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Les journalistes contre Google ? Tout contre

27 octobre 2019

Temps de lecture : 3 minutes

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Les journalistes contre Google ? Tout contre

Les journalistes contre Google ? Tout contre

Le 24 octobre 2019, la France est le premier pays de l’UE à appliquer une directive européenne sur le « droit voisin ». En clair la presse devait recevoir une rémunération pour les contenus qu’elle produit et qui sont diffusés sur Google, Facebook et autres. À ceci près que Google a envoyé paître éditeurs et politiques français. Plus de 900 journalistes et éditeurs ont signé une pétition de protestation. Se gardant bien de dire que d’un autre côté ils quémandent l’aide de Google qui les subventionne en toute opacité. Contre Google en effet, vraiment tout contre.

Le droit voisin

Dans un arti­cle de mars, nous com­men­tions le vote du droit voisin au Par­lement européen le 26 mars 2019 et nous repre­nions l’expression de Jean-Frédéric Lam­bert en par­lant de « tigre en papi­er ». Il soulig­nait trois faib­less­es fondamentales :

  1. La négo­ci­a­tion sur la valeur du droit se fera État par État. Le rap­port de force sera claire­ment en faveur des GAFAs et c’était pré­cisé­ment pour échap­per à cette négo­ci­a­tion que les édi­teurs de presse avaient porté le sujet jusqu’à Bruxelles.
  2. La taille des snip­pets n’est pas définie et les GAFAs pour­raient se con­tenter du titre et de 3 ou 4 lignes d’article pour échap­per à tout paiement tout en s’appropriant la par­tie du con­tenu qui les intéresse. (NB Un snip­pet est un terme de pro­gram­ma­tion désig­nant une petite por­tion de code source ou de texte)
  3. Les règles de dif­fu­sion des agré­ga­teurs restent com­plète­ment à la main des GAFAs qui pour­ront faire la pluie et le beau temps des éditeurs.

Google Hyde and Mr Jekyll

Google a sèche­ment refusé d’appliquer le droit voisin en France, ren­voy­ant édi­teurs et le Min­istre de la Cul­ture Franck Riester (fâché et vexé) à leurs chères études, en con­clu­ant tran­quille­ment que la direc­tive (en l’absence d’accord entre les par­ties) lui donne le droit de citer les arti­cles et n’a « pas l’intention de pay­er une licence pour la reprise d’un extrait d’un con­tenu ». Pour ceux qui insis­teraient un peu, Google réduira la vis­i­bil­ité de leurs con­tenus à une feuille de vigne. Fer­mez le ban.

Voir aussi  Le Courrier International en grève contre un plan social

C’est le méchant Google Hyde, mais il a une autre face qu’affectionnent les médias de grand chemin, ce bon Doc­teur Jekyll. Dr Jekyll Google dis­tribue des aumônes via Google Inia­tive et son fonds d’aide à la presse. Ce fonds a été créé en 2013, afin de « soutenir le jour­nal­isme de qual­ité » (sic), après une ren­con­tre en févri­er entre Eric Schmidt Prési­dent de Google et François Hollande.

Les largesses (modérées pour la société) de Google aux grands groupes

Ce fonds doté au départ de 60Md’€ puis aug­men­té à 90M€ (une paille par rap­port aux impôts exi­gi­bles si Google rel­e­vait du droit com­mun de tax­a­tion des entre­pris­es) cou­vrait la péri­ode 2013/2015 et a été pro­longé en 2016. Cer­tains chiffres sont disponibles, prenons l’année 2016, arrondis en K€:

  • Groupe Arnault      900K€ (Les Echos, Le Parisien)
  • Groupe Drahi         890K€ (Libéra­tion, L’Express, BFM)
  • Groupe Le Monde  620K€ (Le Monde, Téléra­ma, la Vie etc)
  • (sans compter…….260K€ pour les Inrocks de Matthieu Pigasse)
  • Groupe Pin­ault      396K€ (Le Point)

Par­mi les pro­jets retenus pour 2019 :

  • Kon­bi­ni
  • La Croix
  • Cour­ri­er inter­na­tion­al (groupe Le Monde)
  • La Dépêche du Midi (groupe Baylet)
  • Vogue, Van­i­ty Fair (groupe Condé Nast)
  • Têtu (pour 250K€, mazette)

Google a financé L’Hu­man­ité en 2016 puis en 2018 pour des pro­jets qui ne sem­blent pas avoir aboutis.

Encore plus char­mant, c’est Google qui a payé le Decodex du Monde, pour une somme restée incon­nue et avec un cahi­er des charges tout aus­si incon­nu. C’est Face­book qui finance Check News de Libéra­tion, nous pour­rions allonger la liste. Il sem­ble dif­fi­cile de péti­tion­ner d’un côté et de ten­dre la sébile de l’autre, ter­ri­ble quad­ra­ture du cer­cle des médias de grand chemin.

Voir aussi  Les anciens pays de l’Est refusent de voir la censure revenir par les médias sociaux américains

La pétition complète est ici « Google a offert aux médias un cynique choix de dupes »

Face au risque d’une perte d’audience impor­tante, tout en con­tin­u­ant de s’opposer au dis­posi­tif déployé par Google, beau­coup de médias, dont Le Monde, ont donc déjà renon­cé à percevoir le droit voisin, évi­tant les repré­sailles de l’ogre californien.

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