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Quand Éric Le Boucher (L’Opinion) fait sienne la pensée décoloniale

11 août 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Quand Éric Le Boucher (L’Opinion) fait sienne la pensée décoloniale

Red­if­fu­sion esti­vale 2020. Pre­mière dif­fu­sion le 9 mai 2020

Éric Le Boucher, dans sa chronique du 3 mai 2020 à L’Opinion, “média quotidien, libéral, européen et pro-business”, a fustigé ces “vieux blancs malades”, victimes principales du coronavirus, pour lesquels toute l’économie mondiale aurait été arrêtée. Retour sur une tribune oscillant entre racialisme anti blanc, obsession pour l’économie, schizophrénie et culpabilisation, qui a aussi fait réagir, de Causeur à LCI.

Le monde s’arrête pour sauver les vieux blancs déjà malades”

C’est la grande thèse de Le Bouch­er, “la pandémie tue les vieux déjà malades et blancs” et on a con­finé une grande par­tie de la pop­u­la­tion mon­di­ale, arrêté l’économie, avant tout pour les sauver.

Pen­dant ce temps-là, “dans les pays émer­gents, des mil­lions de jeunes qui, mieux éduqués, com­mençaient à voir enfin s’ouvrir les portes du tra­vail, vont les voir se refer­mer bru­tale­ment, sans aucune des aides sociales que don­nent les pays rich­es”.

En résumé, “le monde a totale­ment arrêté l’économie pour sauver des vieux blancs déjà malades”, au détri­ment évi­dent de tous les autres peu­ples non européens.

Non, vous ne lisez pas AJ+ (alias Al Jazeera) mais bien L’Opinion, dans lequel Éric Le Bouch­er, “vieux mâle blanc” lui-même mais fon­da­men­tale­ment pro-immi­gra­tion, fait sienne les théories “décolo­niales” de Rokhaya Dial­lo et con­sorts sur le “priv­ilège blanc”. Out­re la propen­sion à se cul­pa­bilis­er soi-même de l’auteur, ce dernier fait abstrac­tion des per­son­nes sans patholo­gies, assez jeunes, mortes du coro­n­avirus, ou même, des afro-améri­cains très forte­ment touchés par la pandémie.

On en fait pas autant pour le paludisme !”

Souhai­tant soutenir sa thèse : si on s’inquiète du coro­n­avirus, c’est seule­ment parce qu’il touche essen­tielle­ment des blancs, Le Bouch­er part dans une som­bre com­para­i­son avec le paludisme.

Le palud­isme tue 700 000 per­son­nes par an qui ont la car­ac­téris­tique d’être en très grande majorité jeunes et noirs. Le palud­isme a des effets ter­ri­bles pour les pays con­cernés mais, ailleurs dans le monde, très peu y prê­tent atten­tion. Le coro­n­avirus a fait moins de la moitié de décès que le palud­isme mais tous les habi­tants du monde ont eu ou ver­ront leur vie per­son­nelle forte­ment dégradée.”

En plus de son obses­sion raciale avec l’évocation des “noirs”, on se demande si Le Bouch­er sait que le palud­isme ne se trans­met pas d’homme à homme, con­traire­ment au covid-19, et que par con­séquent, la ques­tion d’un con­fine­ment pour le com­bat­tre n’aurait aucun sens. Même cer­tains théoriciens du com­plot n’auraient pas osé…

L’ineptie des populistes”

Après avoir finale­ment remis en cause le con­fine­ment et le sac­ri­fice de l’économie, le jour­nal­iste ne veut surtout pas être assim­ilé aux “deux seuls dirigeants “coro­nascep­tiques”, Bol­sonaro et Trump”, même s’il leur a finale­ment don­né rai­son. Légère­ment schiz­o­phrène, il écrit :

Les pop­ulistes ont surtout démon­tré dans cette crise leur inep­tie et leur igno­rance pour la sci­ence et les « experts » qui sont, comme tou­jours, au ser­vice de l’élite. Don­ald Trump aura été à la hau­teur de bout en bout depuis ses déc­la­ra­tions sur le « virus étranger » jusqu’à l’absorption d’eau de Jav­el.” Une sim­ple reprise des attaques de la presse améri­caine libérale lib­er­taire de la ges­tion de la crise san­i­taire par Don­ald Trump.

En résumé, taper sur le con­fine­ment et ses effets économiques pour démon­tr­er un sup­posé priv­ilège blanc, oui, mais pren­dre le risque de dire comme Bol­sonaro et Trump, non.

Qu’est-ce qu’il dit de notre civilisation ?”

Finale­ment, Le Bouch­er con­clut en s’interrogeant sur “Qu’est-ce qu’il [“notre sauve­tage des vieux blancs de 84 ans” (âge médi­an des vic­times)] dit de notre civil­i­sa­tion ?”. Selon lui, il man­i­feste les “avan­tages des fameux baby-boomers”. On voit mal ce qu’ils vien­nent faire là car les plus âgés de cette généra­tion auront 74 ans cette année. Réflexe de l’homme cul­pa­bil­isé, après s’en être pris à son pro­pre peu­ple ? Le Bouch­er (né en 1950), veut-il s’en pren­dre à sa pro­pre généra­tion ? Ou encore à lui-même ?

Nos lecteurs de 2015 se sou­vien­dront peut-être d’un arti­cle du 25 octo­bre de cette année où le même Le Bouch­er prô­nait « l’immigration, chance de nos économies », une manière d’éliminer les blancs plus douce que le coro­n­avirus, mais qui sait plus efficace.

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