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Le racisme anti-blanc en mode mineur dans les médias

22 décembre 2020

Temps de lecture : 4 minutes

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Le racisme anti-blanc en mode mineur dans les médias

Le racisme anti-blanc en mode mineur dans les médias

Le traitement journalistique d’un récent fait-divers vient de nous le rappeler, le racisme anti-blanc est un angle mort des médias de grand chemin. La réaction de Laurence Ferrari face à un déchainement de violence à Rezé contre un « blanc », désigné comme tel, en dit long sur leur embarras à ce sujet.

Lynchage à Rezé : what else ? (mais encore ?)

Le 12 décem­bre, dans la ban­lieue de Nantes, à Rezé, un homme de 52 ans a voulu récupér­er la moto volée à son fils. Il a été sauvage­ment lynché par une bande de jeunes de la cité. Ouest-France relate l’événement dans l’édition du 14 décem­bre de la façon suiv­ante : « ça se bagar­rait dure­ment, sale­ment ». Le quo­ti­di­en de l’ouest reprend à son compte les pro­pos d’un témoin de la scène en évo­quant une « bagarre ». En fait de « bagarre », il s’agit à la vue des images filmées par un habi­tant du quarti­er plutôt d’un lyn­chage en règle avec un appel à tuer le père de famille.

L’avocat Gilles William-Gold­nadel a voulu évo­quer cette agres­sion sauvage sur le plateau de Lau­rence Fer­rari, sur CNews le 16 décem­bre. Alors que l’on peut dis­tincte­ment enten­dre « Wal­lah ! Nique le ! Tue le ! Sale Gwer! ( sale blanc) » dans la vidéo, Lau­rence Fer­rari réag­it au quart de tour :

« On n’a pas encore toutes les expli­ca­tions sur cette affaire, mais vous avez le droit d’en par­ler. (…) Oh n’ex­agérez pas, il faut juste savoir de quoi on par­le dans cette affaire (…). On ne con­naît pas encore les ten­ants et les aboutis­sants. Point à la ligne (…). Je pense que vous ne com­prenez pas le sens général de cette his­toire et qu’on attend d’en avoir les éclair­cisse­ments du côté de la police et de la jus­tice, si vous le per­me­t­tez. Voilà ».

Il faut toute la ténac­ité de Gilles William-Gold­nadel pour que l’évocation de cette agres­sion et son car­ac­tère pos­si­ble­ment raciste ne passent pas trop rapi­de­ment à trappe sur le plateau de CNews.

On ne se sou­vient pas d’autant de pré­cau­tions lors de l’accusation de racisme d’un arbi­tre qui a désigné un joueur de foot­ball par sa couleur de peau, lors du match PSG-Basak­se­hir mar­di 8 décem­bre. Comme L’Équipe le relate le 9 décem­bre, « toute l’Europe (en a) par­lé ». Pour L’Équipe, c’était aus­si immé­di­ate­ment le lende­main de l’incident « le ras le bol ».

Peut-importe qu’il n’y avait peut-être pas de con­no­ta­tion raciste dans la désig­na­tion du joueur de couleur. On aura com­pris que désign­er un français de souche comme un « blanc », c’est nor­mal, tan­dis que désign­er un homme de couleur par sa couleur de peu, c’est mal.

Flagrant délit de déni

Le déni du racisme anti-blancs n’est pas une nou­veauté. En 2012, le soci­o­logue Stéphane Beaud et l’his­to­rien Gérard Noiriel pub­li­aient une tri­bune dans le jour­nal Le Monde pour dénon­cer « l’imposture du racisme anti-blancs ».

France Cul­ture a con­sacré en 2018 une émis­sion sur le sujet. La radio affil­iée à l’État français choisit tou­jours pré­cau­tion­neuse­ment ses invités. Éric Fassin est caté­gorique : « le racisme anti-blancs n’existe pas pour les sci­ences sociales ». Si l’on peut com­pren­dre que choisir ce sujet d’étude recueillera dif­fi­cile­ment l’approbation d’un directeur de recherche ou d’une com­mis­sion accor­dant des crédits de recherche, est-ce pour autant que le racisme anti-blancs n’existe pas ? Le soci­o­logue poursuit :

« Si on com­mence à repren­dre à son compte le dis­cours de l’extrême-droite qui nous dit qu’au fond tous les racismes se valent, on est en train de nier la réal­ité de l’expérience d’une par­tie impor­tante de nos conci­toyens et concitoyennes ».

Il y aurait donc une hiérar­chie dans le racisme à établir. Nous y voilà…

Dans les colonnes de Libéra­tion en octo­bre 2018, un poli­to­logue est caté­gorique : « le racisme anti-blancs n’existe pas ». La rai­son : « Les insultes dont peu­vent être vic­times les mem­bres de la pop­u­la­tion majori­taire ne cor­re­spon­dent pas à une idéolo­gie essen­tial­isante ». Il fal­lait y penser…

Pour bal­ay­er d’un revers de main la pos­si­bil­ité de racisme anti-blancs, le député LFI Adrien Quaten­nens répond du tac au tac à Jean-Jacques Bour­din qui l’interroge sur le sujet le 11 sep­tem­bre 2019 sur RMC  :

Sur France Inter, l’humoriste Fréd­er­ick Sigrist prend la défense de Lil­ian Thu­ram qui a affir­mé le 13 sep­tem­bre 2019 que « les blancs se sen­tent par­fois supérieurs ». L’occasion était trop belle sur la radio de ser­vice pub­lic pour tourn­er en déri­sion ceux qui se posent en opposant au racisme anti-blancs. Mais l’on n’en attendait pas moins de France Inter.

L’inévitable Edwy Plenel ne pou­vait égale­ment man­quer de s’exprimer sur la ques­tion. C’est chose faite sur Médi­a­part le 24 sep­tem­bre 2019 :

« Le « racisme anti-Blancs » est une con­struc­tion idéologique des­tinée à rel­a­tivis­er le racisme sys­témique, social et cul­turel, subi en France par les Noirs et les Arabes. Son ascen­sion dans le débat pub­lic témoigne de l’aveuglement français à la ques­tion colo­niale, à sa longue durée comme à sa per­sis­tante actualité ».

Il aurait été effec­tive­ment éton­nant que le directeur de la pub­li­ca­tion de Médi­a­part ne se sai­sisse pas de l’occasion pour se livr­er à un exer­ci­ce de dén­i­gre­ment de la France dont il a l’habitude.

White lives don’t matter ? (les vies blanches ne comptent pas ?)

Depuis l’affaire George Floyd aux États-Unis, on ne compte plus les ten­ta­tives pour importer en France le mou­ve­ment Black lives mat­ter, bien qu’il soit né out­re-Atlan­tique dans un con­texte bien par­ti­c­uli­er. Ain­si, le New York Times se félic­i­tait le 15 juil­let de la « prise de con­science raciale en France ». Plus récem­ment, le Time fai­sait d’Assa Tra­oré la « gar­di­enne de l’année ». Le soft pow­er améri­cain dif­fusé dans les médias français com­mence donc à porter ses fruits.

Si l’accusation de racisme est immé­di­ate­ment validée quand la vic­time, ou sup­posée telle, est de couleur, le racisme anti-blanc est un angle mort des médias de grand chemin. Comme s’il fal­lait appartenir à l’immigration d’origine africaine pour pou­voir utilis­er cette qualification.

Face à ce déni dans les médias, les langues com­men­cent à se déli­er, timide­ment. Une asso­ci­a­tion a vu le jour il y a deux ans afin d’agir con­tre tous les racismes, y com­pris le racisme anti-blanc.
Plusieurs faits divers de racisme anti-blanc sont relatés sur son site, comme l’agression de trois ingénieurs à Nouméa, parce que blancs, l’agression au couteau à Argen­tan dans l’Orne en juil­let 2019 d’un homme parce que blanc, etc. L’association a porté plainte con­tre l’ancienne min­istre de la cul­ture Françoise Nyssen pour ses pro­pos sur les « hommes blancs ».

Plus récem­ment, un col­lec­tif appelé « French lives mat­ter » (les vies des Français comptent aus­si) s’est con­sti­tué. Par­tant du con­stat que « per­son­ne ne s’intéresse aux vic­times français­es ou plus large­ment n’appartenant à aucune minorité »,  le col­lec­tif a décidé « de tri­er, car­togra­phi­er et compt­abilis­er les vic­times de ces crimes, en com­mençant par les plus emblé­ma­tiques d’entre-deux ».

On pour­rait con­seiller à celles et ceux qui auraient des doutes sur le phénomène du racisme anti-blancs à bas bruit médi­a­tique de con­sul­ter les arti­cles acces­si­bles sur le site Fdes­ouche à la requête « racisme anti blancs ». 48 pages d’articles, excusez du peu. Qui pour­raient peut-être être com­mu­niqués pour info à Lau­rence Ferrari…

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