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Nassira El Moaddem, symbole des journalistes haïssant les Français

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14 mai 2024

Temps de lecture : 5 minutes
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Nassira El Moaddem, symbole des journalistes haïssant les Français

Temps de lecture : 5 minutes

Le mardi 30 avril 2024, Nassira El Moaddem, journaliste pour Arrêt sur Images, qualifiait la France de « pays de racistes dégénérés » sur X. La raison ? Un article de la Fédération française de football rappelant que le port de casques et de collants n’était autorisé que sur autorisation médicale délivrés par la FFF elle-même. Il existait des soupçons de faux certificats médicaux délivrés pour cacher un voile musulman, ou bien les jambes des hommes.

Les Français n’aiment pas qu’on les insulte

Quand on traite les mil­i­tants RN ou Recon­quête ! de racistes, tout le monde ou presque fait sem­blant d’être d’accord, ne serait-ce que pour ne pas avoir l’air de soutenir des par­tis qual­i­fiés d’un peu sul­fureux. En revanche, quand cette insulte porte sur tous les habi­tants d’un pays, le plébiscite est plus dif­fi­cile à sus­citer. D’autant que, dans le cas présent, le rap­pel de la FFF ne sem­ble pas absurde. Les Français n’ont pas l’habitude de con­sid­ér­er qu’un short est impudique, et les foot­balleurs savent com­bi­en des col­lants peu­vent être mal-pra­tiques en-dehors des grands froids. Cela vous frotte les jambes, descend sur les chevilles ou sert trop les cuiss­es, bref, on n’en met que quand la tem­péra­ture rend le sport imprat­i­ca­ble. Un peu comme les cou­vre-chefs, et ce ne sont pas les sportives voilées, qui inter­rompent par­fois un match parce que leur voile s’est déplacé, qui diront le contraire.

Les Français ont donc vive­ment réa­gi à la pub­li­ca­tion sur X de Nas­sira El Moad­dem. Comme les réseaux soci­aux rassem­blent des mil­liers de per­son­nes qui peu­vent écrire à peu près tout ce qui leur passe par la tête, il n’y avait évidem­ment pas que des com­men­taires cour­tois et bien con­stru­its. Les médias par­lent donc de « cen­taines de mes­sages racistes et haineux », d’une « vague de com­men­taires nauséabonds » et de « cam­pagne de cyber­har­cèle­ment » (Ouest-France). Ce titre pré­cise d’ailleurs que CNews est en par­tie respon­s­able de ce défer­lement de haine, puisque Jean-Marc Moran­di­ni a invité Julien Odoul, député RN, à réa­gir sur ce tweet.

Voir aus­si : Pour le Bondy Blog, la télé est dev­enue « facho »

Certains journalistes furieux de devoir répondre de leurs paroles

Les médias, mais aus­si Nas­sira El Moad­dem elle-même, qui déplorent une cabale dirigée par l’extrême-droite, sem­blent oubli­er un peu vite que la pre­mière pierre, c’est Nas­sira El Moad­dem qui l’a lancée. Per­son­ne ne l’a oblig­ée à pub­li­er cette insulte sur son compte, et il ne s’agit pas d’un mes­sage privé qui aurait été cap­turé par un quidam peu dis­cret. Nas­sira El Moad­dem a joué, elle a per­du, et elle le vit mal. Au lieu d’une lev­ée de boucliers con­tre la FFF, elle récolte une bor­dée de con­tra­dic­tions et, dis­ons-le, d’insultes. Quand on est Française d’adoption, on ne traite pas la France de pays de dégénérés ou alors pourquoi ne pas envis­ager la rem­i­gra­tion vers son pays d’origine ? Peut être un choix cohérent et bienvenu.

Pen­dant des années des décen­nies, les jour­nal­istes du monde libéral lib­er­taire ont été habitués à dire ce qu’ils voulaient, sans sanc­tion ni oppo­si­tion. Or, depuis peu, les jour­nal­istes con­ser­va­teurs sont plus nom­breux, et dis­posent même de médias où ils peu­vent s’exprimer, et les réseaux soci­aux font chaque jour vol­er en éclat la bar­rière qui sépare les jour­nal­istes qui par­lent et les Français qui écoutent. Parce que cer­tains se ren­dent compte qu’ils sont plus com­pé­tents que cer­tains jour­nal­istes, et ne se privent pas de les con­tredire, faits et chiffres à l’appui. Parce que les Français sont las de pay­er via leurs impôts des médias qui ne les représen­tent pas, voire les haïssent.

Les journalistes choisissent les confrères à protéger

Que les jour­nal­istes se pro­tè­gent entre eux, c’est une chose. On peut con­cevoir une cer­taine sol­i­dar­ité de pro­fes­sion. Qu’ils le fassent au prix d’un peu de mau­vaise foi et de mal­hon­nêteté, s’en est déjà une autre. Qu’ils choi­sis­sent les per­son­nes à pro­téger en fonc­tion de leur bord et de ce qu’elles dis­ent, c’en est une dernière. On ne se sou­vient pas d’une cam­pagne de sou­tien pour Geof­froy Leje­une lorsqu’il devait pren­dre la tête du JDD, on se sou­vient même de l’inverse.

Voir aus­si : Pour Gilles Kepel, le Bondy Blog est dans la main des Frères musulmans

Radouan contre Nassira

Prenons plus récent : le 2 mai, soit trois jours après la pub­li­ca­tion de Nas­sira El Moad­dem, Radouan Kourak, un autre jour­nal­iste d’origine maro­caine, tenait des pro­pos rad­i­cale­ment opposés. « Vous sem­blez cracher dans la soupe et renier ce pays qui nous a pour­tant tout don­né. Nous lui devons tout. La France est le pays le moins raciste du monde », affir­mait-il, là encore sur X, avant de renou­vel­er ces dires sur CNews le lende­main. Lui aus­si est insulté sur les réseaux soci­aux, notam­ment par l’expression bien con­nue d’arabe de ser­vice, et il reçoit même, selon son avo­cate, des men­aces de mort. Pour­tant, en-dehors des médias habituels comme Le JDD ou Valeurs actuelles, per­son­ne ne prend sa défense.

Les agres­sions ver­bales à l’encontre des jour­nal­istes subis­sent en somme le même traite­ment que les agres­sions physiques con­tre les citoyens : cer­tains médias les tri­ent… Nas­sira El Moad­dem, femme dite racisée, devient donc leur égérie et leur cause à défendre. Elle est aus­si le sym­bole de la décon­nex­ion d’une par­tie du monde médi­a­tique, qui ne cesse de cracher sur ceux qui le finan­cent tout en encen­sant les délinquants.

Image : Nas­sira El Moad­dem en mars 2017. Médi­a­part. Source : Wiki­me­dia. Licence : CC BY 3.0