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Les « mâles blancs » en ligne de mire : qu’en disent les médias ?
Publié le 

11 août 2018

Temps de lecture : 5 minutes
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Les « mâles blancs » en ligne de mire : qu’en disent les médias ?

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 10 juil­let 2018

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les « mâles blancs » n’ont pas bonne presse ces derniers temps. Sans parler de la dénomination désormais utilisée sans complexe (oserait-on évoquer les « femelles noires »), il devient courant dans certains milieux de fustiger ceux qui composent encore une large part de la population française. De quoi cette stigmatisation est-elle le nom et quel en est le traitement par les médias ? Il nous a paru important d’en faire une revue de presse.

Quelques précédents très médiatiques

En précurseur, avant qu’elle ne soit débar­quée avec perte et fra­cas, la Prési­dente d’Areva affir­mait en 2009 qu’« à com­pé­tences égales, eh bien désolée, on choisira la femme ou on choisira la per­son­ne venant de… autre chose que le mâle blanc, pour être clair ».

En sep­tem­bre 2015, la Prési­dente de France Télévi­sions Del­phine Ernotte esti­mait qu’ « on a une télévi­sion d’hommes blancs de plus de 50 ans et ça, il va fal­loir que ça change ».

En févri­er 2017, le can­di­dat à l’élection prési­den­tielle E. Macron fai­sait le con­stat au mag­a­zine Causette que « la société poli­tique, elle est mâle. Ce sont des mâles blancs de plus de 50 ans. »

En mars 2018, le désor­mais Prési­dent de la République souhaitait au Col­lège de France, dans un dis­cours sur l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle, que les acteurs de ce secteur ne soient pas tous des « mâles blancs quadragé­naires for­més dans les uni­ver­sités européennes ou améri­caines ».

Plus près de nous, le 22 mai, le Prési­dent Macron pointait selon France Info « sans le nom­mer explicite­ment un rap­port (sur les ban­lieues NDLR) remis par l’an­cien min­istre Jean-Louis Bor­loo » : « Que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent l’un un rap­port, l’autre dis­ant on m’a remis un plan, je l’ai décou­vert … Ce n’est pas vrai. Cela ne marche plus comme ça ».

RT Actu nous relate que le 4 juin, lors de la présen­ta­tion de ses propo­si­tions pour « trans­former l’au­dio­vi­suel pub­lic », la min­istre française de la Cul­ture a affir­mé à l’adresse de Del­phine Ernotte :

« Del­phine, tu as dû te sen­tir bien seule lorsque tu por­tais un con­stat à la fois évi­dent et courageux. “L’homme blanc de plus de 50 ans”, vous vous en sou­venez. Tu n’es plus seule. Je porterai cette exi­gence avec autant de pas­sion qu’au sein de mon min­istère. Je n’aurai pas de tabou ».

Quelles ont été les réac­tions des médias aux pro­pos du Prési­dent de la République con­cer­nant les « mâles blancs » inca­pables de résoudre les prob­lèmes de la ban­lieue ?

Les réac­tions vont du con­stat et de l’explicitation à la dénon­ci­a­tion :

Par­mi les médias qui ne s’offusquent pas du dis­cours racial­iste du Prési­dent de la République, on trou­ve la rubrique Dés­in­tox co pro­duite par Arte et le jour­nal Libéra­tion. Les jour­nal­istes de la chaine publique ne s’intéressent qu’à la pater­nité de l’expression « mâle blanc ». Celle-ci ne serait pas un voca­ble exclusif des Indigènes de la République, un mou­ve­ment dont Thomas Guénolé, un poli­to­logue proche de la France Insoumise, a accusé son leader d’être « raciste, misog­y­ne et homo­phobe ». Le terme aurait pour orig­ine les travaux sur le « priv­ilège blanc » de l’universitaire Peg­gy Mac Intosh.

Le Huff­post indique de façon factuelle qu’« en huit ans, le dis­cours de Macron sur les “mâles blancs” a bien changé : « En 2010, le futur prési­dent refu­sait de s’ex­cuser d’être un jeune mâle blanc diplômé ».

Pour L’Humanité, le mes­sage du Prési­dent, c’est « un mâle blanc qui décide de tout mais se lave les mains en sig­nifi­ant à des mil­lions de citoyens qu’ils n’ont qu’à régler « leurs » prob­lèmes eux-mêmes ». Le con­stat est social. Par con­tre, pas un mot sur les mâles blancs implicite­ment accusés d’incompétence. Même analyse dans une tri­bune pub­liée par Le Monde : « L’expression “mâles blancs” envoie aux ban­lieues le mes­sage que la République les aban­donne ».

Ouest-France s’en tient au fait que « Macron iro­nise sur “deux mâles blancs” qui s’échangent un plan ». Europe 1, comme de nom­breux autres organes d’informations, se lim­ite à faire état « des cri­tiques à droite et à l’ex­trême droite » au sujet de l’emploi de l’ex­pres­sion “mâles blancs” par le Prési­dent de la République.

Les analyses critiques

Les cri­tiques du terme « mâle blanc » se trou­vent essen­tielle­ment dans la presse d’opinion de droite, à l’exception notable d’une tri­bune d’un uni­ver­si­taire dans l’Obs. Celui-ci estime que « l’expression caté­gorise. Autant dire qu’elle car­i­ca­ture. Elle oppose les per­son­nes de manière rad­i­cale et tranchée, sur la base d’un seul critère, physique de sur­croît : la peau. Retour aux exclu­sions d’un autre temps. Ceux qui con­sid­èrent que cette dis­tinc­tion jus­ti­fie et rend légitime un droit dif­féren­tiel à pren­dre la parole oublient un peu vite qu’elle s’enracine dans le manichéisme som­maire des théories racistes du XIXe siè­cle ».

Sophie Coignard s’exprime dans Le Point : « Mâle blanc : voilà le prési­dent qui sem­ble gliss­er sur la pente savon­neuse du com­mu­nau­tarisme sans corde de rap­pel. Car l’ex­pres­sion qu’il utilise emprunte au vocab­u­laire choisi par les chantres du séparatisme eth­nique et autres organ­isa­teurs d’assem­blées non mixtes ou inter­dites aux Blancs ».

Gilles William Gold­nadel dans une tri­bune du Figaro affirme : « Il ne serait pas arrivé au cerveau du Prési­dent d’évo­quer la couleur d’un Français blanc pour le com­pli­menter, par exem­ple, pour un exploit sportif. Mais pour dénier à deux hommes blancs la com­pé­tence à stat­uer sur les ban­lieues, la chose était pos­si­ble sans com­met­tre une trans­gres­sion médi­a­tique­ment, intel­lectuelle­ment et poli­tique­ment insup­port­able ».

Bar­bara Lefeb­vre signe une tri­bune dans Valeurs actuelles du 31 mai : « L’élément de lan­gage “racisé” du Prési­dent de la République indique l’horizon d’action de sa poli­tique (du Prési­dent NDLR). Il nous dit que la France doit opter pour le trib­al­isme racial­iste car ici ou là la séces­sion est actée ».

Causeur résume le buzz médi­a­tique au fait que « les pro­pos de Macron sur les “mâles blancs”, la presse de gauche n’en par­le plus à l’exception peut-être de Mar­i­anne ». Le jour­nal­iste con­clut au sujet de l’expression con­testée : « Même inver­sé, le racisme reste pour­tant du racisme ».

À lire

50 raisons de se sentir coupables

En pous­sant plus avant les recherch­es sur l’origine du terme « mâle blanc », une de ses inspi­ra­tri­ces, l’universitaire Peg­gy Mac Intosh, nous invite à une démarche en pro­fondeur de con­tri­tion et de cul­pa­bil­ité. La créa­trice du con­cept de « priv­ilège blanc » pro­pose pas moins de 50 exa­m­ens de sit­u­a­tions de la vie quo­ti­di­enne où le Blanc peut (doit ?) ressen­tir ses priv­ilèges indus. Nul doute que cet exer­ci­ce de con­tri­tion béné­fi­cie à la société dans son ensem­ble. Et qu’il aboutisse à amender nos com­porte­ments haute­ment mais incon­sciem­ment fau­tifs.

Hormis les médias d’opinion cat­a­logués à droite, l’emploi du terme de « mâle blanc » a sus­cité peu d’émoi dans les jour­naux et chaines d’information général­istes. On en oublierait presque l’essentiel : ce qui pointe dans ce novlangue est la stig­ma­ti­sa­tion, voire l’éviction d’individus – jour­nal­istes, pro­fes­sion­nels – non parce qu’incompétents mais parce que Blancs. Pour para­phras­er Bar­bara Lefeb­vre, on savait depuis Aris­tote que « l’homme est un ani­mal poli­tique ». À en juger l’absence de réac­tions de la société civile et de nom­breux médias, on com­prend main­tenant que la France est un zoo.

À sig­naler dans ce con­texte l’action en jus­tice d’un col­lec­tif con­tre les pro­pos de la Min­istre de la Cul­ture en sou­tien à la Prési­dente de France Télévi­sions. Nous con­clurons sur une cita­tion du philosophe autrichien Lud­wig Wittgen­stein. « Les fron­tières de mon lan­gage sont les fron­tières de mon monde ». C’était il y a un siè­cle, mais n’est-ce pas d’actualité ?

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