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Comment le spectre des marchés financiers pousse les médias vers Renaissance

22 juin 2024

Temps de lecture : 5 minutes
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Comment le spectre des marchés financiers pousse les médias vers Renaissance

Temps de lecture : 5 minutes

Dès l’annonce de la dissolution, c’était dans tous les journaux : les marchés financiers s’affolaient à l’idée d’une majorité du Rassemblement national après les législatives anticipées. Depuis, les médias continuent à alerter sur les programmes économiques des « extrêmes ». L’occasion d’engager à choisir Renaissance.

Comment l’instabilité politique a fait baisser la notation financière de la France

Fin avril, les agences de nota­tion finan­cières Moody’s et Fitch avaient décidé, à la sur­prise générale, de main­tenir la note de la solid­ité de la dette française. Cette déci­sion avait per­mis à la France de con­serv­er son appar­ent sérieux face aux investis­seurs. Or, l’annonce de la dis­so­lu­tion a tout changé, et l’agence de nota­tion Moody’s men­ace main­tenant de dégrad­er la note. Con­séquence, les marchés financiers paniquent, les emprunts sont plus chers, le déficit pub­lic se creuse, bref, tout va à vau‑l’eau et les médias peu­vent mon­tr­er les pos­si­bles con­séquences d’une majorité du Rassem­ble­ment nation­al. France Bleu pré­cise notam­ment que « la Bourse de Paris a bouclé sa pire semaine en plus de deux ans », ce que note égale­ment L’Opinion. Le Nou­v­el Obs est presque menaçant, sans vis­er pour autant le RN, lorsqu’il affirme que « le vain­queur poten­tiel des élec­tions est ain­si prévenu : il a intérêt à faire des propo­si­tions qui res­teront accept­a­bles pour les investis­seurs, qui déti­en­nent les 3 100 mil­liards de dette publique. » France Info, pour sa part, estime som­bre­ment que « il y a une cer­ti­tude : les pre­mières con­séquences de ces futures élec­tions promet­tent d’être le déra­page de nos finances publiques. »

Le Nouveau Front populaire condamné par une part réduite de la presse

Si l’ensemble des médias crie haro sur le Rassem­ble­ment nation­al, seuls cer­tains titres font de même à l’encontre du Nou­veau Front pop­u­laire. Ain­si, Le Point estime que, d’un côté comme de l’autre, on assiste à une « foire aux fauss­es bonnes idées » et que les pro­grammes « présen­tent des ressem­blances. » Une posi­tion partagée par le cab­i­net d’études Astérès, repris par La Tri­bune, qui par­le de pro­grammes « forte­ment sim­i­laires. » Le Point défend notam­ment la mon­di­al­i­sa­tion, expli­quant que « si ses nom­breux effets négat­ifs sont à cor­riger », il est « dif­fi­cile de ne pas voir les gains de pou­voir d’achat dont ont prof­ité les ménages les plus mod­estes. » Des ménages qui, juste­ment, votent pour le RN ou la gauche, mais ne lisent guère Le Point.

Dans les médias publics, on trouve des excuses au Nouveau Front populaire

France Bleu quant à lui, par­le d’un « ambitieux » pro­gramme, tout en recon­nais­sant « l’in­quié­tude des prin­ci­pales organ­i­sa­tions patronales et les réserves d’é­con­o­mistes », avec un arti­cle indéfi­ni qui insin­ue que tous les écon­o­mistes ne s’accordent pas. Au reste, les con­séquences économiques du pro­gramme sont dif­fi­ciles à chiffr­er, et « plusieurs insti­tuts de con­jonc­ture et ban­ques » s’y refusent, « invo­quant les dif­fi­cultés à ce stade d’un tel exer­ci­ce. » Ayant noté cette pru­dence, France Bleu ajoute, dans un reproche à peine voilé, que « le gou­verne­ment n’a lui pas atten­du et dégainé en pleine cam­pagne et en quelques heures une esti­ma­tion “ligne à ligne” du pro­gramme. » Une esti­ma­tion donc plus poli­tique que sci­en­tifique. Le média admet toute­fois que « cer­taines mesures sont aus­si vues d’un mau­vais œil au sein des milieux pro­fes­sion­nels » et cite cer­tains écon­o­mistes qui craig­nent « un pro­gramme poten­tielle­ment dépen­si­er dif­fi­cile à met­tre en œuvre »

De trois maux, choisir le moindre : Renaissance ?

De son côté, France Info note que les pro­grammes du RN et du Nou­veau Front pop­u­laire « promet­tent d’être si généreux qu’ils en sont extrême­ment coû­teux », même si, selon le média, « il est nor­mal quand on est en cam­pagne de faire des propo­si­tions séduisantes pour attir­er les électeurs plutôt que de promet­tre du sang et des larmes. » Une con­ces­sion prag­ma­tique, mais aus­si assez pes­simiste quant à l’avenir de l’économie française : un can­di­dat por­tant un pro­gramme de ratio­nal­i­sa­tion de la dépense publique, donc des aides et sub­ven­tions divers­es, n’aurait aucune chance de con­va­in­cre. Après avoir rapi­de­ment étril­lé les pro­grammes de la droite et de la gauche, France Info con­cède que « côté Renais­sance, il y a aus­si des dépens­es », mais s’empresse de pré­cis­er que « leur fac­ture, en tout cas pour le moment, reste néan­moins net­te­ment moins élevée que celles présentes dans le pro­gramme des autres for­ma­tions, à droite comme à gauche. » Même Libéra­tion défend le gou­verne­ment, affir­mant que si « le déficit et la dette sont à des niveaux élevés », « l’Etat se refi­nance facile­ment ». Il faut bien cela pour accuser le Rassem­ble­ment nation­al de « noir­cir le tableau déjà som­bre des finances publiques ». Pour le prou­ver, Libé cite cer­tains mots de Jor­dan Bardel­la : « cat­a­strophique », « qua­si-fail­lite sur le plan financier. » Ce n’est pas chez Libéra­tion qu’on ver­rait de telles hyperboles.

Les médias au secours du gouvernement : conviction ou commande ?

Face aux deux nou­veaux blocs de droite et de gauche qui sem­blent majori­taires, les médias font donc un tra­vail de sape méthodique, qui a peut-être été inspiré par le gou­verne­ment. Sur BFM TV, Bruno Le Maire a bien appelé à ce que « les gens se mouil­lent », et dis­ent « claire­ment ce qu’ils pensent des pro­grammes économiques des uns et des autres. » Le tout en prenant soin de rap­pel­er aux chefs d’entreprise ce qu’ils doivent au gou­verne­ment. « Que les chefs d’en­tre­prise à qui nous avons bais­sé l’im­pôt sur les sociétés, que les indus­triels à qui nous avons sup­primé les impôts de pro­duc­tion pour qu’ils soient com­péti­tifs face à l’Alle­magne, pour qu’on puisse rou­vrir des usines de voitures, d’avions, de bat­ter­ies élec­triques, fassent com­pren­dre au reste de la pop­u­la­tion : “C’est vous qui décidez, mais sachez que si ce pro­gramme-là passe, on ferme nos usines et on sup­prime des emplois” », demande-t-il. Cer­tains posent une devinette: qui était min­istre de l’économie ces dernières années ? Les bonnes répons­es gag­nent un livre de Bruno Lemaire.

Voir aus­si : Les médias publics font ils cam­pagne con­tre le Rassem­ble­ment national ?

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