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L’Incorrect, 5 questions à Romaric Sangars, rédacteur en chef des pages Culture

9 janvier 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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L’Incorrect, 5 questions à Romaric Sangars, rédacteur en chef des pages Culture

Entretien : cinq questions à Romaric Sangars, rédacteur en chef des pages Culture du magazine L’Incorrect.

Obser­va­toire du jour­nal­isme : Romar­ic San­gars, com­ment devient-on rédac­teur en chef Cul­ture du nou­veau men­su­el L’Incorrect qui sort son cinquième numéro ?

Mon expéri­ence dans le milieu cul­turel est déjà anci­enne, puisque j’ai com­mencé d’écrire pour le mag­a­zine Chronic’art en 2003, époque où sévis­saient plusieurs revues, par­fois dev­enues mythiques, depuis, comme Immé­di­ate­ment, ou Can­cer ! De ces trois revues très dif­férentes, mais toutes épinglées comme « anars de droite » par Philippe Nas­sif en ce début de mil­lé­naire où la chas­se au réac’ était déjà un sport nation­al, provi­en­nent, par exem­ple, quelques uns des col­lab­o­ra­teurs de l’actuel Incor­rect. Son rédac­teur en chef, Jacques de Guille­bon, s’il est con­nu comme un fougueux essay­iste, est égale­ment un ancien d’Immé­di­ate­ment. Par ailleurs, j’ai fondé, en 2011, avec l’excellent écrivain et excel­lent ami, Olivi­er Maulin, le Cer­cle Cosaque. Nous avons reçu, au sein de ce « cabaret lit­téraire », tout ce qui nous sem­blait vrai­ment vivant dans la lit­téra­ture de notre époque (François Tail­landi­er, Richard Mil­let, Gabriel Matzn­eff, Syl­vain Tes­son, Mau­rice Dan­tec, entre autres…). Lorsque Jacques, devenu entre temps un intime, a été sol­lic­ité pour pren­dre la rédac­tion en chef de L’Incorrect, au print­emps dernier, il m’a aus­sitôt demandé de m’occuper de la rubrique cul­ture. Tout s’est ensuite déployé comme une évidence.

Com­ment jus­ti­fiez vous votre titre inso­lent L’Incorrect dans les pages cul­turelles du journal ?

Notre avan­tage prin­ci­pal par rap­port à la plu­part des pub­li­ca­tions cul­turelles, c’est que nous avons mau­vaise répu­ta­tion. Nous sommes dis­pen­sés d’en entretenir une bonne, et donc libres de tir­er à volon­té – et il est vrai avec une cer­taine com­plai­sance -, sur tout ce qui nous sem­ble médiocre et sur­ven­du par un sys­tème médi­ati­co-cul­turel dont la plu­part de ceux qui l’ont approché con­nais­sent le degré de cor­rup­tion. En quelques numéros nous avons déjà un pal­marès de descentes dont aucun autre mag­a­zine cul­turel ne peut aujourd’hui se tar­guer, par­mi quoi l’écrivain norvégien Knaus­gaard que tout le monde s’est cru obligé d’acclamer à la ren­trée, mais aus­si deux prix Nobel — Le Clézio et Modi­ano. En revanche, nous avons défendu des livres dont très peu de jour­nal­istes ont par­lé parce qu’ils étaient trop exigeants (Pag­nier), trop gros (Jung), trop sub­tils (Bass­mann) ou l’œuvre de pro­scrits (Mil­let). Pour ne par­ler que du domaine lit­téraire. Je crois que l’on ne peut nous reprocher de gal­vaud­er l’épithète.

Qui sont vos collaborateurs ?

Des écrivains, des essay­istes, des poètes, des dessi­na­teurs, des musi­ciens, des uni­ver­si­taires, des jour­nal­istes. La plu­part ont déjà une impor­tante expéri­ence de cri­tique, soit en revues, soit dans des médias main­stream (Rock’n’Folk, Cit­i­zen K., Paris Pre­mière). Cer­tains écrivent égale­ment dans Causeur, le mag­a­zine d’Élis­a­beth Lévy, où nous sommes nom­breux à avoir fait nos armes – comme Pierre Lamalat­tie, par exem­ple, qui nous a don­né un arti­cle pour le numéro de jan­vi­er. Ce peut être un ami écrivain, comme Olivi­er Maulin, qui nous a offert un très beau texte de défense de la pipe, en novem­bre, à l’occasion du mois sans tabac. Ce peut être l’écrivain fran­co-suisse Samuel Brus­sell, qui a édité Gomez Davi­la au Rocher, et nous a traduit un arti­cle jubi­la­toire d’un réal­isa­teur ital­ien dans le numéro de jan­vi­er. Ce peut être encore Patrick Eude­line, grande fig­ure nationale de l’underground et du rock, qui pré­pare un long papi­er pour févri­er. Ce peut être aus­si un tal­entueux auto­di­dacte comme notre « Mon­sieur Ciné­ma », Arthur de Watri­g­ant. Ce peut être, enfin, une flingueuse red­outable comme Marie Di Meco, qui sem­ble jouer un rôle impor­tant dans le milieu cul­turel parisien, mais dont per­son­ne, pas même nous, ne parvient à percer l’identité véri­ta­ble. Ain­si, s’il y a une énergie d’assaillants de notre côté, qui stim­ule cer­taines qual­ités juvéniles, la rédac­tion est pour­tant com­posée de nom­breuses per­son­nes d’expérience, même si venues de milieux par­fois très éloignés. On notera une évi­dente sur­représen­ta­tion d’écrivains, mais un bel exem­ple de diver­sité et d’écrire-ensemble.

Quel est le dossier cen­tral de votre numéro de jan­vi­er 2018 ?

Nous attaquons l’année sur la ques­tion de Dieu. D’abord, parce que nous n’avons pas peur d’aborder les grandes ques­tions, ensuite, parce que nous avons, je crois, les moyens de le faire dif­férem­ment des autres. Par l’espace, d’abord, que nous con­sacrons à un grand entre­tien sur le sujet entre deux intel­lectuels de haute alti­tude : Rémi Brague et Pierre Manent, lequel con­stitue le cœur du dossier. Par la per­spec­tive, enfin, parce que nous sor­tons des oppo­si­tions laï­cards vs obscu­ran­tistes, ou cathos fachos vs musul­mans vic­times, qui lim­i­tent en général le débat français sur la ques­tion religieuse, en prenant au sérieux autant le besoin de sacré que les réelles dif­fi­cultés de cohab­i­ta­tion ou les sin­gu­lar­ités religieuses.

Ce thème sem­ble cor­re­spon­dre égale­ment à des aspi­ra­tions per­son­nelles, c’est un peu le sujet de votre sec­ond roman qui vient de sor­tir chez Léo Schreer ?

Tout à fait. Mais je crois que ce thème, comme l’avait annon­cé Mal­raux, sera le thème essen­tiel du siè­cle à venir. Con­ver­sion ressor­tit plutôt au réc­it auto­bi­ographique, et relate, en effet, la dou­ble quête ini­ti­a­tique qui fut la mienne, en tant qu’homme et en tant qu’artiste, me menant, pour déploy­er le verbe pro­fane et assumer ma voca­tion lit­téraire, à me ral­li­er au Verbe divin et Son incar­na­tion. Cette con­fes­sion intime pos­sède néan­moins une véri­ta­ble dimen­sion généra­tionnelle, ou plus large­ment col­lec­tive, dans le sens que le dépasse­ment du nihilisme et de la fail­lite de tous les idéaux dits « mod­ernes », n’est pos­si­ble, à mon sens, qu’à con­di­tion de nous resituer dans le cadre de l’option fon­da­men­tale. Ma con­fronta­tion à une crise per­son­nelle se dou­blait naturelle­ment d’une con­fronta­tion à notre crise civil­i­sa­tion­nelle. Voilà en tout cas, com­ment, pour ma part, j’ai tra­ver­sé ces crises : par la Lumière qui luit dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pas saisie.

Crédit pho­to : © Ben­jamin de Diesbach

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