­bler à Cyril Hanouna ! » Ain­si, « il est donc logique que de nos jours, la kalach­nikov devi­enne le rêve ultime », avait-il con­clu. C’est cette dernière phrase qui a eu le don de faire frémir la bien-pen­sance médi­a­tique.

Sur Twit­ter, les fans de l’émis­sion ont défendu leur idole, et le servile chroniqueur Gilles Verdez a même grat­i­fié Onfray et Le Figaro de son « mépris éter­nel » ! De son côté, Cyril Hanouna n’a pas souhaité répon­dre au philosophe, l’ac­cu­sant, dans son émis­sion du 12 jan­vi­er, d’être un « islam­o­phobe notoire » et un « manip­u­la­teur » qui « dit d’énormes con­ner­ies ».

Acte 2 : La « normalisation de l’humiliation »

Début févri­er, c’est le chroniqueur de France Inter Bruno Don­net qui, dans son émis­sion « L’In­stant M », dénonçait les pra­tiques de l’an­i­ma­teur. Revenant sur une émis­sion du 25 jan­vi­er où Hanouna avait ver­sé un bol de nouilles chaudes dans le slip d’un de ses chroniqueurs, dans l’hi­lar­ité générale, Don­net y désigne une inquié­tante nor­mal­i­sa­tion de l’hu­mil­i­a­tion.

En effet, « hum­i­li­er quelqu’un, le harcel­er au tra­vail, c’est inter­dit par la loi », a‑t-il plaidé, jugeant que dans l’émis­sion de D8, c’est Matthieu Delormeau qui était le souf­fre-douleur offi­ciel de la bande à Hanouna. Pour Bruno Don­net, la télévi­sion ne devrait pas faire ain­si la pro­mo­tion de ce genre de com­porte­ment « abject et destruc­teur pour celui qui le subit ». Et d’a­jouter : « À l’école, dans la cour de récréa­tion, si un gosse se fait flan­quer des nouilles dans le falzar par une bande d’affreux jojos, un adulte inter­vient. Dans l’émission d’Hanouna, les adultes se réu­nis­sent tous les matins pour se deman­der quelles nou­velles saloperies ils vont pou­voir faire subir à Delormeau le soir-même. »

La ques­tion qui se pose désor­mais est de savoir pourquoi per­son­ne ne lève le petit doigt pour met­tre fin à ces pra­tiques, que ce soit sur le plateau où dans les couliss­es du groupe Canal +. Pour le chroniqueur de France Inter, c’est sim­ple : « à la télévi­sion, l’audience vous pro­tège de tout, y com­pris du devoir de ne pas dépass­er les bornes. Hanouna est un énorme pour­voyeur d’audience pour D8, donc per­son­ne n’a le courage de lui dire que ce qu’il fait avec Delormeau est immonde. » CQFD.

Acte 3 : Plaintes contre l’animateur

Le 8 févri­er, l’af­faire jusqu’alors can­ton­née aux cri­tiques à l’é­gard de l’an­i­ma­teur a pris un tour­nant judi­ci­aire. Julien Cazarre, humoriste et chroniqueur sportif sur Canal+, a en effet déposé plainte con­tre Cyril Hanouna au com­mis­sari­at du IXe arrondisse­ment de Paris. La cause ? Le jour­nal­iste aurait reçu de nom­breux appels télé­phoniques malveil­lants accom­pa­g­nés de men­aces de vio­lences physiques de la part d’Ha­nouna et de sa chroniqueuse vedette, Éno­ra Mala­gré, qui van­tait en 2013 son « passé de délin­quante ». La fine équipe, en somme.

D’après Le Canard Enchaîné, qui révèle l’af­faire, l’an­cien vendeur de mar­rons n’au­rait pas appré­cié de voir Julien Cazarre racon­ter qu’il avait décliné l’une de ses propo­si­tions. Dans France Foot­ball, le chroniqueur de l’émis­sion « J+1 » avait en effet déclaré : « Cyril Hanouna m’a appelé, m’a dit qu’il aimait bien ce que je fai­sais. Mal­heureuse­ment je ne peux pas en dire autant! C’est pas du tout ma came. Gilles Verdez c’est le dîn­er de cons et Eno­ra Mala­gré, c’est la vul­gar­ité à l’ex­trême. Ça ne m’in­téresse pas. »

Pour défendre ses con­frères, « Hanouna la men­ace » n’avait alors pas hésité à lui télé­phon­er pour lui sig­ni­fi­er qu’il allait lui « péter la gueule ». « On sait où t’habites », « On va venir te voir », « Tu ne sais pas qui on con­naît », « Tu nous as pris pour des gen­tils, mais non », lui aurait déclaré l’an­i­ma­teur. « C’est vrai que j’ai pris mon télé­phone pour lui par­ler. Je lui ai dit ce que je pen­sais, car je défends tou­jours mes équipes et dans le cas présent Estelle Denis, Eno­ra Mala­gré et Gilles Verdez ont été blessés par les pro­pos qui ont été tenus dans la presse », a par la suite con­fessé Hanouna.

Si, depuis, la direc­tion de Canal+ a organ­isé une « réc­on­cil­i­a­tion for­cée » entre les deux hommes si bien que la plainte n’au­ra, sem­ble-t-il, aucune suite, un autre jour­nal­iste de Canal + aurait lui aus­si été la cible d’un coup de sang d’Ha­nouna. Tou­jours d’après le Canard, Arnaud Ram­say, jour­nal­iste à France Foot­ball et i>Télé, a déposé une plainte le lende­main de celle de Cazarre pour un cas sim­i­laire de men­aces télé­phoniques. « Hanouna n’ar­rê­tait pas de hurler: ‘On va s’ex­pli­quer, je vais venir te défon­cer, tu ne sais pas qui je suis, tu vas avoir de gros prob­lèmes, je vais venir te chercher à i>Télé’, etc. », racon­te-t-il à l’heb­do­madaire satirique.

Cette fois, le prince de la télé-poubelle n’au­rait pas sup­porté de voir Ram­say relay­er les cri­tiques de Julien Cazarre envers son émis­sion et ses chroniqueurs. D’où ces nou­velles intim­i­da­tions dignes d’un voy­ou de ban­lieue. C’est d’ailleurs qua­si­ment comme cela qu’Ha­nouna se revendique. Revenant sur l’af­faire Cazarre dans son émis­sion, il déclare : « J’ai été sym­pa avec lui, je lui ai pro­posé Touche pas à mon sport et je vois que der­rière, il me chie dessus. Moi je viens de ban­lieue. Mes copains, quand un gars par­le comme ça de moi, ils me dis­ent : “Qu’est-ce qui lui prend à l’autre, on va aller le voir et on va le démon­ter”. Heureuse­ment que je suis là pour les calmer. » Ouf.

Acte 4 : Le dossier de Society sur le « caïd » du PAF

Dans son édi­tion du 4 mars, le mag­a­zine Soci­ety a con­sacré un dossier de huit pages à l’an­i­ma­teur, témoignages anonymes d’un chroniqueur de l’émission et d’employés de sa société de pro­duc­tion (H2o) à l’ap­pui. Dans un pre­mier temps, on y décou­vre son côté tyran­nique et san­guin, par­fois à la lim­ite de la dinguerie. Vis­i­ble­ment, celui-ci serait cou­tu­mi­er des men­aces télé­phoniques. « Il me dis­ait “T’as rien com­pris, t’es qu’une merde, si t’es pas con­tent je te vire demain, c’est moi le vrai roi du groupe Canal’ ” ou encore “Tu sais com­bi­en je pèse?” », a témoigné un employé d’H2o, pré­cisant la fac­ulté de l’an­i­ma­teur à se calmer aus­si rapi­de­ment qu’il s’était emporté.

Un autre témoin racon­te com­ment Hanouna s’en est pris, un jour, à Jérôme Antony, ani­ma­teur sur M6, qui avait sim­ple­ment déclaré qu’il ne regar­dait pas TPMP. « Putain mais t’es qu’un fils de pute, je vais venir te cramer les couilles », aurait-il lâché au télé­phone. Une autre fois, il a lancé à son chroniqueur Bertrand Chameroy : « Arrête de par­ler d’Oba­ma! Tout le monde s’en bran­le d’Oba­ma, per­son­ne ne le con­naît. »

Le plus inquié­tant dans le dossier de Soci­ety, c’est le témoignage d’un chroniqueur qui nous apprend que son patron est capa­ble de « défé­quer dans les pom­pes d’un chroniqueur, d’uriner dans la poubelle de la pro­duc­trice ou dans le verre du rédac­teur en chef, atten­dant que ce dernier y trempe les lèvres ». « C’est hor­ri­ble, pour­suit-il, mais dans la boîte, plus per­son­ne n’a envie de faire TPMP. (…) Chaque soir, on y va en traî­nant des pieds parce qu’on sait que quelqu’un en plateau va se pren­dre une plume dans le cul. »

Sur le plateau de son émis­sion, le lende­main, Cyril Hanouna a préféré bot­ter en touche et jouer la carte de la légèreté : « Chaque sai­son, on a une petite vague de cri­tiques. C’est bien que l’on par­le de TPMP, ça veut dire qu’il n’y a pas d’ac­tu­al­ité trag­ique à côté. C’est une bonne nou­velle pour la société française. (…) TPMP est l’émis­sion qui a la plus grosse com­mu­nauté der­rière elle sur les réseaux soci­aux, donc for­cé­ment, il y a beau­coup de gens qui s’en ser­vent pour faire par­ler d’eux. »

Pour lui, son émis­sion c’est « comme une soirée entre potes où tu rigoles, on est restés de grands gamins ». D’ailleurs, il n’a « même pas l’im­pres­sion de faire une émis­sion de télévi­sion. Je dis juste des con­ner­ies, comme dans la vie. » De quoi jus­ti­fi­er les men­aces, les insultes, les humil­i­a­tions et les colères pathologiques ? Sûre­ment pas.

Pour Vic­tor Le Grand, jour­nal­iste au mag­a­zine Soci­ety et co-auteur de cette enquête, « Cyril Hanouna sait très bien que tout est vrai dans notre enquête. Nous avons d’ailleurs des enreg­istrements pour le prou­ver. » Pour préserv­er l’anony­mat des témoins, et éviter que les foudres de l’an­cien ani­ma­teur de la colonie « Shalom vacances » ne s’a­bat­tent sur eux, ces enreg­istrements seront vraisem­blable­ment gardés secrets.

Néan­moins, au regard de tous ces témoignages, de toutes ces langues qui se délient les unes après les autres, il con­vient de se deman­der com­bi­en de temps va dur­er cette impunité face à ces méth­odes de voy­ous. Prob­a­ble­ment encore un moment, quand on sait qu’Ha­nouna est l’a­mi de Vin­cent Bol­loré. D’ailleurs, d’après l’une des sources de Soci­ety, c’est pour cette rai­son que l’an­i­ma­teur inter­di­rait à ses chroniqueurs de flinguer les émis­sions de Canal+. « Son truc, c’est de dézinguer la con­cur­rence directe. L’an­née dernière, on n’avait pas le droit de dire du bien du Grand Jour­nal, et cette année, on n’a plus le droit d’en par­ler du tout, parce que c’est Bol­loré », a‑t-elle con­fié.

Pour le plus grand bon­heur de ses téléspec­ta­teurs décérébrés et le plus grand mal­heur du PAF, le caïd de la télé-poubelle a, sem­ble-t-il, encore de beaux jours de pitreries devant lui. Des imbé­cil­lités grasse­ment rémunérées à hau­teur de plus de 100 000 euros par mois. Comme il l’indique lui-même dans ses mes­sages de men­aces, il « con­naît du monde », le garçon…

Voir notre portrait de « Cyril Hanouna, la télé-poubelle comme là-bas, dis ! »

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