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Marion Maréchal en cible, analyse sémantique

14 octobre 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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Marion Maréchal en cible, analyse sémantique

La Convention de la droite organisée à Paris le samedi 28 septembre 2019 à l’initiative du magazine L’Incorrect n’a pas été appréciée des médias dits convenus. Ils y ont vu une réunion de ce qu’ils appellent « extrême droite », avec pour objectif d’enlever toute légitimité à cette réunion. Depuis, les obus journalistiques pleuvent.

Rap­pelons que l’usage du mot « extrême droite » n’a aucune sci­en­tificité con­cer­nant les objets auquel il s’applique dans les médias prin­ci­paux. Il sert à désign­er pêle-mêle les pop­ulistes de droite, les con­ser­va­teurs, les catholiques (mais pas les musul­mans rad­i­cal­isés islamistes et ter­ror­istes), les sou­verain­istes, les iden­ti­taires… autrement dit, tous ceux qui ne sont pas de gauche ou de droite cen­triste, et ne pensent pas dans les clous de l’univers mon­di­al­iste et libéral-lib­er­taire. Cet usage, qui est aus­si une facil­ité et une paresse, révèle le degré d’infox que peut pro­duire un sys­tème médi­a­tique con­venu et offi­ciel : aucun de ces courants ne cor­re­spond à une quel­conque déf­i­ni­tion du terme « extrême droite » en sci­ences poli­tiques, sauf sous la plume « d’intellectuels » qui sont avant tout des mil­i­tants, ain­si de Gérard Noiriel.

Pour­tant l’extrême droite est claire­ment définiss­able par des invari­ants : elle est avant tout antipar­lemen­taire, opposée aux élec­tions et à la démoc­ra­tie, sinon par appel direct au peu­ple, autori­taire, raciste, réac­tion­naire, éventuelle­ment fas­ciste ou nazie. Le lecteur trou­vera une excel­lente analyse de cette prob­lé­ma­tique ici. Sans doute de telles mou­vances exis­tent-elles en France, elles se ren­con­trent cepen­dant ailleurs que dans les courants de pen­sée cités plus haut, dans de rares grou­pus­cules (avant l’été, Macron a eu des dif­fi­cultés à en trou­ver trois à dis­soudre). D’où la manip­u­la­tion digne des pires fake news que représente l’utilisation fraud­uleuse de ce terme de sci­ences poli­tiques à l’encontre de cer­tains adver­saires que l’on souhaite ain­si, au fond, à réduire au silence

La pre­mière cible s’appelle Éric Zem­mour, l’OJIM suit l’affaire, par exem­ple :

La chasse à la Marion est ouverte ?

Mar­i­on Maréchal a eu droit elle aus­si à un traite­ment par­ti­c­uli­er de la part du Monde, sous l’égide de Lucie Soul­li­er, jour­nal­iste qui sem­ble obsédée (ou amoureuse ?) de la jeune retraitée de la vie poli­tique. L’article est paru dans l’édition du 2 octo­bre 2019 et sem­ble s’inscrire dans une offen­sive plus vaste visant à légitimer l’accusation de « retour aux années 30 » employée à tort et à tra­vers con­tre ceux qui pensent autrement que le bloc libéral éli­taire. C’est à l’image des « travaux » pré­ten­du­ment sci­en­tifiques de Noiriel, encen­sés et pro­mus par le même jour­nal. L’idée ? Faire analyser par des inter­venants sup­posés de bonne foi et neu­tres puisque uni­ver­si­taires (pas de rires, s’il vous plaît), ayant d’ailleurs été con­viés à la com­mis­sion par­lemen­taire de lutte con­tre l’extrême droite au print­emps 2019. Ces derniers, « démon­trant » par la com­para­i­son des dis­cours com­bi­en un Éric Zem­mour (Noiriel) ou une Mar­i­on Maréchal (Le Monde du 2 octo­bre 2019) tiendraient des dis­cours iden­tiques à ceux tenus par l’extrême droite d’antan, dis­cours qui seraient masqués par de nou­veaux mots. Avec ce mode d’analyse, Le Monde s’approche de pra­tiques de type théorie du com­plot.

Il s’agit surtout de faire des amal­games anti-his­toriques puisque la base de tout tra­vail d’historien est juste­ment de ne pas pra­ti­quer l’anachronisme, ce que fait avec volon­tarisme un Noiriel quand il veut assim­i­l­er Zem­mour à Dru­mont.

Il en va de même de l’offensive lancée con­tre Mar­i­on Maréchal.

Titre et cha­peau :

« Dans le dis­cours de Mar­i­on Maréchal, les mots de l’extrémisme. Lors d’une con­ven­tion organ­isée par ses proches, same­di, Mar­i­on Maréchal a pronon­cé un dis­cours qua­si­ment pro­gram­ma­tique, dont « Le Monde » a fait analyser de larges extraits par qua­tre chercheurs ».

Le but :

« Cette allo­cu­tion d’une trentaine de min­utes offre l’occasion de décrypter la ligne rad­i­cale de Mar­i­on Maréchal, « ex-Le Pen », à tra­vers sa séman­tique très iden­ti­taire, son idéolo­gie socié­tale­ment ultra-con­ser­va­trice et économique­ment libérale et sa référence décom­plexée à la théorie d’extrême droite com­plo­tiste du « grand rem­place­ment » (selon laque­lle la pop­u­la­tion française serait pro­gres­sive­ment rem­placée par une pop­u­la­tion non européenne). Un véri­ta­ble acte poli­tique. D’où l’importance de décrypter les mots de celle qui revendique men­er une « bataille cul­turelle ». »

Si le lecteur n’habite pas dans Paris cen­tre ou dans un quarti­er bobo de métro­pole de province, il saisira com­bi­en il faut vivre en dehors du réel, pour ne plus voir sim­ple­ment et avec hon­nêteté ce qui se passe dans la rue.

La méthode anti-Marion

Le Monde et ses qua­tre chercheurs (dont les titres ne sont pas indiqués) pren­nent des extraits et en font une « analyse » aux pré­ten­tions sci­en­tifiques. Bien des élé­ments sont traités à la légère, trop nom­breux pour être tous cités. Par exem­ple, la référence à Gram­sci n’est indiquée qu’en tant que vieille baderne présente à l’extrême droite depuis les années 70… C’est un factuel men­songer. Une autre analyse était pos­si­ble : fonder un Insti­tut de sci­ences poli­tiques à Lyon n’est-ce pas met­tre en pra­tique la métapoli­tique chère à Gram­sci ? Autre traite­ment léger : la ques­tion de « l’union des droites ». Ce n’est pas la posi­tion de Mar­i­on Maréchal : regarder son entre­tien sur LCI en juin 2019 où elle évo­quait plutôt une « alliance des droites », les mots ont un sens.

Amalgame quand tu nous tiens

De même, afin d’effrayer un peu le lecteur bobo parisien ou provin­cial, « l’analyse » par­le de métapoli­tique menée par Jean-Marie Le Pen ou Zem­mour plutôt que par la Nou­velle Droite, le Grece et la revue Elé­ments. C’est pour­tant ce courant qui a per­mis le main­tien d’une vision iden­ti­taire de la poli­tique en France et en Europe, un courant qui juste­ment n’est pas nation­al­iste mais cen­tré sur la défense de la civil­i­sa­tion européenne. Un tel degré d’approximations devrait inquiéter les directeurs des dif­férents Sci­ences po de France… Vient un peu plus loin le Grand rem­place­ment, mar­queur préféré des médias pour déter­min­er qui est ou n’est pas d’extrême droite. Mar­i­on Maréchal a employé l’expression dans son dis­cours.

Qu’en dis­ent les chercheurs ? Que cette expres­sion a été « reprise en tête du man­i­feste du supré­maciste blanc de Christchurch qui a tué 51 per­son­nes dans deux mosquées ». Pensent-ils vrai­ment qu’une expres­sion employée par deux per­son­nes amal­game automa­tique­ment ces deux per­son­nes ? Si tel est le cas, l’intérêt de ces chercheurs pour l’extrême droite devient dou­teux et pose ques­tion, n’avanceraient-ils pas masqués, ne seraient-ils pas le con­traire de ce qu’ils pré­ten­dent être, etc… Ou encore : les social­istes actuels sont-ils assim­i­l­ables au nation­al… social­isme ? Quand tout est dans tout, on ne démon­tre rien sinon ses a pri­ori.

Tout est à l’avenant. Un tel degré d’« analyse » ne peut résul­ter du hasard, seule­ment de la volon­té de nuire. Est-ce le rôle que s’assigne un ex-quo­ti­di­en de référence ? Notons, sans mau­vais esprit, que tous les chercheurs inter­rogés sont claire­ment engagés à gauche et la moitié proches de Libéra­tion.

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